LIVRE IV, CHAPITRE II
simplicité des moyens de la nature. Car la vraie simplicité atteinte dans la nature, c'est que précisément la diversité des éléments et des lois converge en un tout harmonieux , que l'homme ne peut qu'admirer, mais qu'il ne peut concevoir a priori.
L'unité de l'art et l'unité arithmétique ne peuvent être confondues sans déraison. Chercher l'unité de la nature dans l'identification des éléments constitutifs qu'elle met en œuvre, c'est, je le répèle, soutenir qu'un tableau ne saurait être un qu'à la condition d'être peint avec la même couleur. Ici se pose comme principe fondamental l'épigraphe de tout ce livre :
« L'unité d'une de nos œuvres d'art unie et l'unité de cette « œuvre infinie et admirable qui s'appelle l'univers, résultent cde l'harmonie dans la diversité des parties, et non de l'idenc tification de ces parties. »
Que notre synthèse naturelle, qui est sortie spontanément de l'étude impartiale des faits, nous paraisse simple ou non , nous n'avons point à nous en préoccuper. Nous pouvons être certains que si elle est vraie, elle est réellement simple, c'est-à-dire douée d'une unité harmonieuse au point de vue de la nature réelle des choses dans leur ensemble.
Une réflexion critique trouve sa place ici , bien qu'elle anticipe en quelque sorte sur notre exposition.
J'ai dit que, parmi les personnes qui proclament aujourd'hui l'unité des forces et des éléments matériels, un grand nombre sont mues par un sentiment très élevé, quoique faux , de la nature. Il est permis de faire ressortir une contradiction des plus étranges où tombent cependant ces défenseurs de l'unité arithmétique dans la nature. La plupart d'entre eux, sinon tous, sont sincèrement spiritualistes , c'est-à-dire qu'ils admettent (et ils seraient désespérés de se tromper en ce sens) que chaque homme est doué d'une unité animique spéciale qui le dislingue de tous ses semblables ; beaucoup d'entre eux sont même assez justes et assez logiques pour admettre
chez tout être vivant quelque chose de supérieur et de spécifique qui le constitue dans l'échelle vivante. Cette grande affirmation est développée comme l'expression de la vérité dans tout ce livre.
Où donc est ici l'unité tant cherchée et désirée? Pourquoi et de quel droit admettrait-on dans le monde physique, dans l'univers inanimé, une identification générale qu'on serait désespéré de trouver dans l'univers animé , dans le monde vivant? 11 suffit de signaler une pareille contradiction pour nous autoriser à rejeter des assertions qui ne reposent absolument que sur notre manière individuelle de sentir.