INTRODUCTION
Il était banal à notre départ de France, décembre 1916, de se réjouir du bon état sanitaire des troupes ; beaucoup n’y voyaient qu’une chance, Nous partagions presque cette manière de penser. Cependant, les hasards de la guerre nous avaient promené successivement en Champagne, au Maroc, dans la région de Verdun, puis, à travers l’Europe, en Roumanie ; ils nous avaient fait soupçonner que la bonne santé du soldat est plus qu’un hasard. Un séjour plus prolongé en Roumanie nous a montré que la vraie raison du bon état sanitaire était l’organisation de l'hygiène militaire ; en Roumanie, en effet, rien de ce genre n’existe ; le résultat ne s’est pas fait attendre : 90.000 morts du typhus exanthématique durant l’hiver 1916-1917.
En réalité, seule lFhygiène a sauvegardé nos soldats ; nous sommes heureux que ce travail nous ait fait faire plus ample connaissance avec une science d’accès diffcile, mais si utile dans ses résultats.
En Roumanie comme en France, de gros effectifs ont été rassemblés sur des espaces restreints, soumis surtout en France, à des efforts considérables, placés, en un mot, dans les conditions les plus favorables au développement des maladies contagieuses. Pourquoi, dans la première nation, la mortalité par maladie a-telle été si élevée et bien supérieure à la mortalité par blessures de guerre ? C’est uniquement parce qu’aucune réglementation n'existait, parce qu'aucun effort méthodique n’était fait. En France, après les premiers revers, dès qu’a été admise la nécessité d’une longue guerre, l'hygiène militaire a été au premier plan des
préoccupations du Service de Santé. Les prescriptions
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des hygiénistes militaires ont porté leur fruit : un minimum, le minimum inévitable, de maladies contagieuses.
LV Les vaccinations T.A.B. ont presque fait disparaître la mortalité par fièvres typhoïde et paratyphoïde. La surveillance de l’eau de boisson, l’étude des meilleurs procédés de stérilisation ont permis de donner partout au soldat une eau non contaminée. L’hygiène individuelle a été vérifiée. La désinfection du champ de bataille et des cantonnements a été poursuivie. Nous avons eu enfin l’occasion de voir, au Maroc, l'autorité militaire s'attaquer au péril vénérien, un péril bien militaire ; le général Lyautey a fait appel à l’expérience de M. Leredde et sous son inspiration, des mesures énergiques et probablement efficaces ont été prises contre la syphilis.
Dans la pratique civile comme dans la pratique militaire, l’hygièniste doit avoir un grand nombre de préoccupations. Ce serait une entreprise trop vaste et bien au-dessus de nos moyens que d’exposer toutes les mesures d'hygiène et de prophylaxie que nous avons vu appliquer au cours de notre service. Nous avons borné volontairement notre travail à quelques aperçus. Nous avons étudié successivement certaines questions d’hygiène individuelle : destruction des parasites et collective : destruction de la faune des tranchées : rats, mouches, moustiques, etc. ; puis, la désinfection du champ de bataille ; enfin, la question si importante et si complexe de l’eau. Nous avons terminé par un court exposé des mesures à prendre contre les maladies vénériennes. ;
Ce travail aurait gagné à être nourri d’une documentation plus importante. Ecrit en Roumanie, près de la frontière de Bukovine, la bibliographie lui fait défaut. Nous devons signaler, entre autres ouvrages, combien nous a été utile la lecture du Traité d'Hygiène de M. le Professeur Proust, de Paris. Nous avons tiré quelques renseignements des thèses inaugurales de