LIVRE II, CHAPITRE I
de nos machines pneumatiques. Il est visible que chacune de ces conséquences obligées de l'hypothèse implique une absurdité dans les termes mêmes.
Il est, en un mot, impossible d'expliquer par un mouvement de la matière le moindre phénomène d'attraction ou de répulsion électrique, magnétique. Il est impossible d'expliquer l'action magnétique du soleil et de la lune sur le magnétisme terrestre, à l'aide d'un milieu matériel stellaire, dont une multitude d'autres considérations nous forcent d'ailleurs à rejeter définitivement l'existence.
Je passe à l'examen d'un autre ordre de phénomènes, dont lp discussion ne peut manquer de frapper les lecteurs : elle nous prouvera que ce qui vient d'être dit s'applique identiquement à la puissance de répulsion du calorique. Nous savons que quand on verse de l'eau ou tout autre liquide volatil dans un creuset métallique incandescent, le liquide, au lieu de s'échauffer et de se réduire instantanément en vapeur, comme on pourrait s'y attendre ne monte au contraire que très lentement à une température toujours inférieure à celle dé son point d'ébullition sous la pression atmosphérique, et qu'il s'évapore alors très lentement aussi. Si l'on verse de l'eau, de l'éther, du sulfure de carbone, etc. etc., sur une plaque métallique chauffée au rouge, on voit ces liquides se rassembler en gouttes sphériques qui tournoient sur ellesmêmes et s'évaporent lentement, sans jamais bouillir : chaque goutte est séparée de la plaque par un intervalle très sensible tout-à-fait diaphane.
M. Boutigny , à qui l'on doit une étude approfondie de ce phénomène si curieux, a cru y voir la preuve de l'existence d'un état nouveau, d'un quatrième état des corps : l'état sphéroidal.
L'explication généralement donnée dans les traités de physique, c'est que le liquide, dans toutes ces circonstances, est séparé du métal incandescent par une couche isolante de
sa propre vapeur, qui le supporte et qui l'empêche de s'é* chauffer.
Cette explication, je ne puis m'empêcher de le dire, eût dû dès l'origine sembler absurde, du moins aux physiciens qui se sont occupés d'expériences sur les vapeurs saturées ou surchauffées, et qui savent avec quelle prodigieuse rapidité ces corps cèdent de leur chaleur, et se condensent au contact des corps froids, liquides ou solides. §i, comme cm lé dit, c'était la vapeur seule qui supporte son liquide, et si, comme le veut l'hypothèse de la matérialité de la chaleur, le calorique lui-même n'était qu'un mouvement de va-etvient des atomes de vapeur entre le creuset ardent et le liquide, rien, absolument rien ne nous expliquerait pourquoi celui-ci s'échauffe si lentement dans les conditions où il se trouve.
- L'interprétation rationnelle et très simple de tous les phénomènes étudiés par M. Bouligny, est celle-ci : '■• Le liquide versé sur le métal incandescent est séparé de lui par la répulsion calorifique elle-même; il ne s'échauffe plus que par la radiation des parois, et cet échauffemenl est très lent , puisque une grande partie des rayons calorifiques traversent le liquide librement, et que Févaporation produit un refroidissement qui contre-balance l'effet des rayons absorbés. L'intervalle de séparation produit par la répulsion calorifique est sans doute occupé par de la vapeur; mais cette vapeur, devenue un fait accessoire, n'est plus nécessairement à la pression atmosphérique et à l'état de surchauffe, comme cela a lieu dans l'explication précédente; elle peut être à une pression bien moindre et à un état de rareté excessive : elle ne chauffe donc plus le liquide, comme cela aurait lieu nécessairement si elle le supportait, comme on ledit.
On Voit qu'une discussion altenlive des phénomènes étudiés par M. Bouligny : 1° confirme pleinement la belle découverte de M. Faye, celle de la puissance répulsive, à dis-