IO
de précieux métaux vont annuellement se faire consumer, l'appropriation qui s'en fait à une foule d'arts dans tous les pays du monde, font que les accroissemens qui résultent de l'extraction des mines influent moins sur l'expression des valeurs; il est impossible de se faire une idée approximative de la quantité de l'argent. Celle même du numéraire ne peut s'estimer par aucune appréciation. Le numéraire a d'ailleurs une foule d'auxiliaires qui partout le suppléent dans ses fonctions ; les billets des banques d'escompte sont pour lui ce que l'écriture est pour la parole; les billets des banques ordinaires et les lettres de change opèrent à sa place, comme des lingots pour les grosses sommes , et le billon pour les petites; ces élémens entrent dans la masse générale du numéraire pour une quantité qu'il est impossible de déterminer. indépendance Par la puissance et la généralité de son action, "l'argent e l'argent échappe partout et toujours à l'action directe du pouvoir; il appartient à un système dont ia force est supérieure à la sienne, et qui comprend et embrasse la civilisation tout entière. De tous les ressorts que ce système met incessamment en jeu, l'argent est celui qui assure le mieux l'universelle domination qu'il exerce sur tous les systèmes locaux et partiels
( ioi ) qui lui sont subordonnés. Les gouvernemens ont besoin d'une extrême prudence pour adapter à leurs intérêts et aux besoins de leurs peuples l'intervention nécessaire et libre de ce grand agent du système commercial dans l'organisation industrielle qu'ils ont la charge de protéger.
Il est indépendant de leur puissance, mais il est partout dans la dépendance du travail, dont il recherche ardemment les produits, et à l'appel de qui on est certain qu'il ne manque jamais de répondre. Le travail est, à beaucoup d'égards, dans la dépendance des gouvernemens; et par un habile usage de l'influence qu'ils sont en mesure d'exercer sur lui on voit qu'ils peuvent en exercer indirectement une fort utile sur le ministère de l'argent.
A l'exception des pays où une indolence invétérée , fruit du climat , d'un orgueil sauvage ou de mœurs depuis long-temps amollies, inspire une aversion universelle pour le travail , partout les hommes sentent une sorte de besoin instinctif de mouvement, d'où naît un essor habituel d'activité qui ne demande qu'une première impulsion et une direction éclairée pour se développer.
L'esprit d'association produit l'aptitude à la direction qui cherche les capitaux, qui les ap-
( loa )
pelle, qui les attire à elle par la perspective du produit des travaux dont elle dispose. Il faut aider, favoriser ses efforts; il faut exciter tous les esprits à la recherche des connaissances utiles; il faut que ces recherches se correspondent et se coordonnent ; il faut prêter appui à toutes les entreprises, éclairer, encourager toutes les tentatives. Quand la vérité, c'est-à-dire les faits, sur tous les objets qui se rapportent aux besoins, aux intérêts, aux facultés de l'industrie, seront connus, les hommes capables de direction ne manqueront pas au travail, le travail ne manquera pas à la direction , et on doit être assuré que l'argent enfin ne manque jamais au travail qui produit sous les auspices d'une direction éclairée.
Perspective Le signe le plus certain de l'abondance de mÏÏ- l'argent, je veux dire de cette abondance féconde que j'ai plus haut caractérisée , est le bas prix de son emploi. Je ne crois pas qu'il y ait un autre moyen d'obtenir ce résultat que la multiplication du travail bien dirigé , et on vient de voir comment l'intervention des gouvernemens peut y servir. Quand ils s'aperçoivent de l'heureux effet de leurs soins sur cet important objet, ils peuvent marcher désormais d'un pas plus ferme dans la voie des améliorations financières,
taons cières
L'urgent, qui, lorsqu'ils contrariaient la direction ou la tendance naturelle de ses mouvemens , était le plus dangereux ennemi de leurs mesures fiscales, du moment où leurs principes s'accorderont mieux avec les siens, deviendra un de leurs plus secourables auxiliaires. Le bon marché de ses emplois multipliera les travaux, ranimera toutes les industries, fécondera toutes les sources de la prospérité publique et privée, et il en résultera un accroissement proportionné dans toutes les recettes de leur trésor; mais il ne faut pas qu'ils laissent plus long-temps subsister dans leur système financier les vices , les imperfections que des temps d'embarras , d'ignorance ou de désordre y ont introduits, et que de meilleures circonstances peuvent les aider à faire disparaître. Ils doivent d'abord entreprendre avant tout de poser d'avance une limite aux futurs accroissemens du capital de la dette: j'en ai indiqué les raisons et les moyens. Il est probable qu'on en trouvera qui seront encore plus propres à convaincre que ce que je me suis permis d'écrire. Ensuite , ils doivent chercher à rajeunir leur dette : des emprunts à des termes plus modérés peuvent justement remplacer ceux que la dure nécessité avait fait une loi d'accepter. Ce ne peut être sérieusement que des financiers
( io4 )
ont écrit que l'Etat devait être excepté de cette loi générale de toutes les créances, qui permet à un débiteur de se libérer quand il a la faculté de rembourser. Ici cette exception serait du plus funeste effet sur le système général de l'intérêt, en ce qu'il éterniserait dans le pays un immense emploi d'argent à un intérêt élevé , qui ferait à jamais obstacle à la baisse que les progrès de l'industrie tendraient vainement à opérer. A l'appui de cette singulière opinion, je n'ai entendu de plausible que cette observation, qui, au fond, n'est que spécieuse : L'emprunt, dit-on, est un contrat synallagmatique et où les droits et les charges sont réciproques; les prêteurs ne peuvent exiger et obtenir le remboursement ; le gouvernement ne peut donc exiger qu'ils le reçoivent.
Il y a plus d'une réponse à faire : je me contenterai de celle qui suit, et j'espère qu'on la trouvera plus persuasive que l'objection.
Les rentiers ne sont pas prêteurs : chacun d'eux a été acheteur d'une portion d'emprunt. Les véritables prêteurs, qui n'avaient prêté que pour vendre, n'ont certainement jamais eu l'idée de comprendre au nombre de leurs droits, dans le contrat, celui d'obliger l'emprunteur au x^emboursement; ils ne pouvaient mettre aucun
(' io5 ) prix à ce droit , et ils savaient bien qu'il n'aurait pas été consenti. Ils n'ont donc pas eu ce droit, et ils n'ont pas pu le transmettre.
Et en supposant le droit , qu'en peut-il résulter? C'est que le gouvernement emprunteur n'a pas celui de rembourser isolément à tel et tel rentier, attendu que le droit d'exigence de remboursement n'appartient pas à des individus, mais à la masse générale des représentans de ceux qui ont contracté l'emprunt. Ainsi le gouvernement qui a emprunté, lorsqu'il rembourse la totalité de son emprunt, ne peut tout au plus créer contre lui que le droit d'exiger ce remboursement si la demande lui en est faite par l'assemblée générale, et sans exception, de tous ceux qui ont droit à la vente. Il n'y a , certes , ni embarras, ni danger de la part des gouvernemens à reconnaître qu'une telle obligation est à leur charge.
Il ne me reste plus maintenant, pour terminer ce travail, qu'à justifier le nouveau titre que j'ai cru devoir mettre en tète de mon ouvrage. Cette apologie donnera lieu à des observations qui , par leur objet, se lient assez naturellement à toutes celles qui précédent.
Le nom d'Elémens que j'ai d'abord donné h L'économie
politique
mon ouvrage, est en opposition directe avec n'est pas uue
( io6 ) son objet. J'ai pensé en l'écrivant, et je pense encore que les principes de l'économie politique ne reposent que sur des hypothèses; qu'elle a besoin d'une masse immense de faits ; que le peu qu'elle en a recueilli est , par son insuffisance, une source intarissable de contradictions dans les conséquences pratiques qu'on en tire. J'ai imputé à ces causes les controverses qui ne cesseront de diviser les économistes tant que les faits, et tous les faits qu'il est possible et nécessaire de recueillir , ne viendront pas mettre un terme à leurs querelles; et c'est dans ce but qu'en approfondissant mon sujet avec toute l'attention et la suite dont mon esprit est capable, j'ai conçu l'idée d'un système de recherches qui m'a semblé le seul moyen de donner à l'économie politique la consistance, la précision et l'étendue qui lui manquent, et qui seules, à mon g;ré, peuvent lui mériter le rang auquel on a prétendu l'élever.
Mon ouvrage mérite donc aussi peu le titre d'élémens, que l'économie politique mérite le nom de science : celui que je lui donne répond mieux à la faible opinion que je me suis faite de l'état actuel de l'économie politique, et à la plus faible opinion que je dois me faire de mes travaux.
( io7 )
Je vomirais pouvoir changer le nom même qu'on a donné à ce genre d'étude, et si j'en avais le crédit, je lui rendrais celui qu'elle a longtemps porté et sous lequel elle a , sans éclat et sans bruit, procuré a un pays voisin des avantages incalculables, dont toutes les classes de ses habitans ont joui et jouissent encore, en ignorant peut-être la première ou du moins une des principales causes auxquelles ils sont redevables de ce bienfait.
Le premier nom que reçut l'étude des moyens L'obJet de