LIVRE II, CHAPITRE II
des molécules d'un corps dans des plans parallèles entre eux, et perpendiculaires à l'axe de l'aimant.
Cette conception hardie du génie d'Ampère est-elle la traduction des faits , ou en est-elle simplement une image aussi élégante dans la forme que commode pour l'analyse mathématique? Le sens de la réponse est assez indifférent, car nous allons voir que si ces courants circum-moléculaires existent, ils sont, en tous cas, d'une autre nature que les courants ordinaires.
1° Un aimant qu'on met en contact avec un barreau d'acier non aimanté, transforme celui-ci lentement en un aimant permanent sans rien perdre lui-même. Si donc le magnétisme est dû à des courants électriques, il faut en conclure : 1° que ceux-ci préexistent autour des molécules de l'acier (et de tous les corps) ; 2° que l'action de notre barreau ne fait que les placer peu à peu dans des plans parallèles entre eux; 3* enfin que, quand à l'aide d'un courant hélicoïdal externe, nous aimantons un barreau de fer ou d'acier, ce courant externe ne provoque point de nouveaux courants autour des molécules du fer, mais dirige simplement ceux qui existent déjà. Cette dernière proposition est pleinement confirmée par ce fait : c'est que les courants d'induction ne se produisent qu'au moment de la jonction ou de la rupture do circuit électrique , et qu'au moment où l'on approche ou qu'on éloigne un aimant de son armature ou d'une bobine d'induction. Le courant induit n'est donc pas dû à une impulsion donnée par le courant primitif , mais il est simplement dû à un changement dans l'état dynamique général provoqué par ce courant , ou par l'approche d'un aimant.
2° L'armature d'un aimant fournit du travail externe ou en coûte lorsqu'elle s'approche ou s'éloigne des pôles de cet ai* mant (machines électro-magnétiques et magnéto-électriques). Si l'attraction ou la répulsion magnétique étaient liées immédiatement à l'existence de courants circum-moléculaires, la
vitesse de ceux-ci devrait varier : elle devrait diminuer lorsque l'armature s'approche, et devenir même nulle au moment du contact; elle devrait s'accroître lorsque l'armature s'éloigne. Or, bien qu'un anneau d'acier complet qu'on ai mante dans le sens circonférentiel constitue pour nous un corps à l'état parfaitement neutre, il n'en est pas moins vrai que la polarité magnétique y est développée, puisque, si on le coupe en deux, on a deux aimants. D'ailleurs l'attraction et la répulsion magnétiques sont en raison inverse du carré des distances : cette loi toute géométrique, qui montre que l'intensité de l'action dynamique est proportionnelle à la surface que voit chaque point doué de la polarité magnétique, nous apprend , par conséquent, que l'état magnétique en luimême ne varie point avec la distance du corps attiré ou repoussé. Il résulterait de ces deux considérations que si l'action magnétique était due à des courants circum-moléculaires, la vitesse de ceux-ci serait constante, et aussi immuable que leur existence même.
Nous sommes ainsi amenés à conclure tout naturellement que ce que nous appelons magnétisme est un état du principe électrique, et qu'il ne relève pas du tout de la continuité du mouvement électrique. 11 existe, en un mot, entre l'attribut force électrique et l'attribut mouvement électrique, une connexion de succession , mais non de continuité. L'attraction ou la répulsion magnétique est tout àjait identique à l'attraction et à la répulsion dont est capable l'hélice électrique : elle est provoquée par un courant, mais elle dure ou elle ne dure pas, selon qu'elle est éveillée dans un corps magnétique ou dans un corps non magnétique; et dans ce dernier cas il est évident que la continuité du courant est nécessaire pour la maintenir.
Ce que j'ai été obligé de démontrer si longuement, quant aux deux modes de manifestation de I'élément intermédiaire électrique , nous est déjà démontré implicitement quant au