‹ Considérations générales sur la théorie de l'impôt et des dettesChapitre 5 sur 8 · III · texte numérisé non relu

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ne laissaient rien découvrir de précis, de certain dans tout ce qu'un observateur réfléchi aurait eu intérêt à connaître. Toutefois William Petty, par la sagacité d'un esprit pénétrant et curieux, par des rapprochemens ingénieux et des conjectures plausibles, sut attacher à ses calculs un attrait qui propagea de son temps et après lui une étude que de plus favorables circonstances ne tardèrent pas à rendre féconde en applications pratiques et en beaux et utiles résultats. Les événemens de la guerre, que suspendit la trêve de Ratisbonne, avaient dissipé les illusions flatteuses que les premiers calculs de William Petty avaient produites, et dont la vanité nationale s'était avidement nourrie. La France s'y était montrée aussi redoutable, non-seulement à l'Angleterre, mais à l'Europe entière, que l'Angleterre avait paru dépourvue, impuissante et pauvre; mais dans le cours de celle qui suivit, les Anglais sentirent le besoin de mieux connaître et de mieux apprécier tous les movens de puissance dont une nation peut et doit faire emploi au moment du danger. Un gouvernement véritable énergique, prévoyant, et qui avait besoin de S^* l'être, s'attacha persévéramment à rechercher, à p0111"^susciter sur tous les points , et en toutes choses, tous les élémens de force qu'une administration

Canse» de ses active , éclairée et vigilante pouvait en même temps et lui faire connaître et mettre habilement en œuvre. Cette époque est une des plus instructives à étudier , pour les hommes qui attachent du prix aux recherches de la science qu'on appelait alors arithmétique politique, et aux applications qui peuvent être faites de ses calculs pour assurer et accélérer les progrès de la richesse des peuples et de la puissance de leurs gouvernemens.

Je voudrais en présenter ici le tableau, mais il excéderait les bornes que je dois donner à mon travail. Je renvoie mes jeunes lecteurs à l'ouvrage de Davenant, qui a pour titre : Discourses on the public revenue. La lecture seule de l'introduction de cet ouvrage les convaincra de toute l'importance que dès lors on attachait en Angleterre aux recherches des faits, à des recherches systématiques, à des recherches faites sur une grande échelle, et ils y verront en même temps les motifs de cette importance.

Davenant avait long-temps servi l'administration du revenu public. Ses utiles et savans ouvrages prouvent ce qu'il semble qu'on n'ait jamais soupçonné ailleurs, que la science qui depuis Adam Smith est connue sous le nom d'économie politique est proprement la science

( "3) des administrations, que c'est à elle que ses travaux doivent servir, et que ce n'est que par elle qu'elle peut faire des progrès sensibles et réels.

L'ouvrage de Davenant est de 1698. Deux ^J^ST* ans avant cette date, le gouvernement avait près- e^lqô'dans senti l'utilité de ce genre de travaux ; il avait J^^toS fondé un établissement destiné à recueillir, à sJestr™Lrconsigner et à conserver tous les renseignemens ches* de fait dont Davenant dans son ouvrage donne une énumération méthodique fort étendue , et cependant encore très-incomplète. Cet établissement existe encore, et il n'a cessé qu'un trèspetit nombre d'années de remplir avec une extrême activité son importante destination, sous le nom de Board qftrade. Supprimé seulement en 1783, pour motif d'économie, il fut rerais en activité en 1786, époque d'un traité que négocia et conclut le président même de cet établissement ; traité célèbre et qui fit de nouveau sentir au ministère anglais toute l'utilité qu'il devait retirer pour la prospérité et l'industrie nationales des lumières que pourraient lui procurer les travaux constans et les recherches assidues de cette intéressante institution.

Mais ce fut au premier période de sa création que son importance se fit surtout reconnaître. L'administration anglaise venait de recevoir de

circonstances nouvelles règles , une direction plus prévoyante 1'ex.écutkmde et de plus actives impulsions. Les belles ordon-

ce s)rstème. . i u i

nances de Louis XIV et les résultats d ordre, d'industrie et de richesse que la France en avait recueillis , étaient généralement connus. Les hommes qui , à la suite de Guillaume III, avaient abandonné leur patrie pour s'attacher à sa destinée n'étaient pas imbus de ces préjugés qui font repousser toute innovation prise dans l'imitation des exemples étrangers. Ils portèrent d'ailleurs en Angleterre les principes de cette sévère et minutieuse exactitude dont la pratique et les habitudes s'étaient perdues sous les règnes qui avaient succédé à celui de la grande Elizabeth. D'un autre côté le commerce maritime qui dans les temps d'agitation s'étend et se développe par les obstacles qu'il lui faut sans cesse surmonter et par les dangers qu'il s'excite partout à braver, avait progressivement pris un grand essor : et le système colonial venait de lui ouvrir une carrière d'activité et de richesse où il convint au nouveau gouvernement de le suivre dans le double but de seconder ses efforts, et d'entrer en partage des fruits que toutes les industries doivent en recueillir.

Le premier soin du Board of trade fut de se tracer un plan de travail qui dans son objet ne

( "5) s'arrêtât à aucun temps, à aucune nature d'objet, ni à aucun lieu. Son grand but fut de se mettre en mesure par une étude constante et des recherches assidues , d'éclairer à la fois et l'industrie et le gouvernement sur toutes les voies qu'il fallait suivre pour faire prédominer en toutes choses par de bonnes et sages directions les intérêts de l'industrie nationale et ceux de la puissance publique. Dans cette vue, il dut s'attacher à recueillir partout et toujours, tous les renseignemens défait qui pouvaient déterminer la marche du gouvernement dans l'économie des rapports de sa politique extérieure et dans sa coopération soit, administrative, soit législative, à tous les actes régulateurs ou conciliateurs des droits et des intérêts souvent opposés de l'industrie et de la propriété.

Le Board fut doté dès le principe de prérogatives fort étendues. La charte de son établissement lui attribua la correspondance directe des consuls , des agens diplomatiques , des gouverneurs , intendants , administrateurs et magistrats des colonies. Ces fonctionnaires reçurent en même temps des instructions qui leur prescrivirent de correspondre avec lui, de répondre à ses demandes, de lui adresser leurs vœux et leur vues sur toutes les améliorations désirables

( >>6) et de faire parvenir annuellement au dépôt de ses archives les états de situation de production, d'importation, d'exportation, et les mouvemens de la population des lieux de leur résidence. Prérogative L'établissement fut de plus autorisé à recourir an \laniof dans tous les cas de besoin et d'utilité à l'assistance et aux conseils du procureur et du solliciteur général , le gouvernement de ce pays ne pouvant jamais perdre de vue que rien n'y doit être proposé, ni autorisé, que lorsque , après un examen approfondi, on s'est positivement assuré que le bien qu'on espère et les avantages qu'on se promet d'une innovation projetée ne sont pas actuellement, et ne devront jamais être dans l'avenir en désaccord avec des droits et des intérêts qui sont protégés par la loi.

Prérogative Mais ces attributions ne sont rien auprès de »L"e Picore, celle que le Boarcl reçut des formes mêmes de son institution. Les commissions données à ses membres furent délivrées sous le grand sceau de l'État , et dès-lors ils eurent le droit d'appeler en témoignage sous la foi du serment les personnes de tout rang et de toute classe, de qui ils pouvaient espérer d'obtenir d'utiles informations: par là, cet établissement fut légalement constitué en une sorte de commission magistrale d'enquête, et il devint en quelque sorte un pouvoir

( "7 ) médiateur entre l'industrie, la propriété et le pouvoir. Il fut pour le pouvoir un instrument de perquisition, de vérification de contrôle, à l'aide duquel il devint facile à celui-ci de s'éclairer , autant qu'il est possible à la prudence humaine de le faire , sur tous les objets d'intérêt public sur lesquels il lui importe d'être informé à temps et d'être bien informé : il fut pour l'industrie et la propriété , dans les rapports qu'elles ont avec ce pouvoir, un organe de leurs vœux, de leurs nécessités, des dommages qu'elles éprouvent, des espérances qu'elles forment et de l'assistance qu'elles ont besoin de réclamer ; et dans les rapports respectifs qui peuvent les diviser ou les unir, l'arbitre impartial des prétentions contraires, et le conciliateur des droits et des intérêts opposés.

Ces prévoyantes dispositions devaient assurer à l'industrie, à la propriété et au gouvernement d'Angleterre l'avantage inappréciable d'une suite non interrompue de recherches et d'une accumulation successive de faits recueillis avec soin , comparés et constatés sur toutes sortes de matières commerciales, maritimes, coloniales, agricoles, manufacturières: matériaux nécessaires de toute discussion législative et administrative d'un grand intérêt général.

Ces résultats n'ont manqué ni aux administrations, ni à la législature, et la prospérité actuelle de toutes les industries de ce pays , et la concordance des rapports qui en font concourir toutes les parties vers le même but, déposentenfaveurde l'habile usage que toutes les parties intéressées ont su en faire. Rien ne prouve , au reste, que ce ne fut pas dans des vues bornées que ces dispositions furent conçues , comme le choix des hommes, qui les premiers, durent concourir à la coopération de ces travaux; ils furent tous pris dans les classes élevées des plus grands propriétaires et des premiers fonctionnaires des trois royaumes; et le génie et le savoir étant dans les opinions de ce peuple placés au premier rang des propriétés du pays, on vit siéger au milieu d'eux Richard Best, habile et savant jurisconsulte; Grégory Ring, le premier arithméticien politique de ce temps, et Loke, enfin , le plus profond observateur de tous les temps.

conséquences je feraj remarquer une conséquence fort im-

histonques i *■

d'un système p0rtante du choix qui présida à cette formation.

de recherches r 1 r

persévéram- jous jes oTands intérêts politiques et sociaux

reahsees. cje l'Angleterre , de l'Ecosse et de l'Irlande étaient

représentés dans ces assemblées. L'archevêque

de Cantorbery, en qualité de premier dignitaire

( "9 ) île l'église anglicane, en faisait partie; et aujourd'hui on y voit siéger l'évéque de Londres. Il dut dès lors être établi en principe de gouvernement qu'aucune innovation ne devait être sanctionnée par des lois et des règlemens d'utilité publique qu'après un sévère examen de tout ce qui pouvait constater la légalité, la possibilité de son exécution. On devait ensuite , après un examen approfondi , se bien assurer qu'il n'en résulterait aucun dommage pour les droits antérieurs que chacun des membres qui formaient la réunion avait intérêt à défendre. Aussi quand on se demande comment il est arrivé que, dans tes déveioppemens (}ue l'industrie générale a pris dans le cours du siècle dernier, l'Angleterre a toujours devancé tous les autres peuples, que jamais elle n'a rien tenté d'incertain, que le succès a toujours couronné ses plus hardies entreprises, qu'aucune autre nation n'a mieux su saisir les occasions et mettre à profit les circonstances, ni employer de meilleurs moyens pour arriver à son but, je crois que la réponse se trouve naturellement dans les habitudes d'un système méthodique de recherches tel, et probablement meilleur que celui qui fait l'objet de mon ouvrage, et qui peu à peu ont insensiblement passé de la pra-

tique d'un grand établissement national, dans la généralité de tous les établissemens d'industrie. C'est au reste à cause de cette analogie du butdece qui a été fait en Angleterre, et de ce que j'ai écrit, que j'ai cru devoir m'étendre ici autant que je viens de le faire sur cet intéressant sujet. Le système que j'ai proposé procurerait, par suite de temps, une immense collection de faits. Celui qui a été adopté et suivi en Angleterre a mis à la disposition de l'administration anglaise une suite de plus de trois mille volumes in-folio de tables de mémoires, de plans, d'entreprises, d'expéditions, d'établissemens, de projets enfin, autorisés ou rejetés, exécutés, abandonnés ou accomplis sur toutes sortes de sujets relatifs à l'impôt , à toutes les sortes d'impôts, aux charges locales, aux charges générales , aux rapports de l'industrie avec l'autorité, à ceux des diverses branches d'industrie entr'elles, à la propriété, à ses rapports avec l'industrie, au système de l'argent, à la fabrication de la monnaie, aux changes, aux banques, au système colonial , au système offensif et défensif, à la législation des prises , à celle des canaux , des défrichemens , des desséchemens, des voies publiques, etc., etc. Et si l'on ajoute à ce trésor, conservé avec soin, méthodiquement recueilli.

et régulièrement arrangé, d'utiles et curieuses informations, la suite immense des volumineux procès-verbaux d'enquêtes parlementaires, qui, sur un sujet donné d'intérêt public, occupent habituellement pendant une durée de deux ou trois années consécutives le zèle éclairé, infatigable et désintéressé des commissions qui se forment au sein des chambres législatives dans le but déclairer les déterminations qui doivent y être [prises, on ne sera plus étonné de voir à quelle distance dans la théorie et la pratique de tout ce qui tend au perfectionnement et à l'amélioration des élémens industriels , politiques et sociaux de la prospérité intérieure et de la puissance nationale, ce peuple se trouve aujourd'hui , et doit rester long-temps en avant de tous les autres peuples.

Ce résultat comparatif m'a frappé Ions-temps véritable but

v ' r D r de ce travail.

avant qu'il fut aussi sensible qu'il l'est devenu aujourd'hui; et c'est par suite de mes premières impressions que je me suis occupé du travail qui fait le sujet de cet ouvrage. J'ai peu espéré de sa publication : j'en espère peu encore ; et en le reproduisant sous les yeux du public, je n'ai positivement en vue que l'utilité qu'en pourront retirer quelques jeunes gens avides de savoir, dont je suis les progrès avec intérêt,

qui ne peuvent, faute de méthode, que faire au hasard un incertain emploi de leur temps , et que je vois en danger de perdre, dans des travaux sans but et sans règle, tous les avantages qu'ils peuvent se promettre de l'heureux désir et du plus heureux don d'observer , ainsi que des autres précieuses dispositions qu'ils ont reçues de la nature.

C'est uniquement pour eux que j'ai fait précéder cet essai élémentaire d'une suite d'observations préliminaires sur un sujet qui occupe aujourd'hui tous les esprits. Je me suis fait une loi de me renfermer dans une pure discussion de principes théoriques, m'abstenant scrupuleusement de toute application aux questions controversées dans les pamphlets, dans les journaux et dans les Chambres législatives. Je ne puis que conseiller à mes jeunes lecteurs de ne s'occuper des objets de ces controverses , que lorsque par position ou par devoir ils seront obligés d'y prendre une part active. En général, ces sortes de débats ne sont pas sans dangers pour eux. Il y a peu d'opinions en matière législative ou de haute administration qui, pour être bien et invariablement fondées, ne demandent un grand fonds d'instruction qu'il est difficile qu'ils aient eu le temps et qu'ils se soient vus en me-

( F*3 ) sure d'acquérir , et les faits manquent à ceux même qui les adoptent avec le plus de connaissance de cause. Il entre donc presqu'inévitablement, dans la détermination de les soutenir et de les propager, des considérations étrangères aux seuls motifs de conviction qui doivent engager un esprit droit à les défendre; la susceptibilité, la vanité, l'ambition, l'intérêt, viennent trop souvent prendre la place de Y évidence; l'esprit s'habitue par degrés à moins sentir le besoin de cette lumière qui est le plus beau de tous les dons que nous devons à la bonté du créateur ; et cette habitude une fois prise, on ne voit plus les objets tels qu'ils sont; on ne met point de prix à s'en faire une idée précise et juste; on ne cherche plus à les considérer successivement sous toutes leurs faces ; et c'est ainsi. que par des notions incomplètes , des jugemens précipités et des raisonnemens sans rectitude, on parvient à fausser son esprit, on se prive à jamais volontairement de la faculté de bien penser, de discerner le bien du mal , le juste de l'injuste, et en toutes choses on choisit au hasard et les yeux fermés entre l'erreur et la vérité.

P.-S. — Le tableau de l'exploitation dont j'ai fait entrer le résultat dans ma discussion sur la

mesure de l'impôt, à la page 32, ne me semblait pas devoir faire partie de ce travail. Je crois cependant devoir le placer ici comme pièce acces- Difficuitë et soire d'information.

iùiportauce

d'une bonne Ce tableau est le résumé d'une suite de rérédaction des

séries de ponses qui correspondait à une série de ques-

questions. l * l *

tions quej'avais rédigées avec soin. Ces questions m'ont procuré toutes les informations que je désirais , et je donne ce tableau comme un exemple de ce qu'on peut obtenir d'utiles renseignemens, d'informations précises et complètes sur quelque sujet que ce soit, quand on prend la peine de comprendre dans une suite de questions méditées et rédigées avec intelligence tout ce qu'il importe de savoir sur la nature et l'ensemble des rapports de l'objet que l'on désire de bien connaître.

L'insertion de ce tableau se rapporte donc moins au sujet de cette introduction qu'à celui de mon ouvrage même, et je dois dire encore, relativement aux questions que j'ai faites et à toutes celles qu'on aura besoin de faire, que ce genre de travail , en même temps qu'il est un des plus importans du système que je propose , en est de beaucoup le plus difficile. Sur toutes les sortes de matières qui doivent être l'objet des recherches que je recommande , les ques-

tions qui appelleront les informations désirées ne doivent être faites que par les hommes qui sur ces matières réunissent le plus de savoir à une plus grande habitude de les traiter et à une expérience plus éclairée.

Je ne sais que depuis peu de jours que, sous le gouvernement qui a précédé la restauration , le projet de réaliser un système de recherches , tel ou meilleur que celui dont j'ai présenté le projet, avait été tenté, et que des hommes fort recommandables par leurs connaissances acquises , tels que MM. Léman et Desmarets , etc. , avaient été chargés de rédiger une série complète de toutes les questions qui devaient être adressées aux agens de toutes les administrations, dans le but d'obtenir d'eux des informations de fait sur tous les objets qui sont compris dans le tableau que j'ai exposé et longuement développé dans la seconde partie de mon ouvrage.

Ces deux savans se sont occupés de ce travail ; je l'ai dans ce moment sous les yeux; il est loin d'être complet; il renferme cependant d'immenses détails et il est fait dans une très-bonne méthode. Je ne fais aucun doute que tel qu'il est , s'il n'eût pas été dédaigné ou méconnu , comme il paraît qu'il l'a été par ceux qui en avaient ordonné la rédaction , et s'il avait été réa-

( i*6 ) lise clans une suite régulière de tableaux etd'instructions correspondantes à l'objet du service des différentes agences auxquelles ces questions étaient destinées , on n'eût trouvé dans les premières informations, des données suffisantes pour perfectionner par succession de temps ce système de recherches , et que par la généralité et la continuité de cette utile correspondance on ne fût plus tôt ou plus tard parvenu au grand résultat qui a été l'objet final de mon travail.

Il est vrai que par la précipitation qu'on mettait alors à finir tout ce qu'on avait entrepris, dès la première année on se fût hâté de rédiger sur des données vagues, douteuses, incomplètes, des tableaux chargés de faits et de chiffres auxquels on eût donné le nom pompeux de statistique, et on eût cru avoir obtenu beaucoup en remplaçant l'ignorance par des erreurs ou par des doutes. Il est peu à regretter que l'entreprise de réaliser un système de recherches ait été abandonnée; il est peu à désirer qu'on y revienne, si l'on ne sait pas se convaincre que pour avoir la véritable statistique d'un pays à l'aide de quelque méthode que ce soit, il faut une immensité de faits parfaitement vérifiés et que dix , vingt et trente années ne sont pas un trop long intervalle de temps pour compléter la suite non

interrompue des observations qu'un si grand et si important travail exige.

Celui des auteurs de l'ouvrage que je viens de citer n'a pas suivi sa destination; il paraît n'avoir été imprimé que par épreuves, et elles ont probablement été dispersées ou perdues. La citation que je vais faire des trois pages qui forment l'avertissement fera connaître la méthode que ces savans ont suivie, elle pourra suggérer l'idée d'en chercher une qui soit, s'il se peut, ou plus facile à suivre , ou plus complète et plus étendue.

« Il paraît convenable, avant d'entrer dans Premier essai

pratique du

les détails des chapitres oui composent ce plan, système do

recherches,

de donner une idée générale de la marche qu'on a suivie pour la distribution des matières, et surtout de faire connaître les motifs qu'on a eus pour le préférer à tout autre. Cette marche paraît se conformer d'autant mieux à l'enchaînement des matières, qu'il est facile de s'apercevoir qu'on a toujours voulu passer du général au spécial, du simple au composé, et des causes aux effets; de telle sorte que la connaissance de la méthode peut suffire pour trouver, dans le corps de l'ouvrage, quelque matière que ce soit, sans avoir besoin de consulter une table alphabétique.

« Ainsi , le premier chapitre comprend toute

( «8) la géographie physique ; on y traite d'abord de l'air, ensuite de la terre, des montagnes, des vallées, des côtes, puis des eaux, ensuite des productions spontanées dans leur état brut , en commençant par le règne minéral et la géologie; en passant ensuite aux végétaux indigènes , parmi lesquels on n'indique que ceux qui sont vraiment remarquables , soit par leur abondance, soit par leur utilité, soit enfin comme particuliers au département, et terminant enfin par les animaux non domestiques, sur lesquels on se renferme dans les mêmes bornes. Le règne animal conduit à parler de l'homme, mais dans un chapitre séparé qui est le second.

« Là l'homme est considéré d'abord physiquement ; on traite du nombre des individus , de leur tempérament , de leurs maladies , etc. Il est considéré ensuite moralement ; on fait connaître ses mœurs , son langage , ses dispositions naturelles.

« Le troisième chapitre est , à proprement parler, une suite du second; on y voit l'homme dans l'état de société; on y retrace rapidement les différens événemens qui ont influé sur sa condition comme citoyen , et après avoir décrit en peu de mots les modes d'administration auxquels il a été soumis , on traite plus en détail de celui qui le régit à présent, en partageant ce

C la9 ) sujet en autant de sections qu'il y a de branches principales dans l'administration , savoir : l'administration proprement dite , l'état ecclésiastique, l'autorité militaire, l'instruction publique, les établissemens de bienfaisance, l'ordre judiciaire et les diverses parties de la finance. L'objet de ce troisième chapitre, que Ion avait d'abord désigné sous la dénomination peu précise OC état des citoyens, a paru mieux caractérisé par celle (Miistoire et administration. Il a semblé que la division du territoire (\u déparlement en arrondissemens, en cantons et même en communes, étant un produit des lois, c'était seulement dans ce chapitre qu'il convenait de la placer, afin de bien séparer de ce qui est le produit nécessairement variable des institutions humaines, ce qui est invariable comme la nature. Ce troisième chapitre a donc essentiellement pour objet la géographie politique.

« La géographie industrielle fait l'objet du quatrième et du cinquième chapitre. L'un traite de l'industrie agricole, l'autre de l'industrie manufacturière et du commerce. On parle, dans le quatrième, de la distribution de la propriété, ce qui le lie étroitement avec le précédent ; de de la composition des domaines, de la nature du sol, des végétaux cultivés; et à cette occasion

on donne la division du territoire par espèces de culture. On traite aussi, dans ce chapitre, des animaux domestiques , en ayant égard à leur nombre, à leurs usages et à leur traitement en santé ou en maladie. On s'occupe des diverses sortes de chasses ou de pèches, des soins qu'exigent les abeilles, les vers à soie, etc.; on décrit les constructions rurales et les instrumens aratoires; on fait connaître les conditions des baux; enfin on donne l'évaluation des produits nets de l'agriculture, en faisant la balance de la valeur des produits bruts et du montant des dépenses. La police rurale forme une section particulière de ce chapitre.

« Dans le cinquième , on indique la quantité et la valeur des productions du sol qu'exige la consommation intérieure , et ce qui est employé pour les manufactures du département; on décrit ces manufactures , en les divisant suivant le règne auquel appartiennent les matières qu'elles mettent en œuvre, et traitant d'abord des mines et des carrières, puis des fourneaux, des forges, et après , de l'emploi des matières minérales extraites ou importées; ensuite on s'occupe des filatures, des fabriques d'étoffes, des corderies, des papeteries, des tanneries, des soieries et de toutes les fabriques qui mettent en œuvre les

( »3i ) matières animales ou végétales ; on en calcule le produit brut et net, et l'on indique le nombre d'hommes qu'elles emploient. On passe ensuite au commerce proprement dit, on expose les moyens par lesquels il débarrasse le département des productions surabondantes de son sol et de son industrie, et comment il remédie aux défauts de ces deux parties s'il y a un commerce de spéculation , d'entrepôt ou d'expédition indépendant du commerce nécessaire, on le décrit. Enfin on parle de ce qui a été fait ou institué pour faciliter le commerce , notamment des canaux, des ports, des routes, des banques, des poids et mesures, des marchés, etc.

« Cet enchaînement de matières paraît avoir des avantages réels, et il serait à désirer que l'on s'en écartât le moins possible , si ce n'est cependant pour rapprocher encore plus certains détails des sous-divisions auxquelles ils appartiennent naturellement, et surtout en ne perdant pas de vue la distribution générale en séo^raphie physique , politique et industrielle , dont le principe essentiel est de décrire d'abord le pays comme s'il était inhabité, de faire connaître ensuite ses habitans, puis la manière dont ils sont gouvernés, et enfin les travaux auxquels

ils se livrent ou ceux que le gouvernement a faits pour faciliter leurs relations. »

Tableau d'une Je reviens au tableau (le l'exploitai ion que j'ai

bonne exploi- . , T ■ ,. > . . -, • , .. v »> 1 i-

tatiou agri- cite. Je 1 msere ici tel queje le dois a I obligeance de l'habile agronome qui a bien voulu me le communiquer. Je le ferai suivre de quelques observations qui termineront cetteintroduction. J'ai annonce que le système d'assolement de cette exploitation comprenait vingt années, et que sur son étendue de quatre cents arpens, neuf différentes cultures se succédaient dans des séries d'années qui étaient déterminées par le système de l'assolement et sur des portions de territoire dont la mesure y était aussi déterminée. Le tableau de l'exploitation se compose ainsi d'une table d'assolement et de neuf tables de culture.

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