LIVRE II, CHAPITRE II
calorique. Nous avons vu que la tendance qu'ont, par exemple, les molécules d'un gaz à s'écarter , que l'élasticité et la pression de ce gaz ne relèvent d'aucun état de mouvement interne. D'un autre côté , il y a évidemment un mouvement calorifique intermoléculaire dans un gaz qui s'échauffe ou se refroidit sans changer de volume , et par ses seules relations avec des corps à une autre température que la sienne. Il y a donc encore ici succession, et non parallélisme entre les deux manifestations de l'élément intermédiaire.
Le mode mouvement disparaît en provoquant un accroissement d'intensité dans le mode force, ou réciproquement, cette intensité diminue en donnant lieu à un mouvement calorifique.
L'attribut force et l'attribut mouvement sont, en fin mot, deux modes de manifestation , deux états dont est capable un même élément intermédiaire : états qui peuvent se substituer l'un à l'autre, mais qui ne constituent point l'existence de Télément; ces deux états peuvent être ou ne pas être, sans que le principe qui en est capable se trouve en quoi que ce soit diminué dans son existence. Mais pas plus que quoi que ce soit, ils ne peuvent naître ou cesser d'être sans cause. L'attribut force se manifeste par la tendance qu'il donne à deux points matériels à se rapprocher ou à s'éloigner l'un de l'autre. Si ces deux points se meuvent effectivement dans le sens où ils sont sollicités, il eslyclair que la force qui les sollicite épuisera sur eux son action et que son intensité devra s'abaisser; si les deux points marchent dans le sens opposé , l'action de la force sera augmentée, et son intensité devra s'élever. L'intensité de la force, ainsi abaissée ou élevée, ne pourra évidemment être modifiée sans cause; il faudra, pour la rétablir, qu'il s'opère dans le principe intermédiaire un mouvement du dehors au dedans, ou dedans au dehors, et ce mouvement lui-même sera nécessairement proportionnel à l'énergie dynamique qu'il vient augmenter ou diminuer. Dans tous ces
phénomènes il n'y a en définitive ni consommation ni disparition de quoi que ce soit : il y a substitution et succession d'états les uns aux autres.
Par leur nature transcendante, les éléments intermédiaires échappent à nos sens , et leur existence ne se révèle à nous que par leur aptitude à se manifester comme forces proprement dites ou causes de l'attraction et de la répulsion des parties matérielles, et par leur aptitude à se manifester comme mouvement : c'est au fond ce dernier mode qui nous les fait
apparaître comme chaleur, lumière, électricité Lorsque
donc, par exemple , le mode mouvement calorifique cesse dans un corps en y donnant lieu au mode force calorique , et que celle-ci, à son tour, épuise son action en tirant de leur repos tes molécules d'un corps, ou en surmontant l'action d'une autre force sur ces molécules , il n'y a que de simples
substitutions d'états les uns aux autres , et les mots de consommation ou de disparition de chaleur n'ont plus qu'un sens tout à fait subjectif ou relatif à nous, et ils ne peuvent en rien concerner l'existence du principe intermédiaire qui cesse de se manifester à nos sens.
Ces dernières considérations , dont la clarté doit frapper tout le monde, nous donnent une idée très nette de ce qu'est la forme du mouvement d'un élément intermédiaire.
Ce principe, disons-nous, échappe par sa nature même aux conditions finies du temps et de l'espace. Toute idée de masse, de densité, de divisibilité, de compressibilité etc., qu'on essaierait d'y ajouter, mène droit à l'absurde; en aucun sens , ce principe ne peut être comparé , même à titre de pure image, à un gaz dilué. En aucun sens non plus, on ne doit le confondre avec ce qui avait été appelé jusqu'ici Yéther; l'éther de l'ancienne physique n'est autre chose qu'un gaz dénué de l'inertie des parties matérielles des gaz ordinaires, mais compressible comme eux, susceptible d'être localisé en quantité, et par conséquent commandé par des forces. L'élément inter-