CHAPITRE IL
Dans les pages précédentes, nous avons eu à examiner si l'une des affirmations les plus essentielles de la synthèse naturelle est à la portée de notre intelligence. Et nous avons reconnu qu'en ce sens du moins, ce que la raison, s'exerçant sur l'analyse des faits aujourd'hui bien étudiés, nous dit être l'expression de la vérité , la raison est aussi capable de le concevoir.
Ici, nous avons à nous placer à un point de vue beaucoup plus subjectif encore, ou, pour parler le langage ordinaire, à un point de vue beaucoup plus humain.
Ce n'est plus telle ou telle proposition isolée que nous avons à mettre en face de la raison pour juger si celle-ci est condamnée à accepter ce qu'elle ne conçoit pas ; c'est toute la synthèse que nous avons à placer en face des aspirations de notre être intelligent , pour voir si elle y répond ou si elle les heurte.
Comme pure question de faits, notre synthèse constate la coexistence dans l'univers inanimé de deux classes d'éléments, formées chacune d'individus distincts , ayant à la fois assez de qualités identiques pour former un groupe naturel, et assez de qualités différentes pour se spécifier parfaitement.
Dans I'univers animé, nous trouverons bientôt une troisième classe d'éléments tout ausssi différents de l'élément intermédiaire que celui-ci l'est de la matière elle-même.
Cette multiplicité de principes constituants divers répondelle aux idées que nous nous faisons en général de la simplicité des procédés de la nature? On serait tenté d'en douter, si nous partons des jugements émis de tous temps par les philosophes, et si, de nos temps surtout, tious acceptons comme correct le point de départ même de la plupart des ouvrages qui , de près ou de loin , touchent à la métaphysique de la nature.
Je l'ai dit dès les premières pages de ce livre, tous ces travaux, quelquefois si contradictoires pourtant , arborent une même bannière.
C'est au nom de l'unité des procédés de la nature qu'ils arrivent a priori à l'unité des forces et à l'unité de la matière.
Je ne reviendrai plus sur la question de fait en elle-même ; elle est maintenant jugée pour nous. Les tentatives d'unification ont abouti, ou à une doctrine morte-née, les réductions de tous les phénomènes possibles à de simples mouvements