LIVRE II, CHAPITRE I
commencer à se manifester que quand la masse cométaire s'est échauffée et dilatée par la radiation de l'astre central ; elle doit, en tous cas, être toujours très faible, puisqu'il est impossible que la température de la comète s'approche jamais de celle que représente la photosphère solaire. Et c'est en effet là ce que l'étude des mouvements de la comète d'Enke démontre pleinement : la partie de ses perturbations, due en apparence à autre chose qu'à l'action des planètes, est si minime, que la plupart des analystes hésitent encore à affirmer qu'elle ne dérive pas d'erreurs de calcul (Pontécoulant , Exposition analytique du système du monde, t. III, p. 289).
Tels ne sont pas du tout les résultats auxquels conduirait une répulsion calorifique qui serait due à une émission de matière. La répulsion solaire s'exerçant sur une comète .serait proportionnelle à la surface du cercle d'illumination et à la raison inverse du carré des distances, et celte répulsion, fort loin d'être faible, serait, comme on peut le voir par les gombres indiqués dans les notes , la plupart du temps égale ou supérieure à la force motrice due à l'attraction solaire ; de sorte que la comète ne serait plus sollicitée que par l'attraction des planètes.
Les belles découvertes expérimentales et théoriques de M. Faye sont donc en pleine opposition avec l'hypothèse d'une émission matérielle comme interprétation des phénomènes calorifiques et luminiques.
En un mot, tandis que la solution des deux premières questions que nous nous sommes posées semble plutôt légitimer que contredire l'hypothèse de cette émission matérielle, celle de notre troisième question la réfute formellement.
Ici se présente d'ailleurs une dernière objection, à laquelle on ne s'est jamais assez arrêté. Si la théorie de l'émission matérielle suffit plus ou moins pour expliquer les phénomènes de chaleur rayonnante et de lumière, elle est absolument in-
capable, au contraire, de rendre compte du moindre phénomène de chaleur interne. L'hypothèse sur laquelle elle repose est donc incomplète, et doit être définitivement rejetée. Mais en adoptant alors la théorie des ondulations, nous dotons la matière d'une qualité dont l'atome est dépourvu.
III. En effet, que signifie osciller, quand on parle d'un point matériel? Aller et venir dans une certaine étendue, et par suite s'arrêter aux deux extrémités de la course pendant un instant infiniment petit. Mais si un atome , après s'être arrêté contre un autre atome, rebrousse chemin, il faut encore qu'en dedans ou en dehors de lui il existe une puissance capable de le tirer du repos et de l'y faire rentrer sans mouvement antérieur nécessaire ; il faut, ou que l'atome soit élastique, ou qu'en dehors de lui existe un élément dynamique spécifiquement distinct de lui en nature. Nous aboutissons, en un mot, au même dilemme, que nous avons déjà résolu, quant à la gravitation des corps les uns vers les autres. Or j'ai démontré que le volume et la forme de l'atome sont invariables : donc la puissance répulsive qui le retire du repos après chaque choc contre un autre atome, existe en dehors de ces atomes. Et il est désormais inutile de recourir à des oscillations pour expliquer la chaleur : car le calorique alors.n'est autre chose que cette puissance répulsive elle-même, et constitue ainsi un élément spécifique comparable à celui qui donne lieu aux phénomènes de la pesanteur.
IV. Je passe maintenant à un quatrième ordre de considérations, totalement différentes de celles qui précèdent.
Tant que l'on se tient aux phénomènes internes des corps, il est toujours plus ou moins possible de représenter ce qui se passe par des mouvements des molécules. L'action d'une force quelconque peut toujours être représentée numériquement par ses effets, qui sont les divers mouvements ; pour peu qu'on ait d'imagination , il est aisé d'inventer des mouments moléculaires qui diffèrent assez les uns