TERRASSES
L'opinion publique a été longtemps prévenue contre l'établissement des terrasses, et ce n'est encore que, de loin en loin, que leur usage est appliqué aux con-
structions de nos jours ; on pensait que les inconvénients auxquels ce genre de construction était sujet ne devaient en faire admettre Fusage que dans de rares exceptions.
Mais, depuis que le génie militaire a fait établir un grand nombre de terrasses dans le ressort des fortifications de France, depuis que l'emploi de l'asphalte est venu donner ses garanties, contre les infiltrations des eaux pluviales, on a reconnu que l'on pouvait accepter aujourd'hui, ea France, ce genre d'établissement si apprécié dans les contrées méridionales de l'Europe, pour les avantages qu'il offre , sous le double rapport de l'agrément et de l'utilité.
Si le sol de la terrasse est en maçonnerie, après en avoir bien uni la surface, on
place des sous -joints dans les conditions égales à celles que nous avons indiquées pour rétablissement des chapes, puis on coule une couche de mastic de 1 5 millimètres d'épaisseur, mélangé de la moitié de son poids de gravier mignonnette passé au tamis n^ 6.
Si le bâtiment sur lequel on doit faire la terrasse est en charpente, on dispose le plancher avec des planches d'au moins
2 centimètres depaisseur très-rapprochées les unes des autres, et solidement clouées aux poutres ou poutrelles de soutènement sur lesquelles elles seront posées.
Sur ce plancher on dresse un béton de
3 à 5 centimètres d'épaisseur, mélangé d'un peu de foin haché ou de mousse, pour aider à l'élasticité du sous-sol.
Le béton reconnu bien sec , on appli-
que le mastic dans les mêmes conditions que celles que nous venons de donner pour les terrasses sur maçonnerie.
La surface de la couche d'asphalte devra être granitée avec un sable fin, serré et bien battu, afin d'intercepter le plus possible les rayons du soleil.
Si la terrasse asphaltée est située au midi, il serait important que ce granitage fôt fait avec de la poussière de porcelaine broyée, les surfaces blanches ayant la propriété de réfléchir les rayons du soleil, contrairement aux surfaces noires qui les absorbent. Nous insistons sur ce fait , parce que ce procédé, si indifférent en apparence, a rendu possibles des applications d'asphaltes sous des latitudes élevées où l'on ne supposait pas qu'elles pussent être pratiquées.
Bien que nous ayons indiqué dans ce qui précède Tapplication en une couche, nous conseillons cependant de la faire préférablement en deux couches en y procédant de la manière suivante :
Sur le sol bien lissé, la première couche sera coulée en mastic pur à l'épaisseur de 5 à 6 millimètres^ et la seconde en mastic mélangé de la moitié de son poids en gravier mignonnette passé au tamis n^ 6, à le* paisseur de 9 à 10 millimètres. Les conditions du granitage restent toujours les mêmes.
Si l'application d'asphalte est faite en deux couches, les joints de ces deux couches ne devront pas se rencontrer sur une même ligne, la bande supérieure devra, au contraire, être appliquée dans son milieu sur le joint de la couche inférieure. «
La pente ordinaire à donner aux terrasses est de 4 p. 0/0 environ ; cette proportion est suffisante pour l'écoulement des eaux.
Une observation importante à signaler, c'est que, pour les terrasses recouvertes en asphalte, il est indispensable de ménager du jour dans les plafonds, ou sur les côtés, afin que l'air puisse se renouveler , sans cette précaution les bois, se trouvant enfermés hermétiquement par les couches d'asphalte et le plafond, seraient promptement consumés.
Nous avons dit en commençant cet articleque le génie militaire, dansunbutd'uti- Uté bien reconnu , avait adopté l'usage des terrasses comme couvertures aux bâtiments militaires mis par ce moyen à l'abri
du danger des incendies occasionnés par les projectiles ennemis ou toute autre cause naturelle (1).
Sous le point de vue de l'agrément, l'usage des terrasses est incontestable par les dispositions qu'on peut leur donner en les chargeant de terre végétale qui les convertit en véritables jardins.
Le dosage par mètre carré, dans ce système d'application est de : mastic, 25 kilogrammes; gravier, 13 kilogrammes.
(1) II y a quelques années, des expériences furent faites à Stuttgard , dans le but d'apprécier , dans les cas d*incendie , quelles seraient les couvertures de bâtiments qui offHraient le plus de garantie contre Tinvasion du feu.
On construisit trois baraques dans des conditions parfaitement égales et couvertes : la première en tuiles, la deuxième en ardoises, et la troisième en asphalte du Val-de-Travers. Le feu fut mis en même temps aux trois baraques ; la toiture en tuiles s'affaissa la première, celle en ardoises résista un peu plus longtemps, et celle en asphalte dura plus du double de temps que les autres, et en tombant comprima le feu , ce qui permit de sauver quelques débris de la cabane , tandis que les deux autres furent entièrement consumées.