LIVRE II, CHAPITRE II
On a classé fréquemment les forces en moléculaires et en générales. Les premières étaient sensées n'agir que de molécules à molécules , ou d'atomes à atomes , et à des distances insensibles, sinon infiniment petites; les autres, au contraire, étaient sensées agir à toutes dislances, et entre les corps eux-mêmes. Une semblable classification doit être abandonnée définitivement : 1° elle est purement subjective, relative à nous, en ce sens, que ce que nous appelons dislance insen-
sible peut être immense par rapport aux dimensions de l'atome lui-même, quoique nul par rapport à nous; 2° elle est, si l'on peut s'exprimer ainsi, en opposition avec les habitudes de la nature, qui ne fait rien par saut brusque; il n'y a aucune raison plausible pour admettre, en partant de ces habitudes, que ce qui agit énergiquement à une distance 1 , cesse absolument d'agir à une distance 2 ; la marche des fonctions qui représentent l'intensité d'une force peut être excessivement rapide, mais elle ne peut être considérée comme brisée. 3° Enfin, cette classification est contraire aux faits, qui nous apprennent aujourd'hui que les forces réputées moléculaires agissent à distances sensibles et entre les corps. Mais en dehors de toute hypothèse, il s'établit parmi les principes intermédiaires une division naturelle des plus saillantes , qui nous oblige à les séparer en deux groupes : 1° l'action de la force gravifique est toujours et partout indentique à ellemême : deux masses matérielles s'attirent éternellement avec la même intensité à une même distance ; et c'est pour cela que, confondant un effet avec une Cause, on a maintes et maintes fois voulu faire de l'attraction une propriété de la matière; 2° l'action de la force calorique et de la force électrique, au contraire, est essentiellement variable. Un
corps peut être électrisé ou retomber à l'état neutre; il peut être plus ou moins chaud , il peut être plus ou moins lumineux; une barre d'acier peut être aimantée et désaimantée. Le coefficient par lequel nous pouvons exprimer V intensité de la répulsion calorifique n'est pas autre chose que la température des corps, qui peut varier du zéro absolu jusqu'à une limite indéfinie.
Nous devons donc classer les éléments intermédiaires : en forces à intensité constante, et en forces à intensité variable.
Lés circonstances qui accompagnent la variation de ces dernières nous révèlent en elles un mode de manifestation spéciale, un second attribut, qui suffirait à lui seul pour légitimer la dénomination générique d'ÉLÉMENT intermédiaire.
Tout le monde le sait : la température des corps tend sans cesse à s'égaliser ; un corps électrisé tend sans cesse à partager sa tension avec les autres corps non électrisés (ou moins électrisés). En un mot, V intensité de la force calorique et de la force électrique tend constamment à s'équilibrer partout, et s'équilibre en effet, lorsque les conditions nécessaires sont remplies.
Pendant que cet équilibre s'établit, le calorique et la lumière se manifestent sous la forme dite rayonnante, et l'électricilé sous la forme que nous appelons courant électrique ou galvanique. Cet énoncé est général, car la chaleur qui se propage dans l'intérieur des corps peut être considérée comme un rayonnement intermoléculaire, et V étincelle électrique peut être considérée comme un courant de peu de durée qui se fait à travers l'espace vide (de matière). Les conditions nécessaires au rétablissement de l'équilibre sont aujourd'hui, en grande partie du moins, admirablement élucidées en physique; nous n'avons pas un mot à en dire ici qui ne soit connu de chacun. Et nous n'avons à nous occuper que du mode de rétablissement de l'équilibre en lui-même.