‹ Considérations Cliniques et Bactériologiques sur les ABCÈS PÉRI-AMYGDALIENS ET INTRA-AMYGDALIENSChapitre 9 sur 36 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Microbiologie

$ 1. — Technique.

Les facteurs étiologiques divers que nous venons de passer en revue prédisposent à l'infection. Quelle est la cause efficiente de cette dernière? Ce sont les agents pathogènes qui normalement habitent la cavité buccale et vivent sur l’amygdale saine. Leur virulence, latente à l’état normal, se réveille un jour sous le coup de fouet d’une cause déterminante et provoque tantôt une angine banale, tantôt une angine phlegmoneuse: ce sont des notions de pathologie générale aujourd'hui bien acquises.

Mais ce qui est moins bien établi c’est la nature même des agents qui provoquent ces collections purulentes de la région péri-amygdalienne ou intra-amygdalienne et ce qui le prouve c’est la diversité des opinions à ce sujet.

En effet, dans les cas connus de nous, où l’on a pratiqué l'examen bactériologique on a trouvé les microbes suivants:

Dans quatre observations rapportées in Thèse de Veillon, on a trouvé deux fois le streptocoque de l’érysipèle, associé au pneumocoque et deux fois le streptocoque pyogène;

Sallard a noté, dans un cas personnel, la présence de nombreux streptocoques.

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Loguki a fait l'examen bactériologique dans 11 cas d’abcès péritonsillaires. Il a obtenu les résultats suivants:

1er cas : staphylococcus pyogenes albus et streptococcus

pyogenes.

22 — streptococcus pyogenes.

3 — streptococcus pyogénes.

4 — staphylococcus et streptotoccus.

9€ — staphylococcus aureus.

6€ — staphylococcus aureus et staphy. albus.

7€ — staphylococcus aureus.

8 — streptococcus et staphylococcus albus.

De —° streptococcus.

100 — staphylococcus pyogénes albus et staphy. aureus. 112 — staphylococcus albus et streptococcus pyogenes.

Widal a trouvé, dans un cas, après ouverlure spontanée, du coli-bacille et quelques rares colonies de streptococcus. Netter a cité un type d'angine phlegmoneuse à pneumocoques.

Hugo Selten a retrouvé dans un abcès de l’amygdale linguale, chez un vieillard, un micro-organisme très semblable à celui du rouget des porcs, mais qui ne s’est pas montré pathogène chez les animaux.

Treitel, de Berlin, note dans plusieurs cas d’abcès chroniques des amygdales des streptocoques et des staphylocoques.

Raoult rapporte Te cas d’un abcès chronique du voile et de la logette sus-amygdalienne contenant des calculs: les calculs renfermaient des leptothrix et labcès de nombreux . staphylocoques.

Thomas Hublard cite le cas d’un homme de 30 ans et un autre eas où il s'agit des membres d'une famille entière qui eurent une diphtérie compliquée d'abcès amygdaliens: dans tous les cas, on trouva le bacille de Lôffler.

Häâtons-nous de reconnaitre que, malgré tout, le streplo-

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coque semble être le plus souvent en cause. Mais pourquoi l'histoire des abcès péri-amygdaliens au point de vue bactériologique est-elle si pauvre en documents? À quels motifs faut-il attribuer cette indigence, alors que l'histoire dés infections des autres organes a donné lieu à une si riche floraison de recherches? Elle est imputable à plusieurs causes. D'abord, l'abcès de l’amygdale, maladie en apparence bénigne, n'a pas été jugé digne d'attirer l'attention des expérimentateurs; en outre, si l'examen du pus recueilli suffit à déterminer le ou les micro-organismes en cause, encore faut-il que ce pus soit assez bien collecté pour qu'une incision soit faite en temps utile, avant l'ouverture spontanée du foyer. D'ailleurs, les résultats acquis ne nous paraissent pas à l'abri de la critique, étant donné les procédés employés pour les obtenir. RARES

La plupart des auteurs, en effet, qui se sont occupés de celte question, se servent, pour prélever le pus à examiner, d'un fil de platine aseplique qu'ils plongent dans la collection purulente, après incision de la paroi de lPabcès ou même après ouverture spontanée de cet abcès. Loguki faisait ses prélèvements avant Touverture de l’abcès, avec une seringue de Pravaz; une partie du pus était examinée directement au microscope, l’autre ensemencée sur gélatine et agar simple ou glycériné. Or, la bouche et le pharynx, sans cesse contaminés par l'air, les aliments, forment un terrain, sur lequel se développe à l'état normal, une flore aussi abondante que variée. Il y a donc certaines précautions à prendre pour aller recueillir au niveau du foyer purulent les microbes que nous voudrons étudier; la première est de ne pas souiller notre instrument au contact des parois de la cavité buccale où de l’abcès. C’est la grande critique que nous adresserons aux procédés mentionnés plus haut. II semble bien difficile en effet, pour ne pas dire impossible, d'introduire un fil de platine aseptique au fond de la gorge d’un malade, atteint le plus souvent de trismus, plus ou moins docile et toujours émotionné par l'opération qu'il vient de subir, sans

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contaminer ce fil au contact de la muqueuse buccale, où des lèvres de l'incision. Le fil de platine ne rapporte plus uniquement les micro-organismes pyogènes, il rapporte aussi des microbes qui pullulent dans la bouche, Quant au procédé de Loguki, qui se sert de la seringue de Pravaz, pour perforer la paroi de l’abcès, on comprend aisément que l'aiguille de la seringue est fatalement souillée par les microbes qui cultivent sur cette paroi, puisqu'elle doit la perforer pour arriver jusqu'au pus. Nous ne parlerons pas du cas de Sallard où le pus a été prélevé dans un abcès intra-amygdalien ouvert spontanément depuis plusieurs heures.

C’est pourquoi M. le professeur Moure, se basant sur ces considérations, a fait construire une pipette spéciale, qui a servi à toutes nos recherches et dont voici la description: cette pipette, longue d'environ 20 cm., est contenue dans un tube en verre, ouvert aux deux bouts, d'un calibre sensiblement supérieur au sien, mais d'une longueur moindre. Ce tube a une extrémité effilée, celle qui correspond à la partie capillaire de la pipette. Nous appellerons ce tube: le tube-manchon. Ces deux parties constituent l'appareil luimême et sont enfermées dans un tube en verre, semblable à un tube à essai dont l'ouverture serait close par un tampon de coton. Nous appellerons ce tube l’étui-protecteur. Le tout est stérilisé à l’autoclave.

Façon de recueillir le pus. — Comment procédons-nous pour faire nos prélèvements? Au moment où l'opérateur va ouvrir l’abcès, nous sortons de son étui-protecteur la pipette munie de son tube-manchon, nous retirons la pipetle jusqu'à ce que son extrémité effilée se trouve un peu en arrière de l'extrémité correspondante du tube-manchon et alors nous sommes prêts à recueillir le pus. Aussitôt que le galvano a fait une brèche dans la poche abcédée, dès que la première goutte de pus apparail, nous approchons notre tube-manchon jusqu'au contact des lèvres de l'incision, en évitant le plus possible, lors de la traversée buccale, de

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contaminer son extrémité effilée contre la muqueuse linguale ou la muqueuse des joues. Lorsque ce tube est bien mis en place. ce qui offre toujours de la difficulté, car le malade est indocile, s’agite et souffre de l'opération quil vient de subir, alors seulement on enfonce la pipette assez profondément, jusqu'à 2 et 3 cm., en prenant soin toutefois de ne pas la briser contre les parois de l’abcès. On aspire quelques gouttes de pus et on retire la pipette de son tubemanchon, sans que celui-ci soit déplacé, ce qui est encore un temps difficile de l’opération.

II nous semble que, de cette façon, nous sommes à peu près sûrs de ramener de la poche phlegmoneuse le ou les seuls microbes qui ont donné naissance à la collection purulente. En admettant même que le tube-manchon soil souillé au contact des parois de la cavité buccale, nos résultats ne seront pas compromis, puisque nous avons le soin de laisser son extrémité effilée au seuil de la cavité purulente; la pipette rigoureusement aseplique va puiser seule le ou les microbes à étudier.

Les schémas ci-dessous sont destinés à nous faire com-

prendre les différents temps de prélèvement.

Le dispositif stérilisé dans un tube de verre.(1)

Avant Paspiration.

Après l'aspiration.

(1) Ce dispositif a été présenté le 30 mars 1908 à la Société d'anatomie de Bordeaux, par le D' Piétri.

Il va sans dire que l'éclairage au miroir de Clar est indispersable pour accomplir ces divers temps.

Une fois le prélèvement effectué, on ferme la pipette à la lampe et l’on peut ainsi la transporter au laboratoire sans crainte de l’infecter avec les microbes étrangers. Au laboratoire, on casse l'extrémité de la pipette à l’aide d’une pince passée à la flamme.

Préparations microscopiques. — On étale alors la gouttelette de pus qu’on a laissé tomber sur la lamelle, pour permettre l'examen microscopique. Ces lamelles étaient colorées par différents procédés (picro-carmin, solution hydro-alcoolique de violet de gentiane, méthode de Gram, etc.), et examinées au microscope.

Notre méthode n’est pas à l’abri de tout reproche et il faut en reconnaitre les nombreuses imperfections, les multiples lacunes. D'abord, hâtons-nous de dire que dans la plupart des cas, nous nous sommes contentés de lPexamen microscopique. Ce n’est que dans les cas douteux que nous avons étendu nos investigations; nous les signalerons après chaque observation. Nous avons peut-être une excuse: le manque de temps, car les études bactériologiques sont toujours très laborieuses et chaque cas d’abcès péri-amygdalien pour être complètement analysé au point de vue bactériologique exige au moins un mois de travail quotidien au laboratoire. Enfin nous n'avons pas isolé les espèces microbiennes anaérobies, car leur recherche demande une technique toute spéciale et pleine de difficultés. D'ailleurs nous ne pensons pas que nos résultats soient infirmés par ce genre de recherches.

S 2. — Observations.

Toutes les observations suivantes sont personnelles et ont été relevées, sauf une, à la clinique du Professeur Moure. Nous n'en donnerons que des résumés, car la description détaillée serait fastidieuse. Les microbes ont été étudiés suivant la technique exposée plus haut.

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