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CHAPITRE II

Avantages de la possession d’Alger, sous le rapport politique.

Un officier français (I) qui a écrit sur la question d’Afrique, a dit que la valeur intrinsèque de la Régence d’Alger est inférieure aujourd’hui aux millions quelle nous a déjà coûtés.

Je connais un grand nombre de personnes qui, au fond de leur âme, partagent cette opinion.

Cependant cette manière d’apprécier la conquête de 1830 ne me semble pas exacte.

On rencontre dans la vie des peuples des événements qu’il ne faut point juger d’après des

(1) M. de Saint-Hippolyte,

calculs purement financiers. La question politique domine souvent la question d’argent. C’est au profit de l’avenir que le temps présent est grévé. L’intérêt du moment s’efface et disparaît, lorsqu’une nation s’impose des sacrifices pour étendre et pour faire respecter sa puissance.

La conservation de la conquête est devenue une nécessité pour la France. L’intérêt politique, Indignité du pays, nous commandent aujourd’hui la possession du nord de l’Afrique. Si nous abandonnions la Rigence, une autre Puissance viendrait peut-être s’en emparer. Notre orgueil national se soulèverait , à l’idée qu’un autre drapeau que le drapeau français flottât sur les murs d’Alger. Il n’est plus possible d’abandonner une terre que nous avons arrosée de notre sang. Jamais question ne fut plus populaire que celle de la conservation delà Régence.

Et en effet, la possession de plus de deux cents lieues de côtes voisines de la France, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne, non loin de Gibraltar et de Malte , sur une mer où vont s’agiter et se résoudre les plus grandes questions de l’Europe et du monde, le développement de notre marine militaire, son influence agrandie dans les affaires d’Orient, le mouvement commercial imprimé à notre marine marchande , l’accroisse-

ment du nombre de nos matelots, des positions militaires importantes , une vaste étendue de pays, l’abolition de l’esclavage, la destruction de la piraterie , la sécurité de notre commerce extérieur, des ports nombreux, en lace des plus riches de nos arsenaux et de la plus florissante de nos villes de commerce , ce sont là des considérations si puissantes et si élevées , qu’elles exercent une sorte de prestige sur nos esprits, et qu’elles linissent par séduire, subjuguer, et entraîner un grand peuple.

Mais si on est généralement d’accord sur la conservation de la conquête, on ne s’entend plus lorsqu’on discute le mode d’occupation.

Les uns proposent la construction d’un grand mur, comme une barrière infranchissable; les autres soutiennent qu’un large fossé est suffisant.

Il en est qui veulent qu’on administre nos possessions d’Afrique comme les Anglais ont administré leurs possessions des Indes.

D’autres demandent qu’on adopte le système de colonisation suivi dans l’Amérique.

Ceux-ci parlent de la colonisation civile ; ceuxlà veulent une colonisation purement militaire.

Nous nous réservons de dire un mot de chacun

de ces systèmes, dans les chapitres suivants. Nous tâcherons , après nous être livrés à quelques réflexions générales, d’expliquer quels sont, selon nous, les devoirs du Gouvernement dans cette grande et immense question de colonisation.

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