L1VI1E II, CHAPITRE I
il rentre de plein-pied dans la physique. Ici le cercle de la pensée pure est coupé par celui de l’observation , et si nous voulions nous tenir dans le premier, nous n’aboutirions plus qu’à des rêves.
Nous disposons aujourd’hui de trois démonstrations rationnelles et expérimentales , qui nous donnent une solution identique et des plus claires.
I. En tout premier lieu , l’atome matériel est invariable en volume cl absolument non élastique. C’est ce que j’ai démontré de plusieurs manières très-différentes, sous forme analytique , dans la plupart de mes derniers travaux sur la thermodynamique, et sous forme élémentaire, page 210 de ce volume. L'atome manque de l’une des qualités essentielles que requiert l’interprétation discutée ici. I, 'atome n’étant point élastique, les atomes propulseurs hypothétiques, qu’on invoque pour expliquer la gravitation, ne pourraient rebondir sans perte de vitesse, après leur choc contre les atomes en repos qu’ils sont censés pousser les uns contre les autres. En un mol, le principe dynamique d’où relève le mouvement annulé au moment du choc n’existe pas dans l’atome : donc ce n’est pointa des mouvements d'atomes invisibles que peuvent être attribués les phénomènes d’attraction ou de répulsion réciproque des corps ou des atomes en général.
II. Ne nous bornons point à celte démonstration si péremptoire pourtant ; on pourrait y objecter que je suis parti d’un fait : la non-élasticité de l’atome matériel , que l’on pourrait contester.
Je dis qu’aucun phénomène proprement dit d’attracliou ou de répulsion ne peut être attribué à un mouvement de parties matérielles invisibles. Je vais maintenant spécifier et prendre un exemple particulier d’attraction.
Depuis ces derniers temps , les penseurs les plus éminents ont une tendance à ramener tous les phénomènes d’attraction
UNIVERS INANIMÉ
el de répulsion à la seule attraction gravifique ou newtonienne : je reviendrai bientôt sur cette réduction.
Occupons-nous dès l’abord aussi de cette force universelle. Elle relient les corps célestes dans leurs orbites, elle maintient la matière même de ces corps dans la forme qu’ils affectent; elle rend pesant el retient tout ce qui se trouve sur notre terre : elle semble même y retenir notre imagination , car elle est en quelque sorte la seule force sur laquelle on ait, avec la plus extrême sobriété, sans doute, tenté les explications figuratives.
Quelques mélaphycicns ont avancé que lu gravitation pourrait fort bien n’èlre qu’une hypothèse, et que c’est même comme telle que Newton l’avait présentée. C’est là, je le pense du moins, la plus étrange méprise, à la fois historique el scientifique , qu’il soit possible de commettre.
La partie réellement hypothétique de lu grande aflirmalion de Newton a consisté à ramener à une même cause celle qui fait que les corps pesants sont retenus à la surface de la terre et tombent vers le centre dès qu’ils sont libres, et celle qui relient la lune dans son orbite, et à étendre ensuite la même cause aux mouvements curvilignes des planètes autour du soleil ; comme les mots attraction, gravitation, pesuntcur u'impliqucnl aucune explication , mais seulement un fuit qui est ou qui n’est pas, ils ne peuvent non plus impliquer aucune hypothèse sur la nature même de la cause qui détermine la tendance de deux corps à se rapprocher. Si Newton avait connu l’expérience réalisée bien plus lard par Cavcndisli, s’il avait reconnu par une observation directe que toute matière tend vers une autre qui en est séparée par un intervalle sensible, il n’eût certainement pas prononcé le mot d 'hypothèse en posant la proposition sur laquelle il a édifié la mécanique céleste.
La tendance de la matière vers la matière est un fait pur et simple : l’hypothèse commence seulement lorsque nous