INTRODUCTION
La multiplicité des travaux biologiques se rapportant aux syndromes dépressifs démontre l'intérêt qu’a, nombre de fois, suscité cette variété de troubles psychiques. Cet intérêt se conçoit d’ailleurs aisément si l’on envisage non seulement la multiplicité de ces affections, mais aussi l’atteinte absolument évidente de l’état général des malades.
Les syndromes dépressifs forment un groupe sémiologique très important dans la pathologie mentale. Qu’il s’agisse de véritable mélancolie délirante avec douleur morale, anxiété intense, auto-accusation; qu'il s'agisse des mélancolies anxieuses simples, sans traces d'idées délirantes; qu’il s’agisse enfin de simples états dépressifs si voisins de la névrose d'angoisse pure, dans tous ces états se retrouvent des fluctuations importantes des divers métabolismes.
C’est ce qu'ont très bien compris les différents auteurs qui se sont attachés à l'étude des perturbations humorales de la mélancolie. Selon leurs conceptions théoriques, selon leur orientation médicale, ils ont essayé de mettre en, évidence un trouble biochimique permettant d'expliquer à la fois l’atteinte de l’état général et la génèse des troubles psychiques.
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Les Anciens, déjà, en décrivant ces états sous le nom de «mélancolie », nous ont montré qu'ils attribuaient les troubles observés à une modification d’une des principales humeurs de l'organisme : la bile. Les rapports de la mélancolie et des altérations du foie, soupçonnés en effet pendant longtemps, se sont affirmés par la suite grâce aux nombreuses recherches effectuées dans ce domaine. Au début de ce siècle, GILBERT et LEREBOUL- LET en ont montré toute l'importance : «La bile, disaient-ils, est un poison triste. »
Peu à peu, la psycho-physiologie des états dépressifs, bénéficiant d'examens cliniques plus attentifs, et de recherches d’anatomie pathologique approfondies, est sortie du cadre exclusivement hépatique où on l'avait maintenue auparavant. Les méthodes biologiques modernes, les épreuves de laboratoire multipliées, ont mis progressivement en lumière des faits nouveaux et complexes témoignant non seulement d’une perturbation dans le fonctionnement du foie, mais aussi d’une participation rénale en même temps que de troubles circulatoires et digestifs. C’est à KriPPEL, ViaourOUXx, HasKko- VER, GILBERT et LEREBOULLET principalement que nous devons d’avoir, en premier lieu, été éclairés sur cette question, et plus récemment LAIGNEL-LAVASTINE, TINEL et SANTENOISE ont attaché leurs noms à ces travaux.
Dans ces dernières années, la séméiologie s’est enrichie d’un grand nombre d'indications les plus variées concernant les modifications du sang et des humeurs des déprimés. On s’est occupé du taux de l’hémoglobine, de celui du glucose, de l’urée, du cholestérol; on a étudié la chlorémie, le pH, la calcémie, ainsi que l’ont fait en particulier M” BADONNEL, MM. MassAULT, DUBLINEAU et
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quelques auteurs étrangers. Mais il semble que ces derniers n'aient considéré ces perturbations organiques que comme symptômes surajoutés venant compliquer le tableau clinique. Toutes ces recherches dans le domaine des échanges organiques nous apparaissent comme isolées, fragmentaires, n’aboutissant en somme qu’à une simple nomenclature sans idée de synthèse. Il faut arriver en 1923 avec TarcowrA et M" BADONNEL, et en 1924 avec M'° BADONKEL, pour trouver les premières tentalives en vue de l’établissement de syndromes biologiques.
La synthèse de ces recherches éparses en fonction des troubles psychiques a été reprise en 1929 par TARGOWLA et LamacHe. Ces derniers ont plus spécialement orienté leurs efforts dans la voie d’un syndrome biologique propre à la mélancolie et susceptible de différencier cette dernière des psychoses, et notamment des états confusionnels. Ils se sont même attachés à établir une distinction radicale entre la dépression et l’anxiété, et ont montré que le déséquilibre et lexagération des échanges chez les anxieux s'opposent à l’inhibition et à la stabilité relative du métabolisme général chez les déprimés.
Dans le travail de M” DouaLLaA BELL (1940) qui constitue l’une des études les plus récentes sur les répercussions physio-biologiques de l’état mélancolique chez la femme, nous ne retrouvons pas cette tentative de coordination entre les symptômes cliniques et les troubles des métabolismes en vue d’une classification possible ou d’une explication pathogénique. M"° BELL ne se préoccupe, en effet, des altérations fonctionnelles massives des glandes endocrines et exocrines, de la déficience ré-
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nale, des troubles circulaltoires et de la crase sanguine que pour en tirer une thérapeutique appropriée physiologique. Cette thérapeutique moderne, qui met en jeu des médications vitaminiques et hormonales, semble avoir donné des résultats fort intéressants tant au point de vue du psychisme qu’au point de vue des divers métabolismes. Elle nous prouve done que nous devons accorder aux troubles des échanges organiques, naguère accessoires pour le clinicien, sinon un caractère sûrement étiologique, du moins une importance réelle.
Cette dernière opinion s’est encore affermie en notre esprit lorsque, à la suite de nombreuses observations d'états dépressifs, nous avons comparé les fluctuations des métabolismes des glucides et des protides chez divers malades.
Des analogies nous sont apparues dans les variations relatives du taux de la glycémie, du taux de l’azotémie et du chiffre de la tension artérielle maxima. Nous avons constaté qu'aux mêmes variations correspondaient des états dépressifs identiques ou de même origine, ou d'évolution semblable.
Ce sont ces analogies que nous nous proposons d’exposer dans ce travail, nous réservant, en dernier lieu, d’en tirer des conclusions intéressant le HApRoLe le pronostic et la thérapeutique.
En sept chapitres, nous envisagerons successivement : 1° Les divers états dépressifs et leurs principaux ca-
ractères cliniques et biologiques;
2° Les troubles des fonctions hépatiques et rénales: les altérations sanguines au cours des états dépressifs;
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3° L’intérêl que présente la recherche parallèle des taux du glucose et de l’urée dans ces états
a) en raison de leurs caractères de « tests » des fonctions hépatiques et rénales, et de leur importance physiologique générale,
b) en raison des rapports qu’ils ont avec ies mécanismes d'oxydo-réduction des tissus,
c) en raison de leur dépendance directe de certaines glandes endocrines;
4° L'importance des taux de la glycémie et de l’azotémie au point de vue de la thérapeutique et aussi au point de vue d’un essai de classification biochimique des états dépressifs;
5° Nos observations;
6° La discussion de ces observations;
7° L'intérêt diagnostique, pronostique, et surtout thérapeutique d’une telle étude.
Enfin, nos conclusions mettront en relief l’intérêt que présente le point de vue biochimique dans l’étude des troubles mentaux.
Nous nous en voudrions, avant d'entrer dans le vif du sujet, de ne pas dire ici {toute la reconnaissance que nous avons envers nos amis, MM. les Docteurs SOULAIRAC et JouANNAIS, pour les conseils éclairés qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer, au cours de l’élaboration de cette thèse, avec tant de bonne grâce et de cordialité. Qu'ils trouvent ici l'expression de notre gratitude.