‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 98 sur 183 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

mouvement auxquelles on arrive dans la mécanique céleste lorsqu'on analyse le cours d'une planète supposée unique et très petite, autour d'un soleil supposé unique aussi. Cette simplicité semble même se continuer dans la réalité lorsqu'on se contente d'un aperçu approximatif. C'est grâce à cette simplicité approximative et apparente que le génie de Keppler a pu apercevoir et formuler les propositions fondamentales auxquelles son nom est resté attaché, et si ce grand homme, qui n'était guidé précisément que par des idées préconçues sur l'harmonie de la nature, avait vu la réalité comme l'homme peut la voir, il eût peut-être rejeté comme fausses ces mêmes propositions. Que devient, en effet, cette simplicité des lois , lorsque de l'approximation on passe à l'exactitude absolue , soit au ppint de vue de l'observation , soit à celui de l'analyse? N'a-t-on pas douté longtemps de l'exactitude de la loi de la gravitation universelle, en raison d'un grand nombre de perturbations qui n'avaient pu être déterminées dans leur cause jusqu'à Laplace et Lagrange? Newton lui-même , qui pensait que l'intervention de la volonté du Créateur est nécessaire de temps à autre pour rétablir l'harmonie sidérale, Newton n'eût-il pas douté et de sa propre découverte et de la simplicité de la nature, s'il avait connu dès l'abord l'existence de toutes ces perturbations , dont la cause lui était restée inconnue?

La simplicité de la nature, évidemment est ailleurs que là où nous la cherchions, et il faut lui donner un autre nom. Cette immense complication des mouvements que l'astronome est obligé de décomposer en parties distinctes et supposées indépendantes les unes des autres, cette complexité, que nulle équation algébrique ne représentera jamais dans son ensemble, se résume finalement en un ordre, en une sécurité parfaite; la stabilité du système solaire est à jamais assurée : le désordre apparent se résout en une unité harmonieuse. Voilà où est la simplicité de l'œuvre et voilà ce qu'elle est.

Cette simplicité n'est point celle de notre arithmétique^ c'est celle de l'art. Entre l'unité que crée notre esprit et celle que réalise la nature, existe l'intervalle qui sépare l'intelligence limitée de l'homme de la pensée infinie que résume la création.

Et maintenant , ce qui est vrai quant aux lois de la nature , c'est-à-dire quant à l'expression de la forme des phénomènes^ est-il autre quand il s'agit des éléments constitutifs à l'aide desquels ces phénomènes s'accomplissent? Évidemment non ; et c'est ici surtout que nos idées prennent un caractère toul à fait subjectif. Nous voulons à toute force trouver la simplicité de la nature dans la réduction du nombre des éléments dont elle se sert; à ce compte, là plus vraie des doctrines, la seule vraie même , serait celle qui n'admet qu'un seul élément, toujours et partout identique à lui-même, la matière; c'est ce qu'a compris une école philosophique entière en Allemagne, où l'on a du moins le courage d'accepter une doctrine jusqu'à ses dernières conséquences. Ici encore nous voulons faire de l'arithmétique là où la nature fait de l'art; nous imitons un peintre qui croirait arriver à l'unité dans son œuvre en réduisant le nombre de ses couleurs : nous nous écartons, en un mot, de la grande pensée synthétique que résume l'univers.

Mais, scientifiquement parlant, et c'est le seul point de vue où l'on ait le droit de se placer, la détermination du nombre des principes constituants de l'univers est une question de faits, une question toute objective. Nous avons prouvé qu'en tout système on est condamné à admettre au moins deux forces distinctes agissant sur la matière ; l'étude rigoureuse des phénomènes nous a conduits ensuite à admettre, pour le moment , du moins trois forces ; mais quand nous en eussions trouvé mille, nous ne serions pas en droit d'en retrancher une seule en partant de nos idées préconçues , et nous n'aurions pas le droit d'inférer quoi que ce soit contre la

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