LES
MESA hui ce sang est généralement regardé comme presqu'en tout semblable au sang artériel; cependant Chaussier a observé qu'il en différait sous le rapport essentiel, qu'il n'a pas comme lui la propriété de se coaguler ; c’est aussi l'opinion de Dionis. Beaucoup d’accoucheurs ont aussi adopté cette opinion ; ils fondent sur ce caractère un des signes distinctifs de la menstruation et de la métrorrhagie pendant la grossesse. M. Magendie prétend que, dans un petit nombre de cas, il a toutes les qualités du sang veineux. Quelques médecins ont trouvé qu'il est plus visqueux, ce que Haller attribue au mucus qui s’y trouve mélé. Le docteur Zaragra a fait quelques expériences qüi lui paraissent établir que ce sang ne contient pas de fibrine; mais ces expériences sont trop peu nombreuses, et ont été faites sur de trop petites quantités de sang pour étre concluanies. Il est un fait qui semblerait propre à confirmer cette opinion, c'est que le sang qui s’est amassé dans l'utérus , chez les filles imperforées, et qui s'écoule après l’incisionu de la membrane qui le contenait, noirâtre et poisseux, n'est ordinairement pas coagulé. Cependant, dans quelques cas, il a paru mêlé de caillots. D'ailleurs, chez quelques femmes, il se forme dans l'utérus des concrétions fibrineuses , dont on ne peut attribuer l'origine qu’au séjour du sang menstruel. C’est une chose bien reconnue, qu'il est des femmes bien portantes, dont la menstruation est régulière , et qui rendent des-caillots toutes les fois qu'elles sont restées pendant plusieurs heures dans une situation horizontale; le sang ayant pu s’'accumuler dans le vagin et s’y coaguler. On ne peut donc pas , d’après cela, faire une règle générale, c'est-à-dire admettre que le sang des règles est toujours dénué de fibrine ; mais dire seulement que si chez quelques femmes il n'en contient pas, il n'en est pas ainsi chez toutes.
Age auquel arrive l'époque de la cessation des règles. Les auteurs ont désigné de différentes manières cette époque à la-
quelle la femme n'est plus propre à la propagation de l'espèce, en -
(18) même temps qu'elle cesse d’être assujettie à l'évacuation sanguine et périodique qui se fait par l'utérus : dge du retour, retour d'âge , fin de mois, cessation: des règles , époque critique, telles sont les diverses dénominations qu'ils ont employées pour exprimer la même idée : quant à cette derniére expression, les auteurs ont sans doute voulu signaler l'espèce d'incertitude dans laquelle la femme se trouve à cette époque, pour ainsi dire chancelante entre la maladie et la santé. Je pense que ceux qui se sont servi de ce mot ne l'ont point pris dans son sens médical, c’est-à-dire que, par là, ils n’ont pas voulu exprimer un phénomène survenant à la fin d’une maladie, et suivi de la diminution des symptômes qui la constituent ; car la situation de la femme, depuis la puberté jusqu'à la vieillesse, n'est point , le plus ordinairement, un état morbifique : elle ne peut donc se terminer par un moüvement critique.
En général l’époque de la cessation des menstrues est en rapport avec celle où cette excrétion commence; mais cela varie beaucoup: de même que la puberté n’a pas lieu au même âge chez toutes les femmes, de même aussi le flux utérin finit chez les unes et chez les autres plus tôt ou plus tard. Cette différence paraît tenir principalement au climat qu’elles habitent, au genre de vie qu'elles mènent, à la constitution, etc. : les femmés de la zone torride sont réglées longtemps avant celles qui habitent les zones glaciales; les Indienves sont capables d’être mères à neuf ans, tandis que les Laponnes ne peuvent goûter ce plaisir qu’à dix-huit ou vingt ans; en Barbarie, les femmes ne passent pas la onzième année sans être nubiles, au lieu qu’elles le sont beaucoup plus tard en Sibérie. Tout ce qui échauffe le corps , tel que l’usage du café, des aromates et des liqueurs spiritueuses ; tout ce qui enflamme l'imagination ou déveleppe la sensibilité , comme les grandes sensations et les vives impressions de l'âme, accélère la puberté du sexe : voilà sans doute pourquoi la femme de Ja ville est plutôt réglée que celle de la campagne. Dans tous les pays chauds , à la puberté, qui se manifeste vers neuf ou dix ans, succède la vicillesse dès la vingt-huitième, trentième outrente-cinquième an-
née. Si on consulte les auteurs, ou mieux encore les femmes ellesmêmes , on verra que, dans nos climats, ordinairement l'époque qui nous occupe arrive de la quarante-cinquième à la cinquantième année; il sen faut cependant que ce terme soit fixe, car on trouve plusieurs exemples de personnes qui étaient encore réglées à soixante-dix ans, quatre-vingt et même cent ans ; et parmi elles , les unes l'avaient été continuellement jusqu'alors; chez d’autres, au contraire, les règles avaient disparu pendant un certain espace de temps. Fabrice de Hilden en cite une observation : « J’ai vu, dit cet auteur, une femme qui, ayant cessé d’avoir ses mois vers la cinquantième année, les vit reparaître au bout de dix ans; ils revinrent régulièrement trois fois de suite, séparés par les intervalles ordinaires, après quoi ils disparurent pour ne plus avoir lieu. Ce qu'il y a de bien mémorable, ajoute le même écrivain , c’est qu’en quelque sorte rajeunie par cette évacuation naturelle , elle a vécu un siècle, et a succombé alors , en 1612, vers la fin du mois de mars, réduite au dernier degré de maigreur.» Hercules Saxonia parle d’une religieuse chez qui le flux menstruel se rétablit à cent ans, et continua jusqu’à cent trois ans. D’après M. le professeur Desormeaux, ces exemples de retour de la menstruation, non pas à un âge aussi avancé, mais à soixante, soixantedix ou quatre-vingts ans, sont très-communs. /Zaller prétend que ces flux tardifs sont presque toujours un état morbifique, et dépendent fréquemment d’une affection de l'utérus ; il assure que depuis longtemps on a remarqué qu'ils sont souvent mortels : Sœpé etiam lethales esse dudüum animadversum est (Harcer, Physiol. , t. 7 ). Il dit dans un autre endroit que chez plusieurs femmes leur apparition a été suivie du retour de la fécondité. Il me semble qu’il est bien diflicile de faire accorder ces deux opinions; car une fonction aussi naturelle que celle de la conception ne peut jamais provenir d’une affection maladive.
(20) Causes.
Haller, dans sa théorie, explique la cessation des règles par la rigidité trop grande qu'ont alors acquisés les artères de la matrice, qui ne leur permet plus de s'étendre, et les fait résister d'avantage au sang qui est renvoyé par le cœur. Astruc dit qu’à cet âge, le desséchement , le racornissement des fibres de la matrice et des tuniques de tous les vaisseaux qui l’arrosent suivent l'exemple des mamelles, qui s’affaissent et se flétrissent : « Alors, dit-il, la matrice se resserre « et se fronce, les vaisseaux laiteux s’affaissent, se rapetissent , et « ne peuvent plus recevoir l'humeur laiteuse qui avait accoutumé de « s'y répandre; les appendices veineux, resserrés de même, ne peu- « vent plus s'ouvrir, ni pour recevoir le sang qui y est détourné, ni « pour le laisser épancher dans la câvité de la matrice ; et qu'ainsi « l'appareil ou le mécanisme nécessaire pour la menstruation manque « alors entièrement. » Ces appendices dont parle Astruc n'ayant été aperçus que dans les femmes qui venaient d’accoucher, ne paraissent, d’après Roussel, que sles débris des cotylédons qui attachent le placenta à la matrice,
On a cru encore en trouver la cause prochame dans l’épaississement du sang et la rigidité des solides. Mais si, avec M. Gardanne, on admet un aura seminalis, pour expliquer la première menstruation , on pourra se rendre compte de cette cessation : suivant lui, l’afflux du sang vers l'utérus à l'âge de la puberté serait produit par la présence d’une humeur prolifique, d’un aura seminalis, qu’il nomme moteur séminal, :.« Ce moteur séminal, dit-il, agissant avec plus ou
« moins de force, attire, plus tôt ou plus tard, et insensiblement, le :
« sang daus le corps de l'utérus, jusqu’à ce que cet organe, se trou- « vant incommodé et par la présence et par le poids du liquide, « sirrite, se contracte, et laisse alors échapper le flux, comme par « regorgement , à travers les pores de la membrane muqueuse. »
Si ce principe , ce moteur séminal, est la cause de l'écoulement
sanguin périodique , son absence doit nécessairement entraîner la cessation des règles; et ainsi la cause de la cessation des menstrues . toutes choses égales d’ailleurs , dépendra du même agent que celle qui les avait fait naître. Cette hypothèse a été combattue par MM. Demangeon et Delondre. Mais à quoi sert de vouloir pénétrer les secrets de la nature? Ils ont été et seront probablement toujours cachés à la curiosité de l’homme, qui s'imagine saisir ce dont il s'éloigne le plus souvent, en voulant expliquer ce qu'on ne peut, ce qu'on ne doit qu’observer. On a généralement aujourd’hui renoncé à la prétention d'expliquer la cessation des règles.
Phénomènes qu'offre le flux menstruel vers l’époque de sa disparition.
ILest extrêmement rare que, dans l’ordre naturel , la cessation des règles se fasse tout à coup et d'une manière subite, à moins qu'une cause accidentelle n’en vienne déranger la marche ordinaire. Cette cessation est ordinairement annoncée plusieurs années à l'avance par des dérangemens plus ou moins remarquables , et, le plus communément, c’est peu à peu et par degrés que se termine sa durée, La femme en est avertie par des irrégularités qu'elle observe dans les retours, l'abondance et le temps pendant lequel se prolonge l'écoulement sanguin. Souvent il y a une diminution progressive de la quantité de sang évacué à chaque époque, et le temps pendant lequel il coule; d’autres fois, au contraire, cette quantité devient de plus en plus abondante ; une ménorrhagie effrayante s'établit, et les époques se prolongent tellement qu'elles semblent se confondre , et ne sont plus marquées que par l'augmentation du flux sanguin. D’autres fois, il est deux, trois mois sans paraître ; il se renouvelle ensuite plus fréquemment qu'il n'avait coutume de le faire ; tantôt très-abondant , tantôt très-peu ; il continue plus long-temps que dans l’état ordinaire, à certaines époques ; à d’autres, sa durée n'est que de quelques heures souvent une évacuation sanguine abondante annonce la terminaison des fonctions de l'utérus. Alors cet organe s’affaisse, se flétrit,
( 29 ) se concentre dans le petit bassin, « la voix devient plus forte ; le léger « duvet de la jeunesse acquiert sur le visage un épaississement , une « longueur , une consistance qu’on ne peut lui trouver que dans « l’homme. » (Cabanis. ) |
Assez'souvent un écoulement muqueux , continu ou périodique s'établit quelque temps avant la cessation complètedela menstruation, et continue quelque temps après. Chez un grand nombre de femmes, on observe aussi les phénomènes suivans : douleurs dans les reins , les aines , bouflées de chaleur et feu au visage , sueurs copieuses , lassitudes spontanées , bourdonnement d'oreilles , insomnie, engourdissement , fourmillement dans les membres, oppression, bâillemens, engourdissement dans les membres inférieurs ; en un mot, un malaise général qui est dù à la pléthore, c’est-à-dire à la trop grande quantité de sang qui ne se fraie plus une issue par la matrice, et qui se porte alternativement vers le$ poumons , la tête, etc. , etc. Ile fait alors de grands changemens danstous lessystèmes organiques, et, comme le dit un auteur, la masse des forces des autres organes s'accroît aux dépens de celle de utérus , qui n’a plus de vie particulière ; et qui restera désemmais sans influence. Les femmes acquièrent un fonds de vie inépuisable. Le temps des périls est passé ; elles né sont plus sujettes aux maux particuliers à leur sexé ; elles acquièrent la constitution de l’homme , au moment où celui-ci commence à la perdre , et sont sujettes aux mêmes affections ; la voix éprouve une äitération ; ‘les mamelles se flétrissent ; l’embonpoint diminue; la peau se ride, perd sa douceur , son coloris et sa souplesse. Tout en reconnaissant Ja vérité de ces tableaux, M. le professeur Desormaux fait remarquer que les derniers changeméns sont plutôt dus aux progrès de l’âge qu’à la cessation des menstrues.
Mais le physique de la femme n’est pas le seul à recevoir les influences de cette époque ; son moral en éprouve aussi les effets. La nature , ayant rempli son but , néglige tout ce qu’elle avait employé ‘pour y parvenir. Ainsi la femme , qui n’a pas reçu les impressions funestes des grandés sociétés, peu inquiète des moyens de captiver
: { 23 ) nos regards et notre admiration , s'occupe presque exclusivement des soins de son ménage , se contente d’une parure propre et simple , et renonce alors à tous les moyens que l'instinct et l'étude imagianent pour rendre ses charmes encore plus brillans à nos veux , se soumet sans violence à sa nouvelle position, et-cherche moins à dissimuler les sentimens qui l’agitent.
Mais la cessation menstruelle ne se termine pas toujours d’une manière aussi heureuse ? quelquefois il survient des accidens très-graves , qui tantôt se font observer pendant les irrégularités que présentent les règles, tantôt se déclarent quelque temps après qu’elles n'ont plus lieu. Des maladies, qui jusque-là étaient restées latentes, se manifestent subitement ; d'autres , jusqu'alors stationnaires , prennent tout à coup une marche rapide. Ce qui doit un peu nous consoler, c’est que la plupart de celles qui ont mené une vie sage, régulière, ont rempli dignement les fonctions que la nature leur a confiées , et qui, par cela même , méritent le plus notre respect et notre reconnaissance, sont ordinairement exemptes de ces affections dont la guérison, aussi difficile que le caractère en est obscur , font souvent le désespoir du praticien le plus expérimenté.
Après avoir exposé l'état physiologique de la femme arrivée à l'époque de l’âge critique, et avoir prouvé , par des faits positifs et irrécusables , qu'on a constamment exagéré les chances de mortalité attachées à cette époque, je n’ai pas cru pouvoir compléter l'histoire de la cessation des régies sans parler des maladies qui peuvent la compliquer ; mais comme, pour faire l’histoire de chacune en parti-
culier , il faudrait un volume tout entier, je me bornerai seulement à les énumérer.
Maladies qui surviennent quelquefois après la cessation des règles.
Elles ont leur siége ou dans l'utérus ou ses annexes , ou dans les autres parties du corps. Les premières sont les suivantes : pertes utérines ; leucorrhée aiguë ou chronique, métrite, ulcères, cancers ,
polypes utérins, hydropisies enkystées, squirrhe des ovaires, prurit incommode aux parties externes de la génération. Des fièvres continués, intermittentes ou rémittentes, offrent le plus souvent le caracière inflammatoire ; des épistaxis, des hémoptysies, des hématémèses, des tumeurs hémorrhoïdales , des pissemens de sang , des érysipèles , des affections cutanées de diverse nature, des catarrhes, des cystites, des pleurésies, des péritonites, des pneumonies , des néphrites, des affections rhumatismales. C’est aussi à cet âge que la femme est quelquefois attaquée de la goutte, qui l'épargne ordinairement dans un autre temps, suivant Sydenham. Outre ces affections , il en est encore d’autres que l’on n’observe pas moins souvent, telles sont, l’apoplexie, la manie , lépilepsie, l'hystérie, qui est peut-être une des plus fréquen tes chez les femmes nerveuses ; l’amaurose, la paralysie des muscles de la langue et du larynx , sont encore des accidens assez communs. J'ai déjà parlé d’affections cancéreuses qui affectent l'utérus ; mais il est d’autres organes qui en sont aussi assez souvent le siége, tels sont, les mamelles , l’estomac , le rectum , etc., etc. On a aussi observé que souvent les maladies auxquelles les femmes avaient été sujettes dans leur jeunesse se reproduisent , si elles avaient cessé, ou s’aggravent, si elles avaient continué d'exister.
Les maladies que nous venons d’énumérer se voient principalement chez les femmes qui n’ont point eu une vie régulière, qui ont, en un mot , transgressé les lois de l'hygiène. Cependant il y aurait lieu de s'étonner en pensant que l’on n’a pas remarqué que le cancer soit plus fréquent chez les filles publiques que chez les autres femmes : il est , je pense, assez facile de s'en rendre compte ; d’abord en ce que les premières parviennent rarement à un âge avancé, et, d’un autre côté, un grand nombre de causes se réunissent pour le faire développer chez les secondes ; telles sont, les affections morales plus fréquentes, les accouchemens nombreux, difficiles , terminés par les moyens mécaniques, etc. Enfin des auteurs ont aussi avancé que les filles qui avaient vécu dans une austère continence étaient aussi très - sujettes aux affections cancéreuses lors de la cessation des règles. Dionis, Fan-
a SIT ET
Swiéten , M. Richerand, prétendent que le célibat est une condition favorable au développement du cancer de l'utérus. MM. Ferrus et Breschet disent que « leurs relevés d'observations , sur plus de soixante « malades de la Salpétrière , donnent à peine deux ou trois individus « qui affirmèrent de leur chasteté , encore fort douteuse à plus d’un « égard. » Sans avoir d'opinion sur le cas dont il s’agit, je pense que cela peut arriver dans quelques cas , mais qui doivent être excessivement rares dans l’état actuel de la civilisation ; car des désirs long-temps réprimés peuvent produire une fluxion et un engorgement à l'utérus, comme on le voit survenir aux testicules par les mêmes causes, et que ces engorgemens dégénèrent par la suite en cancer.
Diagnostic.
Le diagnostic de la cessation menstruelle n’est pas toujours exempt de difficultés ; on peut confondre la cessation des règles avec la grossesse et l'aménorrhée ; des femmes ont poussé l'erreur jusqu’à faire tous les préparatifs nécessaires pour l'accouchement ; chose plus étonnante encore , des praticiens eux-mêmes ont cru percevoir les mouvemens actifs du fœtus chez des femmes qui n'étaient plus aptes à la génération. On peut aussi avoir affaire à une femme qui, sous le vain prétexte de se rajeunir, cherche à prolonger un écoulement désormais inutile. Dans le cas douteux, le praticien prudent devra s’éclairer sur l’âge, le tempérament de la femme, l'époque à laquelle elle a été réglée pour la première fois, la marche qu'a suivie la menstruation , la quantité de sang perdu aux dernières époques , l’état des organes génitaux, la manière de vivre , la profession , etc., etc. Il est peut-être aussi utile de se rappeler que, quand la menstruation éprouve un dérangement quelconque chez un sujet qui est à la quarantième année, il est très-rare qu’elle reprenne par la suite une marche régulière.
Prognostic.
Il est une foule de circonstances qui doivent modifier le prognostic à porter sur chaque femme à cette époque, quoique la position de chacune d'elles soit absolument la même du côté du flux menstruel. Ainsi on rencontrera souvent un contraste frappant entre la situation dans laquelle se trouve la femme qui a vécu suivant le vœu de la nature , et qui était modérément réglée, et celle qui s’est livrée avec excès aux plaisirs de l'amour et de la table ; entre celle dont la constitution est saine et celle qui porte quelque vice organique ou une disposition à quelque maladie ; entre celle, enfin , qui a des préjugés sur la nature des règles , ou s’alarme de toutes les pertes que leur disparition entraîne avec elles, et celle qui a une pleine confiance dans les effets conservateurs de la nature et de la médecine, ou se met audessus des outrages que le temps peut faire à sa beauté.
Traitement.
Le but dé la nature, à l’époque qui nous occupe, est évidemment la suppression du flux menstruel et celle de la congestion utérine; lui aider à accomplir cette double indication , tels doivent être le but et l'effet des moyens que nous allons conseiller ; bien persuadé, comme le dit M. Gardien, que les maux que les femmes redoutent alors, dépendent presque toujours de causes qu'elles pourraient éviter. | Il est peu de cas en médecine joù les secours de l'hygiène, dirigés avec discernement, soient, aussi efficaces que dans, cette circonstance. , | PR PAR | nr
« La cure préservatiye de ces accidens serait , Sans s contre dit, la « plus avantageuse , en même temps qu'elle serait plus sûre ; mais « D eutousement les femmes ont plus de confiance dans de mé- .« dicamens , dans des recettes qui leur sont vantés par des com-
« mères, que dansles moyens offerts par l'hygiène, qui contrarieraient « leurs goûts et leurs habitudes. » (M. Gardien. )
«Cependant, quand les femmesse soumettent aux privations qu’on « leur impose, leur soumission est communément récompensée par « la conservation de leur santé , ou par son rétablissement, siles ac- «-cidens commençaient à se manifester. » ( Puzos. ) Mais comme ces moyens sont très-faciles à mettre en pratique , aussi sont-ils le plus négligés des femmes qui en ont besoin, par cette raison qu’elles les ont sous la main, et qu'ils n’ont rien dé fantastique et de mystérieux comme ces recettes sans nombre vantées par le charlatanisme.
« La médecine, plus que toute autre science , dit Wirey, est ex- « posée aux entreprises audacieuses des charlatans , parce qu'il est « facile d’agir sur l’esprit de l’homme souffrant, et parce que la ma- «.nière souvent occulte dont les remèdes opèrent sur nos corps « permet de supposer une foule de recettes sous lesquelles se cachent « des médicastres ignorans et fripons : bien plus, tel remède, dé- « guisé sous un nom et un aspect mistérieux, sera plus recherché, « Jouira de plus de confiance qu'après qu'il sera bien connu. Il « semble que ce qui est caché soit plus précieux. .... Mais tout ce « qui est obscur doit être suspect ; car , comme on ne marche qu'en « tâtonnant, avec défiance, dans les noirs souterrains , de même « nous ne devons jamais nqus engager dans l’asage des remèdes se- « crets et des autres arcanes qu'ayec une perpéluelle circonspec- « tion , etc. »
La femme aura donc recours de bonne heure aux conseils de l'homme de l’art, et surtout dès l'instant où elle sentira s’approcher l'époque tant redoutée, jusqu’à ce que tout danger soit dissipé ; elle devra se conformer constamment aux lois hygiéniques particulières qu'exige la susceptibilité viscérale pendant l’hémorrhagie physiologique utérine, et de plus à toutes celles relatives à son âge, son tempérament, son idiosyncrasie, sa profession , sa santé, le climat qu’elle habite, la saison régnante, elc; elle deira, chose très-importante encore, savoir se résigner, et bannir de son cœur des passions qui
ne doivent plus y régner ; faire abstraction de tout ce qui peut favo-.
riser la pléthore sanguine, fuir la vie sédentaire ainsi que les grandes réunions , éviter les veilles ou un sommeil trop prolongé, les appartemens trop chauds ; banir l'usage des chauffrettes ; tenir un régime alimentaire doux, humectant, peu succulent. Fothergill insiste beaucoup sur la nécessité du régime et de l'exercice ; il dit à cet égard : « Les femmes pléthoriques et sujettes à des écoulemens abondans « doivent se borner à une nourriture prise des végétaux, renoncer «-éntièrement au souper, user des boissons douces délayantes, éviter « les exercices violens , les grandes assemblées , les lieux échauffés et « fermés, surtout vers l'époque ordinaire des menstrues ; dans les « intervalles ; l'exercice est très-nécessaire. » Éviter toute violente agitation de l'âme; car, comme le dit John-Sinclair (Essai sur la longévité) , rien n’est plus propre à prolonger Îles jours qu’une égalité
âme, un caractère gai, et du courage pour supporter les revers
auxquelles, dans cette vie , tout le monde, surtout à un âge avancé,
est plus ou moins exposé. Réprimer l’usage des corsets, qui sont si nuisibles à toutes les époques de la vie; car je suis persuadé qu’une partie des poumons est imperméable à l'air chez elles , et que c’est là une des causes qui font qu’un si grand nombre de femmes sont victimes de la phthisie; c'est surtout à l’âge qui nous occupe qu’elles
doivent s’en abstenir, car la constriction de la poitrine par ces .
moyéns mécaniques a surtout des inconvéniens graves à une époque où lespoumons,"surchargés de sang, ont besoin de pouvoir largement se dilatér; de plus , la compression des seins peut favoriser le développement dû cancer dans ces organes. 1
L'usage bien erdonné des moyens que fournit hygiène, suffit le plus ordinairement à cette époque, surtout pour les femmes qui ont bien vécu à celles qui, par leur bonne constitution, sont suscep-
tibles de lutter avec avantage contre lés circonstances qui favorisent
le développement des maladies, ‘celles-là même n’ont, pour ainsi dire, tien à changer dans leur manière de vivre. Il n'en est pas de ‘même dés femmes qu'une conduite peu régulière , ou qu’une Cons-
AE (29 ) titution frêle et délicate dispose à contracter diverses affections par les causes les plus légères : ce sont surtout ces personnes là qui ont ‘besoin d’avoir les plus grandes précautions , si elles veulent éviter les accidens qui menacent leur frêle existence. Elles devront suivre avec la plus grande exactitude les règles qui leur seront prescrites par le médecin qui aura su gagner leur confiance; et d'autant plus exactement , que le bonheur des jours qui leur restent à parcourir ‘ dépend presque uniquement de la manière dont elles passeront cette mémorable époque. On ne trouvera point les moyens propres à remplir le but que l’on se propose ni dans la pharmacie, ni dans la matière médicale; les secours qu’elles fournissent ne sont indiqués que dans quelques cas particuliers , et seulement pour combattre des complications; il ne s’agit point de guérir des maladies, puisqu’elles n'existent pas, mais de prévenir des affections dont l'explosion -est plus ou moins imminente ; c’est donc à lhygiène seule qu’on aura recours, et ce sera sur l’usage bien ordonné des choses qui forment la matière de cette branche de la médecine que seront fondées les règles d’après lesquelles les femmes devront se diriger. r L'usage bien ordonné des moyens que je viens d'indiquer suffit le plus ordinairement ; mais il est des cas où le médecin est forcé d’emprunter des- secours à la thérapeutique, dont les circonstances peuvent nécessiter Femploi, ou dont l'usage banal est regardé par” certaines personnes comme absolument indispensable, et qu’on est obligé de permettre pour rassurer l'imagination effrayée des femmes, qui se verraient vouées au sort le plus terrible si on leur faisait passer cette époque sans le secours des drogues; mais alors, comme c’est plutôt pour tranquiliser l'imagination que pour remplir une indication, on n’a recours qu’à des moyens innocens choisis dans les doux laxatifs ; ou mieux encore , on doit leur substituer les boissons délayantes , les sucs des plantes chicoracées , aiguisées avec le sulfate dé soude; le petit-lait avec addition de tartrate acidule de potasse, de phosphate de soude, les jus de pruneaux, lestamarins, etc. ; cependant il ne faut point en faire un usage habituel, Les lavemens
(30) . peuvent être aussi très-utiles dans le cas de constipation; il ne faut pas non plus y avoir ‘recours trop souvent, car il pourrait en survenir de graves inconvéniens , non-seulement par Fintroduction réitérée de la canule, mais encore par l'affaiblissement des intestins, tels que. le cancer du rectum, chute de cet intestin, etc. , elc. Si cependant ces moyens ne suffisaient pas pour vaincre la constipation , il faudrait , à l'exemple de Pinel, employer les bains de siége , et en user avec beaucoup de modération, pour éviter les accidens que j'ai signalés plus haut. Ces moyens sont encore avantageux , en ce qu'ils apaisent les coliques nerveuses, modèrent l'ardeur des organes génitaux ; la dysurie et la strangurie , dont les femmes à cet âge sont souvent tourmentées. ; |
. Mais ce qu’il faut surtout défendre, ce sont les purgatifs, dont les femmes aiment tant à faire usage à tout âge,et particulièrement à cette saison de leur vie où elles sont ordinairement tourmentées par la constipation, Ces remèdes, qu’il est bon de signaler, sont la teinture sacrée, ies pilules de Rufus, les grains de santé, V'élixir de propriété, de Garus ou d’autres médieamens analogues, dont l’aloès, la myrrhe et d’autres stimulans font la base.Les femmes se recommandent ces préparations l’une à l’autre, sans l'avis du médecin, comme des remèdes précieux ct d’une efficacité incontestable. Sans regarder ces prépa-
*tionscomme étant des emménagogues très-spécifiques, on ne peut nier qu’elles n'exercent une action stimulante sur l'utérus etles vaisseaux du bassin, et il est aisé de voir combien elles peuvent avoir de funestes effets.
La saignéé générale est souvent indiquée; on en reconnaît surtout l'utilité chezles femmes pléthoriques et chez celles qui eà ont contracté l'habitude ; on doit préférer, en général, la saignée du bras; celle du pied ne doit être mise en usage que dans des. cas très-rares, où elle serait jugée être d’une absolue nécessité. Il est évident qu’il doit être de l'application des, sangsues au voisinage des: organes génitaux, comme de Ja saignée du pied , et avec d'autant plus de raison; qu’elles agissent plus près;de l'endroit d’où: il faut. écarter toute: espèce, de
(Si) fluxion. Si cependant une congestion sanguine de l’utérus en rendait l'application indispensable, on devrait la faire précéder par une saignée générale et par des dérivatifs appliqués sur des parties plus ou moins éloignées, ou sur celles qui sympathisent avec l'utérus. On peut en dire autant des bains de siège, des bains de pieds et. des autres moyens propres à appeler le sang vers les parties inférieures. Le but qu’on se propose dans le cas qui nous occupe est d’aider et de favoriser la nature dans la suppression de cette évacuation; il est par conséquent de toute absurdité d'employer des moyens que l’on a coutume de mettre en usage quand on se propose de la provoquer. |
Les exutoires peuvent être requis par diverses circonstances à l'époque qui nous occupe. Mais quel est celui que l’on doit employer? Les auteurs ne sont pas encore très-d’accord à ce sujet. Fothergill préconisait le cautère, et il fixait les circonstances qui peuvent le rendre convenable à cette époque. « Si une femme, dit-il, a été dès sa jeunesse sujette à des éruptions cutanées, à des ophthalmies, à des gonflemens glanduleux, à des douleurs errantes et rhumatismales , le cautère, à l’époque critique, peut prévenir beaucoup d’accidens et un renouvellement de maux. » M. le professeur Boyer le rejette, au contraire, comme pouvant devenir lui-même un ulcère dangereux lorsqu'il existe quelque vice organique de l'utérus, comme son cancer ou celui des mamelles, avec éngorgement des glandes qui sympathisent. M. Gardien blâme égalèment cette méthode. Petit-Radel a conseillé le vésicatoire. Je crois que ce moyen mérite la préférence lorsqu'on juge qu’un exutoire est utile,
Du reste , nous ne nous occuperons point du traitement :partigulier à chaque accident qui peut survenir à cette époque; ni.des mo difications qu’exigent les moyens que mous avons indiqués , selon les circonstances qui peuvent se rencontrer dans la pratique, ce serait sortir des bornes que nous nous sommes prescrites, et tomber dans
de fastidieuses répétitions.