EXPOSÉ HISTORIQUE DES TRAVAUX QUI ONT PRODUIT LA DÉMONSTRATION
DË LA mSERYATlON PARFAITE DES GRAINS DANS DES SILOS SOUTERRAINS A PAROIS METALLIQUES
Li Ai^liMilLUlib iiiiKMÉTIQUES.
La publication de documents propres à porter dans tous les esprits la conviction qu'il existe un moyen économique et certain pour la conservation des grains, tire des circonstances
actuelles un intérêt qu'elle n'aurait eu peut-être au mcme degré à aucune autre époque.
Par la nouvelle législation des céréales, notre pays vient d'entrer dans une expérience que l'avenir, il faut l'espérer, couronnera de succès. Le commerce des grains est libre sur nos frontières. Les grains poui i oiit stu tir et entrer sans obstacles dans tous les temps. Mais cette liberté, qui, dans la conviction de ceux qui Font demandée, ne peut qu'inaugurer pour la France une ère de bien-être et la fin des souffrances extrêmes qu'y renouvellent sans eessc les vai iations des ré* coites, est pour beaucoup d'autres un sujet de graves préoccupations.
Tous sont d'accord pour reconnaître hautement qu'un bon procédé de conservation des grains introduirait dans la question qui ies sépare un élément nouveau et des plus considérables. Tandis que les économistes, qui n'attendent rien que d'une liberté sans limites, y voient un moyen de plus ajouté à ceux dont la liberté dispose, ce moyen, aux yeux des autres, doit avoir pour effet d'opposer la liberté elle-même au lai$s&i passer et laissez faire^ dont ils redoutent Fimprévoyance et les excès.
Le premier et le plus immédiat effet de la conservation des grains, devenue véritablement une grande pratique, doit être en effet d'associer le producteur, le consommateur et le commerçant dans une commune faculté de vendre et d'acheter au mieux de leurs intérêts. Celle faculté, on peut dire sans exai^ératioQ que le commerçant l'a seul dansi'ctat actuel des choses, et encore ne la possède-t-il que très-imparfaitement. Celui qui ne peut pas conserver est-il libre de vendre ou de ne pas vendre? Est-il libre d'adieter, si ce n*est pour consommer ou ])Our revendre immédiatement? Celui qui ne peut liarder qu à grands frais et avec des chances assurées de déchets et de dépréciation^ a-t-ii dans les mains une valeur avec laquelle il puisse attendre? Le propre de toute marchandise stable est de pouvoir fournir une base de crédit. Pourquoi l'agriculteur, pourquoi le commerçant en grains lui-même, surpris par une baisse, ne peuvent-ils pas emprunter sur du blé, de l'orge, de Tavoine, des légumes secs, c'est-à-dire sur les produits dont le retour à des prix élevés est le plnsassuré, sur ceux que les caprices de la mode ou les changements dans les habitudes atteignent le moins? Pourquoi le warrant rcsle-t-il pour eux une lettre morte, si ce n'est parce qu'ils n'ont pas des moyens pour conserver ces produits intacts, et les mettre sous une forme qui [ uisse être facilement livrée en garantie?
Or, c'est cette forme (juc nous venons offrir : celle d'un vase peu coûteux, qu'on remplit de grain et où le grain se conserve
sans déchet, sans dépréciation et sans frais. On peut Je fermer comme une caisse ; on peut y apposer des scellés; nulle
matière, sans exce[)tcr les métaux précieux, n est plus inaltérable et n'offre un nantissement plus sûr que ie bié ou les autres grains conservés dans les silos qui ont été l'objet des travaux que la présente publication est destinée à faire connaître.
« Un procédé d'ensilage écououiique etcertaindans ses eifots «serait la fondation du crédit agricole, » a dit Téminent économiste qui personnifie, pour ainsi dire, le triomphe dans notre pays des principes du libre échange ^ Ce ne serait pas moins
une base Uc crédit toute nouvelle pour le couiinerçaut eu grains.
Et quant au consommateur, son intérêt, à la solution de ce grand problème, nous paraît en même temps tellement le premier de tous et si manifeste, qu'il faut en laisser résidence
en quelque sorte livrée à ellc inêine. A nos yeux, cet intérêt immense n'est pas seulement dans l'équilibre des prix du blé ou dans l'amoindrissement de leurs écarts, ni dans la suppression des chertés- qui imposent la faim au travailleur et à ses enfants, comme des bas prix qui imposent la gène et la ruine aux dispensateurs (lu travail agricole, feriniers et propriétaires, et, par eux, à tous ceux qu'ils font travailler. Cet équilibre, cet amoindrissement, cette suppression nous paraissent, relatiyement à la conservation des grains, des effets aussi nécessaires que ceux des forces naturelles les plus indomptables. Mais nous voyons, dans le silo conservateur, peut-être beaucoup plus eneore : nous y voyons la plus immédiate, la plus productive et la plus sûre des caisses d'épargne. Quel peuple à l'abri de la misère et de la faim ce serait que celui oh tout homme qui travaille se ferait, comme la fourmi ouvrière, sa provision de blé, et celle de sa famille, de Télé pour l'hiver, et des jours d'abondance pour les jours de disette !
* Michel Chevalier, Journal des Débats, 26 juillet 1856.
Jetons seulement un coap d'œil sur le côté politique de la question. Avec la faculté de conserveries grains et d'emprunter à des conditions favorables sur les gi'ains conservés, personne
pourra-t-il accuser la liberté d'imporlcr en tous tea][)s d ùLi c un principe de ruine pour l'agricullure et d'arrôt pour la production des céréales ? Si l'agriculteur n'est plus forcé de vendre pour ne pas voir le produit de ses plus importantes récoltes se perdre et se dépréder dans ses gi-eniers, ou pour se proenrer de l'argent, à quelques conditions quece soit, l'introduction des blés étrangers à bas prix peut-elle avoir un autre eU'et que d'aecrottre nos réserves? Et la liberté d'exporter en temps de hausse ne doit-elle pas être nécessairement une source de richesses plus féconde encore, si, au lieu de ne s'ap|jliquci' qu'aux produits mal récoltés d'uue mauvaise année, ou à des réserves trop faibles et déjà dépréciées» elle embrasse je trop-plein de toutes nos années d'abondance, conservé dans son intégrité?
Nous voici pour la sixième fois, depuis moins de quinze ans, au commencement d'une année de cherté, et le libre commerce va se trouver exposé de nouveau à ce reproche, après avoir pris à la France ses blés à vil prix, d'avoir besoin pour les lui rendre de prix qui sont la source de cruelles souffrances. Et si ces prix, si ces souffiances sont inévitables, ce que nous ne pouvons nous résoudre à croire, du moins faudrait-il que le produit en restât chez nous. Nous allons peut-être payer de nouveau SO et 35 francs Thectolitre, dans quelques mois, ce que nous avons donné pour IG francs, il y a deux ans. La France a exporté 15 millions d'hectolitres de froment en 1858 et 1859, pour 240 millions de francs; l'importation ne les lui rendra pas; elle ne pourrait, dans aucune hypothèse, les lui rendre qu'à la condition qu'elle payerait à l'étranger, outre ces 240 millions qu'elle vient d'en recevoir, 240 autres millions. Donner deux pour qu'on nous rende un; nous condamner à l'exportation et à l'importation forcées avec perte de
moitié quand nous pourrioDS nous suffire à nous-mêmes : Toilà le commerce que nous faisons et le seul que nous puissions faire avec nos moyens actuels. Nulle année peutêtre ne fut plus propre k mettre ce fait en relief que celle où nous sommeSt parce qu'aucune autre n avait encore été précédée d'exportations aussi considérables. Qu'on veuille . bien se représenter notre pays, notre agriculture à Theore qu'il est, n'ayant qu'à ouvrir leurs greniers pour y trouver 15 à 20 millions d'hectolitres de blés de 1858 et 1859, frais comme au sortir de Tépi, et revenant à 18 ou 19 francs Thectolitre, et la cause de la conservation des grains sera gagnée dans les esprits qui pourraient encore y rester rebelles.
Enfin, il est une troisième question qui vient d'ôLi con quelque sorte posée à nouveau, et que l'introduction dans la pratique d'un bon système d'emmagasinement des blés est peut--étre destinée à résoudre. C'est celle des réserves dites administratives ou réglementaires. Il y a quelques mois, on pouvait la . croire résolue par les approvisioDoementsdela boulangerie avec le concours des caisses de service; le travail d'écbauffement et de fermentation qui s'est produit, cette année, dans les maga« sins h blés et à fàrines, a montré que ce n'était là qu'une solution illusoire et insurfisantc. Tl est maintenant prouvé que, avec les procédés de conservation en usage, la France ne peut être approvisionnée par la réglementation que pour quelques jours de consommation seulement. Des réserves d'aussi peu d'importance, après avoir pesé d'un poids. très-lourd sur la boulangerie par les Irais excessifs qu'elles occasionnent, après avoir compromis la qualité du pain parleurs altérations, fournissent plus de prétextes pour des plaintes et des récriminations sans fin de la part d'un commerce ou trop craintif ou trop avide, qu'elles n'introduisent de ( (nitrc-poids dans les oscillations des mercuriales et de sécurité dans l'esprit des populations.
L'administration municipale de Strasbourg vient de permettre l'enlèvement complet des blés formant Tapprovision*
nment de sa boulangerie, à cause de Uétat de fermentation dans lequel ils se trouvaient ; celle de Toulouse avait déjà pris ce parti depuis longtemps, et ni Tune ni Tautre n'ont cru pouvoir décider à l'avance que rapprovisionnement serait renouvelé. L'administration municipale de Paris elle-même a été saisie, il y a quelques semaines à peine, de la ques» tion de savoir si le principe des réserves réglementaires doit être abandonné on maintenu.
Soit que le soin d'approvisionner le pays doive être laissé à la seule action libre dos producteurs et des commer^^nts^ ou que l'initiative privée, si faible et si lente cbez nous^ rende nécessaire pour quelque temps encore l'intervention du gouvernement par la réglementation , c'est l'imperfection des moyens ordinaires de conservation qui crée la situation où nous sommes. Un journal qui jouit d'une juste autorité dans ces matières vient de le déclarer très-bautement en disant, à propos de la mesure prise à Strasbourg :
« Il est probable que la réserve, une fois consommée, ne a sera plus reconstituée. Quels sont les services qu'elle a ren- « dus à la ville ? Voilà que les boulangers sont autorisés à la « consommer, et en même temps les blés baussent à Stras- « bourg comme ihiiK-, le reste du j)ays. C'est que, en effet, une
« MARCHANDISE QUI, PAR LA FORCE DëS CHOSES, N EST PAS CONSERVÉB « ET NB PEUT PAS ÂTBE CONSERVÉE UANS UN ÉTAT CONVENABLE NE « PEUT EXERCER SUR LE MARCHÉ UNE GRANOE INFLUENCE^»
Ainsi, sans diminuer en rien l'importance des considérations que les partisans comme les ennemis des réserves réglementaires empruntent à la politique ou à l'économie sociale f on peut dire que, à llieure qu'il est, la^ question se trouve transportée sur le terrain technique^ et ramenée à celle des moyens de conservation.
Montrons donc qu'il en existe un qui remplit toutes les con-
' Echo agricole f 3 août 1861.
BXFOSB HISTORIQUE. 7
ditioosdu problème, etqu'il ue reste plus qu'à en faire usage. Ce moyen, disoDs-le tout de suite, est eelui qu'ont employé les plus grands [icaiiies de Fontiquité, eeloi que Ton emploie encore dans les pays où les grains sont le plus exposés à la fermentation et aux ravages des insectes : c'est la conservation en silos souterrains, l'ensilage* Mais hâtons-nous d'ajouter, pour que personne ne puisse s'y méprendre, que c'est rensilage perfectionné, mis en harmonie, pour nos climats, avec les principes de la science et avec les moyens de construction particuliers à l'époque actuelle.
Je n'apprendrai à personne ce que désignent, d'une manière générale, ces mots silos et ensilage; mais Fensilage auquel se rapporte ce qui vient d*étre dit et ce qu'on va lire est exclusivement celui que j'ai cru devoir désigner sous le nom d'fiNSUAGB BATiONNEL DES GRAINS. Je u'ai pas trouvé d'autres termes pour exprimer qu'il repose essentiellement sur l'emploi raisonné de toutes les conditions de conservation que peut offrir le procédé qui consiste ù logé!* les gi ains dans des excavations sous terre. 11 importait qu'il (ùt distingue nettement de Tensilage empirique, imitation hasardée, incomplète et irraisonnée de pratiques que, comme je le prouverai plus tard, on ne connaissait même pas lorsqu'on tenta de les inli'oduire sous des cliiu.ils loul diflérents de ceux où elles donnent des résultats utiles. L'ensilage empirique a échoué eu France, et ne peut qu'y échouer de nouveau, s'il y est jamais l'objet de nouvelles tentatives. Le but que je me propose est de montrer que, au contraire, l'ensilage rationnel y devait réussir, qu'il vient d'y être soumis pendant sept ans à toutes les épreuves possibles, et qu'il y a toujours réussi. On reconnattra, j'ose l'espérer, que peu de perfectionnements auront été plus mûrement préparés ou plus sérieusement éprouvés avant de réclamer leur place dans la pratique.
Âtin de faire passer plus sûrement cette conviction ai utile pour le but que je me propose, dans l'esprit de ceux qui me
8 wrrRomrcTiotr.
liront, je crois devoir leur présenter sous la forme historique, Texposé des trairauz dont on verra les résultats attestés par les documents authentiques qui font l'objet principal de
la présente publication. Si ce procédé analytique a TinconvénicDt de rendre la démonstration moins serrée, en laissant entrevoir les tâtonnements et les incertitudes qu'un travail de onze années a nécessairement dû admettre, il aura l'avantage de montrer mieux révolution d*nne pensée née des donoi os les plus certaines de la science , et iiouvsulvie incessamment jusqu'à sa réalisation entière, b'ii m'oblige à parler trop souvent du peu que j*ai fait par moi-même, j*y trouverai dés occasions précieuses pour montrer combien j*ai été encouragé et aidé par des hommes éminents, dont le nom et le suffraîre seront la plus grande des recomnriandations pour appeler l'attention publique sur les résultats que je veux faire •connattrei et sur les principes qui y ont conduit. •
OHglae àm «e« tevauf pa«wil«r néoMlre mur VmmUmgp.
de Itt conserratloii «•«termine des gnilM* •Iceiêé da cmUm lal-mème? imperméabilité de» eHYeloppes ) heroétieité abs«lae dec Êmnmmtmmm»
En 1850, à la suite d'une enquête suscitée par de nom**
brcuses plaintes sur les pertes que l'alucile faisait éprouver à Tagriculture do pliisieuis de nos départements du centre, M. Dumas, alors ministre de l'agriculture et du commerce, voulut inaugurer l'enseignement delà zoologie agricole, dont je venais d'être chargé à l'Institut agronomique, en m'envoyant étudier cet insecte au point de vue des causes de son dcveloppenjent, et des moyens de mettre un terme à ses ravages. Telle est l'origine des travaux dont je vais retracer brièvement l'histoire.
BXPOSé HISTORIQUE. 9
Il est impossible qu'oo se livre à une étude comme celle doDt j'étais chargé» saus reconnaitre immédiatement que les moyens actuellement en usage pour loger et garder les grains no répondent véritablement pas au premier des besoins de toute grande industrie^ qui est de conserver ses produits intacts jusqu'au moment d'en tirer le meilleur profit possible. C'est Fétat actuel de la conservation des grains, ce sont nos greniers actuels, encore à l'élat primitif dans la plui»ai l de nos exploitations agricoles, quMl faut accuser de rimpossibilité où nous sommes de faire des réserves; c'est parce que nous laissons nos blés exposés à l'air et aux variations de rhumidilé et de la température, que la fermentation et les insectes destructeurs s'y développent; c'est parce que ragricuUeur ne sait pas loger ses récoltes à Tabri du vol, de l'incendie et des autres causes de perte et de dépréciation, qu'elles ne sont pas une valeur dans ses mains, et qu'il ne peut s'en faire de l'argent qu'en les vendant au prix qu'il en trouve'. Gomment ne pas être frappé de la contradiction
' La question de la formation des réserves et du pvH sur consignation de grains a été l'objet d'une discussion approfondie dans la huitième session du Congrès central d'agriculture (18^1, séance du 14 avril). Le Congrès dut recon- ' naître qu'avec les moyens d'emmagasinement actuellement en usage, et les dispositions lé^'alos sur la consignation qui en sont la conséquence, il ne pouvait y avoir là pour l'agriculture qu'une source d'illusions. La Banque de France, un an auparavant, avait proposé un |)rèt de 15 millions à 4 pour 100 sur les yrains pris comme nantissement. .M. lîriaune, qui a consacré sa vie à l'étude de ces questions, et en a fait le sujet d'uu ouvrage très-important, fit voir au Congrès que ces dispositions si libérales avaient nécessairement dû rester stériles. Prises exclusivement en vue de secourir ragriculture, tout ce qu'elles avaient produit, c'était un prêt de quelques mîllioDS, sur les farines que la boulangerie de Paris tenait en réserve au grenier d*abondaneê. M. BarraJ, de son côté, montra que le taux dMntérét, qui n*eût été réellement que de 4 pour 100 pour la Banque de Fraoce, s'augmentait pour l'emprunteur par les frais de transport et de dépôt, dans des magasins spéciaui, d'expertise, de magasinsge, de peilçtage, de nettoyage» d'assurance, par les déchets, par la dépréciation, à ce point qu'il pouvait dépasser 25 pour 100 dans des cas déterminés.
Le Conseil conclut par des vœux adressés au gouvernement pour que la ques*
10 iimtomicTioif • .
qui existe entre un pareil état de choses et cette donnée si simple et si nette de la science, d'après laquelle une matière comme le blé doit se conserver absolument, si elle est renfermée sèche dans un vase parfaitement clos à une basse température? Coaioieut ne pas se demander pourquoi le blé se ijàte et pourquoi d'autres substances se conservent dans des conditions en apparence identiques? Et lorsqu'on s'est adressé des questions qui touchent à d'aussi grands intérêts, comment ne pas se ^laisser aller à y chercher une réponse?
La mission dont je viens de parler a duré deux ans, pen- . dant lesquels je n'ai pas fait moins de neuf voyages dans le
(lépai lement du Cher et dans les dépai'tenients environnants, pour y poursuivre mes observations et mes expériences. Ëa même temps, et pour les éclairer, des recherches se conti- nuaîent sans interruption dans le laboratoire de zoologie de rinstitnt agronomique , où j'avais, dans mon préparateur , M. Hudelo, un collaborateur aussi zélé qu'habile.
J'ai fait connaître les résultats de ces travaux de 1850, 1851 et 1852 dans mon Mémoire sur l'alueiie des céré<UeSf . V étendue de ses ravages et les moyens de les faire cesser \ Un chapitre y est consacré à l'ensilage. Je m'y suis efforcé de montrer que, de tous les moyens auxquels on pouvait songer pour empêcher les grains d'être dévorés par les insectes^ c'était
îion des réserves et toutes celles qui s'y rattachent fussent l'objet d'une élude approfondie. Lé premier de ces vœux est eonçu dans les tenues suivants :
« !• Que le gouverne ment suit invité à faire élmiier, sur une échelle .sMfîisanle € et avec toute la rigueur des méthodes scientifiques, les divers inuyens de con- « servalioD des grains et des farines. » ((lonifrès central d'a^'ricullure, huitième session, p. lOSetsuiv.) — Voir aussi l'ouvrage de M. Briauoe, Du [yri^ des grains j du libre échange^ et des réserves j etc. 1857.
^ Publié dans les Annales dê VtnsiUut agronomique^ p. 269 et «uiv., et en volume séparé, iQ-8^ de liO pages. Le chapitre de reosfiage a été publié par le Journal d^agrieultiin protiguep en mars et avril I8S5, comme un Mé-* • moire à part, avec des notes empruntées au voyage (|uc je venais de faire en Espagne ei en Algérie.
EXmé HISTORIQUE. il
celui sur lequel il était pennis de fonder les plus grandes espérances, parce qn*îl devait offirir, dans une seule et trèssimple pratique, la solulion complète du problème de la i naservation des grains. Alais on y voit exposé en môme temps que tout restait à faire pour introduire celte pratique dans notre agriculture , et qu*ii faudrait, avant tout, la subordonner à des principes dont on n'avait véritablement jamais encore tenu conîptc. Ce*- principes auxquels la connaissance des faits les plus vulgaires conduit non moins clairement que la science elle-même, sont les suivants :
V Que les grains, pour se conserver dans des silos ou aU«* leurs, doivent être dans un ccrlaiu tlal de siceité ;
2° Que les silos ne doivent donner accès ni à riiumidilé; quelle que soit son origine, ni à l'air atmosphérique ;
3** Que les silos doivent être souterrains, parce qu'une température basse comme celle des caves et des puits ne favorise ni le développement de la lermenlatiou, ni l'activité et la multiplication des insectes. *
£n termes généraux, la conservation doit être le produit de l'influence combinée de ces trois conditions; mais il se peut aussi qu'elle soit due à la prédominance d'une seule. C'est ainsi que du blé peut échapper à la fermentation, malgré la présence de Tair et une température élevée, s'il est à un très-haut degré de siccité.
L'ensilage des grains avait été discrédité par des expériences malheureusement célèbres, et l'espèce d'agitation dont il fut Tobjet à une autre époque n'avait abouti qu'à'des insuc-' cès ou qu'à des essais de perfectionnement demeurés stériles. Je montrais, dans le mémoire dont je viens de parler, qu'il ne fallait s'en prendre qu'à l'esprit d'empirisme qui avait dirigé les uns elles autres, et à des fautes que réprouvent les faits de la pratique, non moins que les données et les théories de la science.
Je n'avais pas trouvé à citer un exemple d'ensilage exécuté
ratioanellement, c'est-à-dire dans lequel^ après les avoir étadiées, on se fût efforcé de remplir les conditions physiques de la conservation des grains en vases clos. Mon r61e se bornait
donc nécessairement à mou li er que la question n'était pas jugée, comme les praticiens semblaient malheureusement avoir le droit de le croire. C'est ce qu'expriment deux eooclusions qui résument toute cette partie du Mémoire sur VahidU des céréales, savoir :
a 1° Ou'il n'existe pas, dans la science ni ailleurs, un fait, « un seul fait qui prouve contre la possibilité d'employer « chez nous Tensilage à la conservation des grains ;
« 2* Que tout démontre, au contraire, que du blé sec ensilé (( (l:nis des conditions propres à le mettre à l'abri de Thumi- (c dite extérieure» n'éprouverait pas plus d'altération que du f» bois sec, du sable ou de la craie. »
Une circonstance m*avait surtout beaucoup frappé : c'est que, cette pratique de Tensilage, sur laquelle les affirmations et les
faits se heurtaient dans des contradictions inconciliables, nous n'en avions véritablement presque aucune connaissance. M. de Lasteyrie, dans son mémoire justement célèbre sur les fosses à grains S n'avait guère réuni que des assertions éparses dans les auteurs, et des on dit reeueilHs rapidement en voyageant; à peine avait-il fait par lui-même quelques observations incomplètes sur les silos* 11 n'avait étudié nulle part l'ensilage
* De» foêses propre* à la ecmnvation ân ffrains et de (a maniéré de Ut cofMfrylr«, ptx 11. le comte de Laateyrie^ 1819 ; Imprimerie royale.
EXPOSE HISTORIQOB. 43
d'une manière sérieuse, ni dans les pratiques au moyen desquelles il s'exécute, ni môme dans les résultais qu'il proeure. La seule conclusion rationnelle qu'on puisse tirer de cette publieatiun, sans que M. de Lastcyiie, en ait moins eu l'incoutestable mente d'appeler ie premier, et tbrtement, l'attention publique sur l'objet qu'il avait en vue, c'est que le blé peut se conserver sous le sol. Les faits qu'il a réunis avec trop peu de critique, conduiraient à penser que la terre dans laquelle on enfouit du blé peut être, presque iiidilïi iciianent, perméable ou imperméable, sècbe ou humide j que le silo peut être voisin ou éloigné des eaux souterraines; que» dans les terrains même lesphis humides, une couche de blé gâté se formant autour des masses ensilées les préserve contre toute altération ; que le silo peut être fermé ou laissé en communication avec l'atmosphère. Un autre auteur \ qui cependant avait séjourné en Estramadure, vint renchérir encore sur ces données étranges; un silo garni intérieurement d*un revêtement imperméable ne devait pas, d'après ses iuiuiiiiaiions, conserver mieux que celui qui restait accessible à l'humidité du sol et aux actions atmosphériques, la terre conservant le blé par une action propre et indépendante de ce que la science regarde comme les principes premiers de toute conservation des substances organiques. M. de Lasleyrie, je dois me hàler de le dire, avait eu la sagesse de comprendre que quelques précautions devaient pourtant être utiles, et dans son projet de silos» il avait introduit l'emploi des revêtements en maçonnerie ; mais M. Ternaux, moins prudent ou peut-être plus lo^âque, crut devoir se conformer rigoureusement aux prétendues données de la pratique. C'est dans un terrain pénétré d*eau, c'est sans moyens pour préserver les grains contre l'humidité du sol ou de l'atmosphère que se firent ses trop
* Mémoire iur reiut'te^e du gnmt, |»irll. l*** (M. lourdaÎD), ancieD directeur des subsîelaDoes des années, publié en dans les AnniUei dé Pogrieultwe frtmçaiu^ S" série, t. VII, p. 388.
14 nmoDucTKMr.
fameux essais d*enailage, qui refroidirent Topinion publique après l'avoir passionnée pendant plusieurs années * .
Cet état de confusion et dignorance m'avait suggéré les réflexions suivantes dans le mémoire que j'adressai à l'administration pour lui rendre compte de la mission dont elle m'avait chargé :
« L'ensilage paraît avoir eu de grandes applications, à de «certaines époques, dans les temps passés, et il y a encore
« des peuples chez les(juels il est de pratique courante pour « Fagriculture : c'est là un fait connu de tout le monde, mais « dont il me semble qu'on a pas su tirer parti. On a beaucoup ir écrit sur les silos ; on a mille fois répété ce qu'on croyait en s savoir, d'après des renseignements recueillis avec bonne foi, <r mais sans eriliquc; norsonno ne paraît avoir songé, même « à 1 époque où celte quesliou a le plus agité les esprits, < qu'il pouiTait être utile d'envoyer quelqu'un appliquer à « Tensilage, partout où il se pratique avec succès, les moyens « d'observation dont la science dispose. Ce qu'une pareille « étude nous apprendrait sur les soins que Ton emploie pouf « l'établissement et la construction des silos, pour le choix et « la préparation des grains^ pour leur introduction, pour la « surveillance è exercer après que les silos ont été fermés, ce 0 qu'elle nous ap[)rendrait sur la din éo possil)lc cl l'efficacilc « réelle meuie de ce mode de eonservatioo, nul ne saurait le « dire avec certitude ^. C'est à prton, et sans un seul fait à c l'appui, que nous attribuons à la sécheresse du climat et du « sol la réussite de l'ensilage dans les contrées chaudes, et
*rat lu dans ud compte rendu, inséré dans les bulletins d'une Société d'agriculture, que Touverture des siloB de Saint*Ouen avait attiré jusqu'à plus de trois mille personnes^ et des témoins oculaires m*ont attesté que ce nombre pouvait n*étre pas exagéré.
* On yerra^dans les deux passages que je cite de mes rapports sur Tengilage en Espagne et en Algérie, que robservalion a pleinement confirmés, depuis, les prévisions que je n^osais exprimer ici que sous forme de doutes. (Documents, etc. 1. V Ensilage dans la Tima de Uu barras. Voir la table.
BXPOfii HISTORIQUE. 15
«cette raison doit évidemment êti'O écartée, quand il s'agit « des Pays-Bas , du nord de l'Ailemagne, de la Pologne, du « Danemark et de la Suède. Quel est le degré d'homidîté du a grain dans ces cliuiaîs? Y cst-il moindre ou plus élevé que A dans le nôtre? Nous rignorons* I^ous croyons savoir seule- « ment que l'ensilage réussit presque partout, excepté chez « nous, où il a trop souvent échoué, pour mériter quelque «t confiance. Les efforts qui ont été faits dans ces dernières € années ^ pour doter notre agriculture d'un système de « crédit sur consignation de grains, et auxquels il n'a « manqué qu'un mode de conservation qui n'entraînât pas € des pertes et des dépenses énormes, montrent assez que c nous ne devons pas rester {)lus longtemps dans cet état « d'incertitude sur un système qui, s'il ne mérite pas d'être « définitivement repoussé, pourrait donner des résultats sus* « ceptibles d'avoir, pour le bonheur du pays^ d'éblouissantes c conséquences. »
C'était un a[>|)el pour de nouvelles recherches, et je fus assez heureux pour le voir compriset exaucé immédiatement. Sur le rapport qui fut fait de mes travaux précédents à M. le ministre de Tagriculture et du commerce, par M. de Monny de Mornay, alors chef de la division de Tagricullure, je reçus l'invitation de former une nouvelle demande pour être mis à mémo de les continuer sans perte de temps ' . Tout le monde sait la part considérable qui revient k M. de Monny de M ornay dans rimpulsion donnée depuis quinze ans par TBtat à TagricuUure; un des éloges qui lui sont dus, est d'avoir ac-
• Ce fut M. Heurlier, conseiller il EUl el prédécesseur tic M. de Monny de Mornay dans'fai direction générale de ragriculliire, qui m'adressa cette invitation, le 14 juin 18^2» devant mes collègues réunis \Hnir une inspection qu'il était Tenu faire dea laboratoires de rinalitut agronomique. 11. Heurtier voulut bien me dire dans les termes les plus pressants que des Iravatix qui intéreasaient une question aussi importante ne pouvaient pas rester inachevés, et qu'il fallait demander à 11. le ministre les moyens de les continuer dans la direction que je croirais la plus avantageuse.
cueilli avec une bienveillance toute particulière les hommes de scieûce qui sont allés lui demander les moyens de poursaivre des recherches pouvant conduire à un progrès agricole. Je lui deyais déjà d*ayoir vu ma première mission se continuer pendant deux années entières; je dus encore, à l'intérêt que lui parurent avoir mes premiers résultats, cette mission nouvelle, et les moyens de la continuer quelque temps encore, après la suppression de Tlnstitut agronomique.
Je demandai que l'on m'envoyât étudier la pratique de l'en* silage là où elle s'est conservée, et rechercher ce qu'elle put être dans les temps anciens. Les circonstances ont malheureusement borné ce voyage de recherches à FEspagne, à un petit coin du Maroc et à l'Algérie; mais lorsque je rentrai en France, le programme tracé dans le passage qu'on vient de lire était déjà assez rempli pour que toutes les prévisions indiquées, troi» timidement peut-être, dans mon mémoire, se trouvassent justifiées. Je rapportais la preuve que la pradque et les faits se montrent partout d'accord et non dans une flagrante contradiction avec les données et les théories de la scieuce. J'avais rencontré des restes de silos et d'entrepôts qui montrent que l'ensilage fut employé par les Romains et par les Maures ans: temps de leur splendeur, pour fiiire des dépôts de grains et des approvisionnements dont l'importance n'a pas été exagérée; mais ces restes prouvcm en uicniL' temps que la pratique de l'ensilage à laquelle ils durent ces beaux résultats ne fut pas celle que l'on tenta de populariser chez nous il y a quarante ans. On pourrait même presqne dire que ceile^ci n'existe nulle part, et elle n'existe nulle part en effet sous la forme piijuilive et grossière qu'on lui a trop souvent attribuée. Nulle part le silo n'est un simple trou creusé dans un terrain sans choix où le blé puisse séjourner indéfiniment sans surveillance et sans soins; les* succès, vraiment dignes de ce nom, qu'obtient dans quelques localités privilégiées le silo^ qui n'est qu'une excavation dans le
sol, il les doit à un état de siecité des grains inconnue sous nos * climats, et à one imjperméabiUté pour i'air et poar l'eau que présentent quelques terrains seulement, très-peu étendus» même en Espagne et en Afrique. On n'a pas pu m'indiqaer dans la première de ces contrées plus d'une dizaine de localités ou de petits pays dans lesquels ou pratique Tensilage dans des silos sans roTètements intérieurs.
Je regrette YÎTement de ne pouvoir donner dans leur entier mes deux comptes rendus de celle nouvelle mission adressés à M. le miuiëU'ede l'agriculture el du commerce, l'un de Seville, l'autre après mon retour en France^ et qui contiennent rhistoii*e de la conservation souterraine des grains en Espagne et dans le nord de TAfrique. J'en extrairai seulement, pour les nicUiv l'ii tôti' <les docuinenls que celle notice précède, les deux chapitres dans lesquels j'ai fait connaître l'ensilage tel qu'il se pratique aujourd'hui en fisbramadore, et les restes qui subsistent encore des silos dans lesquels les flfaures d'Ëspagne logeaient les appro?isionnements de leurs grandes et riches capitales*. Voici d'ailleurs en quels termes j'ai résumé, dans une autre publication % les observations que j'ai eu loccaiiioa de faire dans ce voyage de recherches.
<r La conservation souterraine des grains eut autrefois la «ode
de reDsitagB
« plus i^iaudu importance ('conoiiiiinic, cl clic e^t ciicorc eu eaE*paAii« ^ ^ ^ ^ el eo Allriquc.
« usage aujourd hui dans plusieurs contrées. Cependant nous « n'en savons quelque chose que par les assertions d'auteurs « ou de voyageurs qui n'en ont jamais fuit l'objet d'un examen « sérieux. €es assertions sont souvent contradictoires, et sou-
« vent aussi en opposition formelle avec les données les plus « positives de la science. Je crus doue nécessaire d'aller étudier
* Doomnents Nlatibàl*eiuilag«, etc. I. L'SniUage en Eanunaiure; II. USn^ tikge dhes lit Mawret dfSipagne.
* Sœpoii det primiptt $t d«t fmU sw tetqu^ repow le neueeau ti/êtème de eomervation du grain$ par l^entUage, ettivide quelque déiaUi «ur Veaojpirimoe en tgraid dont il va ^re f 06^. 1854.
18 lllTROBOCTlOlf.
« l'ensilage dans les restes qui subsistent encore des greniers « où les Romains et les Maures enfouissaient leurs immenses «< réserves de blés, et dans les pratiques actuelles des popula- «r fions qui ont pris leur place en Espagne, en Afrique, à Malte,
« en Sicile, en Italie; d'aller voir si ces pratiques ne se rattache- « raient pas, comme on l'a insinué bien des fois, à quelque a principe de conservation inconnu ou à quelque condition irc réalisable sous nos climats. Tel fut Tobjet d'une mission que a j'obtins de M. le ministre de ra^iiculliu e et que je remplis a pendant Tété et l'automne de 1852. Elle a eu pour résultat « de montrer que la conservation des grains dans les silos ne (t repose pas sur d'autres principes que ceux reconnus par la « science ; que les terrains n'exercent aucune influence spét< claie, n'ont aucune [iropriété singulière ou en dehors de leurs « conditions physiques les mieux connues; qu'il en est de même « de l'atmosphère et des saisons de l'année ; que, en particum lier, les grains renfermés ne se réveillent pas au printemps, « comme on Ta dit, pour fermenter et germer; que l'humidité « des terrains, le degré d iiu perméabilité des parois, l'exclusion < de l'air, la température et 1 état des grains ont seuls une « influence; que le degré et la durée de la conservation c sont liés à ces circonstances, comme nous voyons tous les " phénomènes naturels les mioux étudiés l'ôtre à leurs causes « physiques, et par les mêmes lois de proportionnalité. Là où fc les conditions théoriques sont remplies, dans les silos, la couc servation des grains est parfaite et de longue durée; partout <c au contraire où elles manquent, toutes on quelques-unes « seulement, les grains se conservent mal, ou môme s'altèrent « dans un temps très -court. Quelques exemples vont suiiire (T pour mettre ces faits si capitaux hors de doute, un^emio silosdeTauger etdcla plainedes Smélas, prèsd'Oran,
ei ^ermSbie, « sont aussi Imparfaits que le furent ceux mêmes de M. Ter-
le grain no 8e i . , i • Uî
conserve pas. « naux. Ce sont des trous pratiques dans un lerram meunio, c poreux et pénétré d'humidité, simplement bouchés avec
« dd la paille et une pianchette ou une pierre recouverte de <r tem« Le grain né peut pas s'y garder plus de deux ans, et il
< y est quelquefois entièrement gftté avant la fin de la pre-
ir mière année.
« Au contraire, les silos de la Tierra de los barros, en Estra- " conserve « madure, sont creusésdans un dépôt desable lié par une argile "^'lèrral'a « ferrugineuse compacte et presque imperméable. Ils conser- mj^SSiiSie. 4c yentleblétrois; quatre, cinq ans etmémepluS) suivant qu'il « est plus ou moins sec. Oo prolonge cette conservation en vice dantles silos chaque année pour exposer le blé au soleil, et re- « DouTeler la couche épaisse de paille dont on garnit les parois,
< dans le but de retenir rhumidité qu'elles cèdent lentement à « la masse ensilée. J*ai vu environ deux mille de ces nlos à « Alniendialejo et à Villafranca. Quinze ou vingt ont été vidés « sous mes yeux, et j'ai pu en faire vider un moi-même avec
< tontes les précautions nécessaires pour y bien reconnaître «r l'état du grain dans toutes ses parties. Sa eontenance était de w 275 hecloliti iiS; et le blé y était renfermé depuis quatre ans.
« On voit déjà combien était fausse cette préoccupation qui « dirigeait manifestement M. Ternaux, que la cobservation « devait être obtenue par le fait seul de Tenfouissement. L'im- « portance qu'ont le choix du terrain et de l'emplacement « m oiit été signalés pat iout, en Esiiamadure, à Tanger, en « Algérie, et partout ces deux conditions setraduiseut, même « pour les yeux les moins observateurs^ par le plus ou moins « d'imperméabilité, l'éloignement des eaux souterraines et « l'écoulement superficiel des eaux pluviales.
« La conservation dans de simples cavités creusées en terre n doii « ne se prolonge nulle part au delà de six ou huit ans. Les f^jjg^^
pen 4i»
mMIIA du temiii
« blés y perdent leur faculté de germer au bout d'un, deux ou
« trois ans, et contractent après trois ou quatre un goût et une «
, 1 < I 1 «uiKiin «M
« odeur nui lis lont toniours rccumiaïU c, ei Iciiv otcnt de leur bonne
^ enveloppe en
« valeur. Mais cette durée est beaucoup plus longue à Rota. « petit port sur la terre ferme, en face de Cadix; au dire des ét """^^
« habitantSy elle y serait même tout à fait illimitée. Les silos « de Rota sont des caves en maçonnerie excelleote, établies « an sein d'un dépôt argilo-sîlieeux rouge (barro rtt&ro)eomme
« celui de la Tierra de losbarros ; V\ïï\imvniûiih\\iié di\ terrain et «t celle de la construction se complètent Tune par l'autre. La « plupart de ces caves sont sous les rues de la ville, et pro* « tégées contre l'infiltration des eaux pluviales par une couche 4t épaisse de mortier de chaux recouvert lui-même d'un excelcf lent pavage. Un tampon un pierre scellé à la chaux en ferme « rorifice. Leur nombre ne s élève qu'à quatre-vingt-dix ou « cent, par suite du peu d'étendue et de Tépaisseur variable <i du dépôt, qui n'occupe qu'une partie de l'espace recouvert « par la ville elle-même, de telle sorte que, dans une petite cité «f de huit ou dix mille âmes, on voit Tensilage pratiqué avec a succès ' à Tune des extrémit|^ , impossible à Textrémité « opposée. Les habitants disent eux-mêmes que cela tient tt à l'humidité naturelle et à la perméabilité de la couche a marneuse inférieure au barro rubro , et qui forme le cf sol impropre aux silos. La maçonnerie ne su tilt pas pour « exclure cette humidité. Lorsque, en creusant une fosse *t pour y construire un silo, ils rencontrent la couche per- « méable, c'est un travail perdu; ils referment la fosse et rea commencent à côté, en évitant de traverser une seconde lois « le dépôt imperméable.
* Ce qui inc [)araU, surfout aujourd'hui, coulribuer au succès des silos de Hota, c'est la siccité des grains, qui y est extrême, comme partout eu Espagne. La preuve que rhumidilé y pént;ire îi travers les parois se trouve dans la nécessité où l'on est de les revêtir d'une couche de paille Irès-épaisse, qui se trouve humide cl pourrie après uq temps plus ou moins long. On verra que les silos vérilablemenl inaccessibles à rijunudile du su! n'exigent aucune précaution de ce genre, et que le grain immédiatement en contact avec leurs parois s'y retrouve aussi sec et aussi sain que le reste après un temps quelconque. 11 est permis d*>fllmier que des blés contenant, comme les nôtres, IK à 18 pour iOO d'eau, ne se conserreralent pas lonf^emps dans les silos de Rota.- Les blés ensilis en Espagne» au mois d'août, au fur et & mesure qu^on les dépique, ne conUenuentque 7 à 40 pour lOOd'ean.
BXPOSB HISTOBIQUB*
« 11 existe en Ëspagae d'anciens silos creusés par les Maures, ^ c et qui prouvent que ce peuple do reculait pas devant les plus C grandes difficultés pour exclure rhamidité extérieure. J'ai J^^;!;^^"^ « visité ceux d'Âlcala de Guadayra, 'près de Séville. Ce sont « des cavités taillées dans un grès compacte et très-dur, sans « assises et sans fissures. J'en ai vu dix-sept, et il en a été « trouvé, assnre-t-ou, plus de cent dans la même localité, c Celle que j'ai mesurée a plus de 10 mètres de profondeur a et une contenance d'au moins 3,000 hectolitres.
« Les Romains mettaient en œuvre pour leurs greniers sou- ^ « terrains toutes les ressources de leur habileté merveilleuse « dans Tari des constructions en maçonneries. J'ai pu exa- « miner plusieurs de ces greniers auprès d*Oran et à Arzen. « lis étaient mis à l'abri de l'eau' extérieure par des précau- « tions multipliées. Mais ce que j'y ai admiré surtout, ce sont « leurs revêtements intérieurs à plusieurs couches,* qui ont « conservé pendant qoinse cents ans leur adhérence et leur « intégrité. Ils ont la dureté^ la compacité, quelques-uns même « le poli du marbre, et on ne peut les détacher avec le marteau c et le burin qu'en arrachant la maçonnerie elle-même
« Ainsi se trouvent justifiées les assertions des auteurs an- « ciens sur l'efficacité de la conservation souterraine des grains. « Les blés qu'ensilaient les Romains et les Maures étaient des « blés très-secs, comme le sont aujourd'hui ceux de l'Andait lousie et de FAlgérie, et leurs silos étaient à l'abri de l'air « atmosphérique et de Thumidité du sol par la perfection de c leur construction, ou par la nature même de leurs parois. »
Les conditions de l'ensilage des grains en Algérie m'avaient
été désignées comme réclamant une étude spéciale. Les blés
« Les iogeDieurs les plus versés dans la coDoaisssooe des matériaux hydrauliques et <te leur vmfAm s'accordent à croire que la dureté et la compadté actuelles des maçonneries romaines et de leurs reTêlements sont dues iraction du temps. Les coustruclions et les enduits que nous faisons stcc nos cimnits actuels piésentofont» suivant eus» les mêmes qualités dans quinxe cents oudeui millo ans.
y ont ane grande tendance à réchauffement, et les charançons s'y multiplient avec une rapidité extraordinaire. Un bon système de silos y rendrait de grands services à l'administration aussi bien qu'à ragiiculture. C'est ainsi que j'eus le bonheur de me trouver mis en rapport avec M. le général RandoD, aujoardlmi maréchal de France et ministre de la guerre, qui était alors gouverneur général de l'Algérie.
L'illustre général, qui, par radminîstration et par Tépée, a laissé en Afrique tant et de si durables souvenirs, apprécia immédiatement les principes scientitiques et les faits qui me dirigeaient dans mes recherches, il m'engagea à les continuer avec une persévérance inébranlable, en leur prédisant, à ce prix, un important succès. L'appiovisionnement de l'armée d'Airique et de notre colonie, contre toutes les éventualités, préoccupait vivement les esprits à cette époque. Des essais re* naientd*étre faits dans plusieurs centres militaires de l'Algérie pour remplacer les anciens silos, danslesquelson avait reconnu l'influence fâcheuse de rhum idi té souterraine, par des constructions Isolées du sol et parfaitement sèches. Malgré l'épaisseur des maçonneries et les soins donnés au choix et à remploi des matériaux» on n'avait pas obtenu de ces nouveaux «los les résultats que Von se croyait le droit d'en attendre. Les grains s'y échauffaient fortement et les charançons, loin d'y périr asphyxiés, s'y multipliaient avec rapidité et y exerçaient leurs ravages. M. le gouverneur général voulut bien me confier le soin de chercher quelles pouvaient être les causes de cet insuccès, que rien encore n ;iv;iit permis de prévoir. Dans le rapport que j'eus I hoDueur de lui adresser, je montrai qu'il ne taJlaitpas s'en prendre^ comme on y était porté, à une prétendue humidité des enveloppes, qui n'existait pas, mais bien à la température que subissent les silos extérieurs au sol, et à la porosité des maçonneries, qui entretient une communication active entre leur intérieur et l'atmosphère. Dans de telles
conditions, des blés, ipôme tréfr«ecs, peuyent devenir le siège
BXfOBB HISTORIQUE. 23
d'une fermentation énergique. Des blés hunnides comme les nôtres se décomposeraient sous l'influence de la température seule, même dans des silos où Tair ne se renouvellerait pas. Quant aux charançons, ils y périraient si les blés étaient humides, car ils ne peuvent subsister dans fies atmospiieres limitées, d'où la fermentation fait disparaître Toxygènc en le remplaçant par de l'acide carbonique; mais il suffit d'un renouyellement de l'air excessÎTcment fiûble pour qu'ils vivent, conservent leur activité et se multiplient. Or les maçonneries sèches, même en ciment, sont très-poreuses, et l'air les tra-« verse comme un filtre. Pour toutes ces causes, séparées ou réuniest les silos extérieurs an sol offrent des conditions moins favorables à la conservation que les silos souterrains, et il laut s'en to[iir ii ces derniers, en les amélioi iiiii jutr le choix des terrains où ils seront placés et par l'emploi de revêtements aussi imperméables que les métaux ou le verre.
Telles étaient les conclusions auxqudlei m'avait conduit rexamen des sOos extérieurs construits à Oran,à Karguentah. à Mostap:anem, à Blidah, et de quelques essais faits à Alger dans la même voie. Mon rapport contenait de plus l'exposé des principaux faits que je venais de rèeneillir dans l'étude de l'ensflage en Espagne, à Tanger et en Algérie, et des déductions auxquelles ils m'avaient conduit. M. le gouverneur général crut devoir faire publier ce mémoire dans un des journaux de la colonie» et^ depuis lors, son attention ne s'est pas détournée de ces travaux» dont la continuation, après ma rentrée en France, fut due surtout, je n'hésite pas à le dire, à la puissante impulsion que j'avais reçue à Alger. Depuis mon premier voyage en Afrique, j'ai reçu de iM. le marécùalKandon» dans mainte circonstance et notamment durant les expériences qui ont eu lien à Âlger quatre ans plus tard et dont je rendrai compte, des encouragements nouveaux et des preuves de bienveillance personnelle qui n'ont pas peu contribué à me soutenir dans la tâche souvent difficile que je m'étais donnée.
Recherche d'an bon mode de c« n<<tr action ponr loo sUmi Il tmmt renoncer nnai enveloppée launMIntee en «MifraneHé «t nnx revétemente en nMvtteri
11 ne pouvait plus être question, après les observations dont
je viens de rendre compte, de transporter sous le climat de la France des pratiques qui n'obtiennent quelque succès que sur un petit nombre de points, dans des terrains rares et très-restreiuts, même sous les climats les plus fiiTorables. Ces exceptions elles-mêmes, bien loin de s'étendre, disparattraient de la sui iaco du globe, si les silos aujourd'hui en usage ne recevaient que des blés contenant 1 5 à 1 8 pour 1 00 d'eau comme les nôtres; les blés qu'ils conservent ont une humidité moitié moindre \
Ce qu'il y avait à chercher tout d'abord était un moyeu de construire des silos où le blé pût être mis sous terre à Fabri de tout rapport avec Thumidité du sol et avec l'air atmosphérique. Je ne puis que mentionner ici, sans entrer dans les détails, les recherches qui m'ont conduit à abandonner les maçonneries, les ciments et les enduits, que j'avais crus d'abord propres à fournir, même au sein des terrains les plus humides, des enveloppes pîirfaitement imperméables. Tous les matériaux que l'art de la maçonnerie emploie sont poreux et, à ce titre, sont perméables à l'eau, sous forme liquide ou sons forme de vapeur; perméables à Tair atmosphérique. La filtiation des gaz et de la vapeur d'eau à travers des ol»stades de ce genre n'est pas un simple passage par les pertuis très-petits que les particules de leur substance laissent entre
« Les UéB sont moyennement plus secs ea Espagne, mime qu*en Al§|^rie; voir aux DOCDMEMS Cn» iX), le Tableau de ihumidtlè comparée des blés en France, en Espagne et en Afrique, J'ai indiqué la cause de celte diflërcDce dans le mode particulier de dépiquage, (Documeata, 1. VJSnnlage en Ettrwnadwre»)
elles ; elle est due <à des phénomènes particuliers, appartetenant à la classe que les physiciens désignent sous le nom de phénomènes d*o«mo«e» et qui n'ont été encore qulncomplé-
temeiil cludiés. Sous leur iuiluence, jointe à celle des variatioiis de la température et de la pression barométrique, des silos en maçonnerie, fermés simplement par une dalle en pierre et du mortier, seraient dans un état d'échange continuel, avec le sol et avec Tatmosphère; le blé s'y gâterait prompteiiient, à moins d'être dans un étal de siccité extrême.
L*idée de construire les silos en maçonnerie se présente néanmoins si naturellement à Tesprit, et avec Tapparence d'avantages qui semblent plaider tellement en sa laveur, qu'il faut s'attendre à la voir reprendre encore plus d'une fois. Mais ces avantages sont loin d'être aussi grands qu'on est disposé à le croire. Le premier et le plus séduisant serait assurément edui de Téconomie. Or, parmi les résultats les mieux con* statés par les expériences dont il me reste à donner connaissance, il IcUU mettre la suppression entière, dans les silos liermétiquevS, de cette couche de blé humide, moisie, gâtée , pourrie, qui s'était montrée |usqu*ici comme un produit si nécessaire de Tensitage, qu'on avait eu la singulière idée d'en foire le siège et le principe de la propriété conservatrice ellemême. Cette couche atteint dix à quinze centimètres d'épaisseur et, après quatre ou cinq ans, elle ne renterme plus que du. blé entièremeut avarié. Ce blé, il faudrait pouvoir le perdre ; car, mêlé au «reste, il lui enlève, en le dépréciant, une valeur supérieure :i ce qu'il lui fait gagner en volume et en poids \ C'est donc une perte d'un hectolitre de blé au moins par mètre carré de surface, et, en argent, de 25 à 35 francs, en prenant les prix de bh^rté auxquels les blés ensilés sont destinés à se yendre. Cette perte, comme je viens de le dire, se reproduit tous les quatre ou cinq aiiâ. il est inutile
^ Voir Dodimeots, etc., I. L'BnsUage en Btlnmadme,
lté inmoimcTioii.
d'entrer dans le détail des autres frais ou pertes que l'imperfection des enveloppes eatratoe» pour montrer qu'un roTéte* ment imperméable doit ofinr, en réalité, de toutes les dispo-
sitionSy la moins coûteuse.
Elle oût'o un autre avantage qui n'est point à dédaigner pour la plupart des applications auxquelles l'ensilage des grains est destiné. Dans plusieurs des exemples que j*aurai à citer, les silos ont été remplis longtemps avant que leur construction lût achevée ; l'enveloppe métallique, qui en forme le revêtement intérieur était seule terminée ; la maçonnerie restait à faire, la fosse restait à remplir* Un magasin formé de silos comme ceux dont il s*agit pourrait recevoir une réserve avant même que d'être entièrement construit. Au contraire, le génie militaire en Afrique n'avait pas cru pouvoir attendre moins de deux et de trois ans avant de mettre du blé dans les silos dont j'ai parlé, et ces silos sont extérieurs au sol. Ce qu'il ikndrait attendre de temps pour que des caves souterraines en maçonnerie fussent sèches au degré nécessaire, nous ne le saurions dire.
Ce n'est du reste pas en me guidant seulement par mes pro* près lumières, que j'ai pu arriver avec certitude à cette conclusion qu'il (allait, dans l'état actuel de l'art des constructions, renoncer aux maçonneries et aux mortiers dans la recherche d'enveloppes véritablement imperméables. Mon vénérable et savant collègue à l'Ecole centrale des arts et manufiaioturcs, M. Mary, inspecteur général des ponts et chaussées et ingénieur en chef des eaux de Paris, voulut bien me diriger dans cette étude. C'est lui qui, après avoir examiné à ce point de vue quelques-unes des meilleures constructions hydrauliques qu'il ait fiiit exécuter dans la capitale, me déclara (je répète ses expressions) qu'on peut établir ainsi- des réservoirs d'eau, non des caves destinées à t Uc remplies de blé ; qu'il fallait m'attacher exclusivement aux revêtements métalliques que j'avais déjà indiqués dans mon premier mémoire.
Bxposé mftTORiQinB. 27
Le silo souterrain hermétique dont il sera désormais question est une capacité en tôle mince, de la forme d'une bouteille, dont rétanchéité a été préalablement vérifiée; son orifice
est fermé par un couvercle à pression. La tôle est préservée contre l'oxydation soit par le zincage (galvanisation), soit par une enveloppe épaisse d'un vernis bitumineux. On établit la capacité dans une fosse, sur une forme en béton, puis on renyeIo[)po d*une maçonnerie pour supporter la poussée latérale et la charge supérieure des terres*. La tôle ne joue véritablement pas ici d'autre rôle que celui d'un revêtement très* minée, mais absolument imperméable et sec, sa soutenant par sa résistance propre, ne pouvant ni se détacber ni se fissurei', et enfin auquel on peuL adapter une ou iilusieurs fermetures hermétiques comme celles des appareils où l'on fait le vide.
On verru plus loin * l'exemple d'une construction de ce genre établie dans un massif de quai en pierraille, que Teau
de la mer noie deux fois par jour, et qui est restée pleine de blé pendant près de dix-huit mois, sans que l'humidité extérieure y ait fait sentir ses atteintes.
Société d'expérimeatetlaB pour la eoiui«nr«$i4>n de» (raine.
Le mode de construction des silos une fois arrêté, il fallait
l'expérimenter dans les conditions et sur l'échelle des diverses pratiques, agricole, commerciale, industrielle. Mais les travaux dont je rends compte semblaient devoir s'arrêter à ce terme. L'Institut a^nomique avait cessé d'exister, et avec lui les moyens que j'eusse trouvés dans son exploitation agricole pour passer aux applications en grand. D'un autre
^ Ce système spécial deconstractionpour tes silos n'ayaoi jamaisencore éti décrit ni employé, j'ai cru devoir m'en réserver la proitriéié par un brevet d'invention. ' Voir DocomenUi etc., VI. ExpMmeetdeSmi,
28 IMTRODUCTION.
côté c'était le principe même de l'ensilage qui était compromis aux yeux de ladminislratioii de la guerre, taot par les faits que j*ai rappelés plus haut, que parle peu de succès obtenu en se servant des anciens silos, et par les tristes résultats que donnent ceux des Arabes. On ne pouvait pas attendre (relie qu'elle se prêterait à de nouveaux essais devant nécessairement entraîner de grandes dépenses. Il ne me restait donc plus qu'à con-fflgner mes observations et les déductions que je me croyais le droit d'en tirer, dansua mémoire scientifique où lus uucs et les autres fussent très-probablement restées longtemps stériles. On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de l'initiative de tous comparée à Finitiative d'un seul, et les agriculteurs sont plus disposés que tous autres, peut-être, à attribuer à la première sur la seconde une graiulc supériorité de puissance pour mettre en lumière et propager les choses nouvelles. Gela peut être vrai pour certains procédés simples, que le plus grand nombre est en état de pratiquer sans connaissances spéciales et qui promettent une prompte et lai^e rétribution pour de faibles dépenses. Ce ne l'est plus pour un appareil, pour une macbine, pour une méthode compliquée, qui ont exigé de longues études, qui entraîneront dans leur application de nombreux tâtonnements, qui ne triompheront que par de pénibles et coûteuses démonstrations. Appareil, machine, méthode, sont destinés à rester confinés chez leur inventeur, s'il ne met à les en faire sortir plus de constance, plus d'énergie, et je dirai même plus d'invention qu'il ne lui en a fallu pour les trouver. Il devrait suffire, pour faire disparaître sur ce point tme grande erreur gi beaucoup d'injustices particulières, que Ton se demandât comment les plus utiles inventions sont arrivées à prendre leur place en agriculture, et quelle est celle, dans les conditions dont je viens de parler, qui a dû ses progrès et sa propagation à ce qu'on a appelé l'initiative collective, qui n'est trop souvent que l'initiative de personne.
Je dois à la haute libéralité de MM. Pereire et à Tamitié édairée de M. Lavallée, directeur de l'École centrale des arts
et manufacLuics, d'avoir pu faire sortir l'ensilage rationnel de cekle situation sans issue. M. Lavallée m'avait engagé à demander des ressources à l'industrie privée, en me proposant d*y concourir largement. MM. Pereire, sur le rapport qui leur fut fait par M. Clapeyron, de mes précédentes recherdies et des résultats qu'elles annonçaient, jugèrent ([iiil ij avait là quelque chose quimérilait d éire expérimente. C est sur cette base que, en réunissant quelques hommes éclairés, mus par les mômes généreuses intentions % ils formèrent la Société d'expérmenlatim pour la conservation des grains*, exemple peul-ôtre unique, et dans tous les cas, malheureusement trop rare, d'une Société industrielle se formant dans le but de poursuivre un progrès annoncé seulement par des résultats de laboratoire et par des déductions scientifiques. La recherche pour laquelle la Société de conservation des grains s'est fondée a duré sept ans, pendant lesquels elle n'a pas cessé d'accroître ses sacrifices, jusqu'à ce que la réalité de la conservation des grains par l'ensilage rationnel ait reçu sa dernière et définitive démonstration.
La Société ne m'a pas seulemcni offert ce concours si désintéressé, et en même temps si large, qui a atteint et dépassé ce que j'aurais pu demander au gouvernement lui-même, dans les conditions les plus Êivorables; deux de ses membres, M. Clapeyron, membre de l'Institut et professeur à TËcole impériale des ponts et chaussées; M. Rhoné, ingénieur aux chemins de rOuest, y sont devenus pour moi des collaborateurs que mon inhabileté comme ingénieur me rendait bien oéces*
• M. le comle de Grammont-d'Asler; M. l'ingénieur Rhône; M. L. de Lavergoe, membre de l'Institut; M. H. Mangou, professeur à l'Ecole impériale des pouls et ciiausseesi iU. Charles Lemoonier, secrétaire Uu coulenlieux uu Crédit mobilier.
* Recoasliluée le 50 avril dernier sous le uom de SoeUté d^entUage, pour i*applicatiûii des pmtdés espérlmeatls dans la première période de son existenco.
flaires. Je suis heureux de trouver ici Toccaflion de le fidre eonnettre : parmi les grandes expériences dont je vais retracer l'histoire, et dont Texécntion eit due à la Société pour la
conservaiioii des gt aiiis, il n'en est pas une qui ii^iit été préa* lahlement soumise à MM. Ciapeyi'on et Rhoné, qui n'ait été discutée avec eux dans tous ses détails^ et qui ne leur appar* tienne autant qu'à moi-mémeé
Tmvmuk. exécutés par la hœlété de conservation dies (ratas i ■zpévicaee* «m gmmA et «ippllcatloM.
Recherches expérimentales failea è Asnières, près Paris ; blé de 1883 déjà altéré
par )a Termentation mis en silo, et conservé pendant six ans; blé avec excès d^humidUe ^ silo maintenu en vidante pendant trois ans.
Nos premières expériences n*ont été que la continuation des précédentes recherches. Il s'agissait de décider, en prenant les grains, non plus par échantillons, mais par masses, et
en nous plaçant dans des conditions comme cellus du commerce et delà pratique agricole:
1^ Si l'enfouissement et le maintien au repos, dans les conditions physiques indiquées par la théorie, offrait en effet un principe de conservation particulier, supérieur au principe de l'aérage et de la mise en mouvcmcuL, que consacrait, pour ainsi dire, la pratique la plus constante, dans tous les pays du monde ;
2* Quel est le degré de siccité qui donne au hlé la faculté de se conserver en grandes masses soos terre, dans ces conditions. Est-ce celui de nos grains de bonne qualité ? Pourraitil, dans le cas contraire, leur être donné par des procédés susceptibles d'entrer dans la pratique 7 Peut-il être reconnu
BXPOBB WSTOKIQUB. 31
par les modes d'appréciation ordinaires, ou axige-t-ii d'autres moyens de détermination ^ ?
Z"" Quel aérait, dans ces mêmes eonditionSt le sort des blés trop humides? Suivant la croyance générale, on serait exposé à les perdre. Ne pourrait-on pas, au contraire, les y garder temporairement, comme dans les greniers ordinaires, etavec plus d'avantage 7 Le silo hermétique ne serait-il pas non-seulement le grenier de résenre par excellence, mais encore le meilleur des greniers pour les dépôts de grains à courte durée ?
Af* Enfin, si le mode de construction imaginé satisferait aux trois conditions essentielles de solidité^ de durée et d'économie qu'exige toute grande application industrielle.
La Société fit construire immédiatement six silos à AsnièreS) dans une propriété appartenant à la Compagnie des chemins de fer deTOuest» dont deux ayant leurs oriûces en plein air, et quatre recouverts par un laboratoire établi spécialement pour celle élude ; cl voici la marche que nous avons suivie pour renfermer les questions que l'on vient de voir dans
« Je le croyais dans l'origine, et je me suis appliqué pendant plusieurs années à chercher un moyen pour déterminer l'humidité du blé avec un inslrmnent simple, comme on prend lu lempératurc d'un liquide avec un thermomètre. J'ai trouvé cet instruuient daus rhygrometre a cheveu, «jui se met très-proraplenaeot en équilibra d*humidilé avec le blé qu'on renferme avec lui daos un vaie fermé. Ce mode de d^erminetion offre une précision qui suffirait certainement pour les besoioe de ta pratique, et même supérieur à celui que l'on oblleol par la deuiccation, employée comme elle Test génénUementinnitrumentconaerre très-loogtemps toute sa sensibilité, et ceux que j*ai fiiit construire pour cette recherche donnent aujourd'hui, pour les mêmes blés» identiquement les mêmes indications qtt*il 7 a huit ans.
Mais cette détermination précise, cet instrument, eussent été une complication et un épouvantail pour les praticiens, qui mettent trop souvent la simplicité audessus de tout autre mérite. ai renoncé, sauf pour des cas particuliers, lorsque f ai reconnu que rœil, Todont, le maniement, le poids à Thectolitre, les moyens d'appréciation, en un mol, qui sont d'usage courant, peuvent fournir toutes les indications nécessaires.
d2 mTKODVGnoir.
le plus petit Dombre d'expéricDees possible» mais oettes et coDcluantes.
Nous avons fait chercher du blé ayant déjà assez fortement
trayaillé sur plancher pourque tout doute sur son inaptitude à se conserver beaiicoup plus longtemps en grenier, fût impossible, d'après son état même ^ ^iotre choisi s'est porté sur un blé de Bourges d*an assez bon maniement, et pesant Td^^îO à l'hectolitre*, mais ayant un odeur de couche prononcée, deFamer* tume au ^oùt, et contenant une forte proportion de grains forcés. Semé, il ne donnait aucune germination. Son prix le classait, au plus haut, dans les secondes qualités. Son humidité absolue s'élevait à 16|85 pour 100 d'eau
* Cest un reproche à faire à la plupart des démoostratioDsdecoiinnatioD des graios, (|ue l'on y ait employé des produits non caractérisés daos ce sens d'une inaptiltide à se conserver [)ar les moyens ordinaires. Ce ne sont pas les blés de première qiialilé, les blés sains et secs dont il faut se préoccuper; axr il ne suffit |)as reuN-là se conservent ; les écliecs veoanl des blés de qualité moyenne ou inférieure restent possibles, et suffisent pour que le procédé soit plus tard compromis, et même reconnu mauvais dans la pratique.
Le seul avanlafie qu'il puisse y avoir à choisir des grains de qualité supérieure est de pouvoir ujoutrer des résultats plus beaux j mais cet avantage s'acquiert en laissant les difficultés du problème sans solution, et peut préparer pour la suite de graves déceptions.
* Voulant fournir toutes les données dont il est possible de tirer queiiiue lumière, j^indiquerai partout le pdds rdalif ou poids à rhectolitre; mais c'est un élément dont la détermination, malgré rintérêt qu'elle ofte ei le grand usage qu*oa en fait, laisse infiniment à désirer. Il varie comme les moyens de mesure, lesquels varient d'une localité à Taulre, et souvent dans la même localité. J*ai été témoin d'expérienees qui ont prouvé que le mesurage du poids relatif donoe 5 pour 100 de pins avec la trémie de Toulon qu*avec celle de Brest.
11 serait fort à désirer que Ton adoptât parlont un mode de mesurage uniforme^ tel par exemple que la trémie conique^ adoptée par l'administration de la guene. La comparaison des poids relatifs ne peut, dans Télat actuel des eboees, condoire à des conclusions utiles que s*it8 ont été pris par des moyens figoureusement identiques. Les conditions atmosphériques nV sont pas non plus sans influence.
* Déterminée par un chaufiiige prolongé pendant vingt-quatre heures, à une température maintenue conilamment entre ISS et 130 degrés ; les échantillons,
BXPOsé HfSTORIQim. SS
C'est avec cette denrée qu'ont été laites nos trois premières expériences.
EXPÉRIENCES» I, II ET m.
Détermination de ia limite supérieure (Thumidilé.
Trois silos, de 50 hectolitres chacun, en ont éit' remplis, dans trois cuiidiLions ditîérentes, les iO et 17 juillet 1855.
Le silo n*^ 1 a reçu de ce blé tel qu'il se trouvait, et sans au* cune préparation spéciale ;
Le silo n** SS, de ce même blé, après qu'il avait été ramené par la dessiccation à ne contenir plus que 14,20 pour 100 d'eau;
de 1 à 2 graiiiriRs seulement, t'tant conleniis dans des vases susceptibles d'être fermes dans l'éluve même, pour être ensuite liansporlés, refrc^idis dans le vide uu duus Pair sec, et pesés. Les pesées des blés secs sont uiusi à l'abri des causes d'erreur qu'y introduirait Phumidité atmosphérique.
On comprend qu^araot d'adopter ia température et Ja durée que je viens d'indiquer, j'ai dû m'asAurer que Teau expulsée appurtient tout entière & Tliumidité proprement dite» et non à l*eau de composition des principes du blé. l*ai fait cette vérification en plaçant dans le vide rendu sec par Tacide sulfurique monohydraté des échantiUons de fadnes dont l*lmmidilé avait été déterminée comme je viens de dire, et en lea y maintenant jusqu'à ce que, pesés à quioae jours dHntervalle, ils ne manifestasseut plus aucune perte appréciable par la balance. Cette vérification exige que les échantillons soient mis à Tabri de l'humidité atmosphérique comme dans la détermination de Thumidité par le chauffage.
Ce n*e8t qu'avec cette somme de précautions que j'ai pu arriver à des chiffres réellement toujours oomparoblea entre eux. Mais il en faudrait tenir compte, si l'on voulait comparer ceux qui seront consignés dans ce livre avec d'autres résultats obtenus de même par le cbauiïage, mais sans que le poids des échantillons, la température et la durée aient été les mêmes. I.es différences sont au moins de 1 pour 100, et elles peuvent s'élever jusqu'à 2 et 3 pour 100.
On trouvera parmi les documents (n" IX) une description de l'éluve avec laquelle j'ai fait ces déterminations, et un tableau comparatif des humidités obtenues pour les Ués de différentes provenances.
34 IHTRODUCTlOir.
Le n" 3, de ce même blé encore, mais ne coolenant plus que 13«36 pour 100 d'eau Yoieî les résultats que nous ayons obtenus :