‹ Considérations d'Hygiène MilitaireChapitre 41 sur 41 · FE L · texte numérisé non relu

FE L

CONCEUSION

A la fin de chacun des chapitres de ce travail, nous avons rédigé un court résumé de la question traitée. Faire un résumé de ces résumés nous paraît superflu. Les diverses solutions qu’exigent les problèmes d’'hygiène militaire doivent être méthodiques et par suite assez complexes pour répondre à tous les desiderata.

Le temps n’est plus où l'hygiène se confondait avec les religions ou les philosophies. Elle comprenait alors quelques préceptes de morale individuelle ou sociale, aussi simples dans leur énoncé que malaisés dans l’application. II fallait, pour essayer de les mettre en pratique, une forté volonté et une bonne dose de confiance en leur efficacité. Comme le dit si justement J.-J. Rousseau, l'hygiène était alors plutôt une vertu qu’une science. è

C’est de cette erreur qu’il faut sortir. Compter sur la bonne volonté, chercher à convaincre, c’est se leurrer. Il faut que l'application des règles hygiéniques devienne une obligation. C’est particulièrement possible dans l’armée, milieu restreint basé sur la discipline et le commandement. Vouloir convaincre les hommes qu’ils ont intérêt à agir d’une façon donnée est difficile et aléatoire dans les résultats ; les obliger, directement ou d’une manière détournée, à observer certaines règles est facile et d’une réussite assurée.

Cet autoritarisme n'exclut pas d’ailleurs la persuasion. Ïl se l’associe et en fait un de ses moyens d’action.

Il ne faut pas seulement considérer en cette question - le résultat. La manière d’y arriver importe beaucoup. Tout ce qui contribue à améliorer le sort du soldat, à accroître son bien- ue doit être du ressort de l’hygié-

histe ou pour mieux dire du médecin. Tout ce qui touche au soldat doit l’intéresser ; il devrait avoir non pas voix consultative, mais délibérative dans les conseils militaires. Le rôle effacé que joue dans l’armée le médecin appartient à un autre âge ; sa science, sa culture, sa responsabilité sont supérieures. à celles de la plupart des officiers ; il est aussi exposé qu'eux ; lui

faire jouer un rôle de parent pauvre, c’est amoindrir sciemment une tâche que chacun sait considérable aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre ;

protéger la santé du soldat, c’est conserver la force de la nation. $

Le médecin ne doit pas seulement borner ses fonctions à proposer quelques mesures, le plus souvent platoniques. Bien des médecins s’en tiennent là volontairement par nonchalance ou lassitude. Ils ont tort théori1quement. Mais combien de fois leurs meilleures intentions se sont-elles heurtées à l'indifférence du commandement, à l’inertie des administrations, aux barrières des règlements ! Pour développer l'hygiène militaire, ilfaudrait changer tout cela. Il faudrait donner au médecin non plus ce rôle de soi-disant conseiller technique du commandement, rôle si délicat et le plus souvent infructueux. de

I faudrait faire du Service de Santé une organisation parallèle au commandement, accroître ses crédits, ‘lui donner un nombreux personnel, enfin lui conférer le prestige et les droits matériels et moraux des autres armes et services ; ce n’est pas impossible ; c’est une question d'énergie et de méthode. |

Il semble qu’une loi récente (mai 1917) essaie d’étendre et de raffermir les fonctions et l’autorité du médecin,

C’est à ce prix seulement qu’est possible une application scientifique de l'hygiène dans l’armée. Essayer les demi-mesures, c’est courir à l’insuccès. L'hygiène, : science jeune et vivante, étouffe dans les bureaux.

Pour recevoir d’elle les fruits que l’on est en droit

re

-d’espérer, il faut de l’énergie et de l'initiative chez les chefs comme chez les subordonnés. C’est par là qu'il sera possible de faire «un pas de plus vers cet idéal inaccessible, toujours poursuivi, jamais atteint, qui veille, comme une flamme sacrée, au cœur de tout hygiéniste : Affranchir l’homme de la maladie évitable. Le but le plus chimérique sans doute, mais aussi le plus noble et le plus élevé que puisse se DORONE le LE eu ciest de se rendre inutile.»

Professeur He VINCENT.

eV: | Vu : Le Président de la Thèse, Le Doyen, J. CRESPIN.

-J. CURTILLET.

Vu et permis d'imprimer :

Alger, le 30 octobre 1917.

Le Recteur, E. ARDAILLON.

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