‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 44 sur 72 · DU SENTIMENT DE LA NATURE · texte numérisé non relu

DU SENTIMENT DE LA NATURE

des loîs immuables, et de la soeiété humaine, troublée par d'éternelles révolutions. Ce sont les bruits lointains de la guerre civile qui retentissent dans son cœur, et qui lui font trouver un charme plus profond dans le calme de la mer et la sérénité des cieux.

De môme, plus près de nous, jamais les douces peintures de la gr{\ce des champs, des moissons et des fleurs, n'ont été plus touchantes que dans ces poésies d'un témoin, d'une victime des discordes civiles, dont la voix tour à tour suave, plaintive, vengeresse, chante le printemps vermeil, pleure sur la patrie, et châtie d'un ïambe immortel « les bourreaux barbouilleurs de lois^ » C'est en fuyant la France et le spectacle de ses convulsions que M. de Chateaubriand a trouvé dans les savanes d'Amérique ces images, ces couleurs, qui ont rajeuni l'art et la littérature. Depuis ces terribles années, le monde n'a plus senti de si longs ébranlements; mais le sol a de nouveau tremblé plusieurs fois, et à chaque secousse sont tombés des institutions, des trônes, des dynasties. Depuis soixante ans, dans nos intervalles de repos entre deux catastrophes, nul n'a pu affirmer que la terre se raffermissait enfin sur ses vieux fondements, et que les tentes légères qui abritent nos têtes étaient des édifices de granit et de marbre, oij nous pouvions dormir en paix. Devant un tel passé, si fécond en orages, et devant l'avenir, si rempli de mystère, bien des âmes vigoureuses, meurtries aux contre-coups de toutes ces grandes chutes, se sentent lasses et vaincues; la vue des choses humaines les agite et les froisse; elles éprouvent le besoin de se pacifier, et où trouver la paix, où trouver la vie pure de la réfiexion et la calme retraite dans la sphère des idées, sinon loin de la ville,

> André Chénier, p. 275,

centre des intérêts, théâtre de l'action? La rosée qui se répand le soir sur les plantes fatiguées de la chaleur du jour n'est pas plus salutaire que cette paix intérieure, versée par la nature sur les âmes qu'a blessées le contact des choses. Quand on a vu six mois, dans une grande capitale, se tisser la trame de l'histoire contemporaine, qui n'est pas toujours filée d'or et de soie, qu'il est doux d'aller voir les arbres bourgeonner et déplier leurs feuilles, de placer entre soi et le monde des faits un rideau de verdure, et, sous l'ombre paisible, d'oublier et d'attendre ! Si je cherchais un type achevé du véritable amant de la campagne, de celui qui la sent et qui l'aime le mieux, je ne le prendrais ni parmi les poètes, plongés dans la contemplation des merveilles de l'univers, ni parmi les philosophes, abîmés dans l'étude d'eux-mêmes et de Dieu; je ne le demanderais pas à l'heureuse jeunesse, ni même aux amoureux : quand ils errent dans les bois, par les sentiers secrets, ou le long des charmilles, ou sur l'herbe des prés, ce n'est pas la forêt, ce n'est pas la prairie qu'ils aiment, c'est leur amour; la nature, pour eux, ce n'est pas la nature ; c'est le cadre où l'image chérie leur sourit plus charmante. L'homme qui aime la nature d'un amour achevé, c'est le sage d'un âge mur, qui a beaucoup vécu de la vie des idées, qui a vu succomber celles qu'il aimait le plus, et qui demande au silence d'une campagne solitaire l'oubli des m.aux amers de la société. C'est Cicéron, à Tusculum, plaignant Rome asservie, et comparant son déclin orageux au soleil qu'il voit à l'horizon se coucher lentement dans un lit de nuages. (( En nos temps, écrivait ce grand homme, les hommes nous ont appris à leur préférer les choses et la nature.» Mot triste, mais bien vrail

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Chacun de nous jinjourd'lnii voul avoir son Tusculum. Mais il est plus ijisé d'aller à la campagne que de savoir y vivre la moitié de l'année et y bien passer le temps. Le plus souvent on emporte avec soi, par le chemin de fer, ses habitudes, son luxe, ses plaisirs, son oisiveté, et quand on les a bien installés, à dixlieues de Paris, on se croit campagnard. La vraie villégiature, ce n'est pas seulement un changement de domicile; ce doit être, à un certain degré, un changement de vie. Se faire une vie rustique, agréable et réglée, c'est un art difficile, ignoré de la société polie autant que du vulgaire. M. l'abbé Bautain veut bien nous l'enseigner. Il vient de composer un petit livre intitulé : La Belle Saîsoti à la cam/jagne, un manuel véritable de la villégiature, sous la forme de lettres.

Eugène de , le personnage fictif à qui ces lettres

sont adressées, est un jeune homme bien né, religieux, plein de bons sentiments, un excellent héros pour un livre de ce genre, sauf un petit défaut : c'est qu'il a une fortune trop au-dessus de la moyenne, et que sa villa ressemble trop à un château. Pour pouvoir profiter de tous les bons avis que donne M. Bautain, il ne faut pas avoir une simple maisonnette avec un rond de gazon entouré de rosiers, mais au moins un joli pavillon, à un ou deux étages, avec un beau jardin et toutes les ressources d'une large hospitalité. J'aimerais mieux qu'Eugène ne fût ni un châtelain ni un fils de famille, mais un petit rentier, établi à mi-côte entre la richesse et la pauvreté. Heureusement il reste encore dans le livre abondant de M. Bautain beaucoup de bonnes idées dont on peut tirer parti dans les plus humbles fortunes. Je voudrais en passer quelques-unes en revue.

Régler l'emploi de son temps en s'écartant le

moins possible du plan qu'on s'est tracé; se lever de bonne heure; méditer, lire, écrire pendant la matinée; déjeuner frugalement, se promener, recevoir ou faire quelques visites; le soir, après un dîner sobre comme le déjeuner, converser au salon, se livrer à quelques jeux permis et ne pas veiller tard, voilà les premiers préceptes de M. Bautain; et dans ces termes généraux, son programme est satisfaisant; il sera adopté à l'unanimité. Mais quelques difficultés viendront, on le prévoit, quand il s'agira d'en interpréter les articles. Prenons quelques exemples. Lire, c'est à merveille. Que lire, s'il vous plaît? Des Revues? des journaux? C'est ce qu'on lit le plus dans les loisirs de la campagne, M. Bautain là-dessus n'entend pas raillerie. Il n'aime pas les Revues, encore moins les journaux. J'ai noté dans son livre une série de passages où il témoigne pour les journaux et les journalistes les sentiments les moins affectueux'. «Les journaux et les Revues ont gâté le style et la lecture. Les écrivains se mettent à faire des pages le plus vite possible et le plus qu'ils peuvent, parce qu'ils sont payés à la ligne et à la lettre, et les lecteurs, ne prenant pas au sérieux ces" œuvres mercenaires, y cherchent la nouveauté, l'amusement plus que l'instruction, et lisent ces pages aussi légèrement qu'elles ont été faites. » Mercenaires, c'est bientôt dit. Est-on un mercenaire pour tirer de sa plume un profit légitime? M. l'abbé Bautain a-t-il offert son volume à la maison Hachette en pur don d'amitié? Je ne le pense pas, et je souhaite de bon cœur qu'il l'ait vendu fort cher, et qu'il en vende encore une seconde édition, et même une troisième, sans compter le droit de traduction en pays étranger,

» Voir pages 12, 31, 91, 102, elc.

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et que du riche produit de ces ventes multiples dans l'univers entier il s'achète un château où il pratiquera l'art que son livre enseigne, et donnera l'exemple à côté du précepte. Si cet humhle article, par des louanges sincères, pouvait contribuer au succès du Volume et à l'acquisition de la villa future, je répéterais bien haut, à chaque ligne, à chaque mot, que ce livre est charmant, ainsi que je le pense, et chaque ligne, chaque mot, devenant productifs pour M. l'abbé Baulain, aussi bien que pour moi, j'oserais espérer qu'il serait plus clément aux pauvres journalistes et ne leur reprocheiait plus de vendre leurs syllabes. En attendant, laissons M. Bautain médire tout à son aise, dans ses lettres à Eugène, des livres et des journaux, et le docile Eugène se désabonner, s'il lui plaît, à la Jlevne des Deux-Mondes et au Journal des Débats. M. Bautain d'ailleurs va les lui remplacer fort avantageusement.

Dans la bibliothèque choisie qu'il forme pour Eugène, il met au premier rang les Pères de l'Eglise, et les apologistes, et les grands philosophes, et les grands publicistes, et les grands historiens, et môme les économistes, quoiqu'il les estime peu et définisse leurs œuvres « une basse littérature qui fait plus de bruit que de besogne. » Ce choix est exemplaire, mais il ne suffit pas. Il est assez nombreux : h. la campagne, quelques volumes suffisent, ceux qu'on relit toujours; et si nous étions seuls, M. Bautain et moi, comme deux ermites, au fond de quelque fraîche vallée, ce nous serait assez d'un rayon unique où viendraient se ranger saint Augustin, saint Thomas et Bossuet pour lui; pour moi, Virgile, Horace, la Bruyère, la Fontaine, et l'Évangile pour tous les deux. Mais tout nombreux qu'il est, ce choix n'est pas assez varié. Dans le chu-

teau d'Eugène, il y a des hommes du monde, des femmes, des jeunes gens, et ce public frivole, habitué aux légers aliments des Revues, des journaux, trouvera trop pesante la solide substance des Pères de l'Église, des philosophes et des économistes. Je demande qu'Eugène, en maître de maison attentif aux besoins de ses hôtes, leur ménage un rayon spécial pour leur usage, le rayon des mondains, Qu'on ne s'alarme pas : je n'y veux rien de profane; n'y admettons que des auteurs chrétiens, mais des chrétiens aimables, qui sachent se dérider et tourner agréablement la fiction au profit de la morale et de la foi, quelques petits romans honnêtes et pieux , par exemple , puisque M. Bautain n'a pas pour les romans la môme antipathie que pour les gazettes. Je ne proposerai pas un livre de ce genre, autrefois célèbre, aujourd'hui peu connu, le Télémaque^ de M. l'archevêque de Cambrai, ïl y a dans ce volume des aventures d'amour païennes et mythologiques et des vues politiques dont il faut se défier, et puis M. de Cambrai n'était pas orthodoxe. Mais je réclame une place pour un ouvragé exquis d'un catholique plus exact que M. de Cambrai, pour un livre d'où distille avec l'ambroisie du beau langage le nectar de la plus pure doctrine, pour le roman de VHonnête femme de M. Louis Veuillot, rédacteur du Réveil, si jusfement vanté, tout récemment encore, par un auteur chrétien, M. de Cassagnac, rédacteur du Réveil. Pour prouver à mes hôtes que l'éloge vient de haut, et que M. de Cassagnac est un excellent juge, je mettrais à côté son fameux commentaire sur le style de Racine, où il prouve doctement que le poëte iVAthalie ne sait pas la grammaire et parle un dialecte qui n'est pas le français. Enfin je compléterais ce rayon des beaux esprits honnêtes par quelques œuvres

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choisies de M. Rarboy, troisième auteur chrétien, rédacteur du /{nril. Je n'aurais garde surtout d'oublier la nouvelle édition, revue et expurgée, mais encore si jolie, de la Vieille Maîtresse, Je supplie ce bon Eugène d'avoir égard à ma réclamation, dictée par le désir sincère d'amuser tout ensemble et d'édifier sa maison, et je passe à un autre point, satisfait de penser qu'après de tels cadeaux personne parmi ses hôtes ne regrettera plus les bavards mercenaires de la lievue des Deux-Mondes^ du Journal des Débats^ etc. M. l'abbé BauUiin veut aussi, je l'ai dit, qu'on écrive chaque jour pendant une heure ou deux. Mais que peut-on écrire chaque jour h la campagne, quand on ne fait pas de livres, ni de pièces de théâtre, ni d'articles de journaux, ni de petits vers pour les dames? M. Bautain conseille les notes, les analyses, les extraits des ouvrages qu'on a lus, et il a bien raison, rien n'est plus profitable. Il souhaite même qu'on écrive l'histoire de sa journée. Je n'y vois pas de mal, si l'auteur, quel qu'il soit, de ces éphémérides, est un esprit candide, ennemi naturel de tout méchant propos, et s'il rédige chaque soir des pages comme celle-ci :

a Sept heures du matin. — Je me suis levé, j'ai ouvert ma fenêtre et regardé le temps. Il pleuvait. J'ai pris un livre : La Belle Saison à la campagne, par M. l'abbé Bautain. Je l'ai lu en trois heures avec un plaisu- infini, et me suis promis de suivre de point en point tous les conseils qu'il donne.

« Dix heures. — J'ai reçu mon journal et jai écrit bien vite à Paris pour me désabonner : tous ces petits messieurs des feuilles quotidiennes qui écrivent à la ligne pour gagner de l'argent me gâteraient mon style, comme dit l'abbé Bautain.

« Onze heures. — J'ai déjeuné brièvement, sobrement (des œufs frais et du thé), en prenant bien garde de « m'animaliser, » selon le précepte de l'abbé Bautain, et j'ai causé à table avec

quelque agrément pour faire déjeuner mon esprit en mémo temps que ma bête.

(c Midi. — J'ai refusé d'aller à la chasse, la chasse n'étant pas digne d'un homme « qui a un esprit pour penser et une volonté pour bien faire, « comme parle si bien l'abbé Bautain, et j'ai été m'asseoir dans la bibliothèque. J'ai commencé à lire un rom.an qui m'est tombé sous la main, l'Honnête femme, de Louis Veuillot. Je ne connaissais pas encore cet auteur. 11 a beaucoup de gaieté, même il est un peu vif; et comme je ne montrerai jamais ce journal à personne, selon la recommandation de M. Bautain, je puis bien avouer que ce M. Veuillotm'a l'air, dans son roman, d'un joyeux compagnon. Mais tout est pur aux purs : Omnia munda munâis^ et il faut que celuilà soit un vrai séraphin, pour qu'on puisse lui passer certaines jovialités qui dans une bouche voltairienne paraîtraient moins virginales. Je veux faire un extrait de V Honnête femme, pour complaire à l'abbé Bautain. »

(Suit, en manière d'extrait, la scène mémorable où Lucile, 1 honnête femme, épouse de Cléjnte, fonctionnaire libre penseur, mais éprise de Yalère, jeune député chrétien, déclare sa flamme à Valère et lui offre le sacrifice de son honneur aux pieds d'un crucifix, comme pour donner à l'adultère la saveur du sacrilège. Cléante, le mari, arrive au bon moment pour raffermir à coups de cravache la vertu de Lucile.)

« Deux heures. — Promenade dans le bois avec le curé du village et un journaliste de Paris, ami de la maison. Le curé est un homme simple et sensé. Je lui ai parlé d'un article de journal sur les prédicateurs de Paris, qui a scandalisé quelques personnes dévotes. Il m'a dit l'avoir lu sans aucune indignation, et m'a recommandé un chapitre des Caractères, oii la Bruyère a dit aux prêcheurs de son siècle de bien plus rudes vérités, sans que les femmes de ce temps, qui n'était pas un temps de pseudo-christianisme, criassent : Vade rétro! et fissent des signes de croix. — Le journaliste m'a paru un homme plus consciencieux que ne sont ces gens-là, suivant l'abbé Bautain. Je lui ai demandé s'il lisait d'ordinaire les livres dont il rend complej il m'a répondu : Oui; et s'il comptait les

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lignes (le ses articles; il m'a répondu : Non. Il doit parler du livre de l'abbé Bautain, dont il fait un grand cas. J'ai envie do récrire pour me réabonner.

« De cinq heures à huit heures. — Je me suis habillé avec simplicité; l'abbé Bautain n'aime pas les toilettes recherchées. — J'ai dîné avec réserve, par défiance de la bète. — Après diner, j'ai refusé, à regret, de fumer un excellent cigare : l'abbé Bautain affirme que c'est le cigare qui nous a fait « descendre au niveau des Allemands. »

« De huit à dix heures. — Joué aux petits jeux avec ces demoiselles. On avait proposé d'apprendre une comédie; mais j'ai vito objecté, avec Tabbé Bautain. qu'il y a de l'amourdans toutes l«'S comédies, qu'en jouant In passion, on s'expose à la sentir, et qu'on ne vient pas à la campagne pour déranger volontairement l'équilibre de son âme. Les jeunes filles ont eu l'air de se moquer de moi, mais les personnes âgées m'ont toutes doimé raison. On a fait un tour de valse, une charade en action et deux tableaux vivants, toutes choses permises par M. l'abbé Bautain.

« Dix heures. — C'est l'heure où l'abbé Bautain vent qu'on sonne le couvre-feu. J'ai lai?sé tout le monde au salon, jo suis rentré chez moi et j'ai écrit ce journal. J'ai jeté bas mon oreiller, l'abbé Bautain trouvant que les oreillers nous échauff'nt le cerveau, et j'allais achever l'histoire de Yilonn^le fmmp, quand je me suis souvenu qu'une lecture de roman le soir, dans un- bon lit, et surtout d'un roman folâtre, c'est, dit l'abbé Buitain, « de l'huile jetée sur le feu de la concupiscence. » J'éteins doue ma bougie, je bâille, étends les bras, forme l'œil et... bonsoir. »

Si tous les comptes rendus de chique journée passée à la campagne ressemblent à celui-ci, c'est un très-bon conseH que nous donne l'auteur d'écrire notre journal. Mais ne craint-il pas qu'au lieu de ne parler que de soi, et d'inscrire, heure par heure, l'histoire de sa conscience, pour se perfectionner soimême moralement, on ne s'amuse bientôt à ne parler

200 CONVERSATIONS LITTÉHAIIVES,

que des autres et à s'entretenir de leurs imperfections? Ne craint-il pas que cet innocent journal ne devienne la soupape par où s'échappera la malice intérieure, le trou mystérieux que tous tant que nous sommes, vrais barbiers de Midas , nous voudrons nous creuser pour dénoncer à l'aise les défauts du prochain? Il est vrai qu'on abuse de tout, même des meilleures choses, et que, selon le proverbe, abusus non tollit usum. Adoptons le projet du journal de campagne, sous la condition d'avoir de la candeur et de n'y pas écrire les Mémoires de nos amis.

Maintenant j'avais dessein d'argumenter un peu contre M. l'abbé Bautain pour défendre la chasse , le cigare et les Allemands. Je voulais lui reprocher aussi de défendre la comédie, en permettant la danse, les tableaux vivants et les charades en action. J'aime mieux le remercier de permettre tout cela en défendant la comédie. Plus il se pique de sévérité, plus on doit lui savoir gré des concessions qu'il accorde, aux dépens de la logique, au profit de la liberté. J'ai assez indiqué la part de la critique : il est temps de louer les mérites d'un livre agréable et solide, et surtout cet esprit tolérant et libéral qui s'y joint avec grâce au sentiment profond des plus sérieux devoirs de la morale chrétienne. A la ville comme à la campagne, on lira M. Bautain; on se pénétrera de ces sages leçons qui promettent aux loisirs de la vie aisée un emploi utile et doux; on applaudira à ces pages généreuses sur la détresse des curés de village, en regrettant rm peu que M. Bautain ne soit pas toujours tendre pour les instituteurs, si dignes, eux aussi, d'être soutenus et plaints. On discutera ses vues, au moins neuves et spécieuses, sur les inconvénients des ouvroirs et de l'éducation donnée aux filles pauvres ; on goûtera

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