OBSERVATION VIII
Abcès du poumon droit à évolution subaiguë avec rechute
F... A.., Salle Dieulafoy, 49 ans, ébéniste.
Antécédents héréditaires et collatéraux. — Père décédé à 70 ans de crise d'asthme. Mère, frères et sœurs en Italie en bonne santé. Marié, femme bien portante. A 8 enfants, de 2 à 17 ans, en excellente santé.
Antécédents personnels. — Malade seulement depuis trois ans. Tendance à la bronchite. A fait trois séjours à l'Hôpital Cochin : deux de quatre jours et un de six jours. Est entré dans le service de M. le Professeur Acbard, le 3 mai 1932. Fatigué depuis huit mois, mais continuait cependant à travailler, quand tout à coup, à la fin d’avril, apparaissent : température, 38°5-39°, asthénie, étouffements. C’est alors qu’il entre dans le service ; il présente un point de côté avec toux sèche, saccadée, expectoration abondante (un tiers de crachoir) s’accompagnant de température élevée, 39°, haleine fétide, crachats sitriés de sang et suivis souvent de vomissements. Le matin, cette expectoration est noire, émétisante, épaisse, fétide (odeur de plâtre frais). Point douloureux entre les deux omoplates anorexie totale, cé-
phalée intense (occipale et temporale), continue avec
paroxysme nocturne, ce qui nécessite le 18 mai, une ponction lombaire qui est normale ; vue trouble et vacillante.
Examen bactériologique :
Pas de B. K. dans les crachats, rares lymphocytes et rares polynucléaires. Albumine : 0,22. Sucre : 0. Pouls rapide.
Le 21 mai : expectoration très abondante, brusque avec malaise intense (deux crachoirs), température 39°2. Puis la température baisse et redevient normale, avec petits crochets vespéraux, 37°5-37°7, pendant le mois suivant où il reste à l'hôpital.
Traitement. — Teinture d’ail, 30 gouttes tous les jours et tous les trois jours un comprimé de stovarsol, 8 injection de sérum anti-gangréneux à 0,30 centimètres cubes.
Arrêt de l’expectoration le 15 juin. Sort de l'Hôpital Cochin, le 8 juillet, très amélioré et entre en convalescence à Saint-Maurice où il y reste 15 jours seulement.
Il revient chez lui et commence à travailler, mais fait des travaux- faciles jusqu’au mois de décembre. Il se remet à tousser et à cracher. Le 19 décembre, après un travail fatigant, il attrape un coup de froid à la suite duquel il tousse et crache abondamment ; il a une température élevée, 38°5 environ. Il est admis à nouveau au ‘Pavillon Cornil, dans le service de M. le Professeur Achard, le 2 janvier 1933 ; on lui injecte tous les jours 30 centimètres cubes de sérum anti-gangréneux et on lui fait prendre en outre un comprimé de stovarsol tous les trois jours. Sous l'influence de ce traitement, se sentant un peu mieux, il sort de l'hôpital huit jours après.
A peine rentré chez lui, il est pris d’un violent accès de
fievre à la suite duquel, sur VPavis de son médecin, il rentre à nouveau dans le service de M. le Professeur Achard, le 11 janvier 1933, Salle Siredey, n° 11
Symptômes fonctionnels : a une toux sèche, ramenant une expectoration mousseuse muco-purulente. Quelquefois, mais rarement, on y trouve quelques petits filets sanguins. L’expectoration se divise en trois couches : 1° partie supérieure, couche spumeuse ; 2° partie moyenne, couche de nodosités muco-purulentes ; 3° partie inférieure, couche. de liquide jaunâtre au fond duquel s'accumulent des grumeaux purulents. Pas d’odeur fétide, la quantité varie de 250 à 450 grammes. Depuis le 15 janvier, au milieu de crises d’étouffement, a eu quatre vomiques de petite abondance. Ce qu’il rejette a une couleur jaune verdâtre, à odeur extrêmement fétide, sans débris alimentaires. Pas de point de côté, pas d’hémoptysie.
Examen physique
Inspection. — L’ampliation thoracique est la même des deux côtés. Le malade est maigre, il pesait 70 kilogr. en mai 1932 et maintenant 59 kilogr.
Palpation. — Les vibrations sont fermes également des deux côtés.
Percussion. — Pas de matité ni de tympanisme. Auscultation. — Le murmure vésiculaire existe, mais à la partie moyenne du poumon droit on entend quelques
râles gras et surtout expiratoires.
Après la toux, rien de particulier, ni de pectoriloquie aphone à droite.
Radiologie. — La dernière radiographie (17 janvier 1933) montre une poche de forme ovoïde, qu’il est
CAES ve PE assez difficile de voir par suite de la position sus-jacente d’un côté.
Appareil circulatoire. — Les bruits dû cœur ne sont pas très frappés, mais il n’y a ni souffle organique, ni bruit de galop. Pouls : 100. T. A. : 11-7 au Vaquez. Pas d’œdème, pas de varices, pas d’hémorroïdes.
Appareil digestif. — A un excellent appétit, il digère bien, mais il est légèrement constipé.
Examen du foie. — Entre le quatrième espace intercostal et la dernière côte, le foie n’est pas douloureux.
Appareil génito-urinaire. — Pas de pollakiurie nocturne, urine normalement. Albumine : 0. Sucre : 0.
Système nerveux. — Ne souffre plus de la tête, mais après un accès de toux, est vite étourdi, quelquefois pendant un quart d’heure. Tous les réflexes existent :
rotulien, achiléen, crémastérien, abdominal.
Examen bactériologique :
Pas de B. K. dans les crachats.
Gram Dibldcogthesr eee rt, gram + gram BADNDONNRS ES dre | gram —+ gram POLE METRE CET CRU AU gram —+ gram
Fontana-Tribondeau : présence d’assez nombreux spirilles.
Traitement. —- On lui fait une série d’émétine et sept injections intraveineuses de novarsénobenzol de 0,15 à 0,30, espacées chacune à des intervalles de quatre jours.
Depuis le 17 janvier, le malade n’a plus de vomique, mais la température oscille entre 38° et 39°. Néanmoins, il se sent mieux et a bon appétit. Les signes physiques sont toujours les mêmes, assez peu prononcés. À la date
M. Sorieul | 7
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du 29 janvier, il crache beaucoup moins, environ 200 grammes par 24 heures. Les signes physiques sont toujours les mêmes. Vers huit heures du soir, ce même jour, se plaint d’avoir des maux de tête qui disparaissent aussitôt après l'apparition d’une sudation localisée à la tête et à la moitié supérieure du thorax. Cette transpiration est assez forte, puisqu'elle oblige le malade à changer de chemise toutes les deux heures. À la date du 6 février, les signes physiques sont identiques. À la suite d’une piqûre de novar, se trouve plus fatigué ; maux de tête, sueurs, tremblements. De plus, au niveau de larticulation tibio-tarsienne, est apparue une douleur forte empêchant la flexion et l'extension. La cause en passe inaperçue, le malade ne s’est ni piqué, ni écorché. Le traitement médical n’ayant apporté aucune amélioration, on lui conseille l’opération ; ce dernier se refuse à toute intervention. Il quitte l'hôpital le 14 février et rentre chez lui.
Il vient à la consultation de chirurgie le 17 février. On lui fait une injection de sérum anti-gangréneux. On lui conseille alors d’entrer dans le service des voies respiratoires. Il entre à l'Hôpital Cochin dans le service du docteur Ameuille, le 23 février, Salle Strauss, n° 16. L’haleine est toujours fétide, les crachats abondants, la température oscillant autour de 38°5.
Le 25 février, on lui fait une ponction exploratrice au niveau de la matité à droite (au-dessous de Ja pointe de l'omoplate). On retire quelques gouttes d’un liquide fétide très purulent. On fait l’ensemencement sur lame flore assez variée, à prédominance d'un bacille grêle, en las d’épingles, ayant l’aspect du bacille diphtérique.
Passe en chirurgie dans le service de M. ie Professeur