LA FLORE DE L'URÈTRE SAIN
Quand on lit les travaux parus sur la flore microbienne de l’urètre normal, on est frappé de la diversité que les auteurs ont mis à interpréter le mot et la chose : urètre normal, et aussi de la variété des conditions d’expériences dans lesquelles ils se sont placés. Il est difficile, d’après tous ces travaux, de se faire une opinion. Essayons de les résumer et de les commenter.
Un grand nombre d’auteurs trouve des microbes dans tous les urètres examinés, sans que nous soyons bien fixés sur les modalités et surtout sur le niveau du prélèvement dans l’urètre. Citons Giovanini en 1886, Oberlander en 1887, Lustgarten et Mannaberg (45), qui ont trouvé des microbes dans les urètres de trois garçons de 9, 11 et 13 ans ; Rovsing (72) en 1889, qui identifie des microbes chez cinq jeunes garçons, Melchior en 1893, Eraud et Hugounenq en 189 ; * plus près de nous, Pfeiffer Hermann trouve en 1903, IT fois
Un FAR
du pseudo-diphtérique sur 15 urètres ! Lavenant en 1904 (39).
Tous ces auteurs trouvent à peu près constamment des microbes, même chez de très jeunes enfants : pour eux, les cas d’urètre stérile sont très rares. Les microbes le plus fréquemment trouvés par eux sont : Staphylo, strepto, coli, diplobacilles divers, etc. Jungano (36) a identifié dans l’urètre normal de nombreuses espèces d’anaérobies, principalement des formes cocci, chez l’enfant : les formes bacillaires chez les adultes.
Une autre catégorie d'auteurs s’est préoccupée du point où faire les prélèvements. Petit et Wassermann les premiers en 1891 (59), étudient à part la flore du méat et celle de l’urètre. Stanziale en 1906, fait des prélèvements à 5, 10, 15 centimètres du méat, et la flore qu’il trouve s’appauvrit peu à peu à mesure qu'il avance. Jungano en 1906 (35), fait des prises à 15 centimètres de profondeur, après lavagé soigneux et massage des glandes, et trouve aussi des microbes, en particulier chez 7 enfants de 2 1/2 à 15 ans. Cao en 1903, Rüist en 1904, trouvent très riche la flore du smegma préputial. Hamonic comme Stanziale n’a pas trouvé de microbes dans les parties les plus profondes de l’urètre.
On peut faire à tous ces travaux un reproche sérieux : Comment ont été choisis ces urètres soi-disant normaux ? Nous savons maintenant, — les anciens auteurs sont donc excusables, — combien d’états morbides urétraux ne se manifestent par aucun signe subjectif, alors qu'il suffit d’un urétroscope et d’un tube de culture pour se faire une opinion sur les urètres que l’on pourrait croire normaux.
D'un autre côté, les urétrites conférant aux malades une amnésie élective : que de malades en ville, et dans le milieu
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hospitalier, ont oublié avoir eu « autrefois » un « simple échauffement », et n’avouent que devant une lame œui les confond, ou après un interrogatoire serré ! La bonne foi des bactériologues a dû être souvent surprise, alors qu'ils nous disent : nos malades n'avaient pas de trace d’affection des voies urinaires..…., étaient indemnes de tout passé génital...
La deuxième source d’erreurs tient au niveau du prélé- - vement. Les travaux des auteurs qui en ont tenu compte, nous montrent que la flore est loin d’être la même dans la fosse naviculaire et au niveau de la prostate. L'urètre normal comprend deux zônes : l’une amicrobienne, l’autre très riche en microbes. La limite théorique entre les deux zônes est le point, où, de pavimenteux, l’épithélium devient cylindrique. Nous avons vu plus haut que leurs défenses respectives étaient très différentes. L’épithélium pavimenteux ne se défend pas contre les microbes, — et il emest couvert. L'épithélium cylindrique en bon état attaque les microbes qui peuvent arriver jusqu'à lui, et il en vient à bout dans les infections minimes de tous les jours. Expliquons ce terme : le microbisme du méat et de la fosse naviculaire est, à notre avis, un cas particulier de l’invasion par les microbes saprophytes de l’organisme en général et des téguments en particulier.
Douze heures après la naissance, il y a déjà des microbes dans le vagin de la femme (37). La peau tout entière est infectée de microbes ; les muqueuses de toutes les cavités sont habitées de saprophytes purs, ou de pathogènes momentanément saprophytes. La peau du prépuce est au moins aussi riche que le reste des téguments ; le smegma préputial fourmille de microbes variés.
La contamination de l’urètre par continuité nous paraît
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impossible à éviter. Mais c’est aussi beaucoup par contiguilé que doit se faire la contamination. Il ne faut pas oublier le voisinage de l’anus toujours très habité, et chez la femme, la présence de sécrétions vulvo-vaginales très riches en microbes. Enfin une grande part doit revenir pour nous ‘au coït. L'homme s’infecte ainsi constamment : le vagin de la femme saine est un foyer microbien aérobie et anaérobie d’une rare richesse. (Bensis (3), Hallé (26), Dujol (16), Menge et Kronig (52), Stini (77).
Ainsi donc, on trouve constamment des microbes au méat, dans la fosse naviculaire. Ils ne vont pas au delà dans l’urètre sain. Voici ce qui nous le prouve le mieux : après un traitement d’urétrite bien conduit, c’est-à-dire quand la muqueuse est revenue à son intégrité normale, nos traitements d’épreuve restent négatifs, nos tubes de culture ne poussent pas. Or, nous savons que le mitrate du traitement d’épreuve fait contracter les fibres musculaires de la sousmuqueuse et exprime les cavités et anfractuosités qui peuvent renfermer du pus et héberger encore des microbes. Si notre traitement d’épreuve est négatif, c’est donc qu'il n’y a plus de microbes dans la profondeur ; c’est donc que les défenses naturelles de la muqueuse ont vaincu les infections de tous les jours : la muqueuse n’héberge plus de microbes à sa surface. Pourtant, à ce moment, nous trouvons encore des microbes au méat.
Mais si l’épithélium se modifie et perd ses propriétés de défense microbienne, sous l'effet d’un traumatisme, d’une irritation par les urines après ingestion d'aliments ou de médicaments, ou d’un trouble amenant une modification sécrétoire (Lavenant) (39), les microbes peuvent pulluler dans tout l’urètre. La congestion est une cause de réceptivité ; l'érection est chez l'homme la cause la plus fréquente
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de congestion, et la muqueuse de la verge en érection, baignée de sérum sanguin si elle est suintante à la suite d’une irritation quelconque, représente un milieu de culture par- | fait, qu’ uné circulation sanguine intense maintient à une température. d'étuve. ù Finger nous à montré aussi que Pérection produisait la sécrétion par les glandes de l’urètre d’un mucus alealin destiné à neutraliser, pour le passage du sperme, l'acidité de l'urine (21), et cette alcalinité favorise la vie des microbes. Ces cas de réceptivité différente des muqueuses nous expliquent parfaitement ces cas cliniques si fréquents, où nous voyons une femme porteuse de gonocoques n infecter qu'un seul de ses partenaires, au cours de-plusieurs coits successifs.
Nous avons vu enfin l’action néfaste des antiseptiques sur la muqueuse de l’urètre, la facilité avec laquelle ils provoquent des urétrites chimiques, c’est-à-dire des lésions de la muqueuse par irritation. Et ceci nous amène à dire quelques mots, en terminant, de la question, si importante au point de vue social, de la Prophylaxie.
PROPHYLAXIE. — Le premier but à atteindre, avant d'obtenir la guérison définitive des urétrites, serait d’em- ‘pêcher la dissémination de la blennoragie, et, pour cela, de parer aux contaminations par le coït. Les mesures peutêtre Les plus efficaces en soi : meilleures réglementations de la prostitution, et responsabilité pénale de la transmission des maladies, nécessitent un appareil législatif compliqué. Elles sont à l'étude, mais ce sont des questions trop complexes pour être abordées ici.
Nous ne parlerons pas davantage de l'éducation morale des masses. Il nous semble pourtant, dans cet ordre d'idées,
après le coït. Le bock permet de la réaliser chez soi.
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que déjà, l'élément populaire qui fréquente la consultation externe de Civiale tend à mieux comprendre l'interdiction
du coït, et à saisir le côté honteux du délit de contamination,
par un malade encore contagieux, et prévenu.
La question que nous avons, surtout en vue ici est la prophylaxie individuelle.
L'efficacité des préservatifs n’est pas admise de Lous.
On préconise beaucoup maintenant les antiseptiques en injections prophylactiques, à des doses que nous croyons beaucoup trop fortes. Les urologues estiment qu'il n’est. pas inoffensif d’injecter argyrol, protargol, xylol ou thymol, dans un urètre qui vient d’être traumatisé par le coït, et dont la muqueuse, en contact avec des microbes dangereux, n’a pas besoin, par un traumatisme chimique, d’être mise en état de moindre résistance vis à vis des microbes pathogènes et peut-être même des microbes ordinairement anodins : les saprophytes du vagin, qui ont pu envahir la fosse naviculaire. | Ne
La prophylaxie immédiate est difficile à réaliser-toujours et se heurte à des difficultés matérielles et sentimentales qui en restreignent l'emploi. D'ailleurs les nécessaires de poche sont à base de ces antiseptiques condamnés. Et d’autre part, nous savons qu'il est imprudent de recommander aux futurs malades la pelile seringue, mère des littrites.
Il nous reste la prophylaxie tardive, quelques heures
Les stations de prophylaxie, sur le modèle de celles de l'armée américaine n’ont pu être acclimatées en France. D'ailleurs, nous savons qu'’il'ne faut pas accorder une foi aveugle aux statistiques américaines : les médecins convaincus de l'efficacité de leurs soins. prophylactiques, punissaient de prison toute urétrite déclarée, et de nombreux
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hommes, ayant négligé leur visite à la station, ou ayant, malgré le traitement, contracté une urétrite microbienne, . surajoutée où non à une urétrite chimique, n’allaient pas à la visite, et dissimulaient leur maladie (Milan) (53). Ne te Pour notre part, nous aimerions voir employer les deux | armes prophylactiques suivantes, le plus tôt possible après Clé ei | fe Savonnage soigné du méal, du gland, et du prépuce, avec une solution alcoolique de savon. | 20 Lavage de lurètre -à sa partie toute antérieure, ne dépassant guère la fosse naviculaire, fait au bock, par le
malade lui-même oupar un infirmier, avec une solution
stérile de Sérum physiologique, ou avec une solution très faible d’un antiseptique, tel que oxycyanure de mercure à I pour 10.000 (dix mille), ce lavage devant avoir seulement uu rôle mécanique de balayage des microbes. à