‹ Considérations contre l'hérédité des maladiesChapitre 4 sur 5 · CONTRE · texte numérisé non relu

CONTRE

S’il suffisait qu’une opinion eût été de tout temps enseignée pour qu’elle eût le droit d’être classée au nombre des vérités acquises, assurément aucune doctrine ne commanderait plus le respect que la doctrine de l’hérédité des maladies. Parcourez la littérature médicale : les plus grands noms, comme les plus obscurs, adhèrent à cette doctrine ; tous acceptent l’hérédité comme un fait indiscutable ; tous la dénoncent comme la source des plus graves maladies. Aussi les auteurs qui ont publié des écrits spéciaux sur cette question n’ont eu que l’embarras du choix, lorsqu’ils ont voulu alléguer des téuioignages à l’appui de leur opinion. Comme s’ils avaient senti le besoin d’une garantie plus haute que celle des plus illustres représentants de la médecine, ils ont invoqué les paroles et les œuvres des philosophes et des législateurs. Moïse et Lycurgue, Platon et Aristote ont été associés à Hippocrate, à Fernel, à Paracelse, à Stahl, à Boerhaave, à Cullen, à Barthez, etc. En présence de cet accord, un médecin n’avait-il pas à craindre d’être taxé d’irrévérence ou de sot orgueil, s’il conservait et manifestait un reste de doute sur une doctrine que recommandait l’assentiment unanime des esprits?

Il a donc fallu plus que du courage à A. Louis pour résister à l entraînement général et pour combattre une opinion d’autant

plus affermie qu’à ia puissance du préjugé elle joignait l’avantage d’expliquer le plus commodémeat du monde l’origine d’une foule de maladies. Mais vainement, dans son Mémoire de 1748, Louis essaya de discréditer la thèse de l’hérédité. Sa protestation isolée émut à peine le corps médical, et, presque aussitôt après, Pujol put écrire, sans soulever de véritables réclamations, que presque toutes nos maJadiea portent le caractère de l’hérédité.

Aujourd’hui;, sans aller aussi loin que Pujol, les médecins adnaettent cependant,. dans un très-grand nombre de cas, certaines prédispositions morbides héréditaires. C’est même un lieu commun d’affirmerl’existence et l’influence de ces prédispositions, et dans quelques maladies le diagnostic tire sans hésitation de l’hérédité un de ses éléments.

Quelle est la vérité sur cette question ? La lecture du Mémoire de Louis nous ayant conduit à la rechercher, nous avons examiné scrupuleusemeut les motifs indiqués par les partisans de l’hérédité, î^ous n avons pas compté les textes, mais nous avons pesé et disrcuté les raisons. Quelque respect que nous professions pour les grandes figures de la médecine, nous avons pensé que leurs affîr-< mations devaient être accueillies seulement sous bénéfice d’inventaire. Nous sommes sorti de cette étude convaincu que la doctrine de 1 hérédité des maladies manque de preuves, qu’elle interprète mal une foule de cas, qu’elle ne lient pas assez compte des conditions et du milieu dans lequel les hommes se meuvent et se développent, enfin qu’elle substitue une cause occulte, iocompréhensible, à l’action de forces multiples, dont l’hygiène parvient peu à peu à démêler le rôle.

Définition de i hérédité. L auteur d’une thèse sur l’hérédité dans les maladies déclare que «la disposition, héréditaire consiste essentiellement dans une ressemblance de tempérament et d’organisation en vertu de laquelle les mêmes causes qui avaient développé et entretenu la maladie chez les parents, venant à agir sur les enfants.

déterminent dans leur économie les mêmes mouvements morbides » (Lerebouüet). Nous renonçons à conserver une semblable définition, qui nous permettrait de ruiner avec trop de facilité la doctrine de l’hérédité. La philosophie, s’appuyant sur l’observation, énonce comme un principe certain que les memes causes dans les memes circonstances produisent les mêmes effets. Appliqué à la définition précitée de l’hérédité, ce principe force à conclure que les maladies observées chez les enfants dépendent de 1 action des mêmes causes qui les ont produites chez les parents. Dans l’intérêt de la justice, nous chercherons ailleurs une définition de l’hérédité qui ne préjuge que le fait lui-même; nous prendrons la suivante, comme répondant à notre but : La disposition héréditaire aux maladies est un état particulier de l’organisation qui dispose le corps à en être attaqué; état que les parents qui ont été sujets à ces maladies transmettent à leurs descendants. » (Petit, diclionn. en 30 vol., art.

Listes des maladies héréditaires. Il existe parmi les médecins des dissentiments considérables sur les maladies qui composent cette classe. Si l’on en croyait les partisans les plus déterminés de l’hérédité, «il n’est aucune affection qui ne puisse acquérir celte fâcheuse propriété, du moins dans quelques occasions.» Ainsi Pujol, qui s’exprime de la sorte, s’enhardit par enthousiasme de son sujet à comprendre parmi les maladies héréditaires celles-là même «qui viennent par contagion;» et il indique comme telles la variole, la peste, la syphilis, la lèpre. Il aperçoit manifestement le caractère de la transmission héréditaire dans l’épilepsie, la folie, l’apoplexie, les spasmes nerveux, l’asthme, l’hémoptysie, la pleurésie, la pneumonie, la phthisie, les hydatides du poumon, les maladies du foie, l’ascite, les maladies de la rate, celle de l’estomac, les vers intestinaux, l’anasarque, l’œdème, etc;, etc. En un mot, «toutes les maladies, dit-il, acquièrent parfois le droit de passer des pères aux enfants comme un héritage. » Moins hardis que Pujol, d’autres

partisans de la même doctrine ont opéré un triage parmi ces affections, sans qu’on s’explique bien pourquoi ils ont rejeté dans certains cas le témoignage de leurs prédécesseurs, tandis qu ils l’accueillaient si facilement dans d’autres. Encore l’énumération restreinte qu’ils ont donnée a-t-elle paru trop longue et trop aventureuse à des critiques imbus de la même opinion, et elle a subi des restrictions nouvelles. Dans un recensement des moins anciens, M. Piorry a reconnu surtout la possibilité de la transmission héréditaire dans la pléthore, le rhumatisme articulaire aigu, la goutte, le cancer, l’hypertrophie du cœur, la phthisie, le catarrhe, la pleurésie et la pneumonie, l’emphysème, l’asthme, l’apoplexie et la paralysie, les hernies, l’aliénation mentale, l’épilepsie et l’hystérie. Nous nous en tiendrons à cette liste; car notre intention n’est pas tant de parcourir successivement toutes les affections réputées héréditaires que de dévoiler, à l’occasion des principales, la faiblesse des raisons qui leur ont valu ce titre.

Caractères ou signes de l'hérédité. — A moins de supposer que les partisans de l’hérédité ont arbitrairement départi ce titre à certaines maladies, nous devons rechercher quels sont les signes qui les ont guidés dans les choix qu’ils ont faits. Que de tels signes existent, non pas comme conception imaginaire, mais comme expression réelle des faits, eux-mêmes sont obligés d’en convenir, sous peine de paraître substituer la fantaisie à la vérité. Dire, en effet, que toute maladie qui, après avoir sévi sur l’ascendant, sévit sur le descendant, rentre dans la classe des maladies héréditaires, c’est s’en rapporter au hasard du soin d’instituer toute une catégorie d’affections, a Pourquoi un homme ne pourrait-il être atteint de la même maladie que son père, sans qu’il y ait eu transmission par la génération » (Michel Lévy)? Ne voit-on pas tous les jours dans raille circonstances les jeux du hasard se produire de la façon la plus surprenante? Sur 100 numéros jetés dans une urne, la main, allant aveuglément, amène parfois une succession régulière de 2, de 3, de 4 numéros et plus. Il

n’est pas plus étrange que, dans cette immense multitude de faits pathologiques que les misères de Thumanité font passer sous les yeux du médecin, une même famille offre jusqu’à la troisième ou même la quatrième génération la reproduction de la même maladie. Conclure de cette coïncidence à une influence morbifique, sans alléguer d’autre motif que la coïncidence elle-même, c’est l’œuvre d’un esprit ou trop précipité dans ses jugements, ou trop enclin à conclure au gré de ses sympathies. Examinons donc les caractères jugés indispensables par les partisans mêmes de l’hérédité pour justifier l’opinion qu’ils professent.

«Un des caractères essentiels des maladies héréditaires, dit Petit, c’est de se développer, en général, chez les descendants, au meme âge, à la même époque et au milieu des mêmes circonstances que chez les parents qui en ont été affectés. Ainsi un enfant né d’un père phthisique mort à l’âge de 30 ans éprouvera, à l’approche de cet âge et s’il se trouve placé dans des circonstances analogues, les phénomènes précurseurs de la même maladie, qui bientôt se développera et parcourra ses périodes en suivant uue marche semblable à celle qu’elle a affectée chez le père. » Cette déclaration de Petit se retrouve dans les auteurs qui ont soutenu la doctrine de l’hérédité. «Les maladies héréditaires, dit Lereboullet, ont pour caractères principaux de se développer à la même époque, d’affecter les mêmes organes et de suivre la même marche que chez les parents.» «Les maladies héréditaires, dit aussi M. Michel Lévy, se développent généralement à la même époque et frappent les mêmes organes que chez les parents.»

Ainsi, d’après ces auteurs, l’hérédité se manifeste par trois signes principaux : 1® la maladie héréditaire se développe à peu près au même âge chez les descendants que chez les parents ; 2“ elle affecte les mêmes organes; 3° elle suit une marche identique. Ces signes nous semblent bons, et nous sommes disposé à nous en contenter. Toutefois, nous ne pouvons oublier que les partisans de l’hérédité sont loin d’être d’accord sur la légitimité et la valeur de chacun 1868 . —Combes.

d’eux. Au premier, par exemple, Chomel oppose un signe diamétralement opposé Les maladies qui se développent sous l’influence d’une prédisposition héréditaire se montrent à un âge moins avancé que dans le cas où elles ne sont pas transmises par hérédité. » Il répugne à la logique d’adhérer en même temps à deux règles qui se contredisent. Mais, comme il ne s’agit pas pour nous de décider entre elles, nous les accepterons l’une et l’autre comme un moyen de contrôler les faits prétendus d’hérédité et d’apprécier le droit de certaines affections au titre d’héréditaires. Le second signe, celui qui se tire de l’identité des organes atteints par l’affection, cesserait de pouvoir servir de règle, si l’on admettait avec quelques partisans de l’hérédité que la maladie se modifie en passant du père au fils et que d’un genre bien déterminé d’affections résulte parinfluence génératrice un genre tout à fait distinct. Qui ne remarque jusqu’où pourrait s’emporter le fanatisme d’une opinion, si l’on était autorisé à regarder comme transmis et modifiés seulement dans leur expression tous les désordres pathologiques des descendants? Quel est l’homme assez aimé, assez favorisé de la nature et du sort pour échapper à toutes les maladies? ün fils hypochondriaque aurait-il un père rhumatisant : du rhumatisme serait sortie l’hypochondrie. Evidemment cette exagération tournerait contre le système qui serait forcé de la subir comme conséquence, après en avoir posé le principe. J’avoue que par là même ce système laisserait ses adversaires désarmés ; mais contre de pareilles prétentions n’auraient-ils pas le refuge du sens commun?

Quant au troisième signe, que fournit la marche de la maladie, nous serions en droit de le maintenir rigoureusement et de l’appliquer à la généralité des cas, puisque les partisans de l’hérédité ne paraissent pas en redouter l’application. Mais nous n’y insisterons pas trop, parce que ce serait peut-être pécher par excès de réserve que de s’abstenir de signaler une transmission héréditaire là où manquerait seulement ce troisième signe.

Il est un autre signe intéressant que recommandent l’autorité et

l’expérience de M. Michel Lévy. « Le caractère des maladies héréditaires, dit ce médecin, se révèle surtout dans la disproportion de leur gravité avec la cause occasionnelle qui en détermine l’explosion. »

Ainsi quatre signes, mais trois surtout, constituent les moyens dont l’observateur dispose pour discerner les maladies héréditaires. Nous considérerons comme étant en dehors de notre sujet les affections primitivement douteuses, que les partisans les plus éclairés de l’hérédité ont fini par éliminer du nombre des affections héréditaires, c’est-à-dire, les maladies connues, les maladies endémiques, les maladies de famille.

Au sujet de cette dernière classe, serait-il raisonnable de prétendre que le père ou la mère a vicié sa progéniture par 1 influence d’un mal dont ni l’un ni l’autre ne portent aucune trace? Enfin on s’est demandé si l’hérédité se traduisait indifféremment ou par une maladie actuelle ou par une aptitude à la contracter. La généralité des auteurs a résolu la question dans le sens de la simple prédisposition : « C’est bien plutôt, en effet, dit Becquerel, cette prédisposition que la maladie elle-même qui se transmet. »

Nous souscrivons très-volontiers à ces réserves et à ces explications; elles importent peu à notre but. Nous rappellerons seulement une dernière fois que trois signes principaux distinguent les maladies héréditaires : elles éclatent à la même époque de la vie chez les parents et chez les enfants, ou bien chez ces derniers à une époque antérieure; elles affectent les mêmes organes; elles sont provoquées par des causes sans proportion avec la gravité qu’elles affectent. Essayons maintenant d’appliquer ces caractères à la détermination des maladies. La liste dressée par M. Piorry comprend seize affections principales : la pléthore, le rhumatisme articulaire aigu, la pneumonie et la pleurésie, l’apoplexie, les hernies, le cancer, la goutte, l’épilepsie, l’hystérie, l’aliénation mentale, l’hypertrophie du cœur, le catarrhe, l’asthme, l’emphysème pulmonaire, la phthisie.

Pléthore. — D'abord la pléthore. Où commence la pléthore? Les attributs les plus frappants delà santé, le teint frais et coloré, l’embonpoint déjà prononcé, mais sans lourdeur, l’énergie delà circulation, sont des préambules de la pléthore. Quinze jours d’un régime particulier transformeront un tempérament sanguin adossé à une constitution vigoureuse eu pléthore déclarée; il suffira que les déperditions soient diminuées, pendant que la force assimilatrice continuera de fonctionner avec énergie.

L’individu soumis à ce régime éprouvera bientôt toutes les incommodités des pléthoriques. Or, en présence de ce résultat facile à obtenir dans un bref délai, on propose de conférer à la pléthore un caractère d’hérédité ! C’est se payer trop aisément d’apparences et s’imaginer à torique la critique médicale n’est pas obligée de prêter attention à tous les moyens raisonnables d’explication. Si, par hérédité de la pléthore, on entend dire que les constitutions à forme sanguine procréent souvent des rejetons doués d’un tempérament et d’une constitution semblables, nous sommes d’accord, et nous ajouterons, si l’on veut, que de tels rejetons tombent souvent dans la pléthore. Mais ce n’est pas l’influence héréditaire qui engendrecette maladie;car eliesurvient aussi bien chez ceuxdonl les pères en ont été exempts que chez ceux dont les parents en ont été affectés. Ce qui nous semble prouver sans réplique qu’il ne s’agit pas ici d’une influence génératrice, c’est qu’on parvient à rendre pléthoriques les individus sanguins, quel qu’ait été l’état de santé de leurs parents.

Rhumatisme articulaire aigu. — Le rhumatisme articulaire aigu échappe, mais par un autre motif, auxp'artisans de l’hérédité. Sa cause occasionnelle est le refroidissement. Cette cause préside à l’éclosion tant des rhumastismes articulaires qui saisissent les enfants de pères rhumatisants que de ceux dont la famille n’a jamais senti les atteintes du rhumatisme. Dès lors comment distinguer entre l’action de deux causes, alors que l’observation constateinv ariable-

ment l’influence d’un même agent extérieur ? En outre nous ayons vu que, pour être rangée au nombre des maladies hered.ta,res, une affection devait présenter, comme signe particulier une gravité sans proportion avec sa cause. A ce compte, tout rhumatisme articulaire aigu sera entaché d’un soupçon d’héredite, parce que toujours et partout il sera provoqué par le refroidissement, c es à L par une cause sans proportion avec la gravite qu.l est susceptible d’acquérir. Qu’on ne s’imagine pas. en effet, que les rh malismes sur lesquels ne plane pas le soupçon d’hérédité sont dus à des refroidissements plus considérables que les rhumatismes qu’on serait tenté de rapporter à une influence héréditaire. D une part, la sensation du froid est souvent nulle ou peu intense, alors que le dégré du refroidissement est considérable. D autre part telle organisation est vivement secouée par un refroidissement qui effleure à peine une autre organisation. Comment apprécier avec ces différences individuelles, comment mesurer 1 action du froid ? Le pathologiste qui entreprendra de décider entre les rhumatismes et qui affirmera dans quelques cas l’hérédité ne pourra jamais se soustraire à l’accusation d’avoir arbitrairement prononcé.

Pneumonie et pleurésie. — Ce que nous disons du rhumatisme, nous ie répéterons de la pneumonie et de la pleurésie. La cause la plus ordinaire de ces affections, c’est encore Inaction du froid sur un corps échauffé. Il est bien entendu que nous ne parlons ici ni des pneumonies et pleurésies symptomatiques, ni des secondaires. Or, si la môme cause existe'pour toutes les pneumonies et pleurésies essentielles, si, en outre, ces maladies une fois déclarées n empruntent en général une gravité exceptionnelle qu aux conditions de l’âge ou à des habitudes personnelles, les partisans de l hérédité seront bien empêchés de soumettre les cas particuliers de ces affections au contrôle du troisième signe. Le premier signe leur sera tout aussi inutile; car aucun âge n’esl à 1 abri de ces maux, et un

fils se tromperait étrangement, s’il en croyait son âge mûr exempté, parce que son père est mort d’une pneumonie ou d’une pleurésie dans toute la vigueur de la jeunesse.

Apoplexie. — Les naêmes raisons nous font protester contre l'hérédité conférée à l’apoplexie. Ce n’est guère une maladie de la jeunesse; elle est dévolue presque complètement à la dernière moitié de la vie. Les sujets qu’elle foudroie appartiennent à peu près indistinctement à cette période de l’existence. Par conséquent les partisans de l’hérédité sont privés sur ce point de la considération qu’ils voudraient tirer de l’âge. Ce n’est pas tout. Si l’on met de côté les altérations organiques que l’âge amène à sa suite, on chercherait en vain, en dehors de ce qu’on a donné comme l’état pléthorique, une cause à l’apoplexie ; de telle sorte que, pour un pathologiste impartial, toutes les apoplexies se rattachent aux mêmes causes. Que devient alors le signe fondé sur le manque de proportion entre la maladie héréditaire et sa cause ? Il est ici doublement inapplicable, d’abord parce qu’on a affaire dans tous les cas à des causes identiques, ensuite parce que la gravité de la maladie est tempérée ou accrue par des circontances où le hasard domine.

Hernies. — Pour quel motif les partisans de l’hérédité revendiqueraient-ils les hernies? On invoque la faiblesse originelle des parois abdominales. Cette débilité organique est-elle un effet de l’hérédité? En tout cas, il n’est pas de hernie qui ne relève de cette cause. Dès lors, aucune distinction n’est permise aux partisans de 1 hérédité. Quant à la disproportion entre la gravité de la hernie et sa cause apparente, elle échappe à toute espèce de vérification.

Cancer. — Mais où paraît encore plus l’impossibilité de juger du caractère héréditaire, d’après les signes adoptés, c’est dans le cancer. Généralement dans les familles où le cancer a paru à quelques observateurs s établir comme à demeure, l’organe affecté varie

avec les générations et les individus. En outre, la marche de la maladie, de quelques parents qu’on descende, a lieu avec assez d’ui^iformilé, pour que l’observation des cas prétendus héréditaires n’abonde guère en traits distinctifs. L’âge de prédilection des cancers ne prête pas beaucoup aux affirmations des auteurs que nous combattons. Et si l’on soutient, en suivant Chomel, que l’hérédité hâte l’apparition de la maladie, recueillera-t-on dans les annales de la médecine beaucoup de faits qui autorisent cette manière de voir?

Goutte. — Essayons-nous de confronter la goutte avec les règles précitées : nous voyons d’abord que, comme les cancers, la goutte s’abat sur des époques déterminées de l’existence humaine, quelle respecte l’enfance et la jeunesse pour tourmenter la virilité et la vieillesse. Donc, en aucun cas, elle ne justifie la loi posée par Chôme! ; la goutte héréditaire n’est pas plus hâtive que la goutte non héréditaire. Par là même elle ne se plie à aucune considération relative à l’âge, et elle élude la première règle posée. Invariablement fixée sur les mêmes organes, comment fournirait-elle à l’hérédité une présomption quelconque? Ahl sans doute, si les enfants de parents goutteux le devenaient eux-mêmes par l’action de causes légères ou insignifiantes, ce fait plaiderait fortement en faveur de l'hérédité. Mais, dans la pratique, remarque-t-on des faits semblables? Nous ne craignons pas d’être taxé d’erreur en avançant résolument que la première attaque de goutte surprend rarement le médecin appelé à l’enrayer, pour peu qu’il connaisse intimement la vie antérieure de son client. Parmi les cas de goutte venus à notre connaissance, le seul où nous n’ayons pas réussi à saisir l’action réelle d’une cause déterminante appartient précisément à la non-hérédité.

Epilepsie. — L’épilepsie ferait plus aisément illusion que les maladies antérieures, si l’on se contentait d’y rechercher strictement

les signes des maladies héréditaires. Chez les épileptiques descendant de parents affligés du même mal^ tantôt l’épilepsie se déclare au meme âge que chez les parents, tantôt elle devance celte époque. On pourrait donc croire saisir ici la réalité du premier signe. Ajoutons que dans la plupart des cas cette épilepsie se rattache en apparence à des causes manifestement trop légères pour en rendre compte. Qu attendez-vous dès lors, nous dira-t-on, pour reconnaître à ce mal un caractère d’hérédité? Ce que nous attendons, c’est que vous nous démontriez que tel n’est pas le mode d’être, que telle n’est pas l'allure de toute espèce d’épilepsie. Si l’épilepsie qui débute pour la première fois dans les familles s’y déclare n’importe à quel âge, à l’occasion de la cause la plus banale, pourquoi vous fonderiez-vous sur une considération de ce genre pour appréciei l hérédité? Que de fois d ailleurs a dû se produire chez les observateurs ce que le D”" Prosper Lucas reproche à MM. Bouchet et Cazauvielh « d’avoir compris comme faits d’hérédité des cas d’hérédité de métamorphose, tels que ceux de conversion de la manie, de la démence ou de l’hystérie des parents en épilepsie des enfants ! »

Hystene. — Comme l’épilepsie, l’hystérie semble au premier abord réaliser tous les caractères de l’hérédité. Mais songeons avant tout, que les femmes hystériques, de quelques parents qu’elles procèdent, jouent en quelque sorte le même personnage, passent par les memes phases, sont le sujet des mêmes phénomènes, le tout avec des degrés en plus ou en moins qui ne modifient que l’intensité et laissent subsister l’affection fondamentale dans son inaltérable identité. En outre, l’âge de prédilection de ce mal, la puberté dé rouie toute comparaison entre les cas qu’on serait tenter d’attribuer a a qui repoussent évidemment cette interpré¬

tation Enfin la difficulté s’accroît, si l’on soutient que l’hystérie des enfants se lie dans beaucoup de cas à l’existence dans les ascendants dune organisation très-nerveuse. En bonne logique, il faudrait

alors oser pousser jusqu’au bout et souscrire à de^s métamorphoses morbides par influence héréditaire, métamorphoses qu’à l’exemple des partisans les plus sages de l’hérédité nous avons eu la précaution et le devoir de répudier comme trop hypothétiques. Nous pouvons nous couvrir sur ce point des propres paroles de M. Piorry . «Pour ma part, dans le très-grand nombre de femmes hystériques que j’ai vues dans le cours de ma pratique, je ne trouverais guère d’exemple d’hérédité qui fût remarquable. Seulement des femmes hystériques sont nées de femmes nerveuses et vice versa. »

Aliénation mentale. — A en croire les aliénistes, l’hérédité de la folie serait tellement au-dessus du doute qu’ils se dispensent de la démontrer autrement que par la statistique. Comme le moment n’est pas venu d’examiner leurs chiffres, nous insisterons ici pour qu’on fournisse les preuves rationnelles de l’hérédité. La folie héréditaire est-elle plus précoce que la folie non héréditaire? Ou bien, au contraire, les fous du premier genre sont-ils affectés de leur ma! à la même époque de la vie que leurs parents, et cela dans une proportion assez forte pour qu’on n’ait pas le droit d’attribuer celte coïncidence au hasard ? Est-ce le même genre de folie qui se remarque chez le père et chez le fils? Nous ne doutons pas que les aliénistes impartiaux, pressés de répondre à cette question, ne se prononcent avec la plus grande incertitude ou avec la réserve la plus louable. Or ces considérations ou d’autres de même ordre sont les seules capables d’éclairer une question de chiffres, pour peu que ces derniers ne s’offrent pas en masse écrasante. Ce serait bien autre chose, si nous sommions les aliénistes de déclarer laquelle des deux espèces de folie, la folie héréditaire ou la non-héréditaire, étonne le plus l’observateur par la disproportion de sa gravité avec sa cause apparente. Nous les plongerions probablement dans un doute profond. Ils ne sauraient donc nous en vouloir de demeurer dans cette disposition d’esprit jusqu’au moment où nous aborderas la question de statistique.

186 — Combes.

Hypertrophie 4^i cœur. — Les auteurs qui ont attribué le caractère héréditaire à l’hypertrophie cardiaque ont omis de nous renseigner sur les précautions qu’ils avaient prises pour s’assurer que les descendants dont ils recevaient la déclaration étaient des juges compétents en ces matières. Il n’est pas besoin de faire observer que, généralement, le médecin ne sauraitavoir aucune confiance dans les dires d’un malade étranger aux notions les plus élémentaires de la séméiologie. Dans plusieurs maladies, le cœur manifeste le trouble de l’organisation par des désordres pénibles et plus encore frappants pour les malades, qui l’accusent à tort du malaise qu’ils éprouvent. En l’absence de documents positifs et satisfaisants, il ne reste plus à l’observateur que la ressource tf apprécier le caractère d’une hypertrophie actuelle d’après les signes convenus des maladies héréditaires, c’est-à-dire d’après l’âge comparé des ascendants et du malade, et d’après les circonstances d’apparition de la maladie. Or, l’hypertrophie cardiaque débute lentement, obscurément, défiant les recherches les plus minutieuses relativement à sa cause. Aussi, pas de différence saisissabîe entre l’hypertrophie réputée héréditaire et celle qui ne l’est point.

Catarrhe. — Que dire de l’hérédité catarrhale? Il faut être animé d’une foi ardente pour mettre au compte de l’influence héréditaire les catarrhes qui incommodent deux ou trois générations dans une même famille. Oublie-t-on l’identité habituelle des conditions hygiéniques au sein desquelles s’agitent et vivent les membres d’une meme famille? Sous l’action de ces causes, les organisations les plus réfractaires au catarrhe subissent des changements qui les y disposent avec plus ou moins de lenteur et d’intensité. On ne voit pas d’ailleurs que l’hérédité joue le moindre rôle dans l’époque d’apparition de la maladie. Quant à la disproportion entre la cause et la gravité du catarrhe, elle dépend surtout de l’état de santé habituel, d« la débilité du sujet; ce qui enlève toute autorité à des considérations tirées de la cause.

Asthme. Quoique l’imagination populaire délivre aux asthmati¬

ques un brevet de longue vie, nous conseillerions volontiers à ceux qui sont issus de parents tourmentés par cette affection de ne rien négliger pour s’en garantir, si nous avions quelques raisons sérieuses de redouter en ce point l’influence génératrice. Mais avant de croire ici à l’hérédité, nous soulèverons les mêmes questions que précédemment. A-t-on bien examiné les circonstances d’âge qui signalent la réapparition de l’asthme dans une famille éprouvée déjà t une première génération? Rien ne l’indique dans les affirmations des auteurs. Contents de saisir le fait, ils l’apportent tout nu, tout brut, à l’appui de leur opinion. La coïncidence est leur seul motif d’affirmation. Pourraient-ils du moins se guider d’après la cause prochaine ou éloignée de l’asthme? Cette cause, ils l’ignorent comme nous. Et la marche de la maladie? Elle n’offre rien de spécial aux cas d’hérédité. Donc ce serait susciter à ces auteurs un embarras extrême que de les prier d’appliquer ici le troisième signe des maladies héréditaires.

Emphysème pulmonaire. -- Quelle obscure maladie, quelle incompréhensible affection que l’emphysème pulmonaire pour les gens étrangers à la médecine! C’est pourtant sur le rapport de ces gens qu’est venue aux médecins l’idée de conférer à l’emphysème le caractère de l’hérédité. Nous disons que cette idée leur est venue seulement sur le rapport plus que suspect des malades. Car, en dehors de ces dires, ou n’imâginerait aucune raison suffisante de chercher précisément dans une telle lésion une influence quelconque sur l’acte générateur. En effet, en quoi l’emphysème pulmonaire intéresse-t-il plus la constitution que toute autre affection organique soit du poumon, soit du foie, soit du cœur? Que de lésions organiques plus profondes, plus modificatrices de la constitution sont connues des médecins, sans qu’ils aient eu généralement la tentation de les déclarer transmissibles par voie d’hérédité ^

Phthisie. —S’i! est unecroyance commune aux médecins, meme aux plus divisés de systèmes et d’école, c’est îa croyance à l’hérédité de la phthisie. INous-mêmes, quoique la sincérité de notre scepticisme nous ait déterminé à nous exprimer sans ambages, nous nous sommes senti ébranlé par cet accord unanime; nous avons redoublé de précautions pour n’être pas involontairement dupe d’une idée systématique, et, si nous avons persisté dans notre manière de voir, c’est que nous n’avons rencontré que des affirmations là où nous désirions des preuves, nous n’avons relevé que des faits partiels, épars, insuffisants à cause de leur petit nombre, ou si nous sommes tombé sur des statistiques, nous les avons jugées plutôt contraires que favorables à l’hérédité ; enfin nous avons reconnu, non sans surprise, que les auteurs étaient loin de s’entendre sur le choix d’une méthode vraiment rigoureuse dans l’interprétation des faits, des éléments de la statistique. Les uns vous disent, avec Petit, que l’hérédité de la phthisie se traduit chez l’enfant par l’apparition de la maladie au même âge que chez le père : « Ainsi un enfant, né d’un père phthisique, éprouvera, à l’approche de cet âge, et s’il se trouve place dans des circonstances analogues, les phénomènes précurseurs de la même maladie, qui bientôt se développera et parcourra ses périodes, en suivant une marche semblable à celle qu’elle a affectée chez le père. » Les autres avancent, avec Chôme!, que le fils d’un phthisique succombe d’ordinaire avant l’âge auquel son père a été frappé. Or, parmi les faits qu’on donne comme appartenant a la phthisie héréditaire, y en a-t-il beaucoup qui s’accordent avecl une ou 1 autre de ces deux règles ? Ou du moins y en a-t-il plus de la moitié? ÎSous ne le pensons pas. Nous connaissons, pour notre part, bon noînbre de cas qui échappent à l’une et à l’autre ; et, quoique nous devions à la vérité de dire que l’opinion de Chomel nous a semblé la moins éloignée des faits, nous ajouterons que les cas qui cadrent avec elle sont contredits par d’autres faits en trop grand nombre pour que nous assimilions les premiers à un commencement de preuve.

De la statistique. - Nous aurions pu étendre les réflexions précédentes à d’autres maladies ; nous aurions pu montrer 1 inanité des efforts entrepris sur d autres points pour distinguer par des traits précis la classe des maladies prétendues héréditaires. De ce que nous avons dit, il ressort, croyons-nous, que les maladies ou l on a voulu saisir une influence héréditaire n’ont en elles-mêmes aucun signe perceptible qui permette de les reconnaître; elles naissent, grandissent et se terminent comme les autres ; ni dans l’epoque de leur éclosion, ni dans le mode de leur évolution, ni dans leur action sur l’organisme, l’analyse ne découvre rien qui leur soit spécial. Aussi l’idée d’attacher l’hérédité à certains cas de maladies n’al-elle pas été suggérée par l’étude des symptômes, de la marche, de la terminaison que ces cas ont offerts, mais par. une simple coïncidence et tout au plus par analogie. Â l’occasion du fils malade, on s est rappelé que le père avait souffert de la même maladie. Les familles, qui gardent avec plus de ténacité que le médecin la mémoire des maux qui les ont affligées, ont été les premières à s’imaginer et à dire que l’état pathologique du père se reproduisait avec les mêmes modifications chez les enfants; elles ont vu dans ce fait une sorte de succession et même de succession légitime. La proposition de Baillou réflète ce sentiment : « On hérite des maux de ses parents, comme on hérite de leurs biens, et ce funeste héritage se transmet d’une manière plus sûre encore que l autre. » L hérédité admise en principe sur la foi des anciens qui se faisaient l’écho de l’opinion populaire, on a cru l’avoir démontrée directement par l’observation de quelques faits de coïncidence. Presque tous les auteurs contiennent de ces faits, mais dénués de critique; tout s’y réduîtàune simple énonciation. Une femme marieeà un phthisique a perdu deux ou trois enfants atteints de la même maladie; voilà le fait saisissant, voilà la preuve de l’hérédité comme les auteurs la comprennent. Eh bien, acceptons cette sorte de preuve comme suffisamment fondée. Encore faut-il que cette manière grossière de démontrer soit étayée sur un nombre très-considérable d’observa-

tioQS, afin qu’en l’absence de toute règle rationnelle et de tout élément critique, on ne soit pas exposé à confondre les actions de causes diverses ou le hasard avec la loi. Examinons donc, d’après les auteurs les plus accrédités, la fréquence des cas de coïncidence, seule base que nous puissions maintenant donner à l’hérédité.

L ouvrage de M. Piorry sur l’hérédité dans les maladies renferme des chiffres précieux, que nous emprunterons avec d’autant plus d’empressement qu’ils ont été apportés comme preuve de l’influence héréditaire. P^ous allons reprendre, une à une, les affections dont nous avons révoqué en doute le caractère héréditaire par des motifs rationnels, et nous les jugerons par l’arithmétique.

Pléthore. — M. Piorry cite deux cas de pléthore par hérédité: un homme a eu son père, ses frères et ses sœurs, très-disposés à des accidents d’hyperémie; une femme a vu sa sœur et presque tous ses parents paternels sujets à la même disposition. Que prouvent deux faits isolés ? M. Fournet a rencontré pour sa part quatre malades dans des conditions de parenté analogues à celles des deux malades de M. Piorry. Ce n’est guère plus concluant. EnHn, quarante-huit observations d’hôpital ont donné à M, Piorry quatre pléthoriques héréditaires. En vérité, la médecine porterait loin l’art des accommodements, si elle se contentait de ces minces données pour conférer l’hérédité à la pléthore.

Rhumatisme articulaire aigu. ~~~ Dans le rhumatisme, on nrod,m des chiffres plus imposauls. Chomel a trouvé sur 72 malades 36 cas héréditaires, 24 cas non héréditaires; dans 12casles renseignements manquaient. Nous aurions donc 1 cas d’hérédité sur 2 malades. Mais il importe de remarquer que M. Chomel, proclamant 1 Identité du rhumatisme et de la goutte, admet comme certaine la general.on de une par l’autre i ce qui réduit la proportion signa! ee. Sur 40 malades consultés par M. Piorry, la transmission n’a eu que7fo.s,cest-à-dire i fois sur 5. Ce résultat s’éloigne déjà

notablement du précédent. Aussi M. Piorry n’ose pas trop adhérer à l’hérédité du rhumatisme. Sur 52 observations que nous avons recueillies, nous avons constaté 5 fois l’hérédité. (Qu’on ne se méprenne pas sur notre langage ; nous empruntons les expressions de nos adversaires.) Cela donne 1 cas d’hérédité sur 10 malades. En additionnant les chiffres des deux derniers relevés, on obtient à peu de chose près 1 cas de rhumatisme héréditaire sur 8. Il s’agirait de déterminer maintenant si de 8 couples complètement exempts de rhumatisme articulaire, il ne naît pas d’ordinaire un rhumatisant. Nous inclinons à croire que le résultat de cette recherche s’accorderait avec le résultat de nos chiffres comparés. En tout cas, nous n’apercevons pas ici, pas plus que dans la pléthore, des chiffra assez élevés pour prévaloir contre les raisons que nous avons tirées du defaut absolu de démonstrations rationnelles. ' ,

Pleurésie et pneumonie, — Dans la pleurésie et la pneumonie, la comparaison du nombre des cas héréditaires avec ceux qui ne le sont pas aboutit à des résultats encore moins satisfaisants pour les partisans de l’hérédité. M. Piorry interroge 45 pleurétiques ^ il apprend que les parents de 6 d’entre eux ont été atteints de pleurésie. Il interroge 122 pneumoniques; il relève 4 cas d’hérédité. Ainsi, dans la pleurésie, 1 cas d’hérédité sur 7; dans la pneumonie, 1 cas sur 26. Evidemment, l’influence de l’hérédité est nulle dans la pneumonie. Quant à la pleurésie, où les cas de coïncidence de la maladie sur les parents et sur les enfants s’élèvent à moins du septième, l’éminent professeur n’hésite pas à affirmer que plus d’un septième des hommes nés de parents sains sont atteints pendant leur vie d’inflammation de la plèvre. Nos observations confirment ces données. Sur 66 pleurésies, nous avons noté 11 fois l’hérédité, et, sur 36 pneumonies, nous l’avons notée 5 fois. Ges chiffres sont moins écrasants pour les partisans de l’hérédité que ceux de M. Piorry ; mais qu’importe ?

Apoplexie. L’hérédité de l’apoplexie, mise en avant par Luilier Winslow, cadre-t-elle avec la réalité des faits? Si nous consultons les chiffres recueillis par M. Piorry, nous voyons que, sur 15 cas d’hémorrhagie cérébrale, on a pu signaler 6 fois l’influence héréditaire, et que, sur 27 cas de paralysie résultant d’anciennes hémorrhagies cérébrales, l’hérédité s’est montrée 15 fois. En somme, sur 42 apoplectiques, la moitié serait issue de parents frappés du même mal. C’est là un résultat respectable et, sinon convaincant, du moins très digne d’une sérieuse attentioti. Mais n’y a-t-il pas à la fois et hasard et précipitation dans ce résultat ? Loin de nous la pensée de vouloir affaiblir par des subtilités ou des comparaisons inconvenantes la valeur des chiffres de M. Piorry. Toutefois, nous demandons la permission de produire nos observations. ÎSous avons réuni 35 cas d’hémorrhagies cérébrales, et nous avons relevé l’influence héréditaire 6 fois, c’est-à-dire 1 fois sur 6. Nous sommes donc en désaccord avec la statistique de M. Piorry. Faisons remarquer en outre que, si pour un médecin le* diagnostic du ramollissement cérébral et de l’hémorrhagie est entouré de difficultés redoutables, on ne peut l’établir absolument d’après ce que les enfants racontent de leurs parents. On est donc forcé de se tromper quelquefois en attribuant à l’hémorrhagie cérébrale une hérédité qui appartiendrait légitimement au ramollissement. Ainsi le terrain de l’apoplexie est un terrain douteux, où la thèse de l’hérédité n’avance qu’en tremblant et en s’exposant inévitablement à l’erreur.

Hernies. — Au sujet des hernies, même désaccord de chiffres. M. Piorry trouve 4 cas d’hérédité sur un total de 8 malades. Quant à nous, 27 observations nous fournissent 7 cas d’hérédité, c’est-àdire 1 cas sur 4. Nous pensons que le nombre des observations est trop peu élevé, pour que cette moyenne soit présumée vraie. Mais, en ce moment où le fait lui-même fait loi, ces chiffres n’ont rien de démonstratif pour la thèse de l’hérédité. Vainement essayera-t-on, avec Raige-Delorme, d’expliquer l’hérédité, en avançant que l’en-

fant naît avec la même faiblesse originelle des parois et la même largeur des ouvertures abdominales que ses parents. C’est encore une hypothèse qui .attend des faits sa vérification.

Cancer. — «Il est des maladies, dont le caractère héréditaire est encore un sujet de discussion parmi les pathologistes : telles sont les dégénérescences scrofuleuse et cancéreuse. » Voilà ce qu’écrivait M. Dubois, d’Amiens, après les savants travaux et les recherches de Récamier sur le cancer. Or, si les chiffres cités par Récamier en faveur de l’hérédité cancéreuse n’ont pas entraîné la conviction de M. Dubois et des pathologistes contemporains, c’est qu’ils témoignent plutôt contre cette hérédité qu’en sa faveur. Récamier étudie 97 cancéreux sous le rapport qui nous occupe : 88 fois ses recherches l’obligent de repousser l’idée d’une influence génératrice ; 3 fois à côté de parents sains existent des sœurs cancérées; 2 fois il y a doute ; enfin, 4 fois l’hérédité paraît établie; en somme, 1 cas héréditaire sur 24. On le voit, le résultat est insignifiant. Lasserre, qui a recherché la marque de l’hérédité dans 24 cancers de l’utérus, a trouve 3 cas d’hérédité, 4 douteux, 17 non héréditaires. M. Piorry nous fournit deux relevés. Dans le premier, sur 23 cancers, il n’existe que 1 cas d’hérédité ; dans le second, sur 58 cancers, il y a 11 cas héréditaires. L’écart entre les deux résultats est si considérable, qu’il démontre une fois de plus les chances d’erreur et les inconvénients attachés aux petits chiffres. Pour notre part, nous citerons 54 cas de cancer ainsi répartis : 21 cancers de l’utérus, 14 cancers de la mamelle, 2 cancers des intestins, 17 cancers de l’estomac et du foie. Chose remarquable ! nous avons constaté l’hérédité dans le cancer de l’estomac et dans celui de la mamelle seulement, et cela 6 fois, 4 fois pour le cancer de l’estomac, 2 fois pour le cancer de la mamelle. Si nous réunissons maintenant tous ces chiffres, nous obtenons un total de 256 cancers, où l’hérédité s’est montrée 25 fois, c’est-à-dire 1 fois sur 10. Est-ce assez pour établir l’influence héréditaire? Non, sans doute; car sur 10 personnes nées

4868, — Combes.

de parents non cancéreux qui parviennent à lage où le cancer est fréquent, il y en a probablement une qui périt par suite de cette maladie.

Goutte. — Nous ne nous arrêterons pas beaucoup à discuter l’hérédité de la goutte. Plusieurs de ceux-là mêmes qui, comme Scudamore et M. Piorry, produisent des faits en sa faveur, n’y croient pas grandement. Sur 26 observations de M. Piorry, il y avait 6 cas d’hérédité. 17 cas de goutte nous ont donné 2 cas héréditaires. Si l’on pense aux conditions hygiéniques qui déterminent la diathèse goutteuse, on sera plus enclin à révoquer en doute l’hérédité de cette maladie ; car c’est ici le cas d’appliquer à deux générations placées dans les mêmes conditions l’axiome philosophique : «Les mêmes causes dans les mêmes circonstances produisent les mêmes effets. »

Épilepsie. — Depuis Hippocrate jusqu’à Beau, tous les auteurs qui ont traité de l’épilepsie ont admis en principe l’hérédité de cette terrible affection et cité quelques faits à l’appui. Mais de ces faits à une démonstration expérimentale, quelle distance! L’hérédité de l’hystérie repose aussi sur la tradition et sur un petit nombre d’observations présentées par les auteurs sous une forme saisissante. Mais le caractère héréditaire de ces deux névroses ne ressort jusqu à présent d aucune statistique satisfaisante. Beau a recherché les cas d hérédité sur 273 épilepsies ou hystéries; il en a rencontré 28 pour l’épilepsie, 3 pour l’hystérie. De ces 273 malades, combien étaient épileptiques, combien hystériques? Nous l’ignorons; de telle sorte que la proportion des cas héréditaires à ceux qui ne le sont pas nous échappe absolument. Les relevés de MM. Bouchet et Cazauvielh sont entachés d’une autre cause d’erreur que M. Prosper Lucas a signalée fort justement. D’après ces auteurs, sur 130 épileptiques, 99 venaient de parents atteints d’affections ner-

veuses, ce qui ne prouve rien; 31 de parents aliénés, épileptiques imbéciles ou hystériques, ce qui ne prouve pas davantage.

Aliénation mentale. — Si nous préjugeons l’hérédité de la folie d’après le consentement unanime des médecins et d’après la vivacité de leur croyance, nous devons nous attendre à des chiffres empreints d’éloquence. Mais si nous compulsons les relevés, si nous comparons les données, si nous additionnons les observations di- Terses, un revirement s’opérera dans notre esprit; la cause de l hérédité dans la folie sera plus que compromise, elle sera perdue. Deux relevés d’Esquirol fournissent : le premier, sur 431 malades, 150 cas d’hérédité; le second, sur 3,557 malades, 377 cas. Deux relevés de Desportes donnent : le premier, sur 3,458 malades, 342 cas héréditaires; le second, sur 789 malades, 105 cas. Pereîra a trouvé, sur 683 folles, 48 cas d’hérédité; Boucassa, à Turin, sur 1,066 malades, 128 cas héréditaires; à Rouen, sur 570 malades, on a obtenu 87 cas d’hérédité ; à Bordeaux, sur 265 malades, 27 cas; à Lyon, sur 503 malades, 62 cas; aux États-Unis, sur 196 malades, 19 cas; à Turin, sur 150 malades, 17 cas; à Caen, sur 75 malades, 15 cas; à Palerme, sur 306 malades, 20 cas seulement. Eu somme, l’addition de ces relevés fournit 1/7 de cas héréditaires. Dira-t-on que, dans l’aliénation mentale, la doctrine de l’hérédité s’impose par la statistique? Et pourtant nous avons opéré sur un chiffre respectable. Or, si, d’une part, la statistique constitue dans l’aliénation mentale le principal argument des partisans de l’hérédité; si, d’autre part, cette affection occupe le premier rang parmi les maladies dites héréditaires, un esprit impartial est conduit fatalement à reconnaître tout ce qu’a d’aventureux, de conjectural, de hasardé, une telle doctrine que les faits démentent, au lieu de la confirmer.

Hypertrophie du cœur. — Comment essayer de démontrer par des chiffres l’hérédité des maladies du cœur et particulièrement de l’hypertrophie? Outre l’impossibilité d’acquérir par l’interrogatoire

des malades des données exactes sur les affections cardiaques de leurs parents, on est exposé et même condamné souvent à négliger les maladies antérieures, dans lesquelles raffection cardiaque s’est développée consécutivement. Comment distinguer dans cet interrogatoire l’anévrysme idiopathique, le seul soumis à l’influence héréditaire, de l’anévrysme survenu longtemps après et consécutivement à une endocardite rhumatismale? Le problème n’est pas aisé. Supposons-le résolu dans les relevés recueillis par M. Piorry. Que voyons-nous? Une première fois, sur 20 anévrysmes, aucun cas d’hérédité; une seconde fois, sur 46 cas d’hypertrophie, 9 cas d’hérédité; en tout, sur 66 cas, 6 héréditaires, ou Lsur 11. il y a vraiment lieu de s’étonner que, tout en renfer mant dans des limites assez étroites l’influence héréditaire sur la production des affections cardiaques, M. Piorry ait cru devoir la considérer comme existant réellement et comme tout à fait légitimée par l’observation.

Catarrhe. — Quand, pour la première fois, nous avons lu dans l’ouvrage du même auteur que le catarrhe bronchique faisait partie des maladies transmissibles par hérédité, nous avons pensé que des observations nombreuses donnaient le droit à l’auteur de prononcer de la sorte. Or, l’opinion de M. Piorry est fondée sur un relevé de 68 cas, et sur ces 68 cas, 9 fois, dit l’auteur, les parents étaient très-disposés à cette maladie. Nous nous croyons dispensé de discuter ces données.

Asthme et emphysème. — La proportion écrasante entre les cas héréditaires et les cas non héréditaires que nous avons cherchée vainement dans les affections précédentes, la rencontrerions-nous par hasard dans l’asthme essentiel et dans l’emphysème pulmonaire? Louis et Jackson, qui défendent l’hérédité de l’emphysème, l’ont notée 18 fois sur 28 emphysémateux. M. Piorry la signale seulement 2 fois sur 10 cas. Quant à l’asthme essentiel; 32 observations ont fourni à l’éminent professeur 22 cas d’hérédité. Ces chiffres portent

à réûéchir. Évidemment, si d’autres relevés, faits sur une grande échelle et revêtus de garanties nécessaires, se joignaient aux précédents pt)ur les confirmer, la thèse de l’hérédité sortirait sur ce point victorieuse du débat. Mais d’abord jusqu’à présent les chiffres apportés sont trop faibles, et la crainte d’être dupe d’un hasard extraordinaire prévaut contre leur apparente signification. De plus, il esta propos de se rappeler que les trois observateurs sus-nommés, de quelque haute considération qu’ils jouissent, n’ont pu absolument se mettre à l’abri d’une grave cause d’erreur, je veux dire l’ignorance du malade questionné. Nous avons exprimé plus haut nos légitimes motifs de doute à cet égard. Comment veut-on qu un malade quelconque décide ou même permette à l’observateur de décider d’après ses dires, si la dyspnée dont ses parents ont souffert, si tout autre symptôme qu’ils ont présenté concerne l’asthme ou l’emphysème? « Il est évident, dit M. Piorry lui-même, que les malades ne font pas de distinction entre les différentes espèces d’asthme.»

Phthisie. Parlons enfin de la phthisie. Non-seulement l’immense majorité des médecins a toujours regardé la phthisie comme héréditaire; beaucoup l’ont tenue pour contagieuse. Il a fallu des efforts longtemps continués pour déraciner du domaine médical cette croyance erronée de la contagion propre à la phthisie. Et même il est douteux qu’on y soit parvenu tout à fait. Cette propriété contagieuse, on se flattait de l’avoir démontrée par l’observation; on citait des cas remarquables, saisissants, on faisait delà statistique pour convaincre les esprits rebelles, absolument comme on fait encore pour l’hérédité. Si la contagion a succombé malgré tes témoignages, à mesure qu’on a mieux analysé les conditions dans lesquelles elle avait paru se produire, un sort pareil est réservé probablement à l’hérédité. On finira par s’apercevoir qu’on a accusé l’influence héréditaire, lorsqu’il fallait s’en prendre aux circonstances de l’éducation, aux conditions du milieu, au régime, à la mauvaise hygiène. Les chiffres obtenus jusqu’à ce jour, loin de condamner ces prévi-

sions, autorisent notre langage. Consultez Louis : il vous apprendra que sur 10 cas de phthisie il n’y en a que 1 d’héréditaire, 1 sur 101 Et, malgré ce résultat si mince, presque ridicule, Louis, à l’encontre de son célèbre homonyme, n’en demeure pas moins fidèle à la cause de l’hérédité. Adressez-vous à M. Piorry : il vous dira que, sur 12 phthisiques avec engorgements scrofuleux du cou, il a relevé 1 cas de transmission, et que, sur 42 phthisiques sans engorgements, l’hérédité lui est apparue 3 fois. En somme, sur 54 cas de phthisie, 1 hérédité en revendique 4. Or, remarque avec raison l’éminent professeur, sur 13 personnes d’un âge mûr, non phthisiques, il y en a certainement une au moins dont le père ou la mère sont morts d’une maladie de poitrine; donc, dans les cas que nous avons cités, l’hérédité ne paraît pas avoir influé sur la phthisie. Plus tard, le même auteur, opérant sur un chiffre de 269 phthisiques, a rencontré 63 cas d’hérédité. Il y a donc un écart notable entre les résultats de ces divers relevés. Ici, on a 1 cas d’hérédité sur 4; là, 1 cas sur 13. Nos recherches se rapprochent du dernier résultat. Sur 122 phthisiques que nous avons observés, nous avons rencontré I hérédité 11 fois. Mais, même en supposant que le hasard n’est pour rien dans le rapport de î à 4, on est encore loin de ce chiffre formidable qui serait nécessaire pour impressionner les contradicteurs. Car, avec la proportion de 1 sur 4 ou 5, on laisse indéterminée la part d’influence qui revient aux conditions hygiéniques. Or, c’est probablement dans l’identité des conditions hygiéniques, c’est-àdire dans la communauté du régime, de l’habitation, des habitudes de l’alimentation, etc., que réside la cause de cette coïncidence d une même maladie sur deux ou plusieurs membres d’une famille, coïncidence qu’une interprétation étroite et incomplète transforme en hérédité.

Jugement et conclusion. — Nous terminerons ici la considération des preuves expérimentales qui militent si faiblement en faveur de hérédité. ]\oùs ne pensons pas qu’à moins d’un parti pris d’avance

le lecteur se rende bénévolement à une démonstration aussi peu concluante. Et comme nous serions suspect, si nous formulions nous-même un jugement définitif sur les chiffres publiés, nous emprunterons à l’un des défenseurs les plus convaincus de l’hérédité une appréciation très-sage, très -bien motivée de ce que doit être la statistique.: a La statistique pourrait conduire ici aux données les plus positives, si l’on pouvait être bien sûr de l’exactitude des documents recueillis. Ce sont, jusqu’à présent, les relevés de ce genre qui ont manqué pour les maladies héréditaires, et c’est ce défaut de calculs exacts qui ôte aux monographies publiées sur les affections de parenté une grande partie de leur intérêt. Quand vous nous donneriez des faits détachés et isolés les plus curieux, dans lesquels deux maladies semblables ont existé sur le père et sur le fils, cette coexistence de maladies peut être le fait d’une simple coïncidence et non de l’hérédité. Si vous établissez, au contraire, dans divers tableaux, que telle affection s’est montrée vingt fois plus souvent sur les enfants des personnes attaquées de la même maladie que dans ceux des individus qui n’en sont pas affectés, il faudra bien, si les résultats sont nombreux, admettre l’hérédité de cette maladie. » Remarquons les réserves faites par M. Piorry; elles sont pour nous très-importantes, puisqu’elles annulent à peu près complètement la valeur des chiffres que nous lui devons. Admirons surtout cette sévérité tardive qui le pousse à exiger des tableaux où le nombre des cas d’hérédité soit aux cas non héréditaires comme 20 est à 1. En vérité, on ne saurait être plus dur que n’est M. Piorry luimême pour son travail sur l’hérédité.

Ecoutons maintenant Chomel : « La transmission des maladies des parents à leurs enfants, considérée d’une manière abstraite, n’est guère contestée; mais, ce premier point admis, les discussions s’élèvent, dès qu’il s agit d’admettre ou de rejeter l’hérédité de telle ou telle maladie en particulier..... C’est seulement à l’aide de relevés exacts et nombreux, que la science ne possède pas encore et qu’elle ne peut acquérir que lentement, qu’on parviendra à apprécier la

fréquence relative d’une maladie quelconque chez les individus nés de parents qui en sont affectés et chez les sujets dont les parents en ont été exempts, et qu’on pourra déterminer jusqu a quel point cette maladie est héréditaire. » Il ressort de ce passage que les médecins ne s’entendent pas encore sur les maladies où l’hérédité doit être admise. Et, en effet, on n’en citerait aucune qui n’ait donné lieu à des dissentiments. On se demande dès lors avec étonnement pourquoi la transmission héréditaire des maladies, considérée abstractivement, est admise comme un principe incontestable.

Dans une science aussi positive que la médecine, tout relevé qui ne prouve pas en faveur d’un principe universellement reçu tourne contre lui. Pour avoir conquis l’assentiment universel, il a fallu que ce principe se réalisât clairement dans les faits. Mais si, lorsqu’on étudie les faits, cette réalisation se montre seulement douteuse, on a le droit de dire que le principe reçu n’est qu’une tradition routinière, et le devoir de le reléguer au milieu des pures hypothèses.

Parler de la sorte, ce n’est pas manquer de respect à nos maîtres de TEcole de Paris, tous ou presque tous partisans de l’hérédité. Personne n’admire plus que nous l’étendue de leur savoir et la précision de leurs doctrines. En nous séparant d’eux sur une question particulière, nous continuons à nous montrer leur disciple ; car ce sont eux surtout qui nous ont appris à ne sacrifier en aucune occasion, même à un sentiment légitime, l’indépendance d’esprit, sans laquelle toute voie serait fermée au progrès.

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