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CHAPITRE HI

La désinfection du champ de bataille

C’est un problème de la plus haute importance. Sa solution présente des difficultés presque insurmontables sur la ligne de feu. A l'arrière des lignes, il faut se préoccuper et des cadavres anciens enfouis trop superficiellement et des cadavres récents qu'il est possible de rendre imoffensifs par une action méthodique et délibérée ; par cadavres récents, il faut entendre les indi- vidus qui sont tués dans les cantonnements ou ceux qui meurent dans les ambulances ; il faut y joindre les cadavres des animaux et surtout ceux des chevaux tués ou morts dans les dépôts de remonte et dans les dépôts de chevaux malades (infirmeries vétérinaires).

Il est à peine besoin d'ajouter que l’on a rarement le temps de traiter industriellement les cadavres des animaux morts, pour les utiliser entièrement ou même seulement pour en extraire la graisse, par leur dissolution dans un bain très chaud d’acide sulfurique à 66° Beaumé. Cependant, il est probable que les Allemands l’ont tenté, en arrière de leurs lignes, et qu’il s'agissait d’une utilisation des cadavres d’animaux dans leurs fameuses usines si souvent signalées dans les journaux, surtout étrangers. Re

La suppression des cadavres s'impose ; en se décomposant, ils se liquéfient et deviennent une source de ptomaïnes, substances très toxiques ; ils offrent un ‘point de rassemblement pour toutes sortes d'êtres répugnants et dangereux, un milieu de eulture excellent pour des agents pathogènes. Les produits de la liquéfaction, s’infiltrant dans le sol, vont polluer les nappes

souterraines, y transportent les microbes et le: ptomaïnes.

= Nous examinerons la question des cadavres des cantonnements en premier lieu ; puis, celle qée morts de la ligne de feu.

I. La disparition des cadavres peut s'obtenir par l'incinération et l’inhumation. Chaque procédé à ses adversaires et ses partisans ; la discussion, au lieu de rester du domaine de l'hygiène, devient rapidement religieuse. Cela n’est pas près de la faire aboutir,

L'incinération est évidemment supérieure à l'inhu-

mation au point de vue hygiénique. Le procédé n'est

pas nouveau. Certains pays la pratiquent couramment, l'Italie, les Etats-Unis, le Japon. Dans cette dernière nation, on incinère jusqu'à 42 0/0 des cadavres. En France, la crémation est autorisée depuis 1887 et n'a pas fait de grands progrès. En revanche, elle a été utilisée couramment durant les guerres, avee les quelques réserves que nous formulons plus loin.

Pendant la guerre de 1870, un chimiste belge, Crèteur, fut chargé d’assainir le champ de bataille entre Beaumont et Sedan ; 40.000 cadavres S'y trouvaient

inhumés trop superficiellement ; du chlorure de chaux

était versé sur les corps, ils étaient ensuite arrosés de goudron et d'huile de pétrole et on y mettait le feu. L'opération réussit parfaitement, mais fut longue et coûteuse.

Pendant la guerre russo-japonaise, les Japonais ineinérèrent, dans la mesure du possible, tous leurs morts : plus de 75.000 cadavres furent brûlés ; cela n'avait pas d'inconvénient, car la erémation, comme nous l'avons

dit, est très fréquente au Japon. L'incinération se fai-

sait sans difficultés et sans frais, grâce à des associations amicales de erémation mutuelle, existant officieusement dans les compagnies. En revanche, ils

inhumèrent tous les Russes par déférence pour leurs

sentiments religieux. Dans cette guerre, la Commission d'Hygiène publique de la C SRE songea à rendre

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obligatoire l’incinération ; en juin 1915 furent faites des expériences dans ce sens, très concluantes. La mesure ne fut pas adoptée naturellement et c’est fort juste ; cette Commission, inspirée par un but excellent, commettait une grosse erreur psychologique. En effet, lincinération heurte et heurtera toujours les sentiments du public et les convictions religieuses de la majorité. Brûler un soldat mort, disperser ses cendres, c’est le faire disparaître plus profondément, le faire

mourir une seconde fois dans le cœur de ceux qui le-

pleurent. L'incinération choque les croyances religieuses des peuples. On affecte de n’y voir qu’une contradiction de la foi gatholique ; on oublie que les soldats arabes, annamites et même sénégalais ont droit aussi au respect de leurs croyances ; personne n’ignore en Algérie combien Fincinération des soldats indigènes

indisposerait leurs coreligionnaires. D'autre part, inci-

nérer les uns et inhumer les autres serait profondément injuste, tous ayant droit à tous les égards, Lutter contre le sentiment et la religion au nom du bon sens et de l'hygiène dans cette matière si délicate, c’est se battre contre les moulins à vent.

Objecter qu'aux premiers temps de l’ère chrétienne, les corps étaient brülés avec l'approbation de l'Eglise ; en déduire l’inanité des objections religieuses est absurde ; il est possible que les idées aient évolué, mais

le fait actuel est la répugnance des croyants pour la

crémation ; nier l'existence ou la force de ce fait ou le -diseuter, c’est imiter l’immortel pharmacien de « Madame Bovary ». |

Un autre argument est d'ordre plus pratique, l’incinération coûte cher et le combustible fait défaut.

T1 faut donc recourir à l’inhumation et la rendre efficace. Pour cela, il faut intensifier le processus essentiel de la putréfaction, la nitrification ; dans le sol, l'azote

organique se nitrifie, c’est-à-dire se transforme en nitrate de chaux. Cette combinaison ne peut se faire rapidement que dans un sol aéré et alcalin ; lorsque la

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