‹ Considérations générales sur l'état de la médecine (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Dans la première partie de cet ouvrage, publiée l'année dernièie , nous avons démontré que la théorie de l'irritation était une erreur; que les maladies ne sont et ne peuvent être des irritations et des inflammations congestives , mais bien des altérations de fluides.

En publiant séparément cette première partie, nous avons eu pour but de soumettre à l'examen du public les principes que nous proposons comme bases d'une nouvelle théorie médicale: bien disposé à recevoir avec empressement et reconnaissance les conseils qu'on voudrait bien nous adresser, soit directement, soit indirecte-

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ment; car nous n'avons qu'un désir, celui d'être utile à l'humanité. Mais craignant de nous tromper, et pénétré d'ailleurs de l'importance de noire sujet, nous avons voulu fortifier nos convictions, en mettant sous les yeux des savans l'exposé de nos principes. C'est dans cette vue que nous avons adressé notre travail aux académies des sciences et de médecine, à tous les organes de la presse médicale et à plusieurs journaux politiques.

Nous avons eu la satisfaction de recevoir les encouragemens particuliers de plusieurs de nos confrères, et nous ignorons si, jusqu'à ce jour, il a été publié quelque réfutation de nos principes qui , par conséquent, subsistent dans toute leur force. Deux critiques consignées dans des journaux de médecine sont seules venues à notre connaissance, et pour que le lecteur puisse bien les juger nous allons les mettre sous ses yeux.

Nous commencerons par le Bulletin général de Thérapeutique Médicale et Chirurgicale y qui s'exprime ainsi, dans le tome xv, septième et huitième livraisons, octobre i838 :

« Après avoir lu avec attention l'opuscule que nous annonçons , on peut se demander si

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M. Signoret a bien téfJéchien intitulant son travail assez court, assez léger, Considérations générales sur Vétat de la Médecine. Ce titre doit nécessairement embrasser un cadre fort étendu, et l'auteur l'a dû beaucoup restreindre. En effet, de pareilles réflexions ne se bornent pas seulement à la médecine clinique déjà fort étendue elle-même, sous le rapport du diagnostic et de la thérapeutique; mais elles doivent encore embrasser la physiologie, l'anatoniie pathologique, l'hygiène , la matière médicale : et voyez quel champ immense à parcourir, que de considérations importantes, graves, fondamentales, il s'agit d'examiner, d'approfondir, d'élucider, pour en tirer des principes positifs, des faits utiles, enfin des données pratiques; car c'est toujours là où il faut en revenir, sous peine de se perdre dans de vaines conjectures ou des vues théoriques inapplicables.

)) L'auteur paraît fort mécontent de l'état actuel de la médecine : « de ces bancs, dit-il, où nous » espérions entendre des préceptes invariables , » nous n'entendons que des opinions contro- » versées; cl si nous consultonsles anciens, nous » trouvons les mêmes contradictions, les mêmes

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M incertitudes. Mais où donc est la science que » nous cherchons; quelle route peut nous y M conduire ? » Sans doute, et l'auteur a raison, car rien de plus facile ici que la critique. Nous l'avouons sans hésiter: beaucoup de principes sont douteux, instables, quelquefois même contradictoires; rien de plus certain, et pourtant il y aune médecine, une vraie médecine, et pourquoi cela ? Parce qu'il y a l'expérience des âges qui fait, pour ainsi dire, un fonds commun où chacun va puiser selon ses vues plus ou moins justes, selon ses moyens plus ou moins étendus. L'auteur de ces considérations dit « qu'il faut » avant toutes choses bien observer les phéno- » mènes et lâcher d'en saisir les causes; car ce » n'est qu'à l'aide de cette connaissance qu'on » peut avoir une théorie qui soit une traduction » de la vérité. » Mais qui donc oserait nier de pareilles assertions ? Ce sont là de ces vérités si vraies, pour ainsi dire si rebattues, qu'on peut les considérer comme des lieux communs. Il en est de même quand on lit « que bien des choses nous » échappent dans les maladies; que toute notre ;) thérapeutique n'est au fond qu'empirisme ; » que la conservation de la santé dépend du

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» paifail accomplissement des actes vitaux nu- » tri tifs. »

» INous ne pensons pas qu'aucun médecin ait jamais contesté ces propositions; l'essentiel serait de bien observer les phénomènes^ mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, et lâcher d'en saisir les causes, ce qui n'a été fait qu'imparfaitement, ou plutôt ce qui n'a encore été qu'ébauché. Or, l'auteur nous permettra de croire que lui-même n'en est pas encore là; car s'il est aisédeblâmer les principes de la science, rien n'est plus difficile que d'en établir d'autres qui soient l'expression réelle et incontestable des faits.

» A dire vrai, nous craignons que M. Signoret ne se soit laissé aller à la séduction d'idées qui lui ont paru importantes, ou de principes qui ont grand besoin de la sanction de l'expérience. Il définit la maladie « un phénomène vital anor- « mal. » Sans doute , nous serons loin de vouloir combattre cette définition ; mais que présente-t-elle de nouveau; comment peut-elle éclairer davantage la science que ce qui a été dit sur ce sujet et depuis longtemps par nos grands maîtres? L'auteur insiste pour que l'on connaisse mieux la matière organisée, h vie, etc.; à merveille,.

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nous sommes d'accord; et nous attendions de lui (juelques éclaircissemens à cet égard; mais en vain. Ce n'est pas tout de se plaindre, il faut encore voir mieux et aller plus loin que les autres; il faut prendre la science à l'extrême du point où elle est arrivée pour la faire cheminer et en reculer les bornes.

» Après avoir formulé les anathémes de son credo médical, M. Signoret combat la doctrinede l'irritation ; mais nous pensons qu'il va beaucoup trop loin. 11 pose en principe que le point de départ de toutes les maladies est presque toujours une altération des fluides, et dans tous les cas, n'est jamais une inflammation congestive. Or , c'est là précisément ce qu'il fallait démontrer, et ce que l'auteur n'a pas fait. En vain prétend-il que la pneumonie est une maladie de cause mécanique; « que c'est une erreur grave de la regai-- » der comme le résultat d'un état inflamma- » toire; » qu'il y a un simple refoulement des humeurs par suite du refroidissement; très peu de praticiens accepteront cette hypothèse connue fondée sur l'expérience, d'autant plus qu'elle manque de faits, de preuves etde développement, lin général, l'auteur aflirmesans prouver; ce qui

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abrège et facilite beaucoup le travail, mais ne suffit pas pour le lecteur et encore moins pour le praticien. La médecine est difficile à faire au lit du malade; mais il est tout aussi malaisé d'en poser théoriquement les bases, d'en discuter les principes, d'en appliquer les conséquences. I! faut bien du tems, bien de l'expérience, bien du savoir et de profondes réflexions pour amener à bonne fin cette œuvre difficile. L'opuscule dont nous parlons contient de bonnes choses, mais il reste encore beaucoup à faire pour le rendre complet. 4u surplus, l'auteur promet une seconde partie où il traitera, dit-il , de la thérapeutique, objet principal de toute doctrine, parce que guérir ou soulager est la noble fin de l'art.

» Tout en rendant justice à ses bonnes intentions, à son talent et à son instruction, nous l'engageons à appuyer sur une expérience suivie, constante, des opinions qui paraissent assez fondées au premier aspect. INous ajouterons qu'un bon livre scientifique est un long et laborieux enfantement de la pensée- (|u'il faut savoir féconder un sujet par Fclude et la réflexion, le nuirir par un examen, une méditation de chaque jour. M. Signoret a tout ce qu'il faut pour em-

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ployer cette méthode; s'il la néglige, tant pis pour l'avenir de ses travaux; comme il ledit luimême, son écrit ira se perdre dans la masse déjà si considérable des écrits inutiles. »

L'auteur de l'article que nous venons de transcrire trouve notre travail court^ léger : il se peut que le titre ait éveillé, dans son esprit, l'idée d'un cadre plus étendu que celui dans lequel nous avons cru devoir nous renfermer. Le reproche du reste est loin de nous déplaire; il est tant d'ouvrages qui paraissent trop longs!

Quant au titre, nous avouerons que nous y avons attaché peu d'importance, et nous aurions bien voulu pouvoir nous dispenser d'en mettre un, ne sachant trop lequel prendre : quelques personnes nous proposaient de dire : Réflexions ou Examen pliilosophiqae sur l'état de la médecine; nous avons craint que ces titres ne parussent trop prétentieux. On nous proposait aussi de dire essais, etc. ; mais ce titre se trouve déjà en tête de tant d'ouvrages. INous avons préféré Considérations générales, et nous ne croyons pas que ce litre exige que nous traitions toutes les branches de la science, d'autant plus que nous avons dit que nous nous proposions particulièrement de

suB l'état d£ la Médecine. lil

rechercher quelle était la nature des maladies, et la meilleure méthode générale de traitement.

On nous reproche d'avoir dit des choses si vraies, si rebattues, qu'on peut les considérer comme des lieux communs : nous ne nous sommes jamais abusé au point de croire que nous disions des choses nouvelles et que nous avions fait des découvertes. Nousavons pensé seulement,que parmi les choses connues, quelques unes pouvaient n'avoir pas été étudiées et présentées sous leur véritable point de vue, et nous avons conçu l'espérance que nous pourrions offrir quelques réflexions utiles. Il se peut que nous nous soyons trompé.

En rapportant ce que nous disons touchant la nécessité de bien observer les phénomènes et d'en saisir les causes, notre critique ajoute : qu'il pense que nous-méme nous nen sommes pas encore là. Nous ne croyons pas que rien dans notre écrit puisse faire naître l'idée que nous ayons eu cette prétention.

Il se peut que nous ayons attaché à certaines idées, à certains principes, plus d'importance qu'ils n'en méritent; mais nous ne voyons pas sur quel point, sur quelle matière peut porter ce reproche. Quant à ce qui est de reculer les bor-

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nés de la science, nous laissons à d'aulres le soin de remplir une tâche que nous reconnaissons élre au-dessus de nos forces.

Nous arrivons au paragraphe qui louche d'un peu plus près à la question de doctrine qui est pour nous toute la question. Comme on le voit, l'auteur auquel nous avons l'iionneur de répondre n'a pas cherché à nous réfuter ; il dit seulement qu'il pense que nous allons trop loin; et que peu de praticiens accepteront notre hypothèse sur la pneumonie , parce qu'elle manque de faits, de preuves. Mais quelle hypothèse s'appuie sur plus de témoignages que la nôtre? ce n'est point assurément celle de l'irritation.

Dans l'état de la science, il est impossible de fournir à l'appui des théories, des preuves matérielles, positives; si nous possédions de pareils moyens de conviction, toutes les controverses cesseraient bientôt -, mais malheureusement nous sommes encore réduits aux hypothèses, et à défaut de preuves positives, il faut adopter les plus vraisemblables, celles qui réunissent la plus grande souuiie de probabilité, et semblent satisfaire à plus de besoins. Nous croyons que nos opinions louchant les causes de la pneumonie

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sont laliomielles, et nous ne voyons pas par quel raisonnement on pourrait ]es réfuter. Toutefois, nous ne voulons pas dire qu'il n'y ait pas de supposition plus vraie que la nôtre ; il se peut qu'il y en ait une; mais en attendant qu'on nous l'indique, en attendant qu'on nous la fasse connaître, nous nous en tiendrons à la nôtre , comme plus vraisemblable que toutes celles faites jusqu'à ce jour : au surplus, que le lecteur juge entre noire théorie et celle de l'irritation.

En résumé, notre savant critique ne repousse point nos opinions; il semble même les admettre, puisqu'il dit quelles paraissent assez fondées au premier aspect. Seulement il voudrait plus de preuves à l'appui : mais, comme nous l'avons déjà dit, dans l'étal de la science, nous ne voyons pas quelles sont les preuves possibles que nous avons négligées, et pour ce qui est des développemens théoriques, nous crovons être entré dans des détails beaucoup plus étendus qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour.

Ainsi, aucune attaque, aucune objection sérieuses ne nous ont été faites, et nos propositions, comme nous l'avons dit plus haut, subsistent dans toute leur force.

ibU CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Nous remercions bien sincèrement l'auteur de l'article auquel nous venons de répondre, d'avoir bien voulu nous éclairer de sa critique savante, et nous le prions de nous continuer ses conseils que nous recevrons toujours avec reconnaissance.

Nous passons à l'article de la Revue médicale^ n° de septembre i838, le voici :

« M. Signoret, partant de l'idée que dans les corps organisés et vivans il y a autre chose que ce que fournit l'analyse physique, ou même anatomique; autre chose que ce qu'on appelle matière; regarde cet autre chose comme un levain, un ferment, un principe vital qui , combiné avec la matière proprement dite, donne toutes les variétés vivantes , et préside à leur développement et à leur conservation. Nous félicitons M. Signoret des efforts qu'il fait pour arracher la médecine à ses préoccupations matérialistes : nous applaudissons avec plaisir à la tendance de ses idées. Mais nous manquerions à notre devoir si nous ne redressions ce qu'il y a d'inexact dans l'expression de sa pensée. Il est hors de doute qu'il y a dans les corps organisés une force (|ui'

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par son action sur la matière, lui fait opérer les divers actes que nous observons dans les corps vivans; mais dire que cette force se combine avec la matière, c'est avoir une idée peu exacte de ce qui est une force. Une force agit sur la matière dans les limites de certaines lois, mais elle ne se combine jamais avec elle. Il est donc inutile de se demander, comme le fait M. Signoret, p. [\^, dans quelles proportions se font les combinaisons de la matière avec le principe vital, puisque le principe vital, ou, pour mieux dire, la force vitale ne se combine en aucune proportion avec la matière. Cette force agit sui- la matière, la modifie; elle exerce sur elle une influence déterminée par certaines lois; mais, je le répète, elle ne se combine pas avec elle. M. Signoret eût évité cette erreur si, au lieu de se servir, pour désigner la cause inconnue des phénomènes de la vie, des mots de ferment, de levain, comme synonymes du principe vital, il eût dit tout simplement : la force vitale.

» Nous engageons donc M. Signoret à modifier les termes qu'il a employés, à ne pas se préoccuper des criailleries des matérialistes, et à donner à sa pensée tout le développement (fu'elle com-

iWS CONSIDÉRATIONS OÉHÉRALES

porte, sans crainte d'être taxé de spiritualisme, comme il le manifeste dans son opuscule.»

L'expression yorce.? vita/^s que nous propose l'auteurde lanoteque nous venons de transcrire, ne rendrait point notre pensée : par les mots les^ain^ ferment^ ou principe vital, nous ne voulons pas désigner une force seulement : mais bien ce quelque chose d'insaisissable qui entre dans la composition de la matière organisée.

L'expression forces vitales désigne, pour nous, l'ensemble de forces au moyen desquelles s'opèrent tous les actes vitaux connus sous le nom de fonctions vitales -, elle ne pourrait donc remplacer, dans le sens que nous l'avons employée, l'expression levain, ferment ou principe vital.

L'auteur de l'article auquel nous répondons semble repousser entièrement l'idée d'un agent ou principe vital se combinant avec la matière, et rapporte tous les phénomènes vitaux et la formation de la matière organisée elle-même, aux forces vitales \ nous croyons que c'est attribuer à ces forces des phénomènes qui appartiennent à d'autres causes, à d'autres affinités, et nous allons lâcher de le démontrer.

SIR l'état de i,a Médecine. 147

Nous ne connaissons les forces que par les cliangemens, les modifications que nous remarquons dans les corps. Mais il faut distinguer celles-là de ceux-ci dont elles ne sont que les attributs, et sans lesquels elles ne peuvent exister; car les forces n'ont pas une existence propre, indépendante de la matière; mais chaque corps est doué d'une propriété, d'une force, qui tend à se combiner à celle d'un autre corps, d'une force qui attire en même temps qu'elle est attirée, et c'est de ces affinités réciproques que naissent de nouveaux composés, de nouvelles forces, (i)

(1) I! ne faut pas confondre celte force universelle, qu'on nomme aitraclion, avec la force d'affinité : la première semble èin; la même pour tous les corps, et s'exerce indistinctement et uniformément sur tous les élémens matériels. La seconde semble éire un attribut spécial qui varie comme les corps.

La force attractive appartenant à toute la matière , et chaque corps étant doue d'une force d'aiEnité spéciale, propre à son espèce , il s'en suit que chaque corps est soumis à deux forces qui s'exercent indépendamment l'une de l'autre; mais avec celte différence, que l'une agit indistincicment sur tous les corps de la nature qu'elle tend à réunir et à confondre, sans rien changer à leurs propriétés spécifiques; l'autre, au contraire, tend incessamment à créer de nouveaux composés : par exemple , la force qui fait adhérer les molécules du marbre csl bien dinérente de celle qui fait combiner l'oxigène cl l'hydrogène. Dans le premier cas , deux atomes s'unissent , mais sans se confondre, et sans que cette union change rien à leurs propiiétés chimiques ; dans le second cas, au contraire, c'e^^l toujours entre deux atomes do nature différcmc

Les forces qui donnent lieu à la formation d'un nouveau corps sont toujours détruites plus ou moins complètement; mais presque toujours une nouvelle force est créée : par exemple, dans la formation de l'acide sulfurique, les forces qui portent le soufre et l'oxigène à se combiner sont détruites par l'effet de cette combinaison; mais une nouvelle force est engendrée comme attribut caractéristique de l'acide sulfurique.

La force qui résulte de la formation d'un corps nouveau est aussi distincte de celles qui l'ont créée, que le nouveau corps dont elle est l'attribut est distinct de ceux qui l'ont fourni; ainsi, l'acide sulfurique ne ressemble pas plus, par ses affinités, aux forces du soufre et de l'oxigène, que cet acide lui-même ne ressemble à ces deux corps. D'où il résulte que la force qui produit un sel dans lequel entre l'acide sulfurique, ne doit pas être

que Tunion s'opère, et le résultat est toujours un composé nouveau, jouissant de propriétés nouvelles. Dans un cas, les atomes réunies peuvent être séparés par une force mécanique; dans le second, aucune puissance mécanique ne peut rompre l'union des molécules combinées : ainsi aucune force physique ne pourrait rompre la combinaison de l'oxigène et de l'hydrogène dans l'eau. Tous les corps de la nature sont soumis à la même force attractive, du moins en apparence; ils ne sont soumis qu'à certaines forces d'affinité.

sm l'état de la médecine. 1^9

confondue avec les forces qui ont donné lieu à la formation decetacide;et nedoit pas être confondue non plus avec celles qui ont donné lieu à la formation de la base oxidée. Les forces qui produisent le sulfate de soude ne sont point celles qui produisent Tacide sulfurique ou l'oxide de sodium; les forces qui donnent lieu à la combinaison connue sous le nom de sulfate de soude, naissent de la formation de l'acide sulfurique et de l'oxide de sodium; elles ne peuvent exister avant la formation de ces deux corps.

On peut donc poser comme principe que les forces ou affinités d'un composé que! qu'il soit, sont produites par la combinaison des foices ou affinités des élémens qui entrent dans sa composition et qu'elles n'existent point avant la formation de ce composé.

Ainsi donc, les forces dites vitales n'existent point avant l'union, la combinaison de tous les élémens qui doivent entrer dans la composition du corps organisé; ce n'est qu'après cette combinaison, ce n'est qu'après la formation de la matière vivante que les forces vitales sont engendrées ; elles ne peuvent exister auparavant puisqu'elles ne sont que le produit, le résultat de la

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combinaison des forces ou affinités qui donnent lieu à la formation du corps organisé.

Appellera-t-on indistinctement forces vitales les forces qui portent les élémens des corps organisés à s'unir et à se combiner ,et celles qui résultent de cette combinaison? Il nous semble que ce serait jeter de la confusion dans les idées que de désigner, par la même expression, des propriétés différentes; par exemple, ce serait manquer d'exactitude dans les termes, que d'appeler forces de sulfalisalion, les forces qui donnent lieu à la formation de l'acide sulfurique, et celles qui produisent le sulfate de soude; car, comme nous l'avons démontré, les forces qui portent le soufre et l'oxigène à se combiner sont détruites par la formation de l'acide sulfurique, et la force qui caractérise cet acide ne ressemble en rien aux forces du soufre et de l'oxigène. La force de l'acide sulfurique ou de sulfatisation, qu'on nous passe cette expression, n'existe point avant la combinaison du soufre et de l'oxigène.

Do mêm«^, avant la combinaison des élémens (jui doivent former le premier rudiment de l'être organisé, de l'embryon, il n'existe pas de forces vitales; car, nous le répétons, on ne peut vouloir

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ranger dans la même classe les (orces qui caractérisent un composé et celles qui ont donné lieu a ce composé : en d'autres termes, ce ne serait que par un abus de langage que les forces qui donnent lieu à la formation de la matière organisée pourraient être confondues avec celles qui sont l'attribut de cette matière, et au moyen desquelles s'opèrent toutes les fonctions qui la caractérisent et la distinguent des corps inanimés.

Aidons-nous encore d'un exemple; car dans une matière si ardue, les exemples, les comparaisons sont d'autant plus utiles, que souvent la pauvreté du langage rend difficile l'expression de la pensée.

On sait que pour obtenir la fermentation panaire, il faut un levain, un ferment ou principe fermentescible, sans lequel la pâte ne lève pas ; d'oii il résulte que les phénomènes de panification doivent être rapportés à l'union, à la combinaison d'un ferment ou levain avec les élémens qui constituent la farine. Avant cette union, avant cette combinaison , les forces de panification n'existaient pas; et quoique jusqu'à ce jour il ait été impossible d'isoler et de démontrer par l'analyse le principe fermentescible dont nous

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parlons ici, personne ne le nie, tout le monde l'admet et convient que sans lui il n'y a pas de panification possible; et l'on ne veut pas admettre un germe, un levain vital! on refuse au\ phénomènes de la vie, les plus beaux de tous les phénomènes, ce que l'on accorde à la fermentation ! c'est, selon nous, se refuser à l'évidence.

Les changemens, les modifications que nous remarquons dans les corps, ne sont point dus seulement, comme semble le penser notre savant critique, à l'action de forces agissant sur la matière d'une manière en quelque sorte mécanique ; mais bien à un changement dans les proportions des élémens qui constituent les composés. Tant que ces proportions resteraient les mêmes, on pourrait bien changer la forme ou la consistance d'un corps, mais non ses propriétés chimiques.

Ainsi donc, il est bien évident que les phénomènes que nous avons ici en vue, c'est-à-dire les changemens et les modifications dans la nature et les propriétés des corps, ne peuvent être déterminés par des moyens mécaniques, mais seulement par les forces d'affinité. Qu'on suppose, en présence et dans leur sphère d'action, un atome d'acide sulfurique et un atome d'oxide de

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sodium; ces deux atomes vont se confondre et se transformei" en un composé nouveau présentant des propriétés nouvelles. Que se passe-t-il, quelle force opère celte combinaison? Est-ce la force de l'acide sulfurique qui agit sur l'oxide de sodium et le change en sel? ou bien est-ce la force de l'oxide qui modilie l'acide et le transforme en sulfate? L'absurdité de ces deux suppositions est trop patente et personne ne les fera. Aucune force ne pourrait produire le corps connu sous le nom de sulfate de soude sans les deux élémens nécessaires, l'acide et la base. La formation de ce composé n'est point le résultat de l'action d'une force sur la matière, mais bien d'un phénomène qu'aucun mot de notre langue ne peut traduire, et qui consiste dans la fusion de deux atomes qui se confondent en un seul et se transforment en un corps nouveau.

Il résulte de ce que nous venons de dire que le mot force ne signifie pas une puissance, un agent pouvant s'emparer de la matière et la modifier; mais bien cette propriété, cette espèce de sympathie , si nous pouvons parler ainsi , (jui porte les atomes de nature différente à s'unir et à se confondre. C'est ce résultat extraordinaire

IbU CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qui nous donne l'idée des forces que nous appelons d'affinité; nous ne les connaissons pas autrement. Eh bien ! nous le demandons, seraiton dans le vrai en représentant un nouveau composé comme le produit de forces seulement, et ne serait-ce pas donner une idée bien fausse des causes qui opèrent les changemens si nombreux et si variés que nous appelons combinaisons?

Un corps, quel qu'il soit, ne peut varier dans sa nature, ses propriétés chimiques, s'il ne varie dans les proportions de ses éiémens constituans; et ceuxci ne peuvent varier que par addition ou soustraction. Or toutes les fois qu'un corps change dans ses propriétés chimiques, on peut assurer qu'il y a dans sa composition quelques éiémens de plus ou de moins.

Les forces qui donnent lieu à des changemens, à des modifications dans la nature des composés, ne doivent point être cherchées en dehors des éiémens qui les constituent; mais bien dans ces éiémens mêmes, dont elles sont les attributs les plus essentiels, les plus caractéristiques. Par le moi force, on ne doit entendre que la propriété a/fectu'Cy celte espèce de syuïpathie qui porlc

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un élémenlveis un élément de natuje différente, avec lequel il se confond et forme un composé nouveau. C'est, en un mot, ce qu'on nomme affinité. Il n'existe pas d'autres forces, ou du moins rien n'autorise à penser que d'autres forces concourent à la formation des composés que nous avons en vue.

Et d'ailleurs, en admettant, même pourun instant, qu'il existe, en dehors des corps, une force intelligente poinant choisir et réunir des élémens divers pour en former des composés, nous ne verrions là qu'un artiste disposant les matériaux qu'il possède, mais ne pouvant rien sans ces matériaux, nepouvant varier les composés qu'en variant les proportions des élémens qu'il y fait entrer.

Ainsi, dans tous les cas, et quelle que soit la supposition qu'on adopte, on sera toujours forcé de reconnaîtie que les modifications qu'on observe dans la nature des composés sont dues aux changemens qu'ils éprouvent dans les proportions de leurs élémens constituans, et cette proposition est vraie pour tous les composés, soit organiques , soit inorganiques.

Mais qu'est-il besoin d'aller chercher en dehors des corps une puissance, une force qu'au-

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