‹ Considérations générales sur le tétanosChapitre 8 sur 38 · BACTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

BACTÉRIOLOGIE

Nous avons puisé longuement, pour l'exposé de cette étude, dans les leçons faites, pendant le semestre d'hiver 1894, par le savant professeur d'anatomie pathologique, M. le docteur Kiener.

Nous avons ajouté des observations que nous avions recueillies dans divers auteurs et diverses publications et que nous avons cru devoir transcrire.

PREMIÈRES RECHERCHES EXPÉRIMENTALES, — Les preuves physiologiques de la nature infectieuse du tétanos sont basées sur les résultats fournis par les expériences, instituées dans le but de démontrer la possibilité de communiquer le tétanos aux animaux, au moyen d’inoculations faites avec des substances tétanigènes.

rte INOCULATION Du PUS (CARLE ET RATTONE, 1884.) — C’est dans ce sens que furent faites, avec succès, des expériences par Carle et Rattone.

Ces auteurs, ayant inoculé des lapins avec du pus d’une plaie tétanique, déterminèrent chez eux le tétanos. Ces résultats établissaient nettement les propriétés tétanigènes des tissus pris, chez les animaux tétaniques, au niveau

de la plaie.

En transportant, sur d’autres lapins, du pus des premiers, ils obtinrent encore des résultats positifs. La maladie fut plus

rapide, ainsi que le dénoûment.

INOGULATIONS ÉCHOUENT (au 3° ou 4° passage). — De nouvelles inoculations tentées avec du pus de ces derniers n’a-

menèrent aucun résultat.

DIFFUSION DE L’AGENT TÉTANIQUE DANS LA NATURE. INO- CULATIONS DE LA TERRE ET DES EXCRÉMENTS DES RUMINANTS, PAR NICOLAIER, 1885. — La découverte de l'existence du virus tétanique, dans certaines espèces de terres, remonte: à l'année 1885, époque à laquelle Nicolaier s'aperçoit, en faisant l'étude des microorganismes du sol, que les inoculations faites avec la terre des rues et des champs déterminaient chez les animaux une maladie présentant beaucoup d’analogie avec le tétanos.

Des injections de divers échantillons de terre donnèrent des résultats positifs.

Beumer, dans une série d’expériences, chercha à établir quelles étaient les terres qui possédaient la plus forte puissance télanivène, et parvint à démontrer que les terres les plus virulentes étaient celles’ qui contenaient des matières organiques en putréfaction, celles contenant du fumier, des excréments de cheval et de vache. En se basant

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tout à la fois sur ses recherches expérimentales et sur ces observations cliniques, Beumer affirme que le tétanos humain et le tétanos expérimental sont identiques.

Dans le courant de la même année, Nicolaier répète l'expérience de Carle et Rattone, inocule 88 lapins et souris avec du pus provenant de la plaie d'animaux morts du tétanos et réussit à provoquer cette affection chez 66 de ces animaux.

DECOUVERTE DE BACGILLE, par Nicolaier, 1885. — C'est dans le courant de l’année 1885 que Nicolaier découvre le

microbe du tétanos ; il découvre, au milieu de microcoques

et de bacilles de diverses espèces, un petit bâtonnet long et mince, dont une extrémité, renflée, contenait une spore.

La forme de ce microbe est comparée à une épingle.

Des tentatives faites par Nicolaier pour obtenir des cultures pures de bacilles ne donnèrent aucun résultat.

Malgré cet échec, se basant sur les résultats positifs qu'il avait obtenus en faisant les inoculations précitées, Nicolaier conclut que ce microbe vivait à l’abri de l'air, était anaérobie.

ISOLEMENT DU BACILLE, PAR KITASATO. — Ce ne fut qu'en 1889 que Kitasato isola le microbe du tétanos. Pour obtenir des cultures, Kitasato ensemença des tubes de sérum coagulé avec le pus d'un homme tétanique, et les laissa pendant qua-

rante-huit heures à l’étuve à 38°.

Il s’assura alors que les cultures renfermaient le bacille de Nicolaier, après quoi il soumit ces cultures pendant une heure à une température de 80°. Seuls, le microbe tétanique et le vibrion septique (œdème malin) résistèrent. Pratiquant alors des inoculations à divers animaux, les résultats furent concluants.

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Ces bacilles peuvent se cultiver très facilement dans Pagar, la gélatine peptonisée et le bouillon, à la condition que ces milieux soient légèrement alcalins; ils liquéfient lentement la gélatine ; ils ne liquéfient ni l'agar ni le sérum. Si l'on ajoute à l'agar ou la gélatine 1 1/2 ou 2 pour 100 de glucose, ces bacilles se développent avec une grande rapidité.

Dans les cultures, faites par piqûre en gélatine, les bacilles tétaniques commencent à se développer à une profondeur d'environ deux travers de doigt, au-dessous de la surface libre de la gélatine. Le développement se fait le long du trajet de l’aiguille, sous la forme d’un nuage, disposé d’une façon élé-

gante, autour de la piqûre.

RÉSISTANCE DES GERMES. — Une des propriétés, les plus remarquables des germes tétaniques est leur puissante vitalité.

Carle et Rattone, après avoir déterminé le tétanos chez des animaux, en les inoculant avec des tissus pris dans la plaie d’un tétanique, conservèrent une émulsion faite avec ces tissus, dans un vase clos maintenu à une température de 0°; au bout d’un mois, cette émulsion n'avait rien perdu de sa puissance télanigène primitive.

Nicolaier cite que la chaleur ne détruit les germes tétaniques que lorsqu'elle est suffisamment élevée.

Cet auteur a dû soumettre les terres tétanigènes à une température de 190°, pendant une heure, pour arriver à détruire les germes tétaniques qu’elles renferment.

Sanchez Toledo, parlant de la résistance des microbes tétaniques, donne que les spores résistent trois heures dans la liqueur de Van Swieten et deux heures à l'acide phénique au 9 pour 100. Ailleurs, on trouve que ces microbes résistent à l’acide phénique juqu’à huit heures.

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Du coton imbibé de culture, mis dans un tube scellé à la lampe, conserve pendant très longtemps sa virulence. La conclusion à retirer de cette résistance est qu’une plaie tétanique est, par ce fait, fort difficile à aseptiser.

ESPÈCES ANIMALES RÉCEPTIVES. — Les animaux susceptibles de contracter le tétanos, avec le plus de chance, sont les souris, les rats, les cobayes, les lapins, les moutons : les trois premiers deviennent facilement tétaniques; aussi se sert-on d'eux, en général, pour les expériences.

Aïnsi il est admis qu’une goutte de bouillon de culture tue une souris; 1/2 ou 1/5 de ce. tue les rats et les cobayes; 4 cc. tue un lapin. Pour tuer un mouton, il faut 4 cc.

Le chien avait été considéré par Nocard, Rosenboch, Vaslin, comme réfractaire au tétanos. Alors même qu’il offre un terrain réfractaire, on parvient aussi à le rendre tétanique.

Kitt et Weyl l’auraient tétanisé avec des cultures pures de bacille de Nicolaier, en notant une période d'incubation qui n'aurait pas été inférieure à quatre jours. Sanchez Toledo et Veillon ont constaté qu'il faut, pour inoculer un chien, des doses de culture pure dix fois plus forte qu’au cobaye.

Kitt a pu rendre tétanique le cheval en employant des cultures pures de bacille tétanique.

La poule est encore réfractaire, toutefois elle contracte le tétanos par inoculation ; la dose employée de culture doit être pour elle dix fois plus forte que pour un cobaye.

Kitt a encore tétanisé le mouton au moyen de cultures pures.

Notons, en passant, que plus l’inoculation en général est courte, plus la maladie est violente et mortelle.

LIEUX D'INOCULATION. — Les expérimentateurs ont inoculé

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aux animaux le virus tétanique en des points divers. Voyons

le résultat de ces intoxications par des portes d'entrée diverses.

1° La peau. — a) La peau intacte ne résorbe pas le virus tétanique, Sanchez Toledo et Veillon, rasant la peau d'un cobaye, frottèrent énergiquement la surface rasée avec des tampons imprégnées de cultures pures de bacille tétanique, sans obtenir de résultat.

b) La peau intéressée peut être une porte d'entrée aux bacilles, encore faut-il que la lésion présente certaines conditions d’anfractuosité. Sanchez Toledo et Veillon, pratiquant des scarifications très légères et très superficielles, sur la peau du ventre des cobayes, les arrosent avec une culture pure du bacille du tétanos : la moitié de ces animaux contractèrent la maladie. Il faut attribuer l'insuccès à ce que, le bacille de Nicolaier étant anaérobie, l’air gêne son développement. L’expérience suivante confirme le fait: des cobayes auxquels on avait pratiqué de mouchetures, sur lesquelles on avait mis du collodion, devinrent tous tétaniques. Il est évident que, si la peau est intéressée sur une grande surface, le bacille courra plus de chance de trouver quelque anfractuosité pour pouvoir se développer à l'abri de l'air. =

2 Le tissu musculaire sous-cutané. — Ce sont les injections, dans le tissu musculaire sous-cutanée, qui engendrent le plus fréquemment le tétanos; c’est en introduisant de la terre dans le tissu sous-cutané que Nicolaier produisit le premier le tétanos expérimental.

3 Les muqueuses. — a) Voies digestives. — L’absorption par l'estomac des toxines ne donne lieu à aucun symptôme tétanique.

b) Voies respiratoires. — Sormani, par des expériences concluantes, aurait démontré que le bacille du tétanos pouvait impunément pénétrer dans les voies respiratoires. Nico-

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laier aurait injecté de la culture pure dans le nez et dans les bronches d’un animal, sans pouvoir le rendre tétanique. |

c) Conjonctive. — On à pu impunément déverser, sur la conjonctive, des cultures pures télaniques, sans rien produire.

4 Injections intra-veineuses. — Des expériences faites par Kitasato, par Sanchez Toledo, par Veillon, ont démontré que les injections intra-veineuses, faites avec des cultures pures, déterminaient nettement le tétanos.

5° Injections intra-péritonéales. — Larger à inoculé, par ce genre d'inoculation, à des lapins, des cultures pures du bacille; Sanchez Toledo et Veillon ont ésalement, par voies intra-péritonéales, inoculé des cultures à ces mêmes animaux ; les résultats ont été positifs, dans les deux expériences.

6° Injections dans le canal rachidien. — Carle et Rattone ont obtenu des résultats positif en faisant des inoculations dans le canal rachidien, avec des tissus pris dans une plaie tétanique.

7° Injection de la moelle épinière. — Ferrari, en employant des cultures faites avec le sang et le liquide céphalorachidien de sujets tétaniques, et en pratiquant des injections dans la moelle épinière, obtient des résultats positifs.

8 Injections intra-crâniennes. — Ce genre d'injection est celui qui paraît être un des meilleurs et le plus rationnel, car le bacille, considéré comme anaérobie, se trouve par ce fait éloigné de toute action de l'air; et, en second lieu, parce que les toxines sécrétées par le bacille sont directement transportées, et en contact immédiat avec les centres nerveux. Quand, au contraire, on fait pénétrer les virus tétaniques par voie sous-cutanée, les toxines élaborées au point d'inoculation sont entrainées par le torrent circulatoire et se répartissent dans les différentes parties de l'organisme; la

ao quantité de ces toxines qui parvient aux centres nerveux . peut donc parfois être insuflisante pour provoquer ce tétanos.

Errer LOCAL, MARCHE DES CONTRACTURES. — Les muscles les plus voisins de l'inoculation se contracturent les premiers, puis les membres et la moitié du corps du côté où à eu lieu l'inoculation, la généralisation se fait après; les muscles respirateurs se prennent en dernier lieu; enfin, la mort survient conséquemment.

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