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I. — LES RATS

A tout seigneur, tout honneur. De tout temps on les a considérés comme un fléau des armées et on leur a accordé une action néfaste ; de naïves légendes les montrent anéantissant des armées par e destruction

des équipements.

Nos rats sont moins fabuleux, mais bien plus désagréables et bien plus redoutables. Tout leur est bon : vivres frais ou de réserve, linge, vêtements, équipement ; ils courent sur le corps du dormeur ; effrontés et familiers, ils trottinent sur la figure et n’hésitent

pas à mordre la main qui veut les chasser. Ces morsures sont à surveiller ; en dehors de leur danger immédiat et de l'infection possible, elles peuvent déterminer une maladie, le sodoku, encore mal connue ; nous savons que durant cette guerre, le sodoku a été observé; nous avons lu avant la guerre une observation de MM. Curtillet et Lombard, sur cette affection.

Le grand danger du rat, celui qui doit déterminer une énergique destruction, c’est qu'il propage .le bacille pesteux. Le rat joue aussi un rôle probable dans la diffusion de la spirochétose ictéro-hémorragique ; mais la question est encore mal connue. La relation entre le rat et la peste est connue depuis la plus haute antiquité et, chose curieuse, c’est la science contemporaine qui l’a pleinement confirmée. Auparavant elle n'était pas du tout admise sans discussion. Les Egyptiens qui connaissaient bien la peste grâce à une trentaine d’épidémies la symbolisaient par un rat. Dans . la Bible, la relation entre le rat et la peste est donnée à propos de la peste des Philistins. En Chine, point de départ de presque toutes les épidémies et notamment de celle du 14€ siècle qui fit 25 millions de victimes en Europe, les habitants appellent la peste « maladie des rats» et se sauvent dès que les rats meurent en grand nombre ; 25.000 meurent pendant l'épidémie de Canton et 40.000 pendant celle de Bombay. Yersin et Kitasato ont démontré que c’est bien la peste qui fait ces hécatombes de rats ; on trouve le bacille pesteux dans leur sang. La peste fait son apparition fréquemment | dans les ports de mer et l’on sait combien sont favorables à la multiplication des rats, les cales des navires. Dans un autre ordre d'idées, il semble que la peste se soit propagée dans le monde en raison inverse du degré d'hygiène et de bien-être des populations qu’elle a atteintes ; c’est vrai pour la peste, mais à un moindre degré que pour les typhus récurrent et exanthématique. IL est évident que les rats se multiplieront plus facilement dans les collectivités plus misérables, plus insa-

lubres et plus nombreuses ; souvent, ce sont les conditions des armées en campagne. Au début, la question de la peste intéressait peu l’armée française ; il suffisait que la police sanitaire des ports fonctionnât régulièrement et sérieusement. Il n’en a plus été de même déjà lors de l’arrivée des troupes anglo-indiennes en 1914 ; de fait, de source digne de foi, nous savons que quelques cas de peste furent soignés à Marseille, au lazaret du Frioul, en novembre 1914 Le danger devient encore plus grand maintenant ; la rareté de la main d'œuvre a déterminé l’appel de milliers de coolies indo-chinois et chinois ; l'Extrême-Orient envoie ses ouvriers ;il faut prendre garde qu'il n’envoie en même temps la peste. | Le rat peut donner la peste de plusieurs façons.

- On a admis autrefois que la peste des rats était indé-

pendante de celle des hommes ; les uns et les autres seraient victimes du même agent pathogène sans

contagion du rat à l’homme ;les rats seraient en

quelque sorte des animaux témoins, indiquant par leur mortalité l'apparition et la diffusion du bacille pesteux. Ces idées ne sont plus admises. Le rat peut

donner la peste par morsure ; des faits de ce genre

existent, indiscutables, mais très rares. Simond, médecin de la marine, a émis l'hypothèse que les puces des rats puisent le bacille dans le sang de ces animaux et le transmettent à l’homme par leurs piqûres (Annales de l’Institut Pasteur, 1898). Simond a montré que la phlyctène précoce débute presque toujours à l'endroit d’une piqûre de puce ; ses examens lui ont fait voir l'intestin des puces de rats malades plein de bacilles pesteux ; les puces des rats piquent parfaitement l’homme, notamment l’un de ces parasites, Pulex cheopis, très répandu sur Mus decumanus, nom scientifique du surmulot. Les cas de peste bien observés : dans les ports et ailleurs se montrent, au début, parmi les individus que leur profession expose à manipuler les objets auxquels les rats s’attaquent de préférence,

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