CHAPITRE I
É'FSITOR COLE
Une nouvelle opération ostéoplastique sur le pied a été décrite en 18814):
Cette opération consiste dans l'application de la partie antérieure du pied sur la surface de section de l'extrémité inférieure des os de la jambe, de telle sorte que la face dorsale du pied se continue en ligne droite avec la face antérieure de la jambe. La plaie guérie, le malade marche en appuyant sur la tête des métatarsiens, les orteils étant dans l'extension forcée. L'issue favorable de cette opération, fait naître la question de son opportunité, de son droit
4) Langenbeck’s Archiv. für klinische Chirurgie, T. XX VI, p. 494.
pre
d'existence dans la pratique chirurgicale et des processus pathologiques qui indiquent son application.
Les plaies et les ulcérations se cicatrisent parfois difficilement, parce qu’elles ont un siège anatomiquement défavorable ; ainsi, par exemple, pour obtenir la guérison d’une plaie transversale située sur la face antérieure du genou, il faut empècher pendant quelque temps la flexion ; les ulcérations de la plante du pied persistent quelquefois pendant des années, tant que le malade marche.
Le talon est une région très défavorable à la cicatrisation d’une surface bourgeonnante ; car, d’une part, celle-ci est continuellement comprimée dans la marche, lorsque le malade appuie sur la plante du pied ; d’autre part, lorsqu'il cherche à éviter cette compression, en ne marchant que sur la pointe du pied et en le plaçant instinctivement dans l'extension forcée, la surface bourgeonnante est tirail-
lée, et ce tiraillement persiste tant que l'articulation tibio-tarsienne reste mobile.
La guérison définitive ne deviendrait donc possible qu'avec l’ankylose complète. À la partie postérieure de la plante du pied, les lésions ne sont pas rares, on observe les fractures, les plaies par traumatisme, les ulcérations intéressant les téguments seuls, ou bien dépendant de quelque lésion du calcanéum.
Une des lésions fréquentes des os du pied, l’ostéite tuberculeuse, ne frappe souvent qu'un seul os du tarse, parfois deux ou trois, le reste du squelette du pied restant intact.
On cite (1) un cas d’ostéo-sarcome central du calcanéum chez un homme d'une quarantaine d'années. Considérons donc le cas le plus simple ; si le malade n’a qu’une lésion du calcanéum seul, du calcanéum et de l’astragale à la fois, ou enfin de l'articulation tibio-
(4) Bulletin de la Société de chirurgie de Moscou, 1882, par M. Wilbouschewitch.
nl
tarsienne et que cette lésion nécessite une intervention chirurgicale, on a le choix entre les procédés suivants : l’ablation partielle de l'os malade, la résection du pied d’après le procédé de Syme, l'opération
ostéoplastique par le procédé de Pirogoff, et l'amputation de la jambe à son extrémité inférieure.
Toujours, excepté dans le premier cas, le pied est sacrifié tout en n'ayant qu’un ou deux os malades.
Nous ne sommes plus à l’époque où l’on pratiquait l’amputation de la jambe au lieu d'élection ; on comptait parmi les indications de cette amputation l'avantage bien fictif que le malade avait d’être débarrassé de cette extrémité quile gênait dans l’adaptation de sa jambe de bois ; on la pratiquait dans bien des cas, alors que le malade était estropié par une ulcération persistante du pied, et du talon en particulier.
Faire perdre au malade dans des circonstances pareïlles un membre relativement sain, c'était trop ; mais lui donner la possibilité de se servir dans la marche de son propre pied comme point d'appui, au lieu de Ja jambe de bois dont il est obligé de se servir, voilà ce
qui est naturel et dicté au chirurgien par le sentiment de l’humanité.
Le docteur Jos. Mikulicz, en décrivant une nouvelle opération sur le pied, dit que depuis longtemps déjà il s'était demandé «sil n’y avait pas moyen de conserver quelquefois dans des affections pareilles la partie saine du pied. » Mais nous croyons devoir rétablir, pour la vérité historique, un fait oublié. L'idée de prolonger les os de la jambe par la partie antérieure saine du pied, appartient à un médecin russe. |
M. Sklifossowski (1), de Moscou, réclame la priorité de l'opération en faveur de Wladimiroff, de Kazan ; car, en 1872 déjà, il a exécuté
(1) Traduit du Bulletin de la Société de chirurgie de Moscou, 1882, par M. Wilbouschewiteh.