CHAPITRE PREMIER
Etiologie
S 1 — L'abcès péri-amygdalien est une affection locale.
Les recherches nombreuses faites dans ces dernières années sur la pathogénie des amygdaliles aiguës ont englobé aussi l'étude de langine phlegmoneuse. La notion nouvelle de lamygdalite, maladie infectieuse, a bouleversé celle élude, et, d’après certains auteurs, l'amygdalite phlegmoneuse reconnaïitrait la même étiologie que l’amygdalite aiguë non suppurée. Si cela est vrai, à la rigueur pour l’abcès intraamvygdalien, on ne peut l’admettre aussi nettement pour le phlegmon péritonsillaire, auquel un certain nombre de causes prédisposantes et déterminantes appartiennent en propre.
D’après Sallard, lamygdalite ne serait qu'une maladie générale infectieuse, une fièvre dont l’angine ne serait qu'une manifestation relative. Cette manière d'envisager les choses paraît très séduisante et cette Théorie a été brillamment défendue. Examinons les arguments que Sallard déclare suffisants pour consacrer sa théorie:
La période d’invasion, marquée par des frissons, du malaise général, de la courbature, le tout pouvant précéder les manifestations du côté de la gorge;
L'évolution cyclique en un temps toujours à peu près le même, avec un appareil fébrile que n'explique pas suffisamment l’état de la gorge;
L'apparition possible et assez fréquente des complications
viscérales diffuses (arthropathies, orchite, ovarite, néphrite, endocardite);
La convalescence qui est longue et s'accompagne d'une faiblesse disproportionnée avec la bénignité apparente de la maladie;
Enfin la contagion, assez fréquente dans certaines conditions.
Nul caractère semblable pour le phlegmon péri-amygdalien, qui se comporte comme un abcès banal. Sans doute, il évolue bien lui aussi en huit à dix jours, en moyenne. Mais la guérison rapide, avec l'ouverture spontanée ou chirurgicale ; le manque de période de convalescence avec l'anémie et la faiblesse que laisse à sa suite toute maladie infectieuse; sa non-contagiosité, font de l’abcès péri-amygdalien, une affection locale.
On peut observer, il est vrai, des complications viscérales, mais un phlegmon, situé en n'importe quel point de lorganisme, peut provoquer une septico-pyohémie; peut-être même quelquefois le foyer purulent amygdalien n’est qu'une manifestation locale au cours d’une infection générale d’emblée avec porte d'entrée quelconque. Quant aux suppurations du voisinage, si elles compliquent la péri-amygdalite, nous savons par quel mécanisme: la Ivymphangite est le mode habituel de propagation. Quelques autres complications sont dues tantôt à la phlébite septique, tantôt à l’artérite des pelits vaisseaux, voisins du foyer purulent ou qui le traversent: n'est-ce pas là la façon de procéder habituelle au phlegmon en général?
li existe bien une période d’invasion (léger mal de gorge avec chaleur et sécheresse locales, malaise général, lassitude), durant laquelle on ne peut penser qu'à une amygdalite aiguë banale, avec altérations cryptiques — lun ne va pas sans l’autre — Et c’est à celle-ci que l’on doit attribuer l’état fébrile du début, avec son cortège symptomatique habituel. Souvent d'ailleurs les prodromes manquent, et le début est brusque par la phase angineuse, De ce que celle-ci est cons-
tante au début de l'affection, est-ce à dire que le phlegmon péri-amygdalien n'est pas une affection primitive tout comme l’angine, et qu'il n'existe qu'autant que l’amygdalite, au lieu de se résoudre, se termine par suppuration? Est-ce à dire qu'il est toujours secondaire à une amygdalite? C’est la tendance de nombreux auteurs et particulièrement lopinion de Goodale, qui admet que l’abcès péritonsillaire est nécessairement précédé d’une phase d’amygdalite suppurée, conséquence elle-même d'une amygdalite parenchymateuse primitive. Cette opinion est basée sur une fausse interprétation des faits: il existe une forme mixte d’angine phlegmoneuse avec abcès intra et péri-amygdaliens concomitants.
Nos observations et le fait que de nombreux malades, enclins à des abcès péritonsillaires à répétition, n'ont jamais souffert d'angines simples, mais seulement de ces abcès, semblent bien nous démontrer que l’abcès péri-amygdalien est une affection essentiellement primitive, dans son {vpe classique, véritable entité morbide qui prend rang dans la nosclogie à côté et en dehors de lamygdalite simple.
Nous pourrions encore citer d’autres arguments: Moure a signalé des cas, où le début remonte à trois jours, à deux jours, à 24 heures même dans un cas, et où l'incision donnait issue à de la sérosité louche. Que devient alors la phase angineuse préalable?
A côté du phlegmon primitif, il existe une forme secondaire que l’on ne peut nier: son existence est démontrée par FObs. V. Nous l’étudierons au chapitre concernant les formes cliniques de ces abcès. Il n’en existe pas moins une forme primitive, la plus fréquente, et s'il y a des lésions angineuses, elles n'en sont ni la cause, ni le point de départ: elles évoluent côte à côte, et traduisent le premier pas de inflammation. .
Si nous avons développé un peu longuement le parallèle c’est de facon à mieux saisir l’étiologie et surtout la pathogénie du phlegmon péri-amygdalien, affection purement 10cale et non pas maladie infectieuse.