‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamiqueChapitre 110 sur 171 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

mais elle agit d’après un plan antérieur, de manière à atteindre un but tracé à l’avance. Une école de négation soutient sur tous les tons et sous toutes les formes que la plupart des organes ne sont chez l’étre vivant qu’une conséquence de l’action du milieu ambiant; qu’un animal qui vivrait dès l’origine dans les ténèbres absolues n'aurait pas d’yeux, etc. etc. Le fait est possible, il est même hautement probable, quoiqu’il soit beaucoup moins général et moins bien démontré qu’on ne l’avance ; mais ce qui est faux au plus haut chef, c’est la conclusion qu’on en a tirée. Si un organe ne se forme que là où il peut fonctionner, si un œil ne se développe que là où brille la lumière, il n’y a absolument que deux conclusions à eu tirer : ou le milieu ambiant, la lumière par exemple, est une force intelligente agissant à l’égard de l’être vivant en conformité de sa plus grande somme de facultés et de bien ; ou la puissance organisatrice qui réside dans l’être vivant est elle-même une intelligence qui n’exécute que ce qui peut servir actuellement, que ce qui peut être utile dans le milieu donné. Entre ces deux suppositions notre choix ne peut être douteux. Ce qui serait vrai de l’organe de la vue, par exemple, devrait l’être de tous, de celui de l’ouïe entre autres. L’oreille devrait finir par manquer là où il n’y aurait pas de son. Mais, tandis que, grâce à la splendide harmonie de l’univers, la lumière y est en quelque sorte un fait normal et continu, et pourrait à la rigueur être considérée comme une force créatrice, le son, dans notre atmosphère, n’est qu’un accident, un phénomène passager, auquel, en dépit de l’obstination d’un système, on ne pourrait sans déraison adjuger une intelligence organisatrice. Un serait donc réduit à admettre que c’est l’air qui organise l’oreille en vue des vibrations qui peuvent se produire dans son propre sein: auquel cas, l’œil ne devrait non plus finir par s’atrophier dans la nuit, puisque la lumière n’est qu’un mode d’un élément partout répandu! Si la puissance organisatrice est une force transformée , perfectionnée, parvenue à

un état supérieur, il est en tous cas certain qu’elle existe telle quelle, et sous forme spécifiquement définie, dans ce globule microscopique, dans ce germe qui, en se développant, deviendra la plante embaumée, l’oiseau-mouche, ou l'homme dans toute sa grandeur. D’élément général partout répandu , elle se serait transformée en un élément localisé, individualisé, en une unité indivise; elle aurait perdu tous les attributs qui en faisaient une force.

11 est une loi fatale imposée à tous les êtres vivants, aux plus robustes comme aux plus débiles, aux plus grands comme aux plus petits, aux plus intelligents comme aux plus simples, au génie comme à l’idiot. Cette loi a été exploitée sous toutes ses faces par les écoles de négation ; elle semble donner gain de cause à l’école pandynamiste dont, en ce moment, nous discutons les affirmations. Examinons la à notre tour avec toute l'attention possible.

Le moins qu’on puisse dire d’un être vivant, c’est qu’il constitue une machine, c’est-à-dire une réunion de pièces diverses formant un ensemble appelé à exécuter certaines fonctions plus ou moins multiples, plus ou moins complexes. Ceci est vrai de la plus simple des plantes comme de l’homme. Mais celte machine diffère déjà étrangement en un sens de toutes nos machines. En effet, loin d’être construite par une main étrangère, elle exécute elle-même tous ses organes, elle les approprie au milieu ambiant.

L’être vivant, quel qu’il soit, naît d’un germe; son organisme, ce que le vulgaire appelle son corps, s’augmente graduellement en aspirant certains éléments choisis dans le monde externe. Il atteint une certaine grandeur, qui varie assez peu d’un individu à l’autre d’une même espèce, placé dans les mêmes conditions. Arrivé A cette forme -limite , il accomplit les fonctions auxquelles il est appelé, pendant un temps dont la durée est mesurée, et varie elle-même assez peu pour les individus d’une même espèce, placés dans les

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