‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 42 sur 183 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

bien compte delà plupart des phénomènes de chaleur internes aux corps, ou, pour parler maintenant plus correctement, elle nous peint aux yeux quelque chose qui , mécaniquement, équivaut à ces phénomènes.

Il est certain, au point de vue de la mécanique , 4° que si dans un vase fermé, à parois parfaitement dures, nous avions un certain nombre suffisant de billes extrêmement petites, parfaitement élastiques , animées d'une certaine vitesse , séparées par des intervalles vides de matière , et ne s'attirant avec énergie qu'à des distances extrêmement petites, nous aurions constitué un milieu qui , à certains égards , posséderait les propriétés des gaz ; 2° que si à nos parois rigides nous substituons un corps dont les molécules oscillent aussi entre elles, mais sont tenues par une attraction très énergique à une distance moyenne commune, nous aurons constitué un milieu qui, à certains égards, possédera les propriétés d'un corps solide homogène ; 3° que si , sans augmenter la vitesse des molécules du milieu gazeux, nous introduisons de plus en plus de molécules dans le même vase , il arrivera un moment où ces molécules seront trop rapprochées pour se mouvoir indépendamment de leurs attractions réciproques, où, celles-ci devenant sensibles, les molécules seront dans un état d'équilibre mobile, et figureront, pour nous, dans leur ensemble , un corps liquide.

En effet , si nous supposons que les molécules du gaz , du liquide et du solide soient de même espèce , qu'elles ont, par exemple, le même poids, qu'elles s'attirent à distance égale de la même manière, il est évident que par un contact suffisamment prolongé des trois corps , la vitesse moyenne des molécules finira par s'équilibrer. Et si, dans ces conditions , nous venons, par exemple, à comprimer le gaz par un rapprochement mécanique des parois : 1° la pression du gaz s'accroîtra , non seulement parce que les molécules ont désormais moins de chemin à faire pour frapper les parois

(liquides et solides), mais encore parce que leur vitesse propre se trouvera d'abord accrue ; 2° cet accroissement de vitesse sera rigoureusement proportionnel à la quantité d'action que coûtera la compression ; 3° mais bientôt la vitesse des molécules du gaz se communiquera en partie aux molécules du liquide; les écarts d'oscillation de celles-ci croîtront, le liquide se dilatera ; 4° enfin , les molécules du liquide par tageront leur excès de vitesse avec celles d^so-r lide, les écarts des oscillations croîtront, et le solide se dilatera aussi.

Mais une grave question se pose ici.

Nous venons, par un procédé tout mécanique, d'imiter les effets de ce que nous appelons la chaleur. Cette imitation est-elle une réalité? Les corps sont-ils constitués comme ceux que nous venons de faire de toutes pièces? La température d'un corps, ce qui nous le fait apparaître comme chaud ou froid, est-ce réellement la vitesse d'oscillation des molécules? Ou bien, notre imitation artificielle ne simule-t-elle pas peut-être la chaleur à peu près comme les mouvements d'un automate simulent la vie?

Ici doit recommencer mon œuvre de critique. Nous allons voir peu à peu l'ensemble des faits transformer cette dernière question en une affirmation à l'abri de toute objection.

I. L'interprétation dont nous venons de parler conduit à une imitation , à une image représentative d'une fidélité incontestable, tant qu'elle ne s'applique qu'aux phénomènes de calorique internes aux corps. Elle perd totalement ce caractère dès qu'on l'applique aux phénomènes d'électricité dynamique, internes aussi aux corps. On pourra admettre que ce que nous nommons un courant électrique consiste en un mouvement oscillatoire circulaire , elliptique etc. des molécules matérielles, et chacun de ces mouvements, de quelque nature qu'il soit, satisfera nécessairement aux besoins de la théorie mécanique de l'électricité , puisque cha-

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