J CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
cun phénomène ne révèle, et de créer des lois pour en régler l'usage et en prévenir les écarts? La nature procède d'une manière plus simple et plus sûre : en créant des élémens divers, et déterminantles limites dans lesquelles ils pourraient se combiner; le Tout-Puissant a réglé pour toujours le nombre et la variété des composés possibles, chaque élément ne pouvant former qu'un certain nombre de combinaisons.
Nous aurions beaucoup à dire encore : mais nous craignons d'avoir déjà donné trop d'étendue à cette note. Nous l'avouons ; au premier abord, nous ne nous doutions pas que cette question dût nous offrir tant d'intérêt : mais lorsqu'après l'avoir méditée, nous nous sommes demandé ce qu'on entendait par forces, nous avons vu s'ouvrir un champ immense, qui nous était encore inconnu, et nous n'avons pu résister au désir d'y faire une courte excursion. Nous devons des remerciemens à l'auteur qui nous a fourni un sujet de méditation aussi intéressant.
Par tous les détails dans lesquels nous sommes entré, nous pensons avoir démontré que, dans tous les cas, nous ne pourrions remplacer les
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mots : principe vital, par ceux de -.forces vitales ; ces deux expressions ne sont point synonymes pour nous.
Nous croyons aussi que l'auteur auquel nous nous adressons reconnaîtra que nous n'avons point dit et que nous n'avons pu vouloir dire, que les forces se combinent avec la matière ; car nous ne parlons pas de forces, mais bien d'un levain, d'un ferment ou principe vital; et d'après notre manière de concevoir la formation des composés, ii conviendra, nous l'espérons, qu'il nous était permis de nous demander en quelles proportions se faisaient les combinaisons delà matière avec le principe vital, puisque, pour nous, la matière organisée contient autre chose que ce que fournit l'analyse.
Quoi qu'il en soit, et quelle que soit la manière de voir du savant qui nous a fourni l'occasion de cette dissertation, nous recevrons toujours avec reconnaissance les conseils qu'il voudra bien nous adresser.
Nous reprenons notre sujet, et nous allons le poursuivre avec la ferme conviction que nous sommes dans la bonne voie.
Pour compléter nos recherches, il nous reste à déterminer quelle est la meilleure méthode thérapeutique; et c'est ici le point le plus important; car la thérapeutique résume toute la médecine qui se réduit, en définitive, à savoir quels sont les meilleurs moyens de combattre les maladies.
Bien des efforts ont été faits, et bien des théories imaginées, pour donner à la science une base plus fixe et des règles plus certaines; mais, comme nous l'avons déjà dit, toutes les méthodes proposées jusqu'à présent n'étant fondées que sur des erreurs, aucune n'a pu résister à l'épreuve de la pratique. Ce résultat décourageant a fait penser à quelques savans que la médecine n'était point susceptible de systématisation, et que la pratique de l'art ne devait pas être subordonnée à des théories; que l'observation seule devait servir de règle ■. nous ne sommes point de cet avis; selon nous, la pire des médecines serait celle qui réduirait la pratique à cet empirisme dégagé de tout raisonnement théorique; et nous nous étonnons que des praticiens distingués professent de semblables doctrines.
Pour nous, la vraie médecine, c'est celle qui raisonne ses déterminations, c'est-à-dire , la mé-
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tlecine théorique qui est seule progressive. Qu'ont produit jusqu'à ce jour l'observation empirique et les relevés statistiques? Quels fruits a-t-on retirés de ces milliers d'observations recueillies dans nos hôpitaux avec un soin si minutieux ? Tous ces travaux n'ont conduit, jusqu'à ce jour, qu'à des résultats négatifs; ils n'ont servi qu'à faire douter de la possibilité d'obtenir une bonne méthode.
L'observation est une chose utile sans doute, en tant qu'on a pour objet de rassembler des faits pour les coordonner et en déduire des théories; elle est utile pour éprouver les méthodes et redresser les erreurs théoriques; mais nous ne comprenons pas une pratique qui se bornerait à noter des faits sous le titre d'observations, sans chercher à s'en rendre compte, sans en tirer aucune déduction théorique. C'est cet empirisme que nous repoussons comme ennemi de tout progrès, et tendant à replonger la science dans l'aveugle et déplorable routine de laquelle on a eu tant de peine à l'arracher.
Il n'est point , du reste, aussi facile qu'on le pense, de limiter ainsi l'action de notre esprit et de le renfermer dans le cercle étroit des faits;
malgré nous il s'élancera toujours au dehors pour remonter aux causes des phénomènes qui l'affectent; s'il ne peut les saisir, il les supposera, et c'est alors qu'il imaginera des systèmes.
Il est bien certain que cette manière de procéder est féconde en erreurs; mais l'aveugle routine, l'empirisme offrent-ils plus de garanties ? Non assurément; et il y a cette différence enlre les deux méthodes que l'une est progressive, tandis que l'autre est opposée à tout progrès.
C'est donc à tort que l'on crie contre les théories et les systèmes ; c'est à ces moyens, c'est à ces créations imaginées pour traduire les phénomènes naturels, que sont dus tous les progrès de nos aris scientifiques et industriels; car , comme nous l'avons dit ailleurs, nous ne créons rien, nous ne faisons qu'imiter, et pour imiter il faut avoir expliqué au moyen de l'induction théorique, et c'est surtout par la puissance d'induction que l'homme se dislingue des autres êtres animés. C'est par le besoin inquiet et incessant d'exercer cette belle faculté, qu'il opère ces découvertes qui tiennent quel(|uefois du prodige; sans celte disposition de noire esprit, sans ce besoin de savoir, Newton n'eût point décou-
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vert la gravitation; Galilée, ou plutôt Toricelli , n 'eût point deviné la pression atmosphérique.
Loin donc de blâmer les hommes à système, on doit louer et encourager leurs efforts; car ce n'est qu'en cherchant à lier les effets aux causes qu'on peut faire avancer la science; on peut se tromper dans l'explication d'un phénomène; au lieu d'une vérité on peut proclamer une erreur; cependant nous n'avons pas de meilleur moyen de nous éclairer ; et à moins de renoncer à tout perfectionnement, à tout progrès, il faut procéder par la seule méthode rationnelle qui soit en notre pouvoir. Et d'ailleurs, il ne faut pas croire inutiles les recherches qui conduisent à des conclusions même erronées; car souvent l'appréciation d'une erreur fait découvrir unevéritéqu'on n'avait pas soupçonnée.
Dans les recherches pour lesquelles nous manquons entièrement de guides, nous sommes forcés de procéder par induction, par supposition. Nous imaginons d'abord une théorie à l'aide de laquelle nous tâchons d'expliquer le phénomène qui fait l'objet de nos recherches. Si cette explication théorique ne cadre pas avec les données
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que nous avons sur le pliénomène, nous essayons une autre supposition. Mais il arrive quelquefois que, quoique fausse, l'explication the'orique semble cadrer avec les faits qu'on veut traduire, et que les résultats de l'application pratique ne répondent point à la théorie; alors tout l'édifice s'écroule. C'est ce qui est arrivé au système de Brown, à la théoiie de l'irritation et à tous les systèmes imaginés jusqu'à ce jour; parce que tous reposaient sur des erreurs.
Mais on ne doit pas abandonner les recherches, parce que celles qu'on a faites jusqu'à présent n'ont pas donné des résullats.satisfaisans : car une supposition est vraie; et si elle n'a point encore été faite, on ne peut pas dire qu'elle ne le sera pas. On doit donc continuer à parcourir le champ des suppositions, sans se laisser décourager par l'insuccès; à mesure qu'on avancera, en procédant toujours par voie d'exclusion, le champ des recherches diminuera, et l'on se rapprocbeia nécessairement de plus en plus de la vérité; car chaque supposition nouvelle est une inconnue de moins dans le problème à la solution du(|uel on ne doit pas se lasser de travail-
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ïer;et tous ceux qui s'en occupent contribuent à la découverte delà grande vérité, objet de toutes nos recherches.
Ainsi malgré Jes erreurs de Brown, il ne faut pas croire qu'il n'a rien fait pour la science; il nous a appris que les maladies ne sont point des sthénies et des asthénies ; il nous a appris surtout que dans le plus grand nombre de cas, ses prétendus toniques et fortifians sont des moyens très-dangereux. Ce système étant reconnu faux, c'est une supposition de moins à vérifier. Dans l'examen auquel nous allons nous livrer, pour déterminer quelle est la meilleur méthode thérapeutique, nous procéderons comme nous avons fait jusqu'ici, par voie d'induction, en allant du connu à l'inconnu; c'est la méthode qui nous semble la plus naturelle, la plus philosophique. Nous partirons donc de la connaissance que nous avons acquise des phénomènes morbides, pour en déduire les moyens propres à les modifier et à les ramener à leur état normal.
Ayant déterminé la nature des maladies, le premier point que nous ayons à fixer, c'est l'indication; nous chercherons ensuite les moyens de Ja remplir : mais il ne faut pas oublier que l'indi-
164 CONSIDERATIONS GÉKÉRAI.F.S
cation et la déduclion ibérapeiitiqnes peuvent être fausses, désastreuses, et cependant paraître très-ralionnelles : nous en avons un exemple dans le système de Brown qui voyait partout l'indication des toniques et des forlifians, parce qu'il ne voyait dans toutes les maladies que delà faiblesse. Ainsi tout dépend dn point d'où l'on part; en effet, quoiqu'il se trompât, le médecin écossais était conséquent à ses principes; mais ses principes étaient faux, comme nous le démontrerons tout à l'heure, et cela tenait à deux erreurs capitales : Brown se trompait sur la nature des maladies , et sur la propriété des substances qu'il employait pour les combattre.
Jusqu'à ce jour, tous les auteurs, en général, ont mal apprécié l'action des corps étrangers sur l'économie vivante. Préoccupés de l'idée qu'il devait y avoir un remède pour chaque maladie, presque tous ont cherché des spécifiques au lieu de chercher des méthodes. C'est ce qui explique l'empressement avec lequel on s'empare des découvertes, pour en faire des applications à la médecine. En effet, aussitôt qu'un nouveau corps ou un nouvel agent est annoncé, il est transformé en médicament; on l'essaie de toutes les
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manières, et il est rare qu'il ne soit pas préconisé comme un excellent remède contre certaines maladies. Broussais seul n'a pas donné dans ce travers.
Il est sans doute important de connaître l'action de tous les corps et de tous les agens sur l'économie, afin de savoir user à propos de ce qui peut être utile, et se garantir de ce qui pourrait être nuisible. Mais je crains bien que toutes les rechercbes, toutes les expérimentations dirigées dans l'intention de découvrir des spécifiques, ne soient long-temps encore sans résultat pour le traitement des maladies. Il y a long-temps que l'on fait de ces applications empiriques; eh bien! nous le demandons, quel fruit en a retiré la science? Les journaux de médecine sont encore remplis chaque jour d'observations de maladies guéries par tel ou tel moyen; et cependant, malgré toutes ces annonces données quelquefois avec une assurance qui semble ne pas permettre le doute, il n'est pas une maladie contre laquelle on possède un antidote certain. Ce n'est point ainsi qu'on doit faire de la science, ce n'est point ainsi que l'art doit procéder; l'emploi d'une substance ne doit point se faire d'une manière em-
pirique et roulinière; il doit se régler d'aprèii l'indication de la maladie, et d'après son action bien connue sur l'économie. Employer des substances actives et surtout des poisons, c'est plus que de l'empirisme, c'est de la témérité.
Comment ose- 1-on prescrire le sublimé corrosif, le chlorure d'or, etc.? Quelle explication théorique donnera-t-on pour justifier l'emploi de moyens si éneigiques? Assurément on ne peut s'autoriser des faits; car bien examinés ils seraient plus conlraires que favorables à cette thérapeutique. Quant aux moyens insignifians, comme certaines gelées et pâtes , le bouillon de limaçon, certains sirops, etc. ,nous ne sommes pas moins étonné de les voir prescrire sérieusement comme médicamens, que nous ne sommes surpris en voyant employer des poisons. Nous l'avons déjà dit dans notre première partie: il ne peut y avoir qu'un seul médicament, mais qui peut être fourni par plusieurs substances; c'est-à-dire, qu'on peut retirer de plusieurs substances des principes qui ont la même action sur l'économie. Nous verronsloul à l'heure quelle doit être la propriété de ces principes médicamenteux; pour le moment nous nous bornons à
SIR l'État de la médecine. 167
dire que l'unité d'un médicamenl résulte tout naturellement de ce principe fondatnenlal d'après lequel nous avons admis que toutes les maladies sont de même nature. Or les conséquences de ce principe sont une indication commune pour tontes les maladies, et des moyens thérapeutiques dont l'action soit identique.
Ces préceptes paraîtront hasardés; ils pourront surprendre 5 cependant ils sont la conséquence de toute médecine théorique, et la thérapeutique des Brown et des Broussais est une application de ces préceptes: car tous leurs moyens avaient une action identique.
On se tourmente beaucoup trop à chercher des médicamens ; ils ne manquent pas, ce sont les bonnes méthodes qui manquent; mais pour en obtenir une qui réponde aux besoins de la science, il ne faut pas se borner à considérer '.es maladies comme des êtres isolés, et devant avoir des antidotes spéciaux. 11 faut au contraire les grouper pour en deduhe des règles générales de traitement; ca!" il doit rester bien démontré aujourd'hui qu il n'y a pas de spécifique. Tout prouve au cont:aire que les dérangemens de la santé onl un caiactère commun ijui doit les faire
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rentrer tous sous la même indication générale; el si jusqu'à ce jour on n'a pu créer une bonne méthode, c'est qu'on est toujours parti de principes faux, et qu'on s'est toujours mépris sur la nature des maladies ; c'est qu'on n'a pas su voir ce qu'elles avaient de commun.
On a cru que les moyens de combattre les maladies devaient varier comme leur siège, leurs symptômes; c'est ainsi qu'on a cherché et que quelques personnes cherchent encore des diurétiques, des anti-scorbutiques, des anti-scrofuleux, etc. On n'a pas voulu voir que toutes ces maladies sont dues à l'altération des fluides; et pourtant, beaucoup d'auteurs, à différentes époques, ont entrevu cette vérité; beaucoup, en effet, ont parlé d'humeurs viciées, altérées; on peut même dire que presque tous les auteurs ont été forcés d'admettre un principe morbifique, sans l'expulsion duquel on ne pouvait obtenir de guérison. Brown, lui-même, dît qu il faut donner à la matière morbifique le temps de sortir de Véconomie. Mais le fait de l'altération des fluides, et de la présence d'un vice ou venin dont l'expulsion impoite à la guérison, n'avait jamais été admis d'une manière générale, et on n'en avait
Srn l'état Vtk la MtOhCINE. 16^
suiiout jamais su lirer la véritable indicalion, jusqu à l'époque dont nous parlerons plus loin. Personne, jusqu'à cette époque, n'avait posé ce |)rincipe général, que toutes les maladies sont dues à l'altération des fluides. Aujourd'hui cette lacune est remplie, nous croyons l'avoir démontré d'une manière incontestable; il reste à rechercher quelles sont les conséquences qui doivent découler de ces nouveaux principes.
Avant de commencer ces reci»erches , nous croyons nécessaire de jeter un coup d'œil sur les méthodes les plus récentes pour en faire ressortir les vices.
La première méthode qui mérite notre attention, à cause du bruit qu'elle a fait à son apparition, et parce qu'elle exerce encore de l'influence sur la pratique de quelques praticiens, c'est la méthode deBrown. Cet auteur avait systématisé la science médicale d'une manière vraiment satisfaisante pour l'esprit, en ce que sa méthode comprenait tous les cas, et semblait ne rien laisser de vague ni d'incertain ; mais uialheureusement cette perfection n'était (|u'apparente, et l'application de cette mélht)de fit bientôt reconnaître que Brown s'était trompé, et que sa con-
170 COiNSlDfcnATIO.\S GÉNÉRALES
ceptioiî était bien la plus incendiaire qui ait jamais été imaginée; aussi fut-elle bientôt abandonnée. Nous allons donner un court exposé de ce système, pour l'examiner ensuite.
La matière organisée vivante, soit végétale , soit animale, se distingue de la matière brute ou inanimée, par cette propriété remarquable au moyen de laquelle^ et sous l'influence de certaines forces, elle exécute tous les actes qui caractérisent la vie. Cette propriété se nomme excitabilité, et les forces ou influences qui agissent sur elle et déterminent les phénomènes vitaux, se nomment incitans ou excitans.
Les incitans ou forces excitantes sont toutes les influences propres à modifier la vitalité; elles sont internes ou externes.
Les forces ou incitans externes sont la chaleur, tous les alimens, les boissons, lesassaisonnemens, et autres matières ingérées dans l'estomac, le sang, les fluides qui en sont séparés, l'air, etenfin tout ce qui peut affecter l'organisme.
Les forces ou excitans internes sont la contraction musculaire, l'exercice des sens, l'énergie du cerveau dans la production de la pensée, les. passions de l'âme.
SUR l'état dk la médecine. 171
La vie cesserait, si i'une ou l'autre des conditions ci-dessus énoncées venait à manquer, c'està-dire, que la vie est tout entière dans la réaction de l'excitabilité sous l'influence des incitans ou stimulans.
Du juste rapport entre l'excitabilité et les stimulans résulte la santé; de l'excès ou de l'insuffisance de l'excitabilité dépendent les maladies.
Pour être compatible avec la santé, l'excitation doit être renfermée dans certaines limites au-delà desquelles se trouve toujours la maladie. Si l'excitation est trop vive, l'excitabilité s'épuise; elle s'accumule et languit, si l'excitation est trop faible. Dans le premier cas, l'organisme, manquant d'excitabilité, serait incapable de supporter les stimulations extérieures; dans le second, l'insuffisance des stimulans laisse accumuler l'excitabilité qui devient de plus en plus languissante.
Tout ce qui produit quelque action sur l'économie agit en stimulant plus ou moins; toutes les puissances dites sédatives n'affaiblissent qu'en stimulant plus faiblement, qu'en laissant accumuleret languir l'irritabilité. Ainsi, il n'existe point de puissance (jui soit réellement sédative,
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c'est-à-dire, qui opère d'une manière positive; l'effet qu'elles produisent résulte d'une action négative; comme le froid résulte de l'absence du calorique.
Lorsque l'excitabilité a été épuisée par un stimulant, elle peut se réveiller sous l'action d'un autre dont on n'aurait pas fait usage: ainsi, une personne fatiguée par des excès de table, ou par un exercice trop prolongé du corps ou de l'esprit, pourra ranimer son énergie par une boisson généreuse. Ln homme fatigué d'une longue marche éprouve du soulagement en entendant de la musique. Mais l'excitabilité usée , consumée par tous ces moyens d'épuisement, ne se peut réparer que difficilement.
L'épuisement qui résulte de l'excès de stimulus constitue la faiblesse indirecte, ainsi appelée parce qu'elle n'est pas produite par un défaut , mais par un excès de stimulus.
La maladie qui résulte d'un défaut de stimulus s'appelle faiblesse indirecte, parce qu'elle ne nait pas d'une force nuisible jmsitive, mais d'une soustraction des forces nécessaires à la vie. Ainsi la faiblesse directe vient d'une tiop faible dé-
SUR l'état de la médecine. 17S
pense d'excitabilité; la faiblesse indirecte au contraire est due à sa trop grande dépense, à son épuisement.
Le défaut de stimulus peut être quelque temps compensé par l'application de quelques autres ; ainsi une personne privée d'alimens et dans un état de langueur sentira ses forces se ranimer en entendant raconter une nouvelle qui lui est agréable.
Le défaut d'excitement, ou l'accumulation de l'excitabilité peut s'accroître au point de causer la mort.
On ne connaît point la nature de l'excitabilité, on ne sait pas comment elle est mise en action par les puissances excitantes; mais tout être qui commence à vivre en possède une certaine quantité qui varie non seulement selon les différens êtres, mais encore dans les mêmes individus, selon l'âge, et les différentes circonstances de leur vie. II existe toujours dans l'animal vivant une certaine somme d'excitabilité, sur laquelle agissent, avec plus ou moins de force, les puissances stimulantes.
Le siège de l'excitabilité est la matière nerveuse médullaire et le tissu musculaire, ce qu'où.
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peut appeler système nerveux. L'excitabilité inhérente à ce système ne diffère pas selon les diverses parties ((ui le composent, et n'est pas composée de parties ; mais elle est une propriété individuelle et uniforme répandue dans tout le système.
Les forces excitantes n'agissent jamais sur une seule partie, mais sur tout le corps, et les remèdes qui font disparaître l'affection partielle n'agissent pas sur elle exclusivement, mais sur le système tout entier. La péripneumonie, par exemple, est une maladie qui dépend d'un excès d'excitation dans toute la machine, combinée avec l'inflammation d'une petite partie de la superficie des poumons. Ils se trompent, les médecins qui pensent que cette inflammation est vraiment l'affection primitive, et qu'une fois celleci produite, les symptômes qui se manifestent n'en sont que la conséquence.
Toutes les forces excitantes agissent en augmentant l'excitement de tout le corps ; et les remèdes agissent en le diminuant de même, d'une manière générale.
Toutes les puissances qui nous stimulent agissent sur l'excilabilité de tout l'organisme, et
sun l'état de la médecine. 175
produisent un excitement général, excepté celles (jui causentou éloignent une affection locale.
L'excitement d'une partie ne peut être accru, lorsque l'excitement général est diminué; de même il ne peut diminuer dans une partie, si l'excitement général augmente.
Il n'y a point d'affection universelle (i) qui ait son siège dans une seule partie; ceux qui rapportent tout l'état morbifique et la principale action de la cause au symptôme prédominant se trompent.
L'excitement produit par un degré convenable de forces excitantes donne la santé; mais s'il perd son équilibre, c'est-à-dire, s'il est trop fort ou trop faible, l'opportunité ou prédisposition aux maladies en est la suite inévitable. Aucune autre condition n'est nécessaire pour posséder une santé parfaite, et il n'existe pas d'autres sources de maladies, parce que l'état simple des solides et celui des fluides suit toujours celui de la santé, comme constitué par un degré déterminé d'excitement. Il s'en suit que l'on ne doit pas diriger le traitement contre l'état des solides
(1) Brown entend par affections ou maladies universelles , les maladies générales.
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et des fluides, mais s'occuper à augmenter ou à diminuer l'excilement.
Les solides et les fluides sont formés en premier lieu, et ensuite maintenus par l'excitement, suivant les conditions qui leur conviennent. Leur manière d'être dans l'état sain, comme dans l'état morbide, dépend absolument de l'excitement, et les maladies ne consistent point dans la seule lésion des solides, mais plutôt dans un changement d'excitement survenu en conséquence de cette lésion. La cure ne doit donc pas être fondée sur l'idée de remettre les solides en bon état; mais de réduire au degré convenable l'excitement de la partie maladej on peut en dire autant des fluides et du sang qui en est la source. Les causes morbifiques n'altèrent leurs fonctions qu'en changeant leur état d'excitement, et les remèdes ne les rendent à leur état primitif de santé qu'en ramenant l'excitement à un degré convenable.
Les maladies universelles qui résultent d'un excitement excessif sont appelées sthéniques, el celles qui doivent leur origine à un excitement défectif se nomment asthéniques. Il n'y a que ces deux seules formes de maladies dont chacune
SUR l/ÉTAT DE LA MÉUECIilE. 177
est toujours précédée de la prédisposition ou opportunité.
L'opportunité ou prédisposition est cet état intermédiaire entre la santé et la maladie à laquelle on ne passe jamais brusquement ; on y est d'abord prédisposé par les influences ou stimulans nuisibles.
Il n'y a point de maladies spécifiques. Le médecin en arrivant au lit du malade n'a que trois choses à déterminer : d'abord, si la maladie est générale ou locale; quand elle est générale, si elle est sthénique ou asthénique, et quelle en est la mesure; puis ensuite quelle est l'indication ou la base du traitement. Le plus difficile consiste à trouver la juste mesure du stimulus nécessaire, car il ne doit être ni trop fort ni trop faible.
Le seul diagnostic de quelque importance est celui qui apprend à distinguer les maladies générales des maladies locales, ou des affections symptomatiques qui troublent tout l'organisme avec les apparences d'une affection générale.
L'indication curative, dans les maladies sthéniques, est de diminuer l'excitement, et de l'accroître dans les maladies astliéniques, jusqu'à ce
qu'on l'ait réduit à ce degré qui est le terme moyen entre ces deux extrêmes, et qui constitue la santé. Il n'y a pas d'autre indication curative pour les maladies générales ou universelles.
Comme les deux diathèses dépendent d'une action identique des mêmes forces nuisibles , l'action des remèdes qui guérissent ou préviennent les maladies de l'une ou de l'autre diathèse est également la même; il s'agit seulement d'en régler l'énergie.
Les mêmes forces débilitantes qui guérissent une maladie sthénique en guériront toute autre de même nature; et les forces stimulantes capables de guérir une maladie asthénique auront le même effet sur toute autre maladie de la même classe.
Les remèdes de la diathèse sthénique sont des puissances ou forces qui excitent avec une énergie plus faible qu'il ne convient pour l'élat de santé, et qu'on appelle débilitantes.
Les remèdes de la diathèse asthénique sont, au contraire, des puissances ou forces qui excitent plus qu'il ne convient à l'état de santé, et qu'on appelle puissances stimulantes, pour les distinguer des premières.
SUR i/eiat de la médecine. 179
Ces puissances ou forces doivent élre proportionnées à la violence de chaque diatlièse, et de l'affeclion locale qui l'accompagne. Mais on ne doit pas confier à l'action d'un seul remède le traitement d'une maladie quelconque, grave ou légère, et ce remède ne doit jamais être dirigé sur un lieu particulier, de préférence à tout le reste du système, dausla vaine pensée de retirer quelque utilité de cette direction, comme si ce lieu était le siège de la maladie. L'usage de plusieurs remèdes est préférable à un seul, parce que de cette manière leur énergie est appliquée plus directement sur une plus grande étendue des systèmes organiques, et (jue l'on opère à la fois plus complètement contre la diathèse prédominante. Puisque toute maladie générale et toute prédisposition de'cetie nature consistent dans l'augmentation ou la diminution de l'irritation, et qu'on les dissipe en ramenant cette dernièie à un état contraire, il faut, pourprévenir de même que pour guérir les maladies , stimuler ou débiliter, selon les circonstances, et ne jamais abandonner une maladie aux seules ressources de la nature qui ne peut rien sans le concours des puissances externes,
Dans le traitement de la faiblesse indirecte, on doit administrer des stimulans, mais moins énergiques, cependant, que ceux qui ont donné lieu à la maladie; et diminuer, par degrés, la dose et l'énergiede ces moyens, jusqu'au rétablissement de la santé.
On guérit la faiblesse directe, en commençant par le stimulus le plus faible, et l'on augmente graduellement, jusqu'à ce que l'excitabilité soit réduiteàun juste degré, etquela santé soit rétablie.
Dans le traitement des maladies, la seule attention qu'on doive porter à la matière morbifique, c'est de lui donner le tems de sortir de l'économie : et soit que cette matière agisse comme les autres excitans, tantôt en stimulant, et tantôt en débilitant ; soit qu'elle donne sa forme particulière à la maladie universelle, en la compliquant d'une maladie locale, l'indication reste la même.
Tel est, en résumé, le système de Brown; un plus long exposé de ce système serait ici déplacé ; cependant nous devons dire un mot sur la manière dont ce praticien considère l'inflammation.
Brown établit une distinction entre l'inflammalion produite par une lésion de cause externe,
SUR l/feTAT DE \.K MÉDECINE. 181
et celle qui vient d'une cause interne. En général, il ne considère l'inflammation que comme un symptôme, que comme un effet de la maladie, et non point comme la maladie proprement dite. C'est toujours, pour l'auleur écossais, la diathèse qui constitue la maladie. L'inflam-mation locale qui survient dans une affection générale ne doit pas être traitée par des moyens locaux comme serait une blessure, une lésion de cause externe; mais par les moyens généraux applicables à la diathèse qui constitue la maladie.
Ainsi dans la péripneumonie la maladie est due à la diathèse inflammatoire; une cause externe pourrait avoir lésé les poumons; cette lésion pourrait s'accompagner d'inflammation; mais ce ne serait point là une péripneumonie, pas pins qu'une inflammation du pied causée par une contusion n'est la goutte; pas plus que l'œdème des jambes d'une femme enceinte n'est l'hydropisie.
Beaucoup d'auteurs et de nosologistes ont placé dans la même classe d'inflammation et considéré comme des maladies universelles, des affections très-diverses : la gastrite, par exemple, diffère sous tous les rapports de la péripneumonie et des autres maladies produites par certains excitansnui-
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sibles, locaux. On pourrait élre trompé, dans l'appréciation de ces maladies , par les symptômes généraux ; mais si l'on est attentif à rechercher et à observer le développement de la maladie, on ne pourra s'y méprendre, attendu que les affections locales débutent brusquement, tandis que les maladies générales sont toujours précédées d'opportunité o»i prédisposition ^ c'est-à-dire que les causes qui amènent les maladies universelles ne sont jamais telles, qu'elles fassent passer subitement de la santé à la maladie. Il y a toujours un intervalle plus ou moins long dans lequel les fonctions éprouvent un peu de trouble; on n'est pas malade, mais pourtant on n'est point aussi dispos que dans la santé parfaite ; cet intervalle qui sépare l'état de santé de l'état de maladie est ce que l'on appelle prédisposition ou opportunité aux maladies, et cette circonstance ne s'observe point pour les affections locales qui sont déterminées brusquement par les causes qui y donnent lieu, telles que les blessures.
Brown distingue quatre sortesd'inflammalions: deux sthéniques, l'une locale et l'autre générale; deux asthéniques, l'une également locale, l'autre ffénérale. L'auteur avait-il une idée bien exacte
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de l'état qu'il appelle inflammatoire? Comment conçoit-il l'inflammation générale? comment surtout distinguerait-il l'inflammation sthénique de l'asthénique? voilà ce qu'il n'explique pas, du moins pour nous, d'une manière bien claire, bien satisfaisante, et nous croyons que ses idées à cet égard étaient plus abstraites et spéculatives que positives. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'entendait pas l'inflammation comme tous les médecins l'entendent aujourd'hui.
Nous n'irons pas plus loin, et nous renverrons au livre de l'auteur, pour plus de développement, et pour l'application de sa méthode; mais nous croyons devoir présenter ici quelques réflexions critiques, pour faire ressortir les erreurs de Brown et les vices de son système.
Brown établit, pour principe fondamental, que la matière organisée vivante est douée d'une propriété au moyen de laquelle, et sous certaines influences, tous les actes vitaux s'accomplissent. Cette supposition n'a rien de choquant, elle nous semble même très-conforme à la raison; il faut bien admettre dans l'être vivant quelque chose qui le distingue de la matière morte ou brute, quelque chose par cpioi il sent, est affecté.
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et peut reagir sur le monde extérieur : ce sera tout ce que l'on voudra. Mais nous pensons que Fauteur s'égare lorsqu'il veut expliquer les dérangemens de la santé; en effet, pour Brown, ce n'est point la matière qui est primitivement affectée, c'est cet être de raison qu'il appelle excitabilité; la matière ne s'affecte que consécutivement, et les désordres qu'elle éprouve ne se peuvent réparer qu'après le rétablissement de l'excitabilité à son état normal.
Le savant professeur d'Edimbourg présente Taccumulation de l'excitabilité comme pouvant causer la mort ; mais cette accumulation suppose nécessairement une reproduction; sans cette condition on ne pourrait pas expliquer les variations dans la somme d'excitabilité; car ces variations ne pourraient arriver que par une différence entre la dépense et le produit. Ainsi donc, d'après le système de l'auteur écossais, l'organisme serait une espèce de réservoir, une source d'excitabilité, dont le produit ne serait pas toujours en rapport avec les besoins de l'économie. Une pareille théorie paraît si extraordinaire aujourd'hui, que toute réfutation serait superflue, et l'on est surj>ris qu'elle ait pu Irou-
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ver des partisans à une époque encore si rapprochée de nous.
La faiblesse seule, dit Brown, constitue la maladie, et la faiblesse est causée par trop ou trop peu de stimulation. Que l'auteur ait pris le symptôme le plus général, le plus constant, pour la maladie elle-même, cela nous étonnerait peu, tant d'auteurs sont tombés dans la même erreur; mais qu'il suppose que la maladie est toujours déterminée par l'excès ou l'insuffisance du stimulus, voilà ce qui surprend. Et comment saisir la distinction qu'il établit entre les deux faiblesses qu'il admet? Sur quel signe, à quel caractère pourra-t-on reconnaître que la faiblesse est directe ou indirecte? Il ne le dit pas, il ne pouvait le dire : et cependant, celte distinction était de la plus haute importance dans la théorie de Brown, puisque les moyens thérapeutiques devaient varier selon que la maladie était due à l'excès ou au défaut de stimulus. Eh bien! ce point si capital reste vague, incertain; l'auteur n'indique aucun moyen de déterminer quel genre de stimulus doit être employé; aussi peut-on dire que c'est là le principal écueil contre lequel s'est brisée la méthode de Brown. Comment aurait
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pu se soutenir un système (jui ne reposait que sur des suppositions erronées? Qu'est-ce que cette excitabilité à laquelle l'auteur fait jouer un si grand rôle? Comment conçoit-il que son accumulation puisse causer la mort? Il était facile de démontrer la fausseté d'une pareille théorie.
La proposition la plus extraordinaire, selon nous, est celle qui place le siège des maladies, non pas dans la substance des organes, mais dans un principe immatériel, une abstraction; en effet, selon l'auteur écossais, les lésions matérielles, physiques, sont le résultat des désordres survenus dans l'incitabililé , en d'autres termes, les lésions matérielles sont dues aux altérations de l'incitabililé, être imaginaire, créé par l'auteur pour représenter une faculté de la matière organisée. Cette création ne le cède en rien aux ridicules conceptions des Paracelse et des Van Helmont.
D'après ce que nous avons dit, la thérapeutique de Brown semble se réduire à peu de chose, ou du moins être ramenée à une grande simplicité. Les maladies étant toujours pour lui dans le défaut ou dans l'excès d'excitabilité, ou, si l'on veut, dans le défaut on dans l'excès d'excitement.
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l'indication était toujours d'augmenter ou de diminuer les forces stimulantes. Il s'agissait seulement d'établir le diagnostic, afin de décider si la faiblesse était directe ou indirecte, sthénique ou astbénique; car c'est de cette distinction que devait se déduire le choix des moyens. Mais, comme nous l'avons déjà dit , c'était là l'écueil de la méthode de Brown, parce que sa distinction théorique n'étant qu'une pure spéculation, elle était impossible dans la pratique-, et l'on employait dans le traitement des maladies, des moyens presque toujours contre-indiqués.
On s'étonne véritablement que Brown se soit perdu dans des abstractions aussi étranges. Si, au lieu de déterminer à priori la nature des maladies ; si, au lieu d'admettre en principe et comme base de sa théorie une pure supposition , l'auteur eût cherché dans l'étude des fonctions de la matière organisée ce que pouvaient être les dérangemens de la santé, il eût évité l'erreur dans laquelle il est tombé.
Jamais , assurément , en suivant la méthode que nous indiquons , et que nous avons suivie, jamais , disons-nous, on n'arriverait à conclure que les maladies sont de la faiblesse;
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mais au lieu Je suivre une marche aussi conforme à la raison, l'auteur , s'attachant au symptôme le plus constant, a dit : c'est la faiblesse qui constitue la maladie. Ce point posé, il a fallu créer une théorie qui cadrât avec le principe admis. Cette manière de procéder est, selon nous, la plus exposée à l'erreur, et l'on ne doit l'employer que dans l'impossibilité d'en suivre une autre. Mais ce n'était point le cas de Brown, et nous croyons avoir prouvé dans notre première partie, qu'il est une méthode plus naturelle et plus sûre d'arriver à l'appréciation des maladies.
Une grande erreur de Brown, c'est de croire que les maladies ne peuvent jamais être guéries sans traitement, et de ne tenir aucun compte de la soustraction de la cause et des ressources de la nature; et cependant rien de plus évident, de mieux démontré, que les guérisons spontanées. Il est impossible de nier qu'un grand nombre de maladies guérissent par les seules ressources de la nature. Si des malades succombent par défaut de médicamens, il en est beaucoup qui ne réclament que des soins de régime et hygiéniques. Voilà, il faut bien le dire, ce que ne comprennent
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point assez beaucoup de médecins, qui pensent qu'il faut toujours médicamenter.
La thérapeutique de Brown révèle aussi peu de connaissances des lois delà vie, que sa pathologie ; sur quoi, en effet, se fonde cette supposition touchant les propriétés stimulantes et fortifiantes qu'il attribue à certaines substances? S'il avait mieux connu la vie, s'il avait mieux connu les fonctions qui constituent cet admirable phénomène, et s'il avait réfléchi davantage, il aurait vu que les forces se perdent par l'altération des fonctions, et qu'elles ne peuvent se relever que par le retour de ces mêmes fonctions à leur état normal.
Le système de Brown n'est qu'un long roman; toutes ses propositions sont des suppositions qui ne reposent sur aucun fait, sur aucune observation; c'est un composé de créations abstraites, imaginaires; aussi n'a-t-il pu subsister longtemps.
Après Brown , nous voyons paraître comme réformateur un des hommes les plus remarquables des temps modernes, la réputation médicale la plus gigantesque : Broussais, dont le nom est encore une autorité, renversa de la manière la plus brusque le système de Brown, pour y subs-
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tituer la théorie de l'irrilalion. ISous avons discuté cette théorie dans notre première partie; il ne nous reste que peu de mots à dire pour compléter cette discussion ; mais nous croyons devoir présenter quelques généralités historiques sur une doctrine qui a fait tant de bruit à son origine, et en faire le rapprochement comparatif avec le système de Brown.
Jamais méthode ne fit une révolution aussi subite et aussi générale que la méthode dite physiologique; ce fut un entraînement tel que personne ne put y résister. Les praticiens les plus froids, les plus sceptiques, furent contraints de céder à l'influence des nouvelles idées; on aurait craint d'être blâmé dans une consultation, ou après avoir perdu un malade, si l'on n'avait pu dire : qu'au début de la maladie les moyens anliphlogistiques avaient été employés. Aussi, les émissions sanguines et la diète étaient -elles prescrites plus souvent pour se conformer à la mode et pour être ce qu'on appelait rationnel, que pour satisfaire à des indications bien démontrées.
Mais cet enthousiasme ne fut pas de longue durée j après le premier engouement les moins
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exaltés reconnurent bientôt que la docliine physiologique ne donnait pas tout ce qu'elle promettait; et plus tard les plus chauds partisans de Broussais furent forcés de convenir que sa méthode laissait beaucoup à désirer, et qu'il était même des cas où son application entraînait des suites fâcheuses.
Toutefois, il faut le reconnaître, la théorie de l'irritation était conçue dans des idées de progrès; la méthode de Brown était désastreuse, tout le monde en convenait, en gémissait, et reconnaissait la nécessité d'une réforme. Mais que mettre à sa place? le plus difficile n'est point de détruire, mais de réédifier, Broussais, cependant, tenta la réforme tant désirée.
Ce praticien avait remarqué que l'intensité des symptômes morbides augmentait presque toujours sous l'influence des médicamens excitans : il essaya de les supprimer, et s'en tint aux émoiliens aidés de la diète. 11 s'en trouva bien , et persuadé qu'il était dans la bonne voie, il poursuivit ses essais de réforme. Aux émolliens et à la diète, il ajoutait quelquefois de légères émissions sanguines, il ne rem.arqua pas qu'elles fussent nuisibles, comparativement aux résultats que
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donnaient les excitans de Brown,- car il ne faut pas oublier que Broussais ne pouvait alors prendre d'autre terme de comparaison. Les modifications que le médecin français avait introduites dans sa pratique étant vraiment heureuses, il ne pouvait en rester là; des faits arides, sèchement comptés et enregistrés, ne pouvaient satisfaire un esprit aussi généralisateur, préoccupé sans cesse par ce besoin d'établir toujours des rapports entre les effets et les causes. Poussé donc irrésistiblement vers l'explication théorique des faits observés, il n'est point surprenant qu'il se soit exagéré les améliorations qu'il avait obtenues, et qu'il ait cru y voir les bases d'un nouveau système.
Lorsque Broussais eut reconnu que l'expectation aidée de la diète, de quelques émissions sanguines et des dérivatifs externes, donnait des résultats plus satisfaisans que les excitans de Brov\ n , qui, presque toujours, aggravaient les symptômes, il en conclut que les excitans étaient nuisibles, en augmentant l'excitation ou irritation qui est devenue pour lui toute la maladie.
Les fonctions digestives étant plus ou moins troublées dans toutes les maladies, l'auteur de ia
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doctrine physiologique supposait presque toujours une complication du lulje digestif. Souvent même pour lui l'affection principale était une gastrite ou une gastro-entérite.
Cependant, quoique mauvaise, la théorie de l'irritation est moins erronée, moins choquante, que la théorie de Brown. Ce que l'auteur français dit du régime, de l'inutilité et du danger d'un grand nombre de niédicamens, est en général très-rationnel; et, sur ce point, on ne peut que lui reprocher l'excès de l'abstinence absolue qu'il prolonge trop dans beaucoup de cas. Enfin, pour être juste, il faut convenir que depuis les travaux de Broussais les maladies sont mieux étudiées, mieux appréciées quant à leur siège et aux lésions organiques : en d'autres termes, on établit mieux le diagnostic. Broussais n'eiit-il rendu que ce service à la science, ce serait assez pour sa gloire, et l'on peut dire que son nom est un de ceux qui ne périront pas. Mais les avantages que nous avons retirés de la méthode antiphlogistique ont été bien chèrement payés par ceux qui en ont souffert les épreuves. L'application exclusive , exagérée, qui a été faite de cette méthode, l'a rendue peut-être plus désastreuse pour
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l'humanité que le système de Brown, qui n'a jamais été aussi généralement employé; la théorie (Je l'irritation fut reçue avec un tel enthousiasme et une foi si grande, surtout par les jeunes médecins, qu'elle fut dans l'origine un véritable lléau.
Le grand danger de cette théorie se trouve dans les émissions sanguines répétées, et dans l'abstinence absolue et prolongée. Lorsqu'on a affaire à des sujets jeunes et robustes, les inconvéniens qui en résultent sont moins grands; mais lorsqu'il s'agit de sujets faibles, épuisés par de longues privations, le traitement débilitant peut avoir les plus fâcheux résultats. C'est surtout dans les affections chroniques que les émissions sanguines sont promptement funestes; et dans les autres cas, les moindres inconvéniens de celte thérapeutique sont des convalescences longues, difficiles, exposées à de fréquentes et dangereuses rechutes.
Au premier abord, la théorie de l'irrilation paraît calquée sur celle du médecin d'Edimbourg; en effet Broussais prend pour point de départ cette proposition physiologique de Brown, savoir: que la vie se soutient par les stimulans^ et, pour kii, le calorique est le premier des stimulans. Dans
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ses propositions physiologiques, l'auteur français remplace l'excitabilité de l'auteur écossais par la sensibilité et la contractilité; c'est à ces deux propriétés qu'il attribue tous les phénomènes vitaux. Puis, arrivant à la pathologie, il transforme en vitalité la sensibilité et la contractilité, et rapporte toutes les maladies à l'augmentation ou à la diminution de cette propriété. Ici nous croyons devoir citer quelques unes des propositions qui servent de bases à la doctrine du célèbre médecin français:
« La santé suppose l'exercice régulier des fonctions; la maladie résulte de leur irrégularité, la mort, de leur cessation. (Proposition lvii.)
Les fonctions sont irrégulières, lorsqu'une ou plusieurs d'entre elles s'exécutent avec trop ou
trop peu d'énergie. (Proposition lxxviii.)
L'énergie d'une fonction est excessive, lorsqu'elle précipite, suspend, ou dénature les autres, de manière qu'un ou plusieurs organes qui sont chargés de la fonction exagérée et de celles qu'elle a troublées soient menacées de destruction. (Proposition lxix.)
L'énergie d'une fonction est languissante, lorsqu'un ou plusieurs des organes qui en sont
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chargés ne jouissent pas du degré de vitalité nécessaire pour bien exécuter la fonction. (Proposition LXX.)
La vitalité des organes peut avoir été exaltée avant d'être diminuée, el vice i^e/\$"a'. (Proposition