ABCÈS AIGUS CIRCONSCRITS
On s’étonne à la lecture des articles écrits récemment par de nombreux auteurs, de voir que, pour
eux, le tableau clinique de l’abcès pulmonaire com-
NATURE mence avec la vomique : « Le premier symptôme qui permette de penser à l’abcès du poumon, dit Bezancon, est l’expectoration du pus ». L’abcès pulmonaire collecté existe pourtant avant l’ouverture dans les bronches. Ii se trouve alors à sa « phase de constitution » et il semble bien qu’à ce moment déjà, on puisse lui attribuer des caractères cliniques, frustes sans doute, souvent difficiles à identifier, mais dont l'importance pratique, comme nous le verrons, est capitale.
L'affection débute un peu à la manière d’une grippe ; le sujet a de la fièvre, des frissonnements, des sueurs, des courbatures, une atteinte progressive de l’état général. Parfois, dès ce moment, une toux légère, un point de côté qui peut être violent, attirent l'attention sur l’appareil respiratoire.
Si l’on examine les poumons, on peut déceler en un point du thorax, souvent à la base droite (70 % des cas) un syndrome discret, bâtard, de vague congestion pulmonaire : submatité à type souvent suspendu, vibrations exagérées ou diminuées suivant les cas, léger souffle congestif, quelques râles souscrépitants. Parfois un petit épanchement pleural, dès cette période, est mis en évidence. Ces signes ne sont d'ailleurs pas toujours réunis : la submatité, le souffle, les râles peuvent se trouver à l’état isolé ; et bien souvent on a la simple impression qu’au niveau de la base droite, débute un processus anormal, sans qu'on puisse nettement déterminer à quel syndrome
anatomo-clinique il faut le rattacher. C’est pourtant
Ar ME
à cette période toute initiale que l’examen radiologique permet de poser le diagnostic précoce qui doit influer, comme nous le verrons, d’une facon si décisive sur le mode de traitement.
Parfois même, ces vagues signes pulmonaires n'existent pas ; au milieu de l’état grippal qui se prolonge, seul, un point de côté attire l'attention, et l'examen radiologique est ici, plus encore que dans le cas précédent, la condition nécessaire du diagnostic.
Cette phase de début est variable dans sa durée ; celle-ci oscille de quatre à dix jours, après quoi le pus se fait jour dans les bronches et provoque une vomique.
Tel est tout au moins le tableau clinique que présente, à sa phase initiale, l’abcès aigu véritablement primitif constitué par une inflammation suppurative d'emblée.
Pour l’abcès post-pneumonique, le début est un peu différent. La période de collection se confond ici avec l’évolution traînante de la pneumonie et dans ce cas, on peut dire avec vraisemblance que la phase
clinique diagnosticable de l’abcès, commence avec la
vomique. Mais l’abcès post-pneumonique est une
éventualité rare. Bien plus souvent l’abcès pulmonaire se présente au début avec le tableau clinique que nous avons décrit plus haut.
De quatre à dix jours après le début de l’affection, on voit se produire la vomique «maître symptôme »
de Bezancon. Nous ne nous attarderons pas sur les
variétés qu’on lui a décrites ; tantôt vomique massive, asphyxiante, tantôt vomique fractionnée ou même nummulaire, le malade se mettant peu à peu à expectorer de simples crachats purulents.
Plus importants sont les caractères du produit même de l’expectoration. Il s’agit d’un pus homogène, verdâtre, bien lié, ne se rassemblant pas en plusieurs couches comme dans la dilatation des bronches. L'étude histo-bactériologique met en évidence deux caractères importants de ce pus : la présence de nombreuses fibres élastiques bien visibles, et le monomicrobisme de la culture bactériologique obtenue ; il en est ainsi tout au moins pendant les 24 ou 48 premières heures qui suivent la vomique, alors que les infections secondaires n’ont pas eu le temps encore de souiller la flore primitive.
A la vomique s’associent des symptômes fonctionnels discrets : toux en rapport avec l’expectoration, peu de douleur thoracique, pas de dyspnée.
Quant aux signes physiques, ils sont variables. Parfois aux vagues signes énumérés ci-dessus on voit se substituer, après la vomique, un syndrome cavitaire typique avec gargouillement, souffle amphoririque et pectoriloquie.
Plus souvent peut-être, les signes physiques restent larvés ; ils diffèrent peu de ceux du début et ne permettent pas, même à ce moment, de poser, par le seul examen sthétacoustique, un diagnostic certain. On note seulement un foyer de congestion pulmonaire
avec matité, vibrations exagérées, souffle tubaire,