LIVRE II, CHAPITRE I
un ressort qu'on tend ; c'est l'effort nécessaire pour déterminer cette déformation qui arrête rapidement le mouvement. Si le corps est élastique , cet effort continue et rétablit , mais en cens inverse, le mouvement qu'il avait détruit : le mouvement ici ne naît donc pas immédiatement du mouvement antérieur, puisqu'il en est séparé par une période infiniment courte de repos absolu. Si le corps est mou , il reste déformé ; l'effort cesse et le repos dure après le choc.
Lorsqu'une bille en mouvement en frappe normalement une autre égale et en repos , deux phénomènes différents peuvent se présenter : 1° si les billes sont élastiques , la première perd tout son mouvement, et la seconde prend un mouvement égal ; 2° si les billes sont molles, elles gardent après le choc une vitesse commune de moitié moindre. 11 semble qu'ici il y ait soit échange, soit partage immédiats de mouvement : c'est cependant là la plus étrange des erreurs. Au moment où la bille, élastique ou non, touche l'autre , toutes deux commencent à se déformer, comme deux ressorts qu'on appuierait l'un contre l'autre ; l'effort nécessaire pour cette déformation diminue d'abord de moitié le mouvement de la première bille et produit cette même moitié de mouvement dans l'autre ; à cet instant il y a égalité de vitesse , de même qu'il y avait repos à cet instant du choc sur le plan immobile. Si les billes sont élastiques , l'effort continue ; les deux sphères reprennent rapidement, mais non instantanément, leur forme, en s'appuyant l'une sur l'autre ; et en revenant à zéro , l'effort produit dans cette seconde période le même effet que dans la première : il diminue et réduit à zéro la vitesse de la première bille ; il augmente d'une autre moitié la vitesse de la seconde bille, qui a acquis alors le mouvement initial entier. Il n'y a, comme on voit, aucun échange immédiat de mouvement. Si les billes sont molles, leur déformation reste permanente, l'effort .qui l'avait occasionnée cesse , et les billes gardent une même vitesse , de moitié moindre ; mais ici encore, il n'y a
point du tout passage immédiat du mouvement de Tune dans l'autre.'
De toutes ces négations , dont la rigueur est évidente , il en résulte une unique et radicale :
Jamais le mouvement de la matière ne se communique immédiatement à d'autre matière.
Ici s'arrête notre travail d'élimination et de réfutation^ ici nous sommes amenés, bon gré malgré, aune affirmation synthétique ; car nous avons à chercher ce qui remplace le mouvement en partie ou en totalité détruit par le choc, ce qui manque dans un corps lorsque , par son rapport avec un autre corps , il le tire du repo*; ce qui manque , par exemple, dans le ressort de l'arbalète , dans les gaz de la poudre, lorsque ces corps ont mis en mouvement le projectile etc.