TABLEAU DE LA MORTALITÉ DES FEMMES
AGE. ÎEN PROVENCE.| EN SUISSE. | A PARIS. | À BERLIN. | EN SUEDE. |A PÉTERSBOURGC.
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Sur 20916 Sur 4851 Sur 57641 Sur. 2680 Sur 46266 Sur 9,065
arrivées à 30 arrivées à 3olarrivées à 3o|larrivées à 50|arrivées à 30|arrivées à 30 ans, ns, la morta-|ans, la morta-|ans, lamorta-|ans,la morta-fans, la morta-| la mortalité était lité était de : [lité était de : |lité était de :|lité était de :|lité était de * | de :
à35ans| 1260 189 435a 254 3311 1107 4o 1420 270 4324 348 2508 1118 45 1429 247 4584 214 9521 949 50 1680 Av 4759 231 2702 83/4 55 1694 | 318 4789 234 3221 843 6o | 1891 688 4978 | 281 3504 710.
Ainsi, dans la période comprise entre quarante et cinquante ans, regardée comme formant l’âge critique chez les femmes , la mortalité
n’a offert sur celle des dix années précédentes qu'un excédant de 429 pour la Provence, de 181 pour la Suisse, de 448 pour Paris, de 114 pour la Suède. Pour Berlin et Pétersbourg, la mortalité de ces dix années. est inférieure à celle des dix précédentes ; même si l’on voulait placer, pour le nord, l’âge de retour entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans, l’époque de la plus grande’mortalité pour ces deux villes serait, pour Berlin, la période de trente-cinq à quarante ans; et pour Pétersbourg, celle de trente à trente-cinq, où elle est excessive.
Ce tableau prouve mieux que tous les raisonnemens, que la mortalité fournie par chaque période de cinq ans, entre Ja trentième et la cinquantième année, conserve une sorte de régularité qui exclut les différences trop fortes, et maintient entre chaque époque une transition insensible. L’excédant qui se montre au bout de cinq années, et qui doit être réparti sur chacune d’elles, ou bien est absolument nul, ou bien, dans quelques autres circonstances, est trop faible pour constituer un âge véritablement critique.
Mais si tous ces faits établissent que la mortalité des femmes de quarante à cinquante ans ne présente pas un accroissement qui puisse
justifier la dénomination de critique, sous laquelle on désigne géné-
ralement cette période de leur vie , il faut avouer, comme l’observe avec raison M. Benoiston de Châteauneuf, qu'ils n’apprennent pas combien, parmi celles qui meurent à cet âge, il en est qui périssent des suites du changement que subit leur constitution.
Si l’on fait attention aux tableaux des décès dressés par M. Benoiston de Châteauneuf, pour les hommes, on voit, comme il l’a prouvé trèsévidemment, que la mortalité chez eux est plus considérable que chez les femmes. Nous ne rapportons point les faits obtenus sur ce point là, ce serait sortir du sujet que nous nous sommes prescrit ; nous ferons remarquer seulement que cela tient sans doute, comme on l’a dit, à ce qu'ils étaient exposés, dans l’état social, à plus de dangers que les femmes; que les guerres, les naufrages , les travaux pénibles des carrières, des mines, des poudrières, rendaient
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suffisamment compte de cet excédant de mortalité d’un sexe sur l'autre. US
Mais lés femmes aussi n’ont-elles pas leurs dangers, qu’elles tiennent de la nature, si ce n’est de la société? Les suppressions fortuites, l'accouchement, l'allaitement, leurs suites si souvent funestes, ne sont-elles pas pour elles des causes de destruction, moins actives, si l'on veut, que celles qui moissonnent les hommes , mais dont on ne saurait toutefois nier l'action ni contester l'influence ? Cependant il est d’observalion positive qu'elles meurent moins, partout et en tout temps, que les derniers. La remarque de M. Odier , qui les trouvait plus vivaces que les hommes à toutes les époques de leur vie; celles de Muret , qui assure que, même à cet âge que l’on regarde comme critique, il meurt plus de mâles que de femelles; celles enfin de M. argentin, qui attribue, dans ses tables, la moindre mortalité des femmes en Suède, non simplement à l'effet d’une vie plus régulière et moins laborieuse, mais à une loi de la nature, qui opère d’une manière constante depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse , sont confirmées par les faits. Serait-ce , comme le pensent plusieurs médecins , parce que leur vie étant moins active, et leur constitution plus molle, elles acquierrent en vieillissant moins de sécheresse et d’aridité? Ou bien , selon l'opinion de M. Roussel, les femmes, plus sensibles que robustes , plus mobiles que capables de mouvoir , possèdent-elles toutes les qualités vitales dans le degré le plus exquis ?
Que les femmes soient toujours sur leur garde, et se méfient de l'époque qui nous occupe | qu’elles se rappellent bien surtout que le changement que subit alors leur constitution doit en entraîner un dans leur manière de vivre; en un mot, qu’au moment de la cessa- -tion des règles , elle doivent se soumettre à une nouvelle série de précautions dont l'infraction met leur santé en péril.
(14) Des qualités du sang qui forment les règles.
Si nous feuilletons les auteurs anciens, nous verrons que plusieurs d’entr'eux , d’ailleurs très-recommandables, avaient des idées extrémement fausses sur les qualités du sang qui coule pendant la période menstruelle , qu'ils pensaient être essentiellement et éminemment vénéneux. Chez les Hébreux, la femme était regardée comme impure pendant tout le temps que durait l'écoulement menstruel : on avait soin de la renfermer pendant sept jours, et on ne lui permettait pas de communiquer avec qui que ce fût ; le siége sur lequel elle s’asseyait, le lit où elle dormait étaient souillés : si alors queiqu’un trouvait le moyen de cohabiter avec elle, ikétait obligé de laver ses mains, de se bien nettoyer le corps : on le croyait encore impur pendant sept jours, et susceptible de communiquer la contagion. La femme , après la terminaison de l’époque menstruéke , était obligée, pour achever sa purification, d'offrir au grand prêtre deux tourterelles ou deux jeunes colombes : le ministre en sacrifiait une pour son péché, offrait l’autre en holocauste , et priait le seigneur pour elle. (Lévitique, cap. 15.) Üne opinion analogue a été accréditée en Europe : « Gardez-vous bien , dit Columelle (De re rustic4), qu’une femme approche du lieu où les concombres sont plantés, car ; par ses attouchemens, elle les empêche de profiter; et si elle a ses malsemaines, un seul regard de sa part suffit pour les faire périr. » « Voulez-vous, dit Palladius ;' détruire les chenilles, ou autres insectes plus ou moins nuisibles dans vos jardins ? qu’une femme actuellement réglée y fasse plusieurs tours, ayant les pieds nus et les cheveux épars. ( Parraprus, De rerustica. )» Mais le sang menstruel a bien d’autres effets pernicieux, si nous en croyons Pline le naturaliste, le médecin et physiologiste Fernel : « Au‘reste, dit le premier ( Hist. naturalis ), rien dé « plus monstrueux dans ses effets que le flux menstruel : aux appro- « ches d’une femme en cet état, les liqueurs s’aigrissent ; les grains « qu'elle touche perdent leur fécondité, les entes périssent, les « plantes des jardins en sont brûlées jusqu’à la racine, les arbres au
« pied desquels elle se repose laissent tomber leurs fruits; à sa seule « présence , le brillant des miroirs se’ ternit, la pointe d’un fer sé « mousse, l'éclat de l’ivoire s’efface , les essaimis d’abeilles meurent, « le cuivre et le fer se rouillent dans le moment , et contractent une « odeur révoltante; les chiens qui goütent aü sang menstruel enra- « gent, et font des morsures incurables: » La plupart de ces préjugés existent encore; car qui n'a entendu défendre ; même par des gens élevés au-dessus du vulgaire, autant par leurs connaissances que par e rang qu'ils oceupent dans la société ; aux femmes , à l'époqué menstruelle, d'aller tirer du vin ou toute autre liqueur . dans la crainte, disent-ils , qué le vin ne tourne à l’aigré , etc. Préjugés absurdes , ridicules, enfans de l'ignorance et de la superstition, que les progrès dans les sciences et dans tous les arts ne détruisent qu'avec la plus grande difficulté. ï
D'après ce qui précède, 1l n'est pas difficile de se rendre compte du nom de purgatio menstrua, que plusieurs auteurs ont douné à Pécoulemnt des règles , parmi lesquels il en est qui régardent cette dénomination comme la seule qui lui convienne , tandis que d’autres semblent l'avoir adoptée sans y attacher aucune valeur. Cela tient, je pense , à ce que, imbus déjà de préjugés , ils ont cru que les accidens qui résultent de la suppréssion, que ceux qui suivent quelquefois la cessation des règles, l'observation de quelques faits rares , mais surtout les contes extravagans que l'on a débités sans fondement sur les effets pernicieux du flux menstruel, paraissent être les raisons qui ônt engagé à le regarder comme très-vénéneux, et débarrassant la femme d’un principe très-nuisible. Je veux bien que l'on ait observé quelques faits , mais qui sont excessivement rares; en sorte que ceux qui s’en sont aidés ont tiré des conséquences générales de faits particuliers , ce qui est une source constante d'erreurs : ils n'ont été observés que sur quelques femmes déjà éntachées de quelques maladies. comme dartres , ulcères de l'utérus, etc., etc.; ou bien sur celles qui habitent des climats brälans, ou qui sont continuellement exposées à l’ardeur du feu, et négligent tous les soins de propreté, comme on
(16) l'ébserye chez les sauvages américains, obligés de séquestrer leurs feunmes pendant leurs époques ; ou comme, dans nos pays, on l'a quelquefois remarqué chez des femmes du bas peuple qui négligent tous les soins,de. propreté.
ll,-est assez facile, je pense..de démontrer la fausseté de ces opinions. De deux choses l’une: ou l'évacuation menstruelle est un phénomène naturel, ou il ne l’est pas:s’ilest naturel, les accidens qui suivent la.disparition des règles n’indiquent pas plus des qualités malfaisantes dans le sang qui les constitue que ceux quise manifestent très-souyent à la suite d’une suppression de la transpiration, par exemple, ou de toute autre évacuation naturelle ou habituelle quivient à s'arrêter tout à coup ou même lentement. S’ikn'est pas naturel, comment se fait-il que les hommes cohabitent avec leurs épouses à l’époque de: leurs mois sans éprouver aucune affection ? Comment le fœtus, pendant la grossesse, peut-il. se nourrir d’un ajiment aussi vénéneux ? Comment l'enfant, pendant la lactation, peut-il se nourrir du lait de sa mère ou de sa nourrice, dont la sécrétion remplace cette évacuation, car on sait qu'il est beaucoup de femmes qui ne sont pas réglées pendant qu'elles nourrissent ? Fernel avait -senti la valeur de ces objections; aussi, pour ne pas être forcé d’ y répondre, il prétendait que l'enfant dans à sein de sa mère allait chercher , parmi le sang qu'elle lui fournissait, celui qui était le plus pur, le plus agréable, pour en faire sa nourriture, et y puiser les matériaux de son accroissement.
Telle. est la force des premières impressions , que souvent la vérité a beau se mettre dans le plus grand jour, dans la plus parfaite évidence, rien ne peut nous tirer de notre erreur. Îl est aujourd’hui universellement reconnu que le sang des règles ne possède aucune qualité morbifique, et qu'il est aussi pur que celui, qui coule de toutes les autres, parties. du corps. Â{ippocrate n'avait point adopté toutes ceserreurs, puisqu'il dit que dans la femme en santé le sang est aussi pur que celui d’une victime; il.a dit : Procedit autem sanguinis velut à viclima yet cito \congelatur,.si sana [uerit mulier (Hipr., lib. De mexbe mulier.,, Cap.:15,)., + | dt pu ?