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OBSERVATIONS SUR LES ANTITOXINES

Les Archives de médecine navale et coloniale de 1893, dans un article du docteur Rangé, chef du service de santé du corps expéditionnaire du Dahomey, nous fournissent des observations sur le traitement du tétanos par l’antitoxine, qui fut institué à la suite du décès presque subit d’un lieutenant d'artillerie. Le docteur Rouch avait reçu un tube de sérum sec pour injections préventives, de la part de M. Roux, de l’institut Pasteur. Le hasard voulut que ce docteur Rouch fat l’un des sujets de cette étude, étant aux ambulances pour une fracture de la rotule, suite de coup de feu.

Cinq blessés furent inoculés à l’antitoxine comme traitement préventif du tétanos. Les uns reçurent une, deux, trois inoculations successives; un seul fut atteint par le tétanos. Mais, avant de citer son observation, donnons auparavant un cas d'apparition subite qui se manifesta chez un soldat dans Ja soirée du jour où l’on avait commencé la série d'expériences sur les cinq autres blessés.

Observation I

P..., soldat de la légion étrangère, blessé à la jambe au combat du 5, devant Cana, était arrivé à l'hôpital le 7 au soir. L'absence

— AT — de réaction fébrile, l’état général excellent du sujet, son énergie, firent ajourner la question de l’amputation. La jambe fut placée dans une gouttière; la lésion siégeant sur la face antérieure de la région jambière, il était facile de nettoyer la plaie sans imprimer de mouvement aux fragments. En faisant la toilette de la plaie, nous retirâmes, en même temps que de petites esquilles, le culot en bois de la balle du fusil Sniders.

Ce projectile est creux et il est obstrué à sa base par un disque conoïde en bois de 8 millimètres de hauteur sur 11 millimètres de grande base et 7 de petite.

Nous dirons que les premiers symptômes s'étaient manifestés le J'au soir. Bien que l’antitoxine offre, comme actions curatives, des doutes sérieux sur le tétanos confirmé, peut-être pouvait-on espérer, en l'employant dès le début, transformer le tétanos aigu en tétanos chronique et augmenter ainsi les chances de guérison. Ce fut dans cet espoir que nous fimes à P... deux inoculations d’antitoxine le 10 novembre et deux le 11, la petite quantité de sérum mise à notre disposition ne nous permettant pas d'en user plus largement. En même temps, on donna du chloral à la dose de 8 grammes par jour.

Les secousses se localisèrent, elles devinrent moins fréquentes, mais toutefois ne disparurent pas complètement et le malade succomba sept jours après le début des premiers symptômes.

Observation II

(Prise à la suite de la première dans ie même sujet sur le tétanos)

Blessé comme le précédent, au combat de Cana, B... entrait le 7 novembre à l'hôpital, il était atteint d'un coup de feu à la région moyenne et interne de la jambe droite. Le

Pr qe projectile avait passé derrière le tibia, puis avait rencontré le péroné et l'avait fracturé à la partie moyenne. Cette balle avait été extraite le 8 novembre par une contre-ouverture.

Trois jours après sa blessure, dans la soirée, le malade se plaignit de roideur du cou et de gêne dans la mâchoire. Des injections d’antitoxine, que lon avait instituées seulement la veille de l'apparition du tétanos, furent continuées et le traitement au chloral prescrit.

Les résultats furent nuls, les accidents s'étaient aggravés, et, voulant donner à notre blessé de nouvelles chances de guérison, ‘bien aléatoires il est vrai, nous pratiquâmes l’amputation de la jambe.

L’ablation du foyer des toxines tétaniques ne fut suivie d’aucune amélioration. Les contractions se reproduisirent pendant la nuit, puis dans la journée du 12; le malade succomba dans la nuit du 12 au 13 novembre.

Observation III

(Revue de Hayem) Service de M. Barru à l'hôpital Broussais

(Observation recueillie par M. Mazet, interne)

P.... (Charles), vingt-deux ans, ouvrier électricien, est tombé malade le 9 janvier 1893; le matin de ce jour il est pris, sans cause connue, de contraction des muscles de la mâchoire; il y a de la contracture des muscles de la nuque.

14 janvier. — Il est reçu à l'hôpital. Il ne peut ouvrir la bouche, ni fléchir la tête. La déglutition se fait facilement, les parois abdominales sont un peu raides, la sensibilité est intacte et les réflexes normaux.

On ne constate sur le corps, ni plaie, ni contusion. Les

AD dents et les gencives sont en très mauvais état, et la bouche exhale une très mauvaise odeur.

La langue, que l’on peut encore examiner, est blanche au milieu et rouge sur les bords. L'urine est normale. T. : matin, D 197; SOIT, -3809,

On prescrit chloral et bromure de potassium, deux bains de vapeur par jour.

16. — Les contractions persistent et s'étendent aux muscles dorso-lombaires. Après avoir bu, le malade est pris d’un sSpasme des mâchoires avec constriction du pharynx, puis surviennent les crachements convulsifs.

On fait des injections de morphine, et M. Barth fait demander du sérum antitoxique à l’Institut Pasteur. On injecte dans le tissu cellulaire du dos et des cuisses 150 cc. de sérum en trois reprises. Le sérum a un pouvoir immunisant de 10 millions. T,.: matin, 37°2 ; soir, 37°6.

17. — Le matin, injection de 50 cc. de sérum. Le malade va mieux, la parole est plus facile, les yeux plus attentifs, les mâchoires moins contractées, la nuque est moins raide. Il ya de lhyperesthésie cutanée. T.: matin, 38°2 ; soir, 390. A onze heures et demi du matin, nouvelle injection de 50 cc. de sérum.

18. — Le trismus est moins prononcé, les contractures du tronc persistent, mais sans innovation, la déglutition est facile. Le malade peut tourner la tête. L’hyperesthésie cutanée est toujours très marquée. T.: matin, 38°8; soir, 38°2.

19. — Nuit plus agitée. État stationnaire. T. matin, 374; soir, 36°8. Injection, 30 cc. de sérum.

20. — Plusieurs crises de contractures. Sueurs assez abondantes. T.: matin, 36°; soir, 36°8.

21. — Nuit précédente agitée, les contractures du tronc persistent. Injection de 30 cc. de sérum. T.: matin, 36%;

soir, 36°4.

SMED

29. — Agitation assez grande pendant la nuit, sueurs; les contractures diminuent. T.: matin, 36°6 ; soir, 36°4. 93. — Urlicaire généralisé, surtout marqué aux membres

inférieurs et à l'abdomen ; les contractures ont presque disparu.

Du 23 janvier au 3 février. — L'amélioration continue. Cependant, le 27 janvier, il a un accès de contracture des mâchoires après avoir bu.

Pendant toute cette période, la température reste au voisinage de 36°.

La convalescence s’est faite régulièrement.

Le 6 février. — A la suite d’une constipation, il y a eu un petit accès de fièvre: le soir, 38°9 ; la température était normale le lendemain.

Les contractures ont disparu complètement vers le 10 février.

En résumé :

Pas, de traumatisme connu, mauvais état des gencives et des dents.

Durée de l’incubation : inconnue.

Durée de la maladie : 30 jours (guérison).

Le traitement a été commencé le septième jour de la maladie.

Quantité de sérum injecté : 300 centimètres cubes.

Pouvoir immunisant du sérum: dix millions.

Guérison.

Le sang, recueilli le 17 janvier, après que le patient a reçu 250 centimètres cubes de sérum, est antitoxique à raison de 10 parties de sang pour une de toxine et peut-être à dose plus faible encore ; un centimètre cube de ce sang immunise solidement un cobaye contre un centimètre cube de toxine très active.

Le sang, recueilli le 21 janvier, après que le malade à reçu

Re 270 centimètres cubes de sérum, est antitoxique à raison de deux parties de sang pour une de toxine. On n’a pas essayé d’autres proportions.

Le sang, recueilli le 20 février, lorsque le malade est guéri, trente-sept jours après la dernière injection, est antitoxique à raison de 20 parties de sang pour une de toxine. Il immunise une souris du poids de 15 grammes à la dose de 1 centimêtre cube. |

-Observation IV

Service de M. Letulle, à l'hôpital Saint-Antoine. Observation recueillie par M. Nicole, interne.

F..: (Désiré), âgé de vingt-trois ans, jardinier, s’est blessé au médius de la main droite, le 19 octobre 1879, avec un carreau de vitre d’une serre. Il continue à travailler sans protécer la plaie, et reste bien portant jusqu’au 2 novembre. Dans

‘la matinée de ce jour, il ressent dans la nuque et les lombes une raideur douloureuse qui Poblige à se mettre au lit.

Le 3 novembre, au réveil, trismus permanent sans dysphagie. j

A dix heures du matin, il est admis à l'hôpital, il monte l'escalier avec laide de l'infirmier, la démarche est raide, la tête est rejetée en arrière. La plaie sièe à la face dorsale du médius de la main droite, au niveau de l'articulation de la deuxième et de la première phalange. Elle est longue de deux centimètres, large d’un centimètre, elle est sale et suppure abondamment. Une fois lavée, elle se montre peu profonde, d'aspect, blanc grisâtre, sans bourgeons charnus. L’articulation sous-jacente ne contient pas de liquide épanché, les mouvements se font facilement. La plaie n’est pas douloureuse.

Cette blessure est la seule que l’on constate sur le corps.

SOS La tête est renversée en arrière en extension exagérée, le malade ne peut la relever ; lorsqu'on essaie de soulever la tête, le tronc se soulève avec elle.

Cette raideur est très douloureuse et s’exagère au moindre mouvement. Il en est de même de la raideur des lombes et du trismus. La déglutition se fait bien, les liquides sont facilement absorbés. Les membres supérieurs et inférieurs sont absolument libres. Il n’y a pas de spasmes généralisés du train ; jusqu'ici les contractures sont localisées. Le malade est remarquablement musclé.

T. : 37°3 à dix heures du matin; 37°7 à cinq heures du soir.

On administre le chloral, 10 grammes à prendre dans la journée.

4 novembre. — À trois heures du matin, secousses convulsives dans le membre supérieur droit, elles s'étendent bientôt au bras gauche et aux jambes. Dans la matinée, par moment, le tronc se met en arc, et ne touche le lit que par la nuque et les fesses. Tremblement général. Les membres inférieurs sont dans l’extension, les membres supérieurs raidis exécutent des mouvements excessifs de flexion et d'extension, les poings fermés. Les crises sont séparées par des intervalles de repos plus ou moins longs. La connaissance est conservée, le malade souffre beaucoup et pousse des gémissements et des cris pendant les spasmes. Il refuse de se laisser amputer le doigt; il parle avec volubilité. Dans la journée, la contracture des membres disparaît. Au chloral on ajoute une injection de 1 centigramme de chlorhydrate de morphine, qui amène un sommeil entrecoupé de réveils avec secousses du tronc etraideur des membres. A trois heures et demie, on faitune injection de 27 cc. de sérum de cheval, dont le pouvoir immunisant est de 1 million. Le patient est somnolent: trismus, la raideur des reins et de la nuque sont toujours très marqués, À cinq heures, T. 3809. Injection de 50 cc. de sé-

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rum à cinq heures et demie. À sept heures et demie, T. 39c5. Nouvelle injection de 50 cc. de sérum à huit heures un quart. À dix heures du soir, état stationnaire, la somnolence persiste, de temps en temps le malade boit du lait.

5. — La nuit du 4 au 5 novembre a été très agitée, les spasmes ontété de plus en plus fréquents, presque incessants. Le patient pousse souvent des cris. A huit heures du matin, T. : 4006. P.: 160. À dix heures, même état, sueurs abondantes sur tout le corps, injection de 50 cc. de sérum. Aprèsmidi, délire, convulsions généralisées à tout le corps, excepté aux membres supérieurs. Dans un spasme, le patient se mord la langue. Sueurs abondantes. À une heure et demie, face cyanosée, écume sanglante auxlèvres, délire loquace. La mort survient à deux heures. L’autopsie n’a pu être faite.

En résumé :

Traumatisme : plaie à un doigt par un éclat de verre.

Durée de lincubation : Quatorze jours.

Durée de la maladie : Trois jours (mort).

Le traitement a été commencé le deuxième jour de la maladie.

Quantité de sérum injecté : 274 ce. £

Pouvoir immunisant du sérum : un million.

Da sang recueilli avant le commencement du traitement a été injecté à une souris (1 cc. 1/2) qui est restée bien portante.

Le 4 novembre, de trois heures à neuf heures du soir, le malade a reçu 127 cc. de sérum. Le sang, recueilli à onze heures du soir, est antitoxique à raison de trente-cinq parties de sang pour une de toxine. Il ne l’est pas dans la proportion de quinze parties de sang pour une de toxine. Le sang recueilli douze heures après, avant que l’on fasse de nouvelles injections thérapeutiques, est antitoxique à raison de douze parties de sang pour une de toxine.

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Observation V

Service de M. Th. Anger, à l'hôpital Beaujon. Observation recueillie par M. Donnay, interne.

Le Cun..., âgé de vingt-sept ans, a été renversé le 11 octobre 1892, par une locomotive ; il est conduit à l'hôpital où l’on constate les lésions suivantes : 1° à la tête, plaie allongée en fer à cheval de 7 à 8 centimètres de longueur, mâchée sur les bords, siégeant au niveau du pariétal droit ; plaie audessus du sourcil gauche : plaie de la paupière supérieure gauche ; 2° aux membresinférieurs : extrémité du pied gauche écrasée, les trois orteils médians sont presque complètement détachés ; ils sont insensibles et froids; au pied droit, légères écorchures superficielles; 3°aux membres supérieurs : écrasement des trois doigts médians des deux mains, les deuxièmes et troisièmes phalanges sont écrasées, mais encore adhérentes et vivantes. Dès son entrée, les plaies sont lavées au sublimé au 1/1000 ; deux bains antiseptiques des parties lésées sont données et les blessures sont recouvertes d’un pansement humide au sublimé.

La plaie pariétale et la plaie sourcilière sont suturées, et un pansement sec à l’iodoforme est appliqué dessus. La cicatrisation de ses plaies est régulière et complète au bout de huit

jours.

18 octobre. — Les orteils sphacélés se sont détachés. 19. — Le malade s’aperçoit, en bâillant, que sa mâchoire

était raide et qu’il ouvrait la bouche avec difficulté. Le soir, sa tête, au niveau de la grande plaie pariétale, était, disait-il, comme morte ; de plus, il a une vive douleur au creux épigastrique. Pendant la nuit, plusieurs accès douloureux de contracture. T. : 36°8.

SAIT CEE

20. — Signes non douteux de tétanos. Trismus, les màchoires ne s’écartent plus. Le malade articule difficilement, les muscles de la face, contractés, donnent au visage l’expression du rire sardonique. Les muscles du cou, y compris le peaucier, sont contracturées. Les muscles sacro-lombaires et abdominaux sont raidis. Les membres sont libres. Le front est couvert d’une sueur froide. Lavage des plaies avec une solution de sublimé au 1/1000; pansement humide avec la même solution, L’amputation du foyer tétanique n’a pu être tentée, élant donné la multiplicité des plaies et l'absence de symptômes désignant le lieu de culture du bacille (cependant la plaie du pied gauche paraissait plus douloureuse que les

autres). À onze heures et demie, saignée de 350 grammes au bras droit. Injection dans le tissu cellulaire sous-cutané de 1,200 grammes de sérum artificiel. Ce traitement est suivi d’un soulagement notable, accusé par le malade, mais les contractures n’ont pas diminué. Les paroxysmes douloureux persistent; les spasmes laryngés et pharyngés ne se reproduisent plus. Chloral, 4 grammes en potion. À huit heures et demie dtsoir, P.4:38°3:

A neuf heures du soir, on injecte en plusieurs points (fesses, régions dorsale, cuisse) 50 cc. de sérum de cheval dont le pouvoir immunisant est de 1 million. Après l'injection, la température est, à neuf heures et quart, de 38; à dix heures, de 38°4; à onze heures, de 378; à minuit de 38°2. On fait une injection de 50 cc. de sérum dans le dos et aux fesses. Ace moment, il ya des spasmes très douloureux des muscles de l'abdomen, du dos, des mâchoires. Après la deuxième injection, dans la nuit, la température à varié de 37°5 à 378. Le malade dort une demie heure vers trois heures du matin.

91. - Même état que la veille. Traitement: 15 grammes de chloral en lavement, piqûre de 1 centigramme de morphine. A dix heures du matin, injection de 50 cc. de sérum dans le

— "56" = tissu cellulaire du dos. La température monte rapidement; à huit heures du soir, nouvelle injection de 70 cc. de sérum dans le tissu sous-cutané, au niveau de la poitrine. Le tétanos reste limité aux mêmes muscles. À minuit, la température est descendue à 38°5.

29. — Pour la première fois, on observe des crises tétaniques dans les membres. Ces crises sont douloureuses et se rapprochent. Pendant les spasmes, le malade est secoué par un tremblement qui ébranle le lit. Température à trois heures du matin, 37°2; à neuf heures du matin, 38°3; à dix heures, injection de 40 cc. de sérum. Le malade devient plus calme: température à midi, 37°6. À sept heures du soir, mieux sensible, la mâchoire peut s'ouvrir. La contracture du dos et du cou parait avoir cessé. Injection de 45 c. c. de sérum. Après l'injection, l’état s'agrave. Crises convulsives très fortes et rapprochées ; de sept heures à dix heures, il y a eu trois crises très douloureuses. À une heure du matin, quatrième crise très forte. Température à sept heures et demie, 37°8; à minuit, 3897.

23. — A la visite du matin, le malade est très agité, il change sans cesse de position et se plaint d’une grande fatigue ; il demande à être couché sur le dos. Jusqu'ici le malade se tenait sur les genoux. On continue l’administration du chloral et de la morphine à cause des souffrances qu’endure le malade.

A dix heures et demie du matin, on fait une injection de 50 ce. de sérum. L’agitation est plus prononcé ; les secousses se renouvellent toutes les cinq minutes. Contractures et spasmes cloniques des membres inférieurs, surtout au niveau du pied blessé. De midi à deux heures, trois fortes crises. Vers trois heures, le malade s'endort; à six heures, injection de 55 cc. de sérum ; le malade dort de nouveau jusqu’à huit heures du soir. La nuit est très mauvaise. La température a

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