DE LA BRONCHO-PNEUMONIE DES DIABÉ- | TIQUES
Pour Seegen, et pour ceux qui comme Wilks, Pavy, Lasègue nient à peu près l'existence du tubercule chezle diabétique, la broncho-pneumonie simple est la complica.. tion pulmonaire la plus commune du diabète. Pour la plupart des auteurs, elle est au contraire assez rare, plus rare même, selon M. Lécorché, que la pneumonie lobaire. M. Joffroy dans sa thèse d’agrégation, ne se prononce pas etse contente de dire: « La broncho-pneumonie des diabétiques a du être souvent confondue avec la pneumonie tuberculeuse ; nous manquons de données pour l’étudier. »
Broncho-pneumonie à marche insidieuse. — Quoi qu’il ensoit, la broncho-pneumonie non tuberculeuse existe dans le diabète et elle se manifeste à tous les âges. De même que la pneumonie lobaire, elle peut n’apparaître qu’à la période ultime de la maladie, ne se révélant par aucun symptôme extérieur qui attire l'attention, et peut n’être qu'une simple trouvaille d’autopsie. Pour en donner un exemple, nous nous contenterons de citer le fait suivant rapporté par M. Troisier et consigné dans les bulletins de la Societé anatomique (année 1871, page 231).
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OBsERvATION XI
- Il s’agit d’un malade de 51 ans, observé par M. Troisier à la Pitié et dont les urines présentaient une notable quantité de sucre. Au bout de quelque temps; ce malade tomba dans le marasme diabétique et mourut, après avoir présenté dans les jours qui précédèrent sa mort des oscillations thermométriques variant entre 37° le matin et 38°, 4 le soir. « A l’autopsie on trouva que les moyennes et les petites bronches contenaient du pus. Il n'y avait pas de tubercules. Le tissu pulmonaire offrait des deux: côtés, surtout aux bases, un léger degré de congestion œdémateuse. Du côté droit, on trouva quelques noyaux de pneumonie lobulaire suppurée. La plèvre droite était épaissie, tapissée par des néo-membranes hémorrhagiques. L’adhérence de la paroi thoracique était notable de ce côté. ».
Mais la broncho-pneumonie n’a pas toujours cette allure insidieuse, et lorsqu'elle éclate au cours du diabète, chez un homme relativement vigoureux, elle se. traduit par ses symptômes ordinaires; elle né se distingue que par sa marche rapide, et quelques-uns de ses modes de terminai-
son, qui sont :
La guérison par résolution.
La mort rapide par asphyxie ou par adynamie.
La mort par gangrène.
Le passage à l’état chronique.
Guérison. — La guérison par résolution doit être très rare. Nous n'avons pu en recueillir aucune observation dans les divers ouvrages que nous avons consultés. Mais M. le D: Landouzy nous à dit en avoir observé un très beau
cas chez un malade près duquel il avait été appelé en con-
pe
- sultation. Pas plus que dans les cas de pneumonie lombaire, il ne faut pas trop se hâter de porter un pronostic désespéré. ES al
Mort par asphyxie; — La dyspnée est le symptôme dominant de la maladie. Elle prend parfois dès le début des proportions inquiétantes et conduit rapidement le malade à la mort par asphyxie. Outre le souffle et la matité en des points limités, au niveau des foyers de broncho-pneumonie, l’auscultation fait percevoir des râles sibilants et ronflants dans les grosses bronches, des râles sous-crépitants dans toute l'étendue de la poitrine.
Mort par adynamie. — Dans d’autres cas, les symptômes asphyxiques font défaut, mais les malades succom-. bent rapidement à l’adynamie et au collapsus.
Terminaison par gangrène. — Dans un grand nombre de cas, la broncho-pneumonie du diabétique aboutit à la gangrène des lobules envahis. Monneret, Griesenger, Scott, Hogdkin, Charcot, en ont rapporté des exemples, mais toutes leurs observations, sauf celle de Griesenger, se rapportent à des tuberculeux. Aussi nous rappellerons $seule-. ment cette dernière.
OBSERvATION XII Griesenger, in Charcot, Gazelte Hebdom., 181.
« Le malade, raffineur de sucre, mourut d’une gangrène du poumon. Atteint subitement il présenta les signes d’une hépatisation du lobe supérieur du poumon gauche. La fièvre était considérable. L'haleine et les crachats n’offraient pas la moindre odeur. Le huitième jour, la santé générale s'était beaucoup améliorée. Ce jour-là, le malade pendant un examen minutieux de la poitrine resta longtemps debout. Immédiatement après cet exa-
LRU RES men, il eut un frisson très violent, une dyspnée considérable et tomba dans un demi-collapsus. 24 heures après, on constata une infiltration de tout le lobe inférieur du poumon gauche. Les crachats furent le jour suivant, ‘très abondants, mousseux, d’une mauvaise couleur gris vert, annonçant une gangrène pulmonaire, mais toujours sans la moindre odeur, l’urine était assez abondante et contenait beaucoup de sucre, 3,2 pour 100. Environ 36 heures après le malade mourut.
A l’autopsie, on trouva la partie antérieure du lobe supérieur du poumon gauche complètement privée d'air, remplie d’une sérosité peu épaisse et d’un gris foncé ; on y voyait, en outre, des cavités nombreuses, au plus de la dimension d’un haricot, remplie d’un.liquide vert foncé, contenant des détritus de tissu pulmonaire. Autour de ces cavités n’existait aucune trace de réaction inflammatoire, aucune hépatisation. Sur le lobe inférieur, la plèvre offrait des plaques blafardes, d'une coloration mauvaise, analogue à celle de la gangrène et entourée d’une injection très manifeste. À l'intérieur de ce lobe existait une cavité gangréneuse presque du volume d'un œuf de poule, très bien limitée, dans laquelle nageaient les éléments du poumon au milieu d’un liquide couleur chocolat. Autour du foyer, la plus grande partie du parenchyme de ce lobe était molle, rouge clair, sans granulation hépatique. Le poumon ne présentait aucune trace de tubercules. Aucun des points gangrenés n’exhalait l'odeur caractéristique. Le liquide gangréneux avait une réaction acide très prononcée. Malheureusement on ne put rechercher la nature de l’acide, par suite d’une
inadvertance. »
Un fait signalé par la plupart des auteurs et bien noté dans l'observation de Griesenger, c’est l’absence de fétidité des crachats et des parties sphacélées du poumon. On en-avait même fait la caractéristique de la gangrène pul-
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monaire des diabétiques. Or la fétidité existe quelquefois. Elle est signalée dans un cas de Fritz cité par Marchal de Calvi. Elle existait aussi, quoique à un degré atténué, dans l'observation suivante due à Schlemmer, et qui prouve que la broncho-pneumonie des diabétiques peut guérir même alors qu’elle s’est compliquée de gangrène.
OBsERvATION XIII |
Schlemmer, in Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, 1886. TS
Au commencement de juin 1885, le nommé P..., garçon de. restaurant, âgé d'une quarantaine d'années, vint me consulter au sujet d'une toux qui le tourmentait depuis longtemps et qui avait débuté à Nice où il s'était surmené pendant les deux derniers hivers. En interrogeant ce malade déjà un peu maigre. et sensiblement affaibli, je me trouvai amené à penser au diabète, et j'appris que depuis un an l'urine laissait des taches blanchâtres sur ses souliers et que le prépuce était le siège d’éruptions herpétiques fréquentes.
L’urine examinée me fournit un dépôt abondant de glycose, Malgré mes avis, ce malade refusa alors de se soumettre à aucune espèce de traitement, en dehors de quelques tisanes et de quelques précautions diététiques ;. il s’obstina à remplir, avec un. zèle au-dessus de ses forces actuelles, les fonctions beaucoup trop. pénibles qu’exige son emploi au Mont Dore.
Je ne puis songer à reproduire ici toute son observation que. j'ai recueillie pendant près d'un mois et 1/2 à raison de 2 et parfois de 3 visites par jou. Je tâcherai de résumer aussi fidèlement que possible l'histoire de ce malade, auquel mon ami, le D' Per-.
cepied, a bien voulu s'intéresser avec moi, el auprès. duquel mon.