CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. M
£ Rhinoceros Rhinoceros Rhin Rhinoceros Rhinvceros ‘poque Javanus sumathrensis indicus stmus bicornis chleile de Java. de Sumatra, de l'Inde. d'Afrique d "Afrique. Rhinoceros Rh. protichorhinus Rhin. tichorhinus Quaternaire. de de [x caverne de Sibérie, Lunel-Viel . | de Long hole. d'Abbeville.
PI. CDS Here | Rhinoceros protichorhinus €etslocene . . pe ri À GbERe F Le Velay.
u OTJOLk . l Rk. lepterhinus Rhinoceros du Plaisantin. | elruseus Pliocene ” du Val d'Arno
| Rhin megarhinus de Montpellier .
Rhin. palrindicus | de l'Inde |
Miocène Rhinoc. Pense
des M? Sewalik.
supérteur. | Rhix. plabyihinse
de l'Inde.
nr tee el AUTRE
Rhinoceros sansaniensis de
Miocen e
# Li Rhinoc. Schlerermaxcheri
soil :
Rhinoceros probichorhinus ?
du Val d'Arno, de Vialette .
me
Rhinoc . pachyenus de Pikermi .
Acerotheriau LncLsivuuin d' Eppelsheun .
Anchitherium
* à Rlioceros decouvert x Neuville par M' Nouel. y aurelianense moyen . d'Orléans, Acerotherium ? tetradactylumn de Sansan. de Dansan. ea Acer. (roizelu? de Mivcène Rh. pleuroceros Vaumas, de (rannab.
cnferteur. de Gannat, (l Aceroth.lemanense de Gamaf.
* Rhin? pre du Nebraskæ, A ler Miocëne Flo plotheriun | Rhin / occidentalis du Nebraska. eu « ebraske .
Le plus LEA Acerotherium pis Ronzon.
inferteur. de Ronzon. U Titanotheriuim! ? du Palwoth. giganteun ? Paloæoth. Gervaisi ? \ No RU
ne
Paloplotherium
Palæotheriuum OUPS de Montmartre.
Lis A
5 sssresses see esse cesse esse ses : Palæotherium Palæotherium Anchitherium
de Honzon.
aniciense velauum Dumasu minus de Palæotherium lgirundicum des marnes des inaynes du Gard. | Montmartre , de x Grave. gypseuses Sypseuses A | = L 3 / Hiebre de Lx Debruge . Bilæoth. indeterminahun ? du Puy du es “ a de Montmartre. | # Supérieur. Pélæolheruun -crasswun ‘eE Palæotheriun medium F4 latum de Montmartre. de Montmartre. A | Palæotherüun curtum du gypse de Montmartre .
| Paloplotherium de Nice.
Paloplotherium le de la Débruge. L'ocène Paloplotherium annectens d’ Hordwell|horwzon des sables de Bexuchamps ). moyen .
1 # | û L Paloplotherium codiciense de Loucy | horizon du calcaire grossier
h2 - ANIMAUX FOSSILES DE L’ATTIQUE.
Avant la découverte des hipparions, le genre cheval était isolé dans la nature actuelle, et on avait créé pour lui l’ordre des solipèdes, caractérisé par la présence d’un seul doigt à chaque pied. Les hipparions (1), qui ont des petits doigts latéraux semblables à ceux des Anchitherium, ont permis de rattacher l’ordre des solipèdes à celui des pachydermes : les remarques de MM. Gurit, Hensel, Joly, Lavocat, Goubeaux, etc., ont montré que les caractères des pieds des hipparions réapparaissent tératologiquement sur les pieds des chevaux. FPai dit que j'ai recueilli un nombre immense d'os d'hipparions, et que cela m'a fourni l’occasion de constater dans une même espèce des variétés tellement marquées que sans doute elles seraient considérées comme des espèces distinctes, si je ne possédais pas les intermédiaires entre les formes extrêmes. En même temps, on a vu que certains hipparions du Vaucluse, de l'Allemagne, de l'Inde se rapprochaïent assez des variétés de Pikermi pour faire supposer une communauté d'origine, et que cependant la plupart des individus se distinguaient dans le Vaucluse par des os plus minces, dans l'Inde par une plus haute stature, en Allemagne par un ensemble plus fort et par des molaires à émail plus plissé ; ceci donnerait à penser que l’Auteur de la nature tira d’une même origine les hipparions que nous venons de nommer, et traça sur eux quelques traits particuliers, selon qu’il les conduisit en France, en Allemagne ou dans l’Inde. Comme les hipparions, les chevaux fossiles ont été partagés en plusieurs espèces dont la délimitation est tresdifficile. Marcel de Serres, qui a fait une étude spéciale des variétés du terrain quaternaire, s’est exprimé ainsi: « À l'époque des dépôts diluviens, soit dans l'intérieur des cavités souter-
raïnes, soit à la surface du sol, les chevaux avaient été modhfiés au
(1) Page 218 de cet ouvrage.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. h3
point de présenter des races dishnctes et assez diversifiées (1). » Si ces races étaient naturelles, ce serait un fait bien grave en faveur de la variabilité des formes fossiles ; mais Marcel de Serres a supposé qu’elles étaient le résultat de l’action des premiers hommes; c’est là un important sujet à éclaircir. Je vais donner la liste de quelques équidés rangés selon l’ordre géologique. Je n'ai pu y comprendre les genres et les espèces cités par M. Leidy dans le terrain pliocène du Niobrara, parce que je les connais trop imparfaitement; d’après ce qu’en a déjà publié ce savant naturaliste (2), il n'est pas douteux qu'ils soient d’un grand intérêt au point de vue de l'étude des formes intermédiaires (3) :
(1) Marcel de Serres, Dubrueil et Jeanjean, Recherches sur les ossements humatiles des cavernes de Lunel-Viei, p. 149, in-4°, Montpellier, 4839.
(2) Voir Proceedings of the Acad. of nat. hist. of Philad., 1854, 1856,1858.
(3) J'ai laissé provisoirement dans le terrain pliocène les mammifères trouvés dans le red crag du Suffolk; mais, suivant M. Lank2ster (On the sources of the Mammalian Fossils of the red crag. Proceed. of the geol. Soc. of London, p. 221, 8 février 4865), a plupart des fossiles du red crag proviendraient de terrains plus anciens. Les dents d’hipparion de Woodbridge, que j’ai vues au British Museum, semblent avoir été roulées.
bh ANIMAUX FOSSILES DE L'ATTIQUE.
Époque E quu 5 E quus ackrelle. caballus astnus.
Equus eurvidens du Kentucky.
Equus E . Equus Equus americonus caballus AIS Equus Vuatern aire, neogœus de Natchez. du “Ed GA Devillei î de Tarijæ. | diluvium de Ha ": de Tarijæ. E quus plicidens de Pris. es | de Læ Caverine | À d'Oreston. | PE Ne RE AS sé E quus \| Equus fossilis ? Equus Pleistocène robustus ? du forest-bed Ligeris ? de Solilhae. du Norfolk. de Solilhæe .
* palæorus?
” / Equus de Lx Nerbudda Phoc H ipparionv érassum HER | Loterie . de Perpignan ; \ de Vialette. Equus Hipparion du namadicus ?
crag rouge de Woodbridge /1]. de Lx Nerbudda. H ippærion Equus sivalentsis brachypus des M: Sewalik.
2 de-Pikermi. É' LT Hippærion antelopinum SEP SRTE des M* Sewalik.
Hipparion gracile d Eppelsheim, de Pikerme.
\ - Hipporion prestylum de Cucuro \ Miocène |
no! ent , |
Hipparion prosiylum de San Isidro
M. Rütimeyer (1) à fait observer que l'on admet dans une
même espèce, chez les sangliers vivants, des variations égales à
celles qui sont appelées spécifiques chez d’autres animaux. Il est
impossible de rien affirmer sur les sangliers fossiles, attendu qu’ils
(4) Rütimeyer, Ueber lebende und fossile Sohweine (Verhand. der Nal. Gessells., in Basel, vol, 1, p. 517,1857).
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. h5
ont été classés d’après des matériaux très-insuffisants ; on peut dire seulement que les espèces actuelles ont été précédées par une mullitude d'animaux auxquels on a donné des noms distincts, et qui se lient tellement par la dentition que, si leurs autres caractères présentent les mêmes passages, il deviendra très-difficile de discerner ce qui est espèce et ce qui est variété. Le sanglier de l'Attique nommé Sus erymanthius (4) est l'espèce fossile dont on possède aujourd’hui le plus d'exemplaires; c’est un type intermédiaire. Dans le tableau suivant, j'ai groupé quelques espèces de suidés d’après l’ordre géologique :
(1) Page 242 de cet ouvrage.
de Honzon.
| Dicetytes Labietius Sie -scropha Jus larvatus del Amerique mertdtonale. d'Hurope, d'Asie, de Madagascar . VA poque ; et du nord de | actuelle . Dicotyles torquatus l'Afrique. Sus penicillatus | de l'Amérique méridionale. ei | Dicotyles des cavernes SR sc si % D nlreire ro ha u dus priscus Q TCRRERE du Bresil et de l'Illinois [1]. lente io de pi Les trones | Si can du oies el ae 1-00 du Nor ne Taie scrup ANAL Te crag dn Er o S A AT Pl{ivcèrie £ Nor ru et du Suffolk . D provincialis 8 | de Montpellier.
? Sus arvernensis Fe me MIN NÉRRre | Îous giganteus NE Merycopotanus de Gucuron. des ME Sewalik.
ME dissinulis s ; l k 4 superieur. AOPAAMÉE us erymanthius Jus antiquus des M Séwalik. de RSR d' ER Se Po us d' Fppelshcin.
Alien RE Le LE Ci Fr 0 S onoideum ( Hyotherium) Ge Ms Lockorti Aléocène de l'Orleanais . $ a AIRE 64 de l'Orleanats . : m yen. LU Chaux de Fond, AA SCEUE | = Anthracotherium ; de ” de L'Orléanais. Sus belsixcus hippoideum de Suisse. L'Orléanais . de L Orleanais . Aailiraethériien Re typus DURE RUN de l'Allier.
Mioeë Buthryed de Digoin s \ Miocerre othryodon LC Lt AN de l'Allier. ie | Anthracotherium : | alsatieum Palæochærus major 9 | | de Liobsann. de l'Allier.
Hautes Bdhiy © tre | A MST à à | D PARA | AN d' Hempstead Leptorhynehus Mortoni | os | de Ronzon. du Nebraskæ. | Le plus | | | inferietr, Bothryodon velaunus Entelodon | .
de Ronzon . ML LLUN |
TR hag'atherium . °
super. ieur,
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du canton de Vaud.
:£ où r opobanuts pes isiensis Hi UE. ACER ie
be Lh PAT run siderolithi cum du canton de Vaud .
+ EE art Ar us | pes : erinaceus d'Horduell. ss moyen . H:yracothertum Leporinum de l'ile de Wight
Pliolophus vulpiceps d'Harwich l L'enden clay ja
(4) 1 paraît que les pièces sur lesquelles M. Leconte avait établi les genres Plalygonus, Protochærus et Hyops ne sont que les dé ‘bris d’une espèce de Dicotyles.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. h7
Lorsque Falconer et Cautley rencontrèrent pour la première {ois dans l’Inde une girafe fossile, ils écrivirent ces lignes : « La découverte des girafes fossiles ajoute un nouvel anneau à la chaîne qui s'accroît rapidement, et qui, tôt ou tard, reliera les formes éleintes et existantes en une série continue... La girafe a d'abord... occupé une position isolée dans l’ordre auquel elle appartient ; elle a maintenant ses analogues fossiles. Il en est de même du chameau; il est représenté dans l'Inde à l'état fossije par le Camelus sivalensis. Le jour où les lits ossifères de l'Asie et de l'Afrique seront mieux connus, il faudra s'attendre à trouver des formes intermédiaires qui rempliront le large ‘intervalle par lequel la girafe est à présent séparée des ruminants chargés de bois (4). » La Camelopardalis attica découverte à Pikermi, et peut-être aussi le Palæotragus et l'Orasius, commencent à réaliser l'annonce des savants auteurs de la Fauna sivalensis.
On a vainement cherché à établir des groupes bien définis dans la grande famille des antilopes; ces animaux, très-différents les uns des autres, quand on compare leurs types extrêmes, se joiguent si insensiblement par des intermédiaires, qu’on est réduit, soit à les réunir en un seul genre qui renferme alors des formes disparates, soit à les partager en groupes qui deviennent chaque jour plus nombreux. Ainsi M. Gray admet trente-sept genres d’antilopes vivantes. Je ne parviens à faire rentrer dans ces genres à limites étroites presque aucun des fossiles de Grèce. Où placerai-Je le Tragocerus qui a des cornes de chèvre avec une dentition et des membres d’antilope, le Palæoreas qui a des cornes d'Oreas avec la plupart des caractères des gazelles, le Palæoryx qui rappelle l'Oryæ par ses cornes et s’en éloigne par ses molaires ? On pourrait aussi classer la gazelle de Pikermi dans un genre
(4) Falconer et Cautley, On some fossil Remains of Anoplotherium and Girafe, from
the Sewalik Hills, in the north of India (Proceed. of the geol. Soc. of London, vol: IV, part. 2, p. 256, 1843).
spécial à cause de ses os du nez bien plus longs que dans les gazelles, puisqu'on a créé le genre Saïga pour des gazelles à os du nez très-courts. Dans la famille des antilopes, plus que dans toute autre, ces nouveaux venus vont apporter des complications à la nomenclature. Si l'on songe que Pikermi est la première localité où l’on ait trouvé de nombreuses antilopes fossiles, et que sans doute la découverte d’autres gisements amènera au jour la même multitude de formes intermédiaires, on doit craindre que la science ne soit au début d’un travail inextricable.
Des réflexions semblables se présentent en face du groupe d'animaux auxquels on donne les noms de Dremotherium, d’ Amphitragulus, de Palæomeryx, de Micromeryx, d'Hyæmoschus, de Dorcatherium. Is se lient ensemble, et marquent des affinités avec les cervidés, les tragulidés et les suidés. Le ruminant de Pikermi que j'ai rangé provisoirement près des Dremotherium forme un chaînon de plus (si toutefois mes rapprochements ont été exacts), car il ressemble par ses molaires aux Dremotherium et aux Palæomeryæ, tandis que son.cràne est le même que chez l’antilope appelée Neotragus.
Pour achever de prouver que les fossiles jouent, les uns par rapport aux autres, le rôle d’intermédiaires, et qu'ils participent aux caractères d'animaux qui paraissaient autrefois trèsdistincts, il est curieux de rappeler à combien d'erreurs on est exposé, lorsqu'on veut baser une détermination sur une pièce isolée; nous en trouvons plusieurs exemples, sans sortir des faits cités dans cet ouvrage:
En premier lieu, on a vu qu'il est quelquefois difficile de marquer le genre ou le sous-genre auquel ont appartenu des morceaux séparés ; ainsi, Wagner a décrit sous le nom de Chèvre amalthée les cornes du Tragocerus, pendant qu'il attribuait ses dents à l’Antilope speciosa (Palæoryæ) et à l’Antilope Linder-
mayeri (Palæoreas); en même temps, il rapportait les mâchoires de cette dernière espèce à l’Antilope (Gazella) brevicornis. Tant que M. Lartet, M. Beyrich et moi n'avons étudié que le crâne du singe de Grèce, nous l'avons rangé parmi les semnopithèques ; c'était une erreur, puisque ses membres sont semblables à ceux des macaques ; si, au lieu du crâne, nous avions rencontré d’abord ses membres, nous aurions pu nous tromper de même en les prenant pour ceux d’un macaque. Lorsqu'on n'a eu qu’une mandibule du Simocyon diaphorus où la tuberculeuse avait disparu, on a pensé que cet animal était un glouton; sa mâchoire supérieure a été attribuée à un loup. Quand j'ai trouvé, dans mes premières fouilles, une mâchoire incomplète du Mastodon Pentelici avec les deux premières dents de lait, M. Lartet et moi avons supposé qu'elle provenait du sous-genre tétralophodon; cependant ses troisièmes molaires de lait ont le caractère de celles du trilophodon.
Comme preuve de la difficulté de déterminer, non plus seulement le genre, mais la famille d'un mammifère dont on n’a que des restes isolés, je citerai le A/achairodus que Nesti, Cuvier et Croizet placèrent dans la famille des ursidés, tandis qu'il est le type le plus parfait de celle des félidés. L’Zctitherium hipparionum est un viverridé si voisin des hyénidés que, sans la seconde tuberculeuse de sa mâchoire supérieure, on le prendrait pour un hyénidé, et, en effet, j'ai dit que le nom d’Ayæna hipparionum a probablement été établi pour un morceau d’Zctitherium où manquait cette dent. i
Enfin, comme exemple de l'embarras que parfois on éprouve pour fixer l’ordre d'un mammifère d’après des pièces détachées, je rappellerai l’histoire du Dinotherium : Cuvier,'ayant vu ses dents, le rapprocha des tapirs ; lorsqu'on eut découvert son crâve, Buckland, Strauss et de Blainville le rangèrent parmi
les animaux aquatiques; maintenant que la plupart des os de | 4
ses membres sont connus, nous pensons qu'il a des rapports avec les proboscidiens.
Les déterminations inexactes que je viens de citer ne peuvent être confondues avec les erreurs dues à un examen superficiel. La plupart ont été commises par les maîtres de la science paléontologique. Qui donc serait fondé à blâmer Cuvier d’avoir attribué les dents du Düinotherium à un tapir gigantesque, Buckland, Strauss, de Blainville d’avoir jugé son crâne assez semblable à celui d’un animal aquatique, Wagner d’avoir décrit les cornes du Tragocerus sous le nom de chèvre, Duvernoy d’avoir pris les os des membres du rhinocéros de Grèce pour ceux du Rhinoceros tichorhinus ? Ce qu’ont fait ces habiles naturalistes, ils devaient le faire (1); ils ont rapproché avec une parfaite exactitude les échantillons fossiles des os des mammifères vivants qui leur ressemblent davantage ; mais ceci n’a pu leur faire deviner de quel animal ces débris provenaient. Et pourquoi se sont-ils trompés, pourquoi chacun de nous se trompera-t-il encore? C’est qu’une espèce se rattache à celle-ci par tel caractère, à celle-là par tel autre caractère ; elle a des liens avec plusieurs, et souvent avec celles dont nous la supposions séparée par un profond intervalle.
Tout en remarquant que les quadrupèdes des âges géologiques ont emprunté des traits communs à ceux qui les ont précédés, je ne veux pas nier qu’il se soit manifesté chez eux certains traits qui leur sont propres; ainsi l'Hyæna eæimia a une carnassière supérieure munie d’un talon plus faible que chez les espèces d’hyènes entre lesquelles elle établit un passage; l'hipparion a une sorte de larmier que n’ont pas les chevaux; les os du carpe et du tarse du Rhinoceros pachygnathus ont des particularités
(4) Quand on n’a pas des échantillons suffisants pour caractériser un genre ou une espèce, un rapprochement provisoire, qui risque un jour d’être démontré inexact, vaut mieux que la création d'un nom nouveau; car il indique quelque chose, le nouveau nom n’apprend rien,
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 51 (à la vérité très-peu importantes) que je n'ai pas vues chez les rhinocéros vivants d'Afrique; le Sus erymanthius a une arcadé zygomatique plus épaissie que dans les autres espèces. IL est évident que des caractères nouveaux ont dû se développer de temps en temps; autrement on ne s’expliquerait pas comment le faunes ont changé, au lieu de tourner toujours dans le même cercle. Ce que je veux dire, c'est que souvent, entre les espèces d’époques consécutives, les différences sont si petites et les ressemblances si grandes que, pour tracer leurs limites, 11 faut s'attacher à des détails minimes. Peu à peu, dans chaque ordre, se justifie ce que M. Owen a dit des ongulés: « Comme le nombre des chaïnons augmente dans la série des mammifères ongulés, les marques de distinction deviennent moins saillantes et le descripteur est tenu à une plus minutlieuse attention (1). »
Ees fossiles qui présentent des types intermédiaires se rencontrené dans tous les gisements.
On ne peut considérer Pikermi comme une localité spéciale où par hasard se trouvent rassemblés des fossiles qui constituent des types de transition. Ce qu’apprend ce gisement, les autres l’apprennent de même, car, sous une apparente diversité, les opérations de la nature ont une extrème ressemblance. Les admirables travaux de M. Owen sur les vertébrés en sont presque tous une preuve frappante (2).
(1) Owen, On (he fossil Remains of Mammalia referable lo the genus Palæotherium , and lo two gencra Paloplotherium and Dichodon (Proceed. of the geol. Soc. of London, vol: IV, p. 40, 4848).
(2) On s’en convaincra surtout en lisant les mémoires sur les pachydermes publiés
Fr
Si, par exemple, au lieu d’avoir pour point de départ la faune de Pikermi, on avait à considérer des quadrupèdes quaternaires, on découvrirait entre eux et les espèces qui les ont précédés ou suivis des passages non moins évidents que ceux dont je me suis occupé : de bien faibles différences séparent l’'Ursus spelœus de l'ours féroce, le Felis antiqua de la panthère, l’'Hyæna spelæa de l’hyène tachetée, V'Hyœæna prisca de l'hyène rayée, V'Arclomys primigenia de la marmolte, le Lepus priscus du lapin, l'Hippopotamus major de l’hippopotame commun en Afrique, le Sus priscus du sanglier à masque, le Bos primigenius du taureau (1), le Bos longifrons du petit bœuf qui vit en Islande, le Bison priscus de l’aurochs, etc. De même, si nous quittions l’ancien continent pour étudier l'Amérique ou l'Australie, nous apercevrions des rapports entre la faune quaternaire et la faune actuelle ; on voit se continuer en Amérique les formes d'édentés, et en Australie les formes de marsupiaux.
D'après ce qu'ont déjà appris d’habiles observateurs, il est permis de penser que le jour où les gisements de l'Auvergne et du Velay seront fouillés sur une grande échelle, on découvrira des passages insensibles entre les êtres des époques pliocène et quaternaire. Les cerfs de ces époques m’étonnent par la multiplicité de leurs espèces; leur étude, au point dé vue des types intermédiaires, présenterait de précieux enseignements.
Dans la faune miocène de Sansan, presque tous les genres nouveaux sont, comme à Pikermi, des types de transition. M. Lartet a dit du T'aæodon (2) : « sa denlition rentre, pour la partie qui est connue, dans la formule particulière au blaireau ; mais elle
vers l’année 4847 dans les Proceedings of the geological Sociely, et l'ouvrage intitulé Palæontology où sont réunis sous une forme concise les résultats des recherches d’une vie toute consacrée à l'étude du monde fossile.
(1) Les travaux de M. Leidy et de M. Rütimeyer sur les bœufs montrent combien ces animaux se lient entre eux.
(2) Lartet, Notice sur la colline de Sansan, 1851,
accuse dans ses détails caractéristiques une tendance assez marquée vers la loutre. » Le même savant a prétendu que les incisives et les canines de l'Amphicyon sont assez bien dans la forme de celles du raton, que ses molaires rentrent dans le plan du Canis megalotis, et que le système digital rappelle l'ours. Quant à l’Hemicyon, « plus voisin du chien que l’'Amphicyon, il semble se rapprocher par quelques détails de ses dents caractéristiques de certaines espèces de la famulle des martres et en particulier du glouton. » Suivant encore M. Lartet, ce qu’on sait du Pseudoeyon indique des rapports avec le chien ; cependant ses canines ont des arêtes finement dentelées, comme dans l'Amphicyon et l'Hemicyon. Les dents caractéristiques de l’Æydrocyon ont quelque chose d'intermédiaire entre le chien et la loutre. Le Macrotherum constituait à l’origine un type distinct; l’AÆncylotherium de Grèce a déjà diminué son isolement, Le Rhinoceros brachypus, par la brièveté des os de ses pieds, s'éloigne des autres rhinocéros; mais M. l’abbé Bourgeois, dans sa collection de Pont-Levoy, a des séries de pièces qui montrent les passages des formes ordinaires aux formes les plus raccourcies. Le Chalicotherium (miocène supérieur) ne diffère guère de l’Anisodon de Sansan (miocène moyen), qui lui-même parait un dérivé du groupe Anoplotherium (éocène supérieur). Le Listriodon est un peu sanglier, un peu tapir. Le Chæromorus et le Palæochærus out un air de parenté avec les sangliers. Le Dicrocerus annonce les cerfs. M. Lartet pense que le Plhicpitheeus n'est qu'un gibbon. Aïvsi, les genres que je viens de citer, étrangers à Pikermi (sauf le rhinocéros), ne sont pas des types isolés.
En pénétrant plus avant dans l’histoire des temps géologiques,
on continuerait à trouver des formes de transition. Les terrains éocènes en offrent un grand nombre; j'en ai indiqué plusieurs dans mes précédents tableaux des rhiuocéridés et des suidés; je mentionnerai en outre : la Palæonictis qui rappelle les civettes ;
le Cynodon où les caractères des civettes s'unissent à ceux des chiens ; le Lophiodon qui, malgré ses prémolaires différentes des arrière-molaires, est voisin du tapir; le Pachynolophus, par lequel le type rhinocéridé est lié au type tapiridé ; l'Zurytherium, sorte d’Anoplotherium dont un des doigts s'est allongé; le Xiphodon et surtout le Dichodon (4) semblables aux ruminants, quoiqu'ils aient les incisives supérieures des pachydermes; le Dichobune, proche parent du Cainotherium, du Microtherium, de l'Hycægulus et de l'Acotherulum.
Dans l'Inde, comme en Europe, les mammifères tertiaires ont présenté des types intermédiaires : c’est là qu'on a rencontré l'Hippohyus chez lequel les caracières du cheval sont associés avec ceux du sanglier, l’Æyænarctos qui unit les hyénidés avec les ursidés, et les proboscidiens qui montrent le passage du mastodonte à l'éléphant.
I'en a été de même en Amérique. A en juger par les travaux de M. Leidy (2), on peut croire que le Titanotherium était un animal intermédiaire entre le Palæotherium et l'Acerotherium, ayant aux arrière-molaires supérieures la côte de la muraille externe disposée comme dans le second, et aux arrière-molaires inférieures les croissants complets, ainsi que dans le premier. M. Leidy prétend que « l’Oreodon constitue un des annéaux nécessaires pour remplir le très-large vide qui eæisle entre les ruminants . vivants et celle forme aberrante de la même famille, l’Anoplotherium d'Europe et d'Asie, » N fait une pareille remarque sur l’Agriochœærus. Le Pocbrotherium est comme une antilope qui serait privée de cornes et aurait de chaque côté de ses màchoires une prémolaire de plus; il vient s’ajouter à ces petits
(1) M. Owen, dans la note où il décrit le Dichodon, dit que le professeur Goodsir et d’autres ont vu des rudiments d’incisives supérieures dans des vaches et des brebis, (2) Leidy, The ancient fauna of Nebraska, in-4°, Washington, 14852.
genres de ruminants dont les caractères mixtes embarrassent tant les paléontologistes (1).
Les oiseaux fossiles sont loin d’être aussi bien connus que les mammifères; mais ce qu’on en sait déjà porte à penser qu'ils forment également avec les êtres actuels des chaînes continues. « Les oiseaux des terrains mviocènes, dit M. Alphonse Milne Edwards (2), nous montrent que ces animaux ne différaient que peu de ceux de notre époque. » L'Archæopteryx, le plus ancien oiseau dont on possède le squelette, se rapproche des quadrupèdes par la disposition de sa queue: ceci permet d'espérer qu'on découvrira de curieux exemples de formes intermédiaires, au fur et à mesure que les oiseaux secondaires seront mieux étudiés.
Pendant les époques quaternaires et tertiaires, 1l y eut des tortues terrestres, des émydes, des chélydres, des trionyx, des ché-lonées, des crocodiles, des gavials, des lézards dont les espèces ressemblaient extrêmement à celles qui vivent aujourd’hui. Sans doute, quand nous descendons dans la profondeur des époques secondaires, nous rencontrons des formes très-différentes des formes actuelles. Majs nos connaissances sont tellement imparfaites qu’on ne doit pas s'étonner si l'on n’a encore observé que peu de gradations entre les genres secondaires et les genres tertiaires. D'ailleurs, lorsqu'on regarde les reptiles fossiles comme des êtres bizarres, ce n'est point en général parce qu’ils présentent des organes spéciaux (3), mais simplement parce qu'ils réu-
(1) Les mammifères marins offriraient aussi de l'intérêt au point de vue des formes intermédiaires : l’Aalitherium a certains caractères des dugongs et certains caractères des lamantins,
(2) Alphonse Milne Edwards, Mémoire sur la distribution géologique des oiseaux fossiles et descriplion de quelques espèces nouvelles (Annales des sc, nat., Zool., série IV, vol. XX, p. 133, 4863). :
(3) 11 faut pourtant convenir que les ptérodactyliens fon jusqu’à présent exception ; ils ont une organisation très-particulière,
nissent des caractères répartis de nos jours sur des êtres différents. Ainsi, les gigantesques habitants des continents secondaires, qui ont été appelés dinosauriens, s’éloignent des reptiles ordinaires par leurs côtes attachées au tronc au moyen d’une double articulation, par leur sacrum disposé de telle sorte que l'animal ne soit pas obligé de ramper, par leur mâchoire inférieure quelquefois armée de dents servant à mâcher et susceptible d’un mouvement horizontal pour la trituration : ces mêmes caractères les rapprochent des mammifères. Si les énaliosauriens, rois des mers à l'époque où les dinosauriens étaient rois des-continents, se distinguent des reptiles vivants, c'est parce qu'ils rappellent les cétacés par leurs pattes en forme de palettes, les oiseaux par leur long cou (plésiosaures), les poissons par leurs vertèbres à corps biconcave (ichthyosaures). On ne sait où placer.les dicynodontes, attendu qu'ils ont à la fois des rapports avec les chéloniens, les crocodiles, les lézards, et que même leurs canines simulent celles de certains mammifères. Mais les fossiles les plus intéressants comme types intermédiaires sont les labyrinthodontes et l’Archegosaurus, le plus ancien reptile que l'on connaisse ; on admet, en effet, que les batraciens à branchies constantes établissent dans la nature actuelle quelques liens entre les poissons et les reptiles ; or, les animaux que je viens de nommer rendent ces liens encore plus étroits. « Ll y a, dit M. Owen (1), un grand groupe naturel indiquant les gradations de développement qui unissent les poissons au repliles ; dans ce groupe, les poissons salamandroïdes (Lepidosteus et Polypterus) sont les plus ichthyoïdes, les vrais labyrinthodontes sont les plus sauroïdes. Le Lépidosiren et l’Archegosaurus sont les gradations intermédiaires ; l’un tient plus du poisson, l'autre tient
plus du reptile… L’Archegosaurus et le Mastodonsaurus montrent
(4) Owen, Palæontology, 2€ édit,, p. 204, Edinburgh, 1861.
combien est artificielle la distinction entre les reptiles et les poissons ; ils révèlent l'unité des vertébrés à sang froid. »
Les recherches de M. Heckel (1) sur l'ossification de la corde dorsale des pyenodontes ont prouvé que chez certains poissons la partie du corps la plus essentielle a subi des changements insensibles qui coïncident avec la marche des temps géologiques, et sont en partie analogues aux modifications opérées dans les poissons actuels depuis l'âge embryonnaire jusqu’à l’âge adulte. Aussi M. Heckel a dit: « Les poissons du monde primitif ont parcouru en des milliers d'années des phases semblables à celles du développement embryonnaire des animaux qui vivent actuellement.» M. Agassiz, appliquant à tout le règne animal de pareilles observalions, a prétendu que les types des anciens âges représentèrent les embryons des êtres actuels, de sorte que la paléontologie offre l'histoire de l’enfance du même monde organique dont nous contemplons aujourd’hui la virilité (2).
Les mollusques ne fourniraient pas des exemples de formes intermédiaires moins frappants que les vertébrés, si on suivait les types depuis l’époque où ils ont apparu jusqu'à celle de leur disparilion. Il suffit de nommer les ammonitidés, les cérites, les pleurotomes, les bucardes, les huîtres, les térébratules et tant d'autres mollusques pour que l’idée de passages insensibles traverse notre esprit. Grâce à M. Deshayes et à plusieurs autres naturalistes, l’analyse a été portée à une rare perfection dans la conchyliologie fossile ; aussi l’étude des transitions de forme serait plus facile pour les coquilles que pour les autres branches de
(1) Heckel, Ueber die Wirbelsaülen-Ende bei Ganoiden und Teleostiern (Sitszungsb. der math. natur. classe der Kais. Akad. der Wissens., vol, V, p. 143, séance du 41 juillet 4850). — Ueber die Wirbelsaüle fossilen Ganoiden (Même recueil, vol. V, p. 358, séance du 7 novembre 1850).
(2) Louis Agassiz, An essay on classification (voy. surtout section XIF, p. 64; XVIII, p. 99; XXV,p. 469; XXVI, p. 475; XXVII, p. 178), in-8. London, 14859.
l'histoire naturelle. Le jour où l’éminent auteur de la Description des animaux sans vertèbres découverts dans le bassin de Paris donnera, comme il l’a annoncé à la Société géologique, le tableau des espèces de toutes les petites couches du sol parisien, il n’est pas douteux qu'ilne nous révèle de merveilleux enchaînements (1). Déja M. Davidson (2), dans ses Monographies des brachiopodes britanniques, à prouvé combien on a de peine à distinguer les espèces et les variétés. M. Eugène Deslongchamps, en étudiant les brachiopodes de la France, est arrivé aux mêmes résultats : « Les modifications, a-t-il dit, se traduisent par une variété si grande dans les formes extérieures, qu'il devient presque toujours fort difficile de déterminer netlement la limite des espèces ; en un mot, il y a très-souvent passage insensible des unes aux autres (3).» A la première page du magnifique travail de M. Barrande sur les céphalopodes de Bohème, je trouve ces mots: « Vous espérons que nos recherches sur les céphalopodes siluriens de la Bohéme feront suffisamment apprécier l’extréme difficulté que l’on rencontre, lorsqu'on veut tenter de séparer netlement, non-seulement les formes spécifiques, mais encore les types génériques de la famille des nautihdés (h). »
Je suppose que dans les échinides il y a des transitions entre les diverses formes, car je lis dans le Synopsis de M. Desor : « Telle est la liaison de tous les groupes entre eux, qu'il n’en est aueun dont les limites ne soient plus ou moins indécises. Bien plus, nous estimons que, chaque fois qu'il s'agit d'un groupe trèsparticulier qui ne se rallache à aucun autre, c'est un indice qu'il resle à découvrir quelque part, soit dans la création actuelle, soit
(1) Deshayes, Bulletin de la Soc. géol, de France, 2° série, vol. XVII, p. 370, séance du 18 février 4861.
(2) Mémoires de la Palæontographical Society.
(3) Paléontologie française. Terrain jurassique. Brachiopodes, p. 63.
(4) Barrande, Système silurien du centre de la Bohême, 1° parte, Recherches paléontologiques, vol. I, Céphalopodes, 47° série, in-4. Prague, 1865.
dans les créations antérieures, un type intermédiaire qui viendra, un jour ou l'autre, combler cette lacune (4). » On peut juger de la difficulté de distinguer parmi les échinides ce qui est espèce et ce qui est variété, lorsqu'on parcourt dans les beaux ouvrages de M. Cotteau les listes synonymiques (2).
Les coralliaires offrent-ils moins d'exemples de formes transitionnelles que les échinodermes? Je ne le pense pas; en effet, M. de Fromentel, quoique partisan de la fixité des types, a écrit ces mois : « La nature, en créant les animaux, n'a jamais nellement séparé une série d’une autre ; il existe à la fin d’un premier groupe et au commencement d’un second des affinités telles que presque toujours les êtres qui terminent el ceux qui commencent ont des caractères communs qui les rapprochent (3). »
Lorsqu'on descend aux derniers degrés de l'échelle animale, la liaison des espèces est encore plus manifeste. MM. Carpenter, Parker et Rupert Jones ont dit (4): « L'idée d'espèces considérées comme des assemblages d'individus séparés par des caractères définis qui proviennent génétiquement de prototypes originaux dislincts est tout à fait inapphcable au groupe des foraminifères; en effet, quand même les limites de ces assemblages seraient reculées de manière à renfermer ce qu'autre part on appelle genre, ils seraient encore si intimement unis par des liens gradués qu’on ne pourrait tracer entre eux des lignes de démarcation. »
Enfin, si l'on aperçoit des passages entre les animaux fossiles, on doit croire que les plantes fossiles ne se lient pas moins étroitement. M. Heer, après avoir remarqué qu'on n’a pas encore la
(1) Desor, Synopsis des échinides fossiles, p. XXXVIII, in-8. Paris, 1858.
(2) Paléontologie française. Terrain crétacé. Echinides. — Études sur les échinides fossiles du département de l'Yonne. — Cotteau et Triger, Echinides du département de la Sarthe, 1858-1862.
(3) Paléontologie française. Terrain crétacé. Zoophytes, p. 439.
{4) Carpenter, Parker et Rupert Jones, Introduction to the study of the Foraminifera, p. X, in-folio. London, 1862.
preuve de l'identité complète des espèces de plantes tertiaires avec celles des plantes vivantes (1), s'est exprimé ainsi : € Néanmoins dans nombre de ces espèces, l'air de parenté est si frappant que l'on peut se demander s'il n'existe pas un lien génétique entre les espèces, si bien que les espèces terhaires seraient les aïeules des espèces actelles (2). »
Les renseignements qui précèdent suffisent sans doute pour prouver que les transitions observées à Pikermi se rapportent à une loi commune à tous les êtres.
Quelle Elumière l'étude des formes fntermédinires jeitet-elle sur la question de la transformation des êtres?
En signalant les transitions qui lient entre eux les animaux des diverses époques géologiques, j'ai cherché à ne pas mêler à l'exposé des faits les considérations théoriques. Pourtant ces considérations je ne peux les écarter toujours; la constatation de chaque intermédiaire entraine forcément notre esprit vers la grande question du renouvellement des êtres.
Comment, en effet, échapper à cette question dont les savants se préoccupent aujourd'hui plus que jamais, en présence des découvertes d'espèces multipliées avec une rapidité prodigieuse ? Qui peut sonder la science des fossiles, sans se troubler en aper-
(1) I serait bien étrange qu'il n’y eût pas de nombreuses espèces communes aux temps géologiques et aux Lemps modernes : cela serait en désaccord avec les résullats de l'étude des animaux fossiles,
(2) Oswald Heer, Recherches sur le climat et la végétation du pays tertiaire. Traduction de M. Gaudin, p. 56, Genève, 1861.
cevant des formes innombrables comme les âges du monde, ct ‘sans chercher dans leur dédale quelques traces de filiation qui révélent l'unité, cachet des œuvres divines? La paléontologir positive, aussi bien que la paléontologie philosophique, est intéressée à savoir si les espèces ont été fixes ou ont subi avec le temps de lentes transformations : le jour où la seconde supposition serait acceptée, il faudrait modifier le système actuel de nomenclature, puisque persister à créer un nom particulier pour le moindre changement, ce, serait dresser des catalogues d'espèces sans linites. M
Il importe, avant d'aborder la question du renouvellement des espèces, de la distinguer de celle de la création originaire. Les naturalistes ne mettent pas la création en doute; au contraire, ils apportent en sa faveur un argument puissant; car, si loin qu’ils suiveut le développement des existences dans les temps géologiques, ils entrevoient d’une part une continuité de plan qui atteste un artiste immuable, d'autre part des êtres dont le changement paraît la suprême loi: entre ces êtres indéfiniment mobiles, et celui qui les faconna, le contraste est trop grand pour qu’ils soient une émanation de sa substance. Mais, si l'on admet une création originaire, doit-on croire à des créations successives, en acceptant le mot création dans le sens rigoureux? il me semble que la plupart des philosophes chrétiens (1) répondent négativement. C'est donc à tort qu’on voudrait opposer l'expression de créations successives à celle de tranformations, comme s'il y avait un débat entre les idées religieuses et le panthéisme? Il s’agit de savoir, non pas si Dieu a créé ou n’a pas créé, mais si les manifestations successives contenues en puissance dans sa création ont été des formations ou des transformations.
(4) J'ai consulté à cet égard M. Nourrisson, le savant auteur de la Philosophie de Leibnilz et de la Philosophie de saint Augustin.
Eu second lieu, on doit noter que la question du renouvellement des espèces se pose aujourd’hui dans des conditions tout autres qu’il y a vingt ans. On a cru à l’origine qu’il y avait eu trois époques d’apparitions d'êtres organisés ; à mesure que la science avança, on reconnut que ces époques étaient plus nombreuses; Alcide d'Orbigny en admit vingt-sept, et maintenant nul n’oserait fixer la multitude des moments où de nouvelles formes sont arrivées sur la terre. Ceci ressort surtout du cours de paléontologie que M. d’Archiac fait au Muséum; cet éminent naturaliste passe en revue les terrains de tous les pays connus, en résumant les travaux dont ils ont été l’objet, et donnant pour chaque formation la liste des fossiles couche par couche; il montre ainsi que, partout où un géologue dissèque habilement Ja partie stratifiée de l'écorce terrestre, il la voit se décomposer en une série de petites assises, caractérisées par la venue de quelque espèce. Par conséquent, le phénomène du renouvellement des formes n’est pas un phénomène rare, exceptionnel dans l’histoire du globe, mais continu.
Ce phénomène continu, comment se produisit-il? Les espèces qui se sont succédé eurent-elles chacune une origine indépendante? Ou bien sont-elles descendues les unes des autres, en subissant de lentes transformations? Je vais exposer ces deux hypothèses dans toute leur rigueur; car, avec des termes ambigus, on discute sans conclure :
Les partisans de l'hypothèse de la fixité des espèces doivent admettre que Dieu, pour faire apparaître des formes nouvelles, a organisé d’une manière plus ou moins instantanée des substances inertes; par exemple, pour produire les Rhinoceros pachygnathus qui ont existé en Grèce, les Rhinoceros leptorhinus, megarhinus venus plus tard, les rhinocéros bicorne et camus plus modernes encore, il a rassemblé des éléments inorganisés: un peu d'oxygène, d'hydrogène, d'azote, de carbone, etc. ; ou bien
il a vivifié des germes restés à l’état latent depuis l’origine des choses; c’est ainsi que, tantôt un jour, tantôt un autre, il a constitué les espèces animales.
Les partisans de l’hypothèse de la filiation des espèces raisonnent comme il suit: « Nous ne comprenons: pas ces mammifères qui apparaissent subitement à l’état adulte avec leur pelage, leurs yeux, leurs oreilles, tous leurs organes, prêts à se nourrir, à se mouvoir, à aimer; nous les comprenons encore moins sortant d’un germe, et passant la période embryonnaire hors d’une matrice. Pourquoi l'infinie sagesse aurait-elle détruit toutes les espèces qu'elle a formées (4)? Les premiers êtres qu’elle a organisés lui ont servi à faire ceux qui ont suivi; il lui a suffi de les modifier peu à peu très-légèrement, pour amener la variété des formes qui se sont déroulées pendant les âges géologiques. »
En philosophie, les explications les plus simples sont préférées, et, à ce titre, l'hypothèse des transformations est assurément la plus séduisante. Cependant, comme tout est également facile au Créateur du monde, on conçoit que les opinions des savants, qui se placent à un point de vue théorique, peuvent rester flottantes. C’est dans l’étude des faits qu’il faut chercher une solution : si l’on découvre entre les êtres d’époques consécutives des liens intimes, je croirai à leur parenté et par conséquent à leurs transformations; si je n’apercois pas ces liens, je continuerai à admettre que les espèces ne sont pas descendues les unes des autres.
Or, que m'apprend l'examen des restes fossiles? 1° Il y a des genres de mammifères qui n’ont les caractères d’aucun animal plus ancien qu'eux ; tels sont le singe de Saint-Gaudens, le Dinotherium et les mastodontes miocènes, le Macrotherium, l'hippo-
(1) Cela ne veut pas dire qu’on admet la transformation de toutes les espèces. Peutêtre un grand nombre ont disparu sans en avoir engendré d’autres; ainsi le rhinocéros à narines cloisonnées s’est éleint, et aucune espèce actuelle ne peut être considérée comme le résultat de sa transformation. S
potame, le Sivatherium, l'Helladotherium, le Paloplotherium de Coucy, le Coryphodon, l'Hyracotherium, la Palæonictis, ete. Si l'on commence à connaître des passages entre les solipèdes et les pachydermes, ou entre ceux-ci et les ruminants, on ignore quel ordre se lie à ceux des cheiroptères, des édentés, des cétacés, etc. De mème, dans toutes les classes du règne animal, il y a des vides considérables, et, à diverses époques, on trouve certains êtres nettement séparés de ceux qui les ont précédés, de sorte que je ne sais dire quels furent leurs ancêtres.
2° On rencontre des formes de transition qui fournissent d'assez faibles arguments en faveur de la théorie de la filiation des espèces; je veux parler de celles qui ne sont accusées que sur une partie des organes; ainsi l'hipparion a des membres semblables à ceux de l’Anchitherium, bien que ses molaires soient trèsdifférentes; on ne peut done supposer qu'il descend directement de l'Anchitherium. De même, quand le Palæoryæ se confond par ses cornes avec l'Oryx, mais s’en distingue par ses molaires, ou que le Palæoreas avec ses cornes d'Oreas a une tout autre forme de crâne, on ne conclura pas que l'Oryx provient immédiatement du Palæoryx, ni l'Oreas du Palæoreas. Il est seulement permis d'espérer qu'en découvrant de nouvelles espèces, on apercevra d’insensibles dégradations qui montreront que lAnchitherium se rattache à la même souche que l'hipparion, le Palæorya à la même souche que l'Oryx, le Palæoreas à la même souche que l’Oreas. Mais ces intermédiaires ne sont pas connus, et, Jusqu'à ce qu'on les ait trouvés, on n’a pas le droit de proclamer une communauté d’origine.
3° D'autres intermédiaires semblent favoriser l’idée que des êtres attribués à des espèces, des genres, des familles ou des ordres distincts eurent les mêmes ancêtres. Les observations consignées dans cet ouvrage, et notamment les tableaux où J'ai groupé des fossiles suivant leur âge géologique, indiquent des
liens entre un grand nombre d'animaux d’époques consécutives. Cependant, même dans ces tableaux, il y a des lacunes; par exemple, j'en vois dans celui des hyènes entre l’Zchitherium hipparionum et l'Hyænictis græca, dans celui des proboscidiens entre le Mastodon turicensis et le Mastodon latidens, entre l'Elephas planifrons et l'Elephas priscus; les espèces qui ressemblent le plus aux Mastodon andium et ohioticus du terrain quaternaire ne sont pas du terrain tertiaire supérieur, mais du terrain tertiaire moyen. Dans le tableau des rhinocéridés, il y a un hiatus entre le Palæotherium et V'Anchitherium, entre le Rhinoceros Schleiermacheri et les rhinocéros à incisives rudimentaires; le Titanotherium, qui, d’après la description de M. Leidy, serait le lien entre le Palæotherium et l’Acerotherium, est un genre assez douteux; le Rhinoceros sansaniensis, que je place près de la nouvelle espèce découverte par M. Nouel à Neuville, n’a pas sa face occipitale pentangulaire; les rhinocéros qui se rapprochent davantage de ces deux espèces du miocène moyen n’appartiennent pas au miocène supérieur, mais ce sont des espèces vivantes ; les rhinocéros qui se confondent presque avec le Rhinoceros pachygnathus du miocène supérieur de Pikermi sont aussi des espèces actuelles. Dans le tableau des suidés, je trouve des vides entre l’Hyracotherium et le Rhagatherium, entre ce dernier et le Bothryodon ; le Bothryodon, plus différent du Chæropotamus éocène que l’Anthracotherium, paraît cependant avoir vécu plus tôt; du moins on a rencontré ses restes dans le miocène inférieur, au lieu que l'Anthracotherium n’est constaté avec certitude que dans le miocène moyen; je n’ai pas mentionné les hippopotames, parce que je ne savais à quel genre ancien les rattacher. Enfin, dans le tableau des équidés, j'ai joint aux hipparions les Æquus, malgré des différences assez notables.
Ainsi, il reste bien des lacunes entre les espèces d'époque con- 5]
sécutives; il en résulte qu'on ne peut encore démontrer d’une manière positive que ces espèces sont descendues les unes des autres. Mais les vides n’existent-ils pas dans nos connaissances plutôt que dans la série des êtres fossiles? Quelques coups de pioche donnés aux pieds des Pyrénées, des monts Himalaya et du Pentélique, dans les sablières d'Eppelsheim ou aux Mauvaises terres du Nébraska ont suffi déjà pour révéler entre des formes qui semblaient très-distinctes des liens étroits. Combien ces liens seront plus serrés, alors que notre science sera sortie de son berceau! Paléontologistes d’un jour, nous balbutions à peine quelques mots de l’histoire du monde, et pourtant ce que nous savons indique de toute part des traits d'union. Peu à peu les découvertes conduisent à adopter la théorie de la filiation des espèces; nous tendons vers elle, comme vers la source où nous démêlerons le pourquoi de tant de ressemblances que nous apercevons entre les figures des vieux habitants de la terre.
On ne possède que les parties des animaux susceptibles de se conserver par la fossilisation, et, quand même on aura appris que les os et les dents ont présenté des transitions d'espèce à espèce, il restera à montrer qu'il y a eu passage aussi pour la voix, les organes mous et les parties extérieures, telles que le pelage, la forme de la queue, des oreilles, etc:; la paléontologie ne pourra donc à elle seule prouver définitivement que des espèces différentes sont descendues les unes des autres. Il faut cependant convenir que, si elle démontre les transitions ostéologiques, elle aura rendu la théorie de la filiation très-probable. En effet, le squelette est la charpente de l'édifice; les dispositions des muscles et des ligaments varient avec lui, puisqu'ils s’y insèrent ; les mouvements du corps dépendent de sa forme; il loge les parties essentielles du système nerveux et les organes des sens ; les moindres modifications des dents et des os des pattes influent sur le régime de nourriture et sur les mœurs, Si donc le sque-
lette, regardé à juste titre comme fournissant les caractères les plus importants et les plus fixes, a présenté d’insensibles variations, les autres organes ont pu en subir aussi (1).
Le titre de cet ouvrage ne me permet pas d'entrer dans la discussion des arguments que les sciences étrangères à la paléontologie fournissent pour ou contre les transformations (2). Je wessayerai pas non plus de dire quelle a été leur limite ou de scruter les procédés par lesquels elles ont été opérées. La
(1) On dit quelquefois aux paléontologistes: « Le zèbre, le couagga, le daw, l'âne et l'hémione sont d’espèces différentes, et pourtant ils se ressemblent tellement par les parties du squelette que, si vous les trouviez fossiles, vous supposeriez qu’ils dépendent de la même souche. » C’est là ce qu’on appelle une pétition de principe, car justement il s’agit de savoir si ces animaux ont toujours élé d’espèces différentes, et si la longueur des oreilles, la forme de la queue, la robe et la voix ne sont pas des caractères qui ont varié avec le temps. Les travaux d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et récemment ceux de M. Huxley ont mis en lumière les transitions qui existent entre les organes d'animaux vivants très-distincts en apparence. ,
(2) Je réponds seulement aux deux objections les plus fréquemment adressées à ceux qui penchent vers la doctrine des transformations. En premier lieu, on leur dit: « Suivant de savants observateurs, les modifications que les plantes et les animaux subissent de nos jours ne sont pas permanentes ; donc il n’y a pas lieu de croire que, dans les temps géologiques, il y a eu des modifications permanentes. » Il est facile de retourner ce raisonnement contre ses auteurs, en disant: « De nos jours, on ne voit pas des mammifères apparaître faits de toutes pièces, donc il n’y a pas lieu de croire que, dans les temps géologiques, des mammifères ont apparu faits de toutes pièces. » Certainement, si on voulait conclure des temps présents aux temps passés, l'hypothèse des transformations serait moins improbable que celle des générations instantanées, car transportons par la pensée, au milieu des temps géologiques, les groupes que M. de Quatrefages, dans son Histoire naturelle de l’ilomme, a nommés races naturelles, nous aurons un extrême embarras pour les distinguer de ce qu’on appelle habituellement des espèces animales. Quant aux espèces végétales, les recherches de M. Naudin, de M. Alphonse de Candolle et d’autres botanistes éminents montrent combien il est difficile de les séparer des races et des variétés.
En second lieu, on remarque que le mulet n’a pas une fécondité continue, bien que ses parents soient très-proches l’un de l’autre, et on assure que l’ouvrage de M. Godron sur l'Espèce et les Races dans les êtres organisés ne permet pas d’attribuer la formation de nouvelles espèces à des croisements entre des animaux dont les différences sont un peu nolables. Mais je ne prétends pas que les formes intermédiaires soient le résultat de tels croisements. S'il en était ainsi, les règnes organiques présenteraient le spectacle d'une bigarrure universelle, et on ue comprendrait point comment les naturalistes se sont tous accordés à reconnaître les petits groupes nommés espèces (quel que soit d’ailleurs le sens qu’ils ont attaché à ce mot). J’admets volontiers que les accouplements entre les êtres de conslilution différente sont rares, ou du moins ne sont pas habituellement féconds ; ce n’est qu'à la longue et d’une façon insensible que les changements ont été opérés.
question de savoir s'il y a eu des transformations doit être résolue principalement par l'examen minutieux des êtres fossiles : celle de savoir comment elles ont eu lieu est très-distincte. Lorsque M. Darwin, dans son livre sur l'Origine des espèces, a prétendu qu'il y avait eu des transformations, il a répondu aux aspirations d’un grand nombre d’observateurs; mais, quand ce savant illustre a voulu expliquer de quelle manière les transformations avaient été produites, de graves objections lui ont été opposées par des hommes très-exercés dans l'étude de la nature.
Quel que soit le mode suivant lequel les animaux ont été renouvelés, ce qu’il y a de certain c’est que nulle modification n’a été due au hasard. Mes recherches ont montré que, dans les temps géologiques, la Grèce ne fut pas un théâtre de luttes et de désordres; tout y était disposé dans l'harmonie. Si nous reconnaissons que les êtres organisés ont été peu à peu transformés, nous les regarderons comme des substances plastiques qu’un artiste s’est plu à pétrir pendant le cours immense des âges, 1e allongeant, là élargissant ou diminuant, ainsi que le statuaire, avec un morceau d'argile, produit mille formes, suivant l'impulsion de son génie. Mais, nous n’en douterons pas, l'artiste qui pétrissait était le Créateur lui-même, car chaque transformation a porté un reflet de sa beauté infinie.