‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamiqueChapitre 34 sur 171 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

voulons remonter à la cause, à la nature même de la force en jeu.

Nous n’avons pas à chercher ici encore comment nous devons concevoir cette force, ni bien moins encore à chercher ce qu’elle est : nous avons simplement à déterminer ce qu’elle n’est pas et où elle n’est pas.

Deux corps tendent l’un vers l’autre en raison inverse du carré des distances qui séparent la totalité de leurs parties , et en raison composée de la quantité de matière qui les forme.

La première partie de l’aflirmalion, vérifiée aujourd’hui rigoureusement jusqu’aux limites qu’atteint l’observation, nous apprend que la cause de l’action s’étend à l’infini, et que son intensité seule varie relativement à deux points matériels quelconques que l’on considère. C’est le caractère que nous trouverons à toutes les forces, même à celles que l’on avait appelées moléculaires. La cause, quelle qu’elle soit, de l’attraction universelle est donc partout dans l’espace infini , et ne peut, en aucune hypothèse, être appelée une propriété de la matière.

La seconde partie de l'ailirmation , vérifiée aussi aujourd’hui jusqu’aux dernières limites qu’atteint l’observation, nous apprend que la tendance de deux points matériels l’un vers l’autre ne dépend en rien absolument de la malièi-e interposée.

Elle dit, en effet, que chaque partie matérielle d’un corps tend vers les parties d’un autre corps ou vers les autres parties du corps lui-même, comme si chacune de celles-ci était isolée , que le poids d’un corps détaché que nous considérons à la surface de la terre est dû à l’action de toutes les parties terrestres considérées isolément ; d’où il résulte que la cause quelconque , en vertu de laquelle ces parties semblent s’attirer, agit à travers les corps eux-mêmes, comme s’il ne s’y trouvait pas de matière ; que , par exemple , deux corps considérés isolément aux extrémités d’un diamètre de notre terre

242 UNIVERS INANIMÉ

sont sollicités l'un vers l’autre, absolument comme si le globe

n’était pas interposé.

Il découle de là deux conclusions capitales :

1” La tendance de deux points matériels l’un vers l’autre, étant indépendante de la matière interposée , ne peut plus être attribuée à de la matière en repos interposée et échappant à nos sens.

2* Si la tendance de deux points matériels l’un vers l’autre est due d’une manière ou d’une autre à une impulsion donnée par des particules matérielles invisibles en mouvement dans l’espace, il faut que ces particules traversent les corps aussi bien que le vide, et qu’elles aillent, toujours en même nombre et avec une même vitesse , pousser chaque partie matérielle comme s’il n’en existait aucune autre. Pour qu’une telle condition puisse être satisfaite, il faut donc qu’il existe une action élective et réciproque entre les particules en mouvement et chacune des parties de matière en repos qu’elles sollicitent au mouvement. Cette action élective , s’exerçant à distance , serait elle-même une attraction : ceci revient, comme on voit, à expliquer un fait par un autre identique, et non expliqué.

De ces considérations très simples , sur lesquelles je crois qu’on nes’estjamais assez arrêté, il découle incontestablement:

Que l’attraction réciproque de deux corps matériels ne peut être attribuée ni à de la matière en mouvement ni à de la matière en repos.

III. Nous pourrions nous borner à l’argumentation précédente, dérivée en entier de l’étude des faits , s’il ne s’agissait pas d’un sujet sur lequel se sont, dès l’origine, exercés les efforts des hommes les plus éminents. Telle que la question se présente , nous ne saurions , au contraire , l’aborder sous trop de faces.

Le point de vue nouveau , mais toujours expérimental, sous lequel je vais l’étudier maintenant, nous conduira d’ailleurs à des résultats généraux éminemment utiles.

LIVBE II, CHAPITRE I. 248

Le soleil , non-seulement attire les planètes, les satellites, tous les corps, en un mot, de notre système solaire, mais envoie en même temps , et dans toutes les directions de l’espace , des Ilots de lumière et de calorique; de plus, il agit à titre d'aimant sur les corps magnétiques , et par suite sur les courants électriques que ncftis produisons ou qui se produisent naturellement à la surface de la terre.

L’espace infini ou , pour mieux dire, les espaces stellaires, sont donc indubitablement occupés par quelque chose.

Faisons de suite une remarque de la plus extrême importance. Si l’on avait pu démontrer que ces espaces sont occupés par de la matière à un état très rare , par un gaz d’une densité excessivement faible , on ne serait nullement en droit d’en induire, comme on a déjà prétendu le faire, que l’ensemble des relations du soleil et des corps de son système relève de cette matière , car les argumentations que j’ai présentées ci-dessus au sujet de la gravitation, celles que je présenterai bientôt au sujet du calorique etc. , subsisteraient encore dans toute leur force.

Si, au contraire, nous arrivons à démontrer que les espaces stellaires ne renferment point de matière diluée, nous serons bien obligés de conclure que le quelque chose qui les remplit , que le principe de relation du soleil , des planètes et de tous les autres corps célestes est d’une nature totalement différente de celle de la matière.

Les astronomes n’ont jamais jusqu’ici pu trouver rien , absolument rien qui, dans les perturbations des planètes ou de leurs satellites , puisse être attribué à une résistance aux mouvements de ces corps , dérivant de quelque obstacle matériel qui se trouverait dans l’espace. On objecte qu’en raison de la rareté de la matière répandue dans l’espace et en raison des masses relativement énormes des corps du système solaire, les perturbations dérivant de ces obstacles pourraient être tellement faibles qu’elles échapperaient à l’observation et à

UNIVEns INANIMÉ.

l’analyse mathématique. Je vais montrer qu’en ce qui concerne la gravitation supposée due à un principe matériel , cette objection n’a plus la moindre valeur.

Supposons que l’espace soit occupé partiellement par des particules de matière disjointes , indépendantes les unes des autres, douées de vitesses aussi grandes qu’on voudra d’ailleurs, et se mouvant chacune en ligne droite dans toutes les directions imaginables. Allons beaucoup plus loin , et supposons que ce soit à ces particules qu’est dû le phénomène de l’attraction newtonienne : c’est la seule hypothèse légitime lorsqu’on se refuse h faire de l’attraction quelque chose d’externe à la matière et de radicalement différent d’elle.

Nous avons reconnu que, dans cette manière d’interpréter, il faut concevoir les atomes en mouvement ou en repos comme doués d’une élasticité parfaite , autrement dit comme possédant en eux-mêmes le principe dynamique nécessaire pour les tirer du repos lorsqu’ils y sont rentrés par suite d’un contact réciproque ; nous avons , de plus , reconnu que cette conception est fausse et que l’atome n’est pas élastique. Dotons-le cependant de nouveau de cette qualité essentielle, et voyons où cela nous conduit.

Un corps (ou plutôt toutes les parties matérielles formant un corps supposé unique dans l’espace) recevra dans tous les sens possibles des impulsions égales. Le corps pourra donc rester en repos indéfiniment. Si , au contraire , deux corps séparés par un intervalle grand ou petit se trouvent en présence , nous pourrons concevoir qu’en vertu de l’impénétrabilité de la matière , les particules en mouvement qui iraient frapper une partie quelconque de l’un des corps, s’il était seul, soient arrêtées et repoussées sans perte de vitesse par les parties de l’autre corps.

Deux parties quelconques infiniment petites a et b des corps A et B n’étant plus frappées sur leur ligne de jonction et sur leurs faces en regard, mais l’étant toujours en sens contraire

Page 1