OBSERVATION X
Abcès putride du poumon.
M... 44 ans, garcon de recettes ; ce malade a été pris dans le service de M. le Docteur Baumgartner, à l’Hôpital de la Charité, avec le diagnostic d’abcès du poumon.
Le début de l’affection remontait alors à environ trois mois. Cependant, le début de son histoire est déjà lointain. En 1919, il a présenté une bronchite sur laquelle il est difficile d’avoir des détails, cependant qui semble avoir été sérieuse, puisque le malade est resté immobile trois mois environ. À la suite de cette bronchite, il a continué à tousser et à expectorer, présentant également à l'effort, de la dyspnée. Les phénomènes pulmonaires s'exagéraient par moment, surtout l’hiver, l’obligeant à interrompre son travail. Mais cependant, il gardait constamment entre ces poussées, une expectoration abondante, d'aspect boueux, blanchâtre et qui ne l’inquiétait pas.
Au mois de juin dernier, se trouvant à nouveau fatigué, éprouvant depuis quelque temps de la dyspnée, des
Ctourdissements, il vient consulter à l'Hôpital Laënnec,
au dispensaire Léon Bourgeois, où on le garde. Il y reste pendant un mois. On n’a pu obtenir aucun renseignement sur son passage à Laënnec.
Il entre à Cochin le 10 juillet, dans le service de M. le Professeur Achard ; il présente une température à 38°, son expectoration et son haleine sont fétides. son état général est un peu altéré. Il y a des signes cliniques cavitaires au sommet droit. La radioscopie confirme l'existence d’une caverne, au niveau du lobe supérieur droit. L’expectoration est abondante. Elle ne contient pas de B. K,, mais on y trouve en abondance. des spirilles, des spirochètes et des microbes aérobies ; il ny a pas d’anaérobies.
On institue un traitement par l’émétine. De plus, il recoit deux injections de novar de 0,15.
Brusquement, le troisième jour, le malade ne crache plus, la température est à 39°5. L'état général est touché, une hémoptysie survient, elle est abondante. Ce n’est qu’au bout de trois jours que le malade recommence à cracher. Devant l'importance de cet abcès qui se draine mal, et le peu d’action du traitement médical, on passe le malade dans le service du Docteur Baumgartner, en vue d’une intervention. Il entre donc à la Charité le 21 juillet 1932.
Il est amaigri, présente une température oscillante aux environs de 38°, avec des clochers. Il crache abondamment en moyenne 350 à 400 grammes. il est dyspnéique, présente de la cyanose de la face et des mains. On intervient sur cet abcès une première fois le 24 août.
Premier temps. — A l’anesthésie locale. Décollement
d’un large lambeau à convexité antéro-inférieure. Résec-
tion des troisième et quatrième côtes sur 12 centimètres
d'étendue. Mise à nu de la plèvre. Un fil de bronze est modelé dans la brèche costale. Tamponnement à la gaze iodoformée.
Le 31 août, ablation du tamponnement. On constate que le poumon est fortement rétracté. Ponction négative. Incision au thermo, au centre de la plaie. On tombe dans un tissu grisâtre et fétide, on ouvre des petits abcès miliaires et on pratique finalement dans le poumon, un cratère, qui est tamponné avec une mèche iodoformée.
Au cours de plusieurs temps successifs, la cavité pulmonaire est agrandie au thermo. Les escarres se détachent, et les parois de la cavité se nettoient peu à peu.
Le 27 septembre, une nouvelle radiographie, avec repère métallique au fond de la cavité creusée dans le poumon, montre que les lésions ne dépassent pas en profondeur, la cavité opératoire. Au cours des pansements successifs, la cavité se rétrécit progressivement.
Il persiste une fistule bronchique qui se ferme spontanément en décembre 1932. Depuis l'intervention, il est considérablement amélioré.
La température a persisté pendant quelque temps, oscillant au-dessous de 38°. L’expectoration est restée longtemps abondante, entre 200 et 300 grammes. Progressivement, mais lentement, le malade a repris du poids.
Au mois d'octobre, il a présenté du côté gauche, une poussée broncho-pneumonique qui se manifeste par un début brusque, une élévation de température à 40°, de la dyspnée, de la cyanose. L'état est très inquiétant. Au 6° jour, la température baisse progressivement ; au
bout d’une dizaine de jours, tout est rentré dans l’ordre,
Depuis 3 mois, il est en excellent état, il n’a plus de fièvre, il a engraissé. Depuis un mois, la plaie opératoire est cicatrisée. Cependant il garde une expectoration d'environ 100 grammes par jour. Elle prédomine au réveil, et dans la matinée.
Elle est divisée en trois couches, elle est blanchâtre.
Expectoration, d’aspect des dilatations bronchiques.