‹ Considérations générales sur les monstres comprenant une théorie des phénomènes de la monstruositéChapitre 4 sur 4 · IV. PllYSIOnOGIE · texte numérisé non relu

IV. PllYSIOnOGIE

Nous ne nous sommes encore, dans

le chapitre précédent, occupé qu’à présenter les causes les plus prochaines, et si nous pouvons nous permettre cette expression, les seules et simples causes anatomiques, celles que des recherches attentives nous ont permis de poursuivre et d’aller observer dans le speclacledes infinies modifications de la structure organique. Nous allons présentement essayer d’entrer plus avant dans ce sujet, discuter de hautes questions qui ont long-temps exercé la sagacité des hommes les plus éclairés, que ne purent résoudre les plus illustres physiologistes du siècle dernier. Ce qui aura toujours lieu , surtout s’il s’agit de matières trèsdifiiciles à pénétrer, ou n’avait recueilli que fort peu de faits, et ceux-là ne se prêtaient point encore aux spéculations d’une saine philosophie , que l’on s’était cependant formé des opinions sur les causes de la monstruosité ; or ces opinions étaient émises, qu’on entreprit après coup des recherches pour essayer de les prouver. On doit principalement se rappeler, comme pouvant porter sur ces souvenirs , le célèbre débat qui de 1724 à 1745 intervint entre ’OVinslow et Lémery. Toute l’Eu" rope savante y prit part , et nous citerons en particulier deux grandeurs intellectuelles de cette époque; d’abord Haller qui, après avoir , a-t-il dit, soigneusement examiné quatre à cinq cents relations de Monstres , se prononça , dans d^ux dissertations publiées ad hoc, en faveur de Winslow; et en second lieu Fonteuelle, qui , avec le goût et l’heureuse facilité de son talent, écrivit un résumé des plaidoyers prononcés devant l’Académie des Sciences par les célèbres anatomistes qu’une aussi belle thèse avait excités l’un contre l’autre.

Fontenelle, dans son penchant en faveur de Winslow , ne se montra pourtant pointaussi décisif qu’Haller :

loin d’admettre qu’il ait mis la question hors de doute, « il reconnaît que c’est à peine s’il a agi par une

espèce d’enchère, là où il ne faut efi’ectivement que donner la préférence à celui des deux partis qui allègue les meilleures raisons, c est-àdire les plus vraisemblables : car, ajoute-t-il, de preuves sans réplique, ou dft'démonstrations absolues , il ne saurait ÿ en avoir. »

Nous avons dit plus haut (Sommaire historique) que cette discussion était prématurée et avait précédé' les faits : on peut en juger par le morceau élégamment écrit de Fontenelle et qu’il lut dans la séance publique de l’Académie des Sciences pour l’année 1742 ; on peut, disionsnous , en juger par les bases que lui offraient les idées de son siècle et

3 u’il fut très-scrupuleux à reprouire, par les bases dont il a fortifié ses raisonnemens.«Lecœur, ditil , est la première de toutes les paities où l’on aperçoit le mouvement, punctum salièns : Vest vraisemblablement le principe du mouvement à l’égard'de toutes les autres; » puis faisant de cet axiome une application aux faits de la monstruosité : « Comment alors, ajoute Fontenelle, le cœur viendrait-il à se détruire dans une poitrine naissante?» C’est encore un des principes de cette époque qu’il n’y a pas « de génération , a moins que les corps organisés ne proviennent d’œufs ou de germes qui les contiennent en raccourci ; en sorte qu’on ne pouvait ouvrir de réelles disputes sur les Monstres, ou qu’en admettant, que l’auteur de la nature si sage, si régulier et si constant dans toutes ses œuvres, se fût réservé de produire directement des Monstres , ayant créé dans cette vue et à' l’avance des germes monstrueux; ou bien qu'en admettant la confusion de deux ou plusieurs germes dans le sein maternel. »

Duverney, long-temps avant, en 1706 , avait le premier émis , ou plutôt avait renouvelé, l’opinion que les Monstres viennent d’œufs ou de germes primitivement monstrueux , et qu’élis sont organisés avec autant d’art et de sagesse et pour une

fin aussi dcicrminéc , que ce que nous appelons les Animaux parfaits.

Lemery opposa d’abord (1724) à Duverney et plusieurs années après (1743) à Winslow, son illustre antagoniste, une vue toute diffènpnte en termes nets et bien trane\ips ; ear il exclut absolument toute conformation monstrueuse d'origine : cependant Jjétnery succomba bientôt, et dès qu’il eut exposé en détail les causes accidentelles, qui formaient, suivant lui, obstacle aux développemens organiques : aucune de ses preuves , dans l’extension qu’il leur donna , n’était admissible. Ainsi Buffon conçut heureusement, et de haut, une "grande idée , sa belle loi sur la patrie des Animaux, lequejs habitent chacun exclusivement la zone torride d’un continent; et, entré dans les détails, il ne s’aperçut pas de rinsujQisance de ses preuves , de la faiblesse des étais qu’il proposait à la conviction de ses lecteurs.

Winslow se montra plus indécis :

conduit par ses faits à des idées u’il supposait se contredire , il moifia dans la suite de premiers aperçus , et enfin il crut devoir s’arrêter aux propositions suivantes.

Il pensa : 1® qu’en général les deux systèmes des fœtus monstrueux d’origine et des fœtus monstrueux par accident, pouvaient être employés selon les différens cas des conformations extraordinaires ; 2° que dans d’autres cas , on ne doit employer qu’un de ces deux systèmes, lorsqu’on n’a pas de raison suffisante à donner en faveur de l’autre; 3® qu’il y a des cas où l’on est obligé de recourir à l’un et à l’autre, en ce qu’aux conformations extraordinaires d’origine, il peut en être survenu d’autres par accident ; 4® et qu’enfin il se trouve plusieurs cas où les plus habiles physiciens et anatomistes se voient fort embarrassés à choisir entre les deux systèmes.

Les Monstres par défaut n’entraient point ou peu dans ces supputations.

Le mélange et la confusion de plusieurs germes présentaient quelque

lo )

chose que l’esprit devait concevoir, mais non cependant sans difficulté ; car Fontenelle, qui avec Lémcry principalement, et généralcmeutavec toute l’école dominante alors, faisait de cette théorie dériver l’explication des monstruosités par excès , ne sait finalement qu’en penser. Essayant d’appliquer ces idées théoriques aux Monstres sexdigilairos , il est entraîné à attribuer la production des quatre doigts suniuméraires à la livraison qu’en aurait faite un second fœtus ayant depuis disparu : mais cependant il s’arrête devant cette explication, en venant à réfléchir aux chances minimesdeprobabilités,pour qu’il arrivât que les quatre doigts surnuméraires se détachassent à point nommé, et vinssent se placer et se coordonner près et avec les doigts normaux.

Nousrappelons, mais nous nediscutons pointées explications : nous nous bornerons à remarquer qu’elles survivent à la ruine d’un ancien édifice physiologique qui leur avait donné naissance. L’on avait perdu de vue la connexion , la filiation de celles-ci à celui-là ; et sans s’en douter , l’on continuait à employer ce qu’on pourrait nommer;des conséquences présentement privées de leurs prémisses. Cependant montrons que l’ancien édifice physiologique avait croulé : 1° adoptant l’idée de germes primitivement viciés, l’on avait mêlé aux questions de la monstruosité l’une des théories les plus ardues de la science ; ce qui prouvait qu’on n’apercevait point là de difficultés. Or expliquer avec le secours de pareilles théories , n’était-ce point s’abandonner à des abstractions, recourir à de pures suppositions? L’on est au contraire bien éloigné aujourd’hui d’accorder autant de confiance qu’on le faisait autrefois à la doctrine de l’évolution des germes, c’est-àdire de croire à leur préexistence éternelle, de les voir comme contenant tout l’être en raccourci.

L’étude plus approfondie qu’on a faite des développemens organiques , y fait à chaque succession aperce-

voir plutôt des effets qui se produisent les uns à la suite des autres , des causes absolument prochaines et actives d’échelon en échelon. Dans cet état, l’hypothèse des germes originairement monstrueux tombe d’ellemême. Bien mieux, c’est quece sont les faits eux-mêmes de la monstruosité qui, examinés dans toute leur valeur, mettent à même d’entrer dans la question de la préexistence des germes en général, tout autant du moins q^ii’il y a prise pour examiner cette question physiologiquement. Nous avons traité ce sujet avec soin dans notre ouvrage sur les Monstruosités humaines , et nous nous bornerons ici à y renvoyer.

2". Ce que les physiologistes, du temps de Fonlenelle, pensaient du cœur, de sa première et subite apparition , de sa prédominance d’action dans la composition de l’embryon, est aujourd’hui reconnu faux.

Le savant et illustre anatomiste Serres a ajouté à ce qu’on était à ce sujet parvenu à connaître, que bien loin que le cœur ( ce que cet organe fait seulement beaucoup plus tard) soit d’abord dans le cas , par ses nombreuses artères dont on le disait autrefois l’unique centre, d’aller se distribuer et porter la nourriture à la périphérie de l’être; loin, disons-nous , que le cœur remplisse d’abord ces hautes fonctions , il est au contraire le point où aboutissent des vaisseaux séparés, arrivant sur lui des membi’anes ambiantes et externes. Ce fait sans doute est fondamental pour la théorie des Monstres, puisqu’un grand nombre ( entre autres les sujets qui ont double ou le train de devant ou le train postérieur) doivent recevoir les conditions de leur difformité future , bien avant que le cœur soit formé.

On ne fit point entrer en ligne de compte une considération d’une aussi grande importance (i), quand on se

(i) Nous y revenons dans celle noie. « Harvey porle, dans la Zoogénie, cel espril invesligateur qui lui dévoile le mécanisme admirable de

décida contre la théorie qui faisait dépendre dans une condition secondaire et prochaine certaines modifications de l’être organique , des influences du système sanguin resté en-decà , ou porté au-delà de ses dimensions et limites naturelles.

Nous passerons légèrement sur cet ordre de faits , dont le docteur Serres s’est occupé et donnera plus tard les développemens ; non que l’intérêt du sujet ne le recommande

la circulalion. Il observe les premiers rudimens du cœur du poulet ; il imagine aussitôt que ce point qu’il voit palpiter est la racine de tout î’étre : il croit lui voir projeter ses rameaux, dans Ions les organes, et il annonce que l’Animal se forme du centre à la circonférence. " C’est ainsi que dans le dircours préliminaire, page xxn, de son Anatomie du cerveau, le docteur Serres signale le premier établissement de la loi générale du développement central des Animaux. On avait interprété la nature en sens inverse ; Serres le reconnut, en venant élud'er plusieurs cas de la monstruosité ; mais Harvey, Malpighi, Boerhaave, Haller, Albinus, etc., durrnt faire antorilé, tant que les études furent restreintes aux faits qu’ils avaient observés ; or c’est le développement du poulet qu’ils avaient examiné. On a cru jusqu’ici qu’en effet nul autre développement ne devait présenter, à l’observateur plus d’avantages , dès qu’on peut d’heure en heure, et jusqu’à son éclosion , examiner un fœtus d'Oiseau. La vérité est que c’est l’être organique le plus ingrat, si les études doivent tendre à rechercher les premières épocfues de formation ; il n’y en a point de propres à l’embryon qui soient discernables cbea un Oiseau , chez l’Animal qui a le système respiratoire élevé comme fonction au plus haut degré : mpis d’un autre côté, les travaux d’Harvey et de ses illustres successeurs ne restent pas moins recommandables, si on les emploie selon leur portée et qu’on les intercalle dans l’ordre des développemens. Ainsi ils sont sans valeur et ils le cèdent à l’heureuse découverte de Serres, eçuand il s’agit d’expliquer la formation de 1 embryon : le développement excentrique seul y pourvoit. Mais si l’embryon est entré dans les époques suivantes , s’il est constitué fœtus par l’acquisition du cœur et de beaucoup d’autres, principaux organes, il est évident alors qu’il faut reprendre les théories d’Harvey, que le cœur pourvoit à l’accroissement des parties de la périphérie du corps, et que les deux développemens, le concentrique et l’excentrique, agissent respectivement. Nous ne pouvons en dire davantage pour le moment : mais nous croyons avoir assez fait pour répondre à de certaines observations et pour calmer quelques irritations , lesquelles puisaient cependant d'honorables motifs dans le juste respect dû à d’anciens et mémorables travaux.

puissamment, mais uniquement parce que nous n’avons point fait, comme ce savant, assez d’études pour en traiter aussi convenablement. Une .semblable réserve, comme on l’a déjà vu plus haut, n’a point arrêté autrefois) et en effet, du moment que l’on eut pris le parti d’attribuer, sans examen et tout-à-fait à/J//on, au phénomène de la greffe , toutes les parties multiples des Monstres par excès, on fut disposé àadmettre toutes les combinaisons de soudure les çlus étranges, comme si toutes les arteres d’un lieu pouvaient confusément s’aboucher avec les artères d’une toute autre région : le docteur Serres, appuyé sur le principe des connexions, s’est avec juste raison élevé contre une telle conséquence. Si l’on pouvait désirer déplus amples renseignemens, on les trouverait dans un extrait de ses travaux sur la monstruosité que nous avons fût, et qui est imprimé , T. XIII des Mémoires du Muséum d’Histoire Naturelle.

3°. Ce qui rentre dans la théorie du docteur Serres, et ce que nous en donnons comme une de ses plus heureuseà applications, ce sont les conséquences que nous avons trouvé à déduire du fait suivant. 11 n’en est pas, nous croyons, qui soit plus important pour montrer combien de combinaisons, de rév élations instructives et d’indices certains , la monstruosité apporte et apportera surtout un jour à l’esprit, pour apprécier le principe des formations organiques et pour en suivre les effets successifs.

Un rein est descendu dans le bassin d’un enfant, et son artère, renonçant au point de son insertion ordinaire , quitte l’aorte plus bas et naît du milieu des iliaques primitives (Observation d’un de nos élèves, Joseph Martin, consignée dans les Annales des Sciences Naturelles , janvier 1826). Est-ce là un fait qui contredise la généralité, que nous désignons sous le nom de Principe des connexions? Nous en avons pris d’abord effectivement quelque souci, ce qui nous a rendu désireux de faire sui-

vre l’observation même de remarques et d’une discussion à ce sujet.

Mais enfin nous n’avons point tardé à faire rentrer cette anomalie dans la loi générale, en venant à considérer que toutes les premières formations se répandent de la circonférence au centre. Et en effet, une artère n’est épanouie et génératrice qu’à son extrémité diffluente. Il suffit que là , elle , ses dérivés et ses résultats ne manquent point à leurs relations réciçroques, pour qu’on doive reconnaître qu’il n’est nullement dérogé au principe des connexions. S’il est un obstacle, une bride qui retienne l’organe éloigné du lieu, oii ses vaisseaux vont se réunir et s’insérer sur le tronc aortique, ces vaisseaux gagneront l’aorte au plus près, par conséquent différemment qu’à l’ordinaire. Ainsi et l'observation et les remarques dont celle-là a fourni le sujet , nous ont révélé une voie de plus et des ressources d’explication, qu’on peut appliquer à la plupart des monstruosités par excès.

4®. C’est très-heureusement que nous avons pu étendre ce point de doctrineà des considérations de Veaux à deux têtes , à nos Hypognathes, que nous avons décrits dans le treizième volume des Mémoires du Muséum d’Histoire Naturelle) ainsi le fait curieux des Hypognathes nous avait déjà procuré quelques inspirations conduisant sur celte interprétation.

Car c’est à l’occasion de ces Monstres et à cause de ce qu’ils nous ont appris, que nous nous permettons de dire que ce n’est pas toujours servir utilement les sciences que de laisser son esprit planer sur la surface d’un certain nombre de faits, et que mieux vaut souvent en examiner un seul plus profondément, et en déduire, dans des cas d’extrêmes difficultés, des conséquences d’une grande influence par la suite. Or voilà ce que les Hypognathes nous ont montré , répété trois fois. De la mâchoire inférieure d’un Veau complet, naît à elle adossée, en partant de sa symphyse.

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tine aulrc mâchoire inférieure, laquelle se termine comme à l’ordinaire à ses condyles ; puis, sur ceuxci , comme sur un pédicule, s’établit un crâne plus ou moins réduit et plus ou moins rudimentaire. Ainsi une tête privée des organes des sens et du cerveau, uniquement formée des systèmes osseux et tégumentaires, devient, elle seule, l’addition dont s’enrichit ou plutôt dont vient à souffrir le sujet entier : on ne peut attribuer cet excédant d’organes à une rencontre fortuite, à un effet de bizarre amalgame; la répétition des mêmes faits montre là l’indice d’un choix, une action soutenue et concertée des systèmes vasculaires , un arrangement qui, sous une condition donnée, est dans un ordre absolu de nécessilé.Voilà ce que ne put admettre Winslow ; ses travaux sont considérables ; il disséquait et observait parfaitement; il essayait ensuite de conclure avec ses faits; mais il était bientôt découragé et arrêté dans cet élan ; ce qu’il ne se dissimulait pas, finissant presque toujours, au contraire, par convenir des difficultés qui assaillaient son esprit, et ce qu’il racontait, en les énumérant par 1°, 3», etc.

Le mécompte de Winslow provint de ce qu’il n’aperçut pas qu’il n’avait examiné que des faits incomplets , et qu’il attribuait aux conséquences finales du phénomène de la monstruosité des effets qui appartenaient à ses commencemens.

L’anatomiste ne pouvait observer et n’observait en effet que des résultats.

II faut dans ce cas remonter plus haut , presque gagner le commencement des formations animales, si l’on veut reconnaître ce qui est susceptible d’en troubler les fonctions. Nous fîmes surtout ces réflexion s quand nous en vînmes à étudier anatomiquement les Hypognathes. Nous n’entreprîmes jamais, sans doute, un sujet plus désespérant par ses difiS.cultés; cependant nous nous rassurâmes, dès que nous eûmes compris que nous avions sous les yeux des

faits consécutifs, et que, physiologiquement parlant , nous ne devions presque aucune attention aux faits observables, n’étant compétens dans leur insuffisance que ponr un résultat expi'imant l’état du moment , mais non les motifs d’anciens désordres. Et, en effet, nous vîmes que celle des deux têtes des Hypognatbes qui forme comme un horsd’œuvre chezees Monstres, semblait, par la distribution de ses vaisseaux, et par la continuité de ses parties tégumentaires,émaner de la têtegrande et régulière du sujet entier, ressortissant à un système actif et tout-puissant, et en étant avivée et parfaitement entretenue. Or, rechercher dans de telles circonstances, les seules manifestées à l’observateur, les faits et les motifs de l’ancienne soudure de ces deux têtes, c’était sans doute se placer sous les diverses impossibilités aperçues.par Winslow, et dont il composait sa série de difficultés. Nous aurions dû dans ce cas expliquer comment les vaisseaux artériels , après leur distribution dans la tête et la mâchoire normales, avaient le discernement de recommencer en sens contraire, et par une distribution inverse, une autre élaboration pour la seconde tête, qui toute réduite qu’est celle-ci, a cependant exigé tout autant d’efï’orts et les mêmes combinaisons et complications que la grande.

De pareilles difficultés n’existent point au contraire, si nous admettons que les faits de la monstruosité ont précédé la composition des principaux systèmes du sujet normal , principalement celle du cœur.

Les élémens tégumentaires des deux têtes ont d’abord distinctement existé. Or, puisque toutes les px'emières formations se répandent de la circonférence au centre, les tégumens de chaque tête renferment, au dedans de leurs feuillets , de premiers vaisseaux qui les établissent et qui les nourrissent un temps quelconque, avant que ces vaisseaux rentrent dans d’autres acquérant un plus grand calibre, et que ceux-ci, par une ra-

mificalion convergente , viennent se phale de Curlius, pl. 4 , fig. i , qui

perdre dans un tronc principal.

Cela posé, et seulement dans ce cas, se conçoit le travail régulier, isolé et bien distinct, d’où sortent deux têtes organisées Séparément; et c’est encore sous cette même raison que l’on comprend comment les vaisseaux semblables de chaque lêle, s’ils se rencontrent et se touchent, s’anastomosent, et finalement opèrent ces gretles ou réunions de parties si bien systématisées, tellementbien coordonnées, qu’il n’y a de plausible que cette explication pour en rendre compte. Il n’est point temps encore d’en dire plus à cet égard.

Cependant, dira-t-on, il n’y aurait de produit à l’égard des Hy~ pognathes, pour l’un des sujets, que le tronçon tégumentaire qui se rapporte k la tête informe. Voudraiton présenter cette circonstance à litre d’objection? il est facile et il suffit de donner cette réponse : C’est un fait, et U le faut bien accepter com~ me tel, comme ayant reçu ce caractère.

Mais de plus, c’est un fait qui se justifie en outre par sa répétition dans des fœtus isolés, comme , par exem-

K le , dans les différens cas d’acéphaes complètes. Et en eflèt, veuillez consulter la dissertation d’Elben (i), savante compilation dans laquelle le plus grand nombre de ces faits connus sont rassemblés, et vous trouverezdes Acéphales dans les cinq conditions possibles; savoir : i** l’Acéphale publié par Bonn, et représenté dans la Dissertation d’Elben , pl. 7, fig. 1 , lequel, formé d’un seul tronçon, renferme les organes générateurs et urinaires ; 2® l’Acéphale publié par Guignard , pl. 4, fig. I, qui est composé du dernier et de l’avant-dernier tronçon; 3° l’Acéphale de Vogli, pl. 20, fig. 1, réunissant les tronçons sacré, abdominal et thoracique; 4® l’Acé-

§ haie de Katzki, pl. 1, fig. 4, ayant e plus que le précédent le tronçon brachial ou cervical ; et enfin l’Acé-

réunit aux quatre autres le tronçon ciâuien ; car la tête ne manque point dans ce Monstre , elle y est seulement réduite, rentrée et cachée.

Voyez d’autres Monstres par excès, ou les Hermaphrodites complets ; c’est l’inverse comme situation des parties qu’ils présentent, et cependant ils ne réalisent pas moins, à cela près, les faits de monstruosité

K opres aux Puisqu’un

ermaphrodite complet est, en dernière analyse, un sujet entier, auquel s’ajoutent les organes du dernier tronçon d’un autre individu. Que l’on réfléchisse aussi à ce qu’apportent à l’esprit les conformations décrites par Bénlvenius , Columbus , Schenkius , Ambroise Paré , Aldrovande, Licétus, Winslow, Moreau de la Sarthe, Montaigne, auxquelles il faut joindre un dernier exemple, observé vivant à Macao et à Canton en 182.3. Nous voulons parler de ces sujets , bien conformés d’ailleurs, de la région épigastrique desquels pend un frère avec l’apparence, la structure, et généralement toutes les imperfections d’un Acéphale dans l’état d’embryon. Tous ces faits de monstruosité qu’Aldrovande a réunis sous les noms de Monstrum bicorpor monocephalon y et dont nous avons dit plus haut avoir formé le genre Heteradelphus ( frères jumeaux dissemblables) , sont, dans une autre manière, une exacte et parfaite répétition des différens degrés de composition que montrent les Acéphales isolés , dont nous venons de parler d’après Elben. Il est de ces Heteradelphus, comme le sujet (i) vu à Naples, en 1742 , par le marquis de L’Hôpital, qui ne présentent que la croupe; il en est d’autres, comme la fille dite aux deux ventres, décrite par Winslow , dans l’Académie des Sciences, année 1733, p. 366, lesquels présentent et la croupe et le

' ([) Cel Heteradelphus est figure, pl. 21, dan.s

il) De Acephalis, sii>e Monslris corde Ca- la Descriplion des principales monstruosile's, anliÔKS, auctore Elben, Eerolini, 1821. etc. , puldiée par Moreau de la Sarllie.

bas-venlrc ; enfin sont aussi d’aulres Heteradelphus, comme l’individu dernièrement vivant en Chine , et trois autres qu’Aldrovande a figurés dans son Histoire des Monstres, p. 611, 6i3et 6i4 , chez lesquels tout le sujet, moins la tête, est apparent (1).

Nous avons lu dans un Traité récent sur la monstruosité, à l’occasion des Heteradelphus , que le plus petit sujet est ou renfermé dans la substance de l’autre, ou aurait été détruit. Cela ne résulte en aucune façon des précieuses observations d’anatomie que Wiuslow nous a laissées , et qu’il a insérées dans le Recueil de l’Académie des Sciences, année 1734. C’est, nous pensons, à d’autres conséquences que mènent ces faits d’acéphalies, soit qu’il arrive aux Acéphales de rester séparés de leur jumeau normal (les Acéphales décrits par Elben), soit qu’ils parviennent à se souder ensemble elà croître très-inégalement ( les Heteradelphus).

Si nous pouvions invoquer ici tous les faits que nous ont procurés l’ensemble de nos rechercbes sur les Animaux des moyens rangs de l’échelle zoologique, Animaux si peu connus quant aux rapports de leur structure, nous arriverions, en y réunissant toutes nos observations sur la monstruosité , à la démonstration de ce fait ;

(1) Les parties osseuses du petit frère acéphale sont immédiatement revêtues parla peau, à moins que celle-ci, ce qui arrive fréquemment, ne soit soulevée et distendue par quelqu’amas de substance graisseuse; nous avons déjà remarqué plus haut qu’il en était ainsi de la deuxième tête petite et incomplète des Hypognalhes, et nous rapportons comme appartenant au même fait, l'adhérence du derme et du tissu osseux chex les Crustacés et chez les Insectes. La raison de ces rapports est dans le degré organique de ces productions ; toutes sont des embryons qui ne se forment encore que de la peau et du tissu osseux subjacent, celui-ci u'étaiit qu’un état plus avancé et complét if de la composition do celle-là ; et alors ce n’est que plus lard que des viscères sont sumjoutés chez les embryons en dedans du tronc, puis des muscles entre les lames tégumentaires. Ce progrès dans le développement n’a lieu ni chez l’Acéphale liétéradelphe, ni chez le Crustacé , uniquement de ce qu’ils restent, l’un comme l’autre, toute la vie dans la condition

savoir , en premier lieu, que l’êlre en général commence par un sac que l’on peut idéalement distribuer en cinq compartimens essentiellement distincts ; lesquels , produisant plus tard, de chaque côté de leur surface , les organes de l’état régulier, finissent par donner, d’abord, quant au squelette , simultanément, mais distinctement, les vertèbres crâniennes, les cervicales , les thoraciques, les lombaires, et puis les sacrées ou coccygiennes ; et ensuite , les organes qui correspondent à ces segmens de système osseux, et qui se composent des organes des sens , de la respiration , de la circulation , de la digestion et de la génération.

Passant de ces considérations à celles des déviations organiques, il reste sensible qu’il suffit d’un froncement, d’un repli, d’une contraction quelconque et persévérante sur un point, ou enfin de la moindre affection pathologique , pour changer la loi de développement de chacun des cinq compartimens , c’est-à-dire pour y introduire un élément de monstruosité qui d’abord est de peu d’importance, mais qui en prendra dans la suite en développant ses fruits; car dans ce cas, le système osseux et les viscères intérieurs en retiendront des causes de déviations , des ordonnées pour des formes insolites. Cela posé , qu’un seul, ou si l’on veut, deux, trois et quatre compartimens ou tronçons , soient séparément saisis par une de ces causes capables d’interrompre ou de changer le cours naturel des développemens, il n’y aura plus d’exposé au nisus formalivus, que les quatre cinquièmes, ouïes trois cinquièmes, ou les deux cinquièmes, ou seulement un cinquième de l’être ayant dû être produit.

5°. Nous arrivons enfin à l’explication admise généralement, et qui est appliquée indistinctement à tous les cas de monstruosité par excès. Sur l’idée que la nature tend dans toutes ses œuvres à la simplicité et à l’unité de ses voies et moyens, et que rien n’autorise à croire que celte marche

doive être inlerrompuc, quand il nombreiisespourquela greffe des Vés’agit de l’agglutination et de la pê- gétaux réussisse , quand , au conlrainétration des êtres, soit Végétaux , re, il n’est que des chances fort rares soit Animaux, on s’est cru fondé à pour opérer celle des Animaux. C’est rapporter la réunion des parties miil- que le liber, tissu homogène dans tiples des monstruosités par excès , à toute son étendue, est partout comces phénomènes que l’on connaît sous posé de matériaux similaires; un le nom de gi'effe des Végétaux, nœud vital est dans chaque point Quand ce sujet est embrassé de haut de la trame alvéolaire, et il ne peut et dans toute sa généralité, on ne peut manquer d’arriver que toutes ces pardisconvenir que les procédés soient lies rencontrent dans l’autre liber les mêmes. Cependant l’on ne saurait une combinaison toute semblable ; y accorder la même confiance dans d’oii leur aptitude à se réunir, les applications particulières , ainsi Les choses se passent autrement qu’on l'a fait. La grefle est bien con- et plus difficilement quant à la greffe nue des jardiniers qui la pratiquent de deux fœtus; la périphérie de leur journellement, mais elle l’est sans corps n’est point composée de parties doute moins sous le point de vue phy- similaires; c’est, suivant chaque Biologique. En importer les idées théo- région, un système à part de vaisriques d’ensemble et comme tout seaux et de nerfs quant à l’entrelaced’une pièce pour expliquer les sou- ment de chaque élément. Approchez, dures des parties animales, c’est n’a- mettez en contact deux appareils de voir pas donné d’attention à la diffé- vaisseaux et de nerfs qui se renconfence des matériaux mis en jeu. trent par le travers de leurs filets ; Or voici quelques remarques à ce nous le demandons, quelle forCe , sujet. D’abord à l’égard des Végé- quels motifs les porteraient à se prentaux eux-mêmes la greffe ne s’accom- dre, à se conjoindre? Ils sont supermode pas de toute rencontre fortuite, posés, ils restent adossés les uns à Il n’y a point en effet caprice dans un regard des autres; mais d’ailleurs il phénomène qui exige des préparations y aura refus d’entrelacement, d’agassez minutieuses, ou bien qui s’ef- glutination; ce que l’on conçoit ne fectuant naturellement dans les bois , pouvoir s’exercer qu’aux extrémités n’a lieu que si quelques circonstances mêmes des cimes vasculaires et nerdéterminées lui sont spontanément veuses. Mais qu’au contraire il arrive fournies. La règle est que le liber de â deux appareils semblables de s’apl’un des Végétaux soit à nu et mis procher face à face, qu’on me passe en contact avec le liber de l’autre ; cette expression; qu’il arrive aux l’homogénéité des parties qui se tou- bouches terminales d’un nombre chent les porte à se réunir et à se quelconque de filets vasculaires et confondre. Or, est-ce bien en tous nerveux de rencontrer de semblables points cela qui a lieu à l’égard des bouches terminales, qui gardent resmonstruosités animales par excès? pectivement les mêmes distances , dé et doit-il suffire que l’épiderme soit façon qu’il y ait coïncidence entre d’un et d’autre côté soulevé, pour tous les élémens similaires ; il y aura que deux membres, je suppose, s’at- le même entraînement que dans les tachent et demeurent greffés? C’est parties homogènes du liber, la même ce qu’en adoptant, à p/7o/«,la doc- disposition à la soudure des contetrine de la greffe des Végétaux pour nans et au mélange des fluides couteen faire aux Animaux une applica- nus, la même nécessité à s’anastotion, sans avoir réfléchi à la diflferen- moser. Or, pour qu’il y ait une aussi ce des cas particuliers ; c’est, disons- exacte coïncidence entre deux houpnous, ce que l’on a malheureusement pes de cimes vasculaires et nerveuses, supposé. Detels cas particuliers mon- il faut que chaque houppe provjenne trent d’abord des chances infiniment de sujets differens ; c’est ee que don-

Tfieiit eti effet deux jumeaux contenus dans l’utéi'us de leur mère.Que le diaphragme qui les sépare soit pathologiquement rompu, et que ces jumeaux se rencontrent dos à dos, ou ventre à ventre , ou tête contre tête, ou face contre face , ou par l’entredeux des jambes, etc., et vous aurez tous ces singuliers accouplemens que vous présentent les Traités iconographiques sur les Monstres. Observez qu’il n’y est question que de tels accouplemens , bien qu’il passe pour avéré qu’en ce genre de désordres l’on trouve réalisés tous les cas imaginables. Une revue de ces Traités , faite dans cet esprit, peut fournir une preuve péremptoire en faveur de notre proposition. Or nous ne craignons point d’affirmer qu’aucun de leurs Monstres doubles ne soit le produit de fausses correspondances, dans le sens que nous attachons à ce mot.

Là en effet ne se rencontrent jamais deux sujets approchés et soudés par des parties diverses ; là ne se voit aucune alliance du ventre avec une extrémité , du ventre avec le dos, de la tête avec une partie du tronc, etc.; si , comme dans le double Monstre décrit, en 1706, par Duverney, les deux individus conjoints sont opposés l’un à l’autre, ils se sont cependant rencontrés par des ramifications vasculaires et nerveuses de même nature : on connaît plusieurs exemples de cette singulière monstruosité et toujours les têtes étaient placées du même côté ; ce qui sans doute était inévitable, pour que les cimes vasculaires et nerveuses ne se rencontrassent point à contre-sens, mais le fissent aucontrairedans une mesure parfaite d’homogénéité. Que ces faits présens à l’esprit, vous veniez à considérer toutes les monstruosités par excès bien authentiques, d’après les vues de la loi que nous venons d’exposer , et que vous vous rappeliez en même temps que les fluides, dans les premiers momens de la gestation, se répandent de la circonférence au centre, second principe pour l’explication des monstruosités par excès,

vous ne serez plus surpris que clia* que Monstre soit le nécessaire résultat de ces sortes d’action? Sans doute ; il paraîtra et il demeure maintenant superflu que nous insistions, comme nous le faisions autrefois, sur la singularité que tant et de bizarres déviations organiques soient si exaclemeut répétées que c’était le cas d’y voir une association parfaitement distribuée d’organes et d’y donner un nom générique. Quelque chose au milieu de ces confusions trahissait en effet un ordre admirable ; on ne pouvait presque plus dire que c’étaient des aberrations organiques ; il devenait nécessaire d’y voir un autre ordre quelconque, venant remplacer l’ordre et les arraimemens attendus. Il sera donc effectivement inutile aujourd’hui d’insister sur de telles et d aussi curieuses conséquences, s'il est manifeste que celles-ci découlent naiurellemenl des nécessités ou de l’effet des deux lois que nous venons d’exposer.Nousprévoyons des objections tirées de quelques pratiques chirurgicales ou de quelques renversemens de parties visibles à l’extérieur; mais nous nous réservons de les établir et d’y répondre ailleurs.

Enfin la remarque suivante ne sera sans doute point considérée comme superflue ; notre illustre ami , le docteur Serres, ne manqua point de dire ce qu’il puisa d’inspirations dans nos vues sur l’unité de formation des systèmes organiques, quand il écrivit son bel ouvrage sur le cerveau ; mais il nous a, nous nous plaisons à le déclarer, vraiment payé au centuple , ayant fourni à ce qui précède son admirable loi du développement excentrique.

Nous ne pouvons renvoyer à aucun de nos écrits, qui donnât le complément de ces nouvelles idées, puisque nous publions celles-ci aujourd’hui pour la premièie fois. Extraites d’un Mémoire assez étendu et qui pour paraître attend la confection des dessins et gravures qui doivent l’accompagner, nous avons le regret de nous en tenir ici à énoncer seulement

ce qu'il serait si important d’amener à parfaite démonstration. Nous n’userons d’aucune dissimulation et nous dirons avec franchise que nous ne pensons pas être encore parvenu, dans nos recherches, à un résultat plus utile par ses nombreuses conséquences. Car, quand nous n’annoncions tout à l’heure qu’une loi trouvée pour l’explication des phénomènes de la monstruosité, c’est que nous nous plaisions à rester dans la spécialité de noire sujet. On voudra par la suile et l’on saura un jour considérer les choses de plus haut; et, celles-ci étant embrassées sous ce plus haut point de vue , la monstruosité n’y interviendra plus que comme un cas particulier, eu égard au phénomène plus général de la formation des organes. Car, à vrai dire , en uoi consiste effectivement l’essence e la monstruosité? Evidemment sans doute à offrir un heureux mélange de circonstances, la coïncidence d’une multitude de parties respectivement semblables à droite et à gauche, leur terminaison en filets et ramifications capillaires, et le double concours de tous ces élémens agissant en vertu de rapports mutuels dans une parfaite correspondance, et finalement obienant de se saisir et de se pénétrer même, en vertu de l’atlraction que la matière manifeste toujours pour elle-même, s’il y a homogénéité entière dans ses élémens en contact (i).

(l) Y a-l-il une autre loi pour la composition de tous les autres corps naturels? Nous ne le croyons pas. L’attraction newtonienne nous paraît au contraire devoir exercer son action aussi bien à petite distance que dans les grands espaces de l'univers. On ne le pense point ainsi aujourd’hui en physique, parce qu’on n’a point encore trouvé les lois secondaires d’arrangement des molécules, qui puissent déterminer celles-ci à bien s’offrir face à face, à multiplier de l’une à l’autre et vis-à-vis l’une de l’autre le plus de points exactement similaires et à les mettre parla dans le cas de se saisir et de s’enchevêtrer. Ceci, que nous avons le très-grand tort de placer ici sans rendre compte des idées intermédiaires qui s’y rapportent, conduirait à penser qu’il n'y a qu une seule loi pour la consolidation de la matière, ou autrement, pour la composition de tous les corps solides inorganiques ou organisés, etqucce serait la loi même de gravit»-

'route anastomose de deux vaisseaux similaires, sortis chacun d’une mèrebranche, si elle est secondée par les relations respectives et le concours actif de toutes les parties de son système , est formatrice des organes, en tant qu’elle donne lieu au phénomène de l’assimilation des fluides nourriciers. Le fœtus (nous ne disons pas l’embryon , parce qu’il n’y a point encore moment propice pour étendre à celui-ci les memes explications), le fœtus offie une disposition de vaisseaux et de nerfs qui amène sur les lignes médianes , des cimes vasculaires et nerveuses, venues, celles-ci des parties droites et celles-là de gauche, étant respectivement semblables et prolongeant leurs ouvertures terminales les unes sur les autres , et, si l’on peut se permettre de le dire dans ce cas-ci, face à face.

Voilà donc dans un sujet unique et simple, dit l’être normal, une disposiliou qui reproduit exactement celle dont nous avons fait dépendre les phénomènes de la monstruosilé par excès ; c’est que chaque Animal est la réunion de deux moitiés semblables. L’axe qui les sépare , compose par conséquent une série de points , où de chaque côté aboutissent nécessairement de semblables extrémités, soit vasculaires , soit nerveuses ; dans ce cas, et conformément à de telles données , les fonctions assimilatrices se poursuivent sans trouble. C’est donc et toujours inévitablement, comme dans les phénomènes de la monstruosité par excès, que s’établissent les organes des deux moitiés d’un sujet simple. Alors voilà ramenés au meme point et les phénomènes qui produisent les êtres uniques et réguliers, et ceux qui donnent les êtres doubles et monstrueux, c’est-à-dire voilà que nous n’apercevons plus entre eux d’autres différences , savoir :

a Que les premiers sont formés par une sorte de minimum d’action, le concours de deux parties semblables.

tion des corps, sur laquelle se fondent les explications du système de Tunivers planétaire.

quand les seconds le sont au contraire par l’emploi quadruple de cette même action ; laquelle consiste dans la réunion accidentelle et le jeu de quatre systèmes du même rang. Il faut prévenir une sorte d’objection. L’on s’étonnera et l’on voiiuia peut-être argumenter de ce qu’une loi d’une application aussi universelle, nous voulons dire, de ce que le principe de la composition des organes n’est révélé que par un cas particulier et ne ressorte point encore clairement de l’ensemble des théories de l’organisation , principalement des faits normaux. On pourrait déjà répliquer à ce sujet que jusqu’à présent la physiologie s est à peu près contentée de connaître quelques résultats des fonctions et ne s’est d’ailleurs point enquise des motifs qui y donnent lieu; mais cette autre réponse satisfera probablement davantage. En effet, l’organisation variée des êtres de la monstruosité était seule dans le cas de nous donner à la fois et le premier sentiment d’opérations aussi simples et des preuves pour notre conviction.

En connaissant d’abord le but, vers lequel tendent les efforts de certains développemens organiques , quand ils se poursuivent sans obstacles , les Animaux réguliers étant l’objet à produire , et en connaissant ensuite toutes les formes diversement imparfaites de la monstruosité dans une même espèce, nous avons une échelle d’organes pour ainsi dire successivement essayés. Nous voyons tel sujet frappé au plutôt d’un arrêt de développement, tel autre qui l’est plus tard, un troisième qui offre un plus grand degré de développement, et ainsi de suite. Ces caractères d’imperfection dans une série graduée deviennent des termes de comparaison , que l’esprit peut saisir et dont il tire tout naturellement des conséquences bien autrement instructives que d’nn fait unique , alors seulement visuel et n’étant le plus souvent de ressources que pour une donnée d’anatomie, que pour une description anatomique.

Nous nous arrêtons ici quant à la monstruosité par excès ; nous ne nous dissimulons pas ce qu’il faut encore faire d’études et recueillir d’observations pour développer et pour perfectionner, ainsi que le réclament les besoins de la science , les idées sommaires que nous venons de présenter.

En traitant dans le chapitre précédent des causes prochaines de la monstruosité par défaut, nous ne nous sommes étendu que sur celles de ces causes qui agissent mécaniquement et directement d’organes à organes. Mais il en est d’autrement provocatrices pour entraîner l’organisation dans des voies de désordres, et qu’il nous reste ici à faire connaître. Nous parlerons d’abord d’une de ce genre, u’une opinion très-répandue consière comme principalement prédis-

F osante : c’est l’influence attribuée à imagination de la mère sur le développement du fœtus. De-là vient qu’on a presque toujours cru trouver dans les marques empreintes d’origine sur la peau, connues sous le nom d’envies, d’essentiels rapports avec des objets que la mère prétendait avoir désirés pendant sa grossesse ; de-là vient encore qu’on a aussi souvent insisté, à l’occasion de diverses défectuosités, sur une ressemblance avec certaines choses du dehors qui avaient été un grand sujet d’eflroi pour une mère enceinte.

Quand un Monstre survient au sein d’une famille, il étonne, excite et trouble toutes les imaginations.Winslow ni personne n’auraient connu le cas de la fille hétéradelphe, observée en 1753 , sans la circonstance que les scrupules d’une religieuse de garde à l’hôpital auprès de cette fille monstrueuse provoquèrent. Gela donna Heu à l’examen de cette question , si l’ecclésiastique chargé de distribuer les secours spirituels donnerait l’extrême-onction aux deux corps ou seulement à l’un des deux ; on appela à cet effet Winslow en consultation.

Le premier soin d’une famille où paraît une monstruosité est donc

irenipêcber que la nouvelle ne s’en répande. Un aussi grave événement, quand il accable une malheureuse mère, s’empare de ses sentiinens et de toutes ses facultés ; le spectacle de son enfant dégradé la porte à un retour sur elle-même , et elle succombe presque toujours sous l’humiliation d’avoir ainsi fourni le sujet de la plus rare et de la plus afiSigeante exception. Cette infortunée, sans songer que ses habitudes intellectuelles et des connaissances très-bornées la rendent peu propre à aborder un aussi important sujet de méditation , ne se donne au contraire point de cesse qu’elle n’ait découvert ce qui l’aura extraordinairement agitée durant sa grossesse, et ce qui aura causé par conséquent le développement désordonné de l’être que ses flancs ont porté. La part qu’elle a à l’événement , les agitations de son esprit qui l’y ramènent sans cesse, et un certain besoin d’en reparler continuellement, font qu’elle se persuade qu’à sa seule perspicacité est réservé d’en démêer la cause. Ces préoccupations gagnent même les amis et les personnes appelées à donner des soins aux femmes en couche. Ainsi la mère de Y A nencéphale deBras(M.ém. du Mus.

d’Hist. Nat. T. XII, p. 253 et 273), est la victime de quelques brutales plaisanteries; son beau-père la veut guérir de son aversion pour les Crapauds , et croit y procéder efficacement en la venant surprendre un matin, et en la réveillant avec un de ces Animaux qu’il lance inopinément sur son lit. Cette violence s’adresse à une femme jeune et que rendaient intéressante lés grâces et les aimables qualités de son sexe ; elle en est bouleversée, et reste malade jusqu’au terme de sa grossesse; enfin elle met au jour un enfant mal conformé que son accoucheur et plusieurs femmes présentes s’accordent à dire semblable à un Crapaud. Nous avons vu ce Monstre et nous l’avons décrit et classé selon ses affinités organiques : c’était un Anencéphale.

Toutes ces opinions particulières,

conçues et propagées dans de semblaliles conjonctures, ont successivement servi à fonder la croyance populaire touchant l’influence des regards sur le développement des embryons. Attentif à ce qui en pouvait être, toutes les fois que nous l’avons pu, nous n’avons point trouvé que cette croyance supportât un examen sévère; car d’une part, il ii’y a jamais une réelle ressemblance entre les produits de la monstruosité et les objets dont on prétend que l’imagination d’une mère aurait été occupée ; et de l’autre, ce n’est guère qu’après l’événement que les femmes parlent de la coïncidence de ces ressemblances ; on ne cite eftèctivement aucune monstruosité qui ait été soupçonnée à l’avance et prédite. Enfin il faudrait étendre cette influence des regards jusqu’aux Animaux, auxuels il serait sans doute dérisoire ’attribuer un semblable pouvoir d’imagination, et qui cependant engendrent des Monstres tout autant et dans les mêmes conditions que les êtres de race humaine.

Mais on peut, nous croyons, arriver sur cette question avec des faits embiassés de plus haut et à tous égards parfaitement concluans : c’est en comparant dans quelle proportion aux enfans légitimes naissent les enfans naturels. Les contentions de l’esprit, le chagrin et les maladies qui en peuvent résulter, seraient-elles en effet prédisposantes à la difformité des fœtus, comme on devrait conclure de la théorie qui accorde une si grande influence aux regards?

Ceci admis, il faudrait, parce que l’imagination exerce sur nos sens une influence toute-puissante, que celte cause agît également sur le fœtus , où n’existe cependant encore aucune faculté de perception, comme sur sa mère , c’est-à-dire que cette cause se propageât dans la même raison sur un commencement d’opérations organiques , s’élaborant péniblement vers un point reculé de la tige maternelle, comme sur cette tige ellemême , riche d’organisation et douée

«les moyens les plus étendus. Une vive et subite émotion, un dégoût momentané, auraient donc plus de prise sur l’ame qu’une conlinuelle préoccupation de l’esprit, que les mouvemens désordonnés d’une conscience toujours en reproche. Que de tourinens d’esprit, que de remords, et par conséquent que d’altérations dans toutes les voies organiques chez une jeune fille timide et séduite ! Toutefois le bourgeon en développement sur cette tige qui se flétrit, ne s’en ressent en aucune façon ; tout au contraire , le plus souvent ces excitations n’en favorisent que mieux la production,

il faut en effet que les peines morales n’influent pas autant qu’on l’a cru , sur lé développement des germes. Il suffit, pour en être convaincu, de consulter les registres de naissance d’une grande population. Ainsi les Recherches statistiques surla ville de Paris, en nous donnant exactement le nombre des naissances à Paris pendant l’année 1821, nous établissent celles-ci distribuées comme il suit ; enfans légitimes 16,980; enfans naturels 9,176, formant un total de 26,166 naissances. Le rapport des premiers chiffres aux seconds est donc, à peu de chose près, la proportion 3 à 2. Par conséquent plus de neuf mille femmes ou les 2/6 du nombre total sont devenues mères à Paris, sans avoir craint d’encourir la réprobation de la société. On doit croire que sur ce nombre le quart ou deux à trois mille le devinrent pour la première fois, roulant sans doute continuellement dans leur esprit les déplorables circonstances de leur séduction, et restant de cette manière pendant les longues journées de leur grossesse sous l’accablement des émotions les plus dangereuses. Maintenant qu’on vienne à réfléchir au petit nombre de Monstres , qui ont paru pendant l’année 1821; est-ce un ou deux? on l’ignore.

Dans ce cas sans doute l’on sera disposé à conclure qu’un profond chagrin n’est point une cause prédispo-

santé à la monstruosité. Ajoutons que si les tourmens d’une ame déchirée, en causant le dépérissement de la mère, devaient réagir sur son fruit, ce serait d’une manière générale sur tous ses organes au prorata et non séparément , et uniquement sur une seule partie organique, comme cela se voit chez les Monstres,

Mais si nous ne pouvons apercevoir dans ce qui précède que les choses se gouvernent par les sentimens moraux, et si au contraire nous restons persuadés que ni les agitations de l’esprit ni les douleurs de l’ame n’ont aucune prise sur l’organisme pour Tenlrainer dans des voies insolites et désordonnées, il n’en peut être de même d’avis ou de nouvelles dites sans précaution et pouvant précipiter une femme enceinte dans un trouble des sens. Trois Monstres Anencéphales sont très-certainement dus à ces causes accidentelles, savoir :

V Jnencéphale de Bras dont la mère se trouva mal , étant surprise et épouvantée par la vue d’un Crapaud;

VAnencépkale de Palare dont la mère ne fut jamais bien remise d’une frayeur qu’elle éprouva, quand deux femmes apostées vinrent l’assaillir dans l’obscurité , et VAnencépkale de la Seine dont la mère tomba évanouie à la nouvelle, dite sans ménagement, que son mari aurait péri dans l’incendie de Bercy, village des environs de Paris. La grossesse de ces femmes, jusqu’à ces causes provocatrices, était dans un état prospère ; mais leur bonne sauté fut dès-lors altérée et continua de décliner jusqu’à leur fâcheuse délivrance. Nous avons raconté ces faits en détail dans le Mémoire déjà cité et inséré parmi ceux du Muséum d’Histoire Naturelle et dans notre Philosophie anatomique,

T. Il , page5i8.

Nous appliquons principalement aux Anencéphales les causes prochaines de la monstruosité, dont nous avons parlé dans le précédent cha-

S itre, savoir : le retardement dans le éveloppemeut et l’explication que nous avons donnée de ce phénomène,

lorsque nous l’avons vu dépendre de l'existence de brides placentaires ; mais entre l’aclion de ces causes et celle des causes premières produisant un ébranlement dans l’organisme , on peut saisir dlfférens temps, et l’on doit en eÜ’et suivre pied à pied chaque l'onction intermédiaire, si l’on veut bien comprendre la relation de ces causes diverses, dont nous n’avons encore aperçu que les termes extrêmes. Or voici comme nous concevons cette marche : nous ne voyons de prise à ces phénomènes qu’à l^poque où l’emhryon est à peine formé et où il occupe déjà le centre de ses membranes ambiantes; les eaux de l’amnios étant pour le surplus répandues autour de lui. Qu’une Femme enceinte et dans cet âge de gestation soit subitement et vivement impressionnée , et que la perturbation générale ainsi survenue dans les fonctions de ses organes procure en particulier une sur-excitation violente à l’utérus, il y a dès-lors et nécessairement contraction et par conséquent plissement de cette poche musculeuse. Les membranes de l’œuf répandues à sa périphérie intérieure s’en ressentent à leur manière, c’est-à-dire s’en défacbent vers un ou plusieurs points de leur superficie; cette séparation opérée violemment y occasione des déebijures , des percées , de légères tissures sans doute, mais à travers lesquelles suinte et se répand le Huide amniotique. Cependant la matrice ne cesse de peser de tout l’ascendant de ses contractions ordinaires sur le noyau en voie de développement dans son sein; voilà par conséquent l’œuf qui se vide de ses eaux, et les enveloppes ambiantes qui pour cette raison se replient, s’alfaissent et retombent sur Tembryon; enveloppant, touchant et pressant celui-ci de toutes parts, les membranes placentaires contractent inévitablement quelques adhérences avec l’embryon ; et cela marclie d’autant plus vite et se répand sur d’autant plus de surface, qu’il est plus de perforations aux enveloppes fœtales , plus

de points rompus et sangtiinolcns.

C’est le moment où commence la monstruosité; car tous les dévcloppcmens successifs continuant à avoir lieu conformément à deux ordonnées, que la nature des choses soumet à se faire de mutuelles concessions; ordonnées qui sont la tendance à formation régulière (nisus funnatiu'us) et de nouvelles exigences ou un tirage des brides placentaires; l’organe qui croît empreint de ces mutuelles actions et concessions paraît sous une condition nouvelle, laquelle atteste ainsi la puissance des déviations organiques. Ainsi se montrent une renovation de choses, et comme un être refait, puisque celuici est réellement reconstruit sous ces formes qui nous surprennent toujours et que nous disons celles de la monstruosité , par opposition à la forme attendue et normale ; ici donc où la cause provocatrice n’est que faiblement modificatrice , il n’intervient qu’un léger dérangement dans les membranes de l’œuf, niais non un trouble grave ou une maladie dé l’embryon ; il n’y a que retardement de développement dans les parties atteintes par des adliérences.

Mais si la cause perturbatrice a un caractère d’une intensité telle, qu’elle agisse encore plus sur l’embryon que sur les membranes de l’œuf, ou tout à la fois sur les deux, la monstruosité se ressent des violences qui l’ont provoquée (i). Ce n’est plus un sim-

(i)Dè3 le commenccmenl du seizième siècle, on av.nit déjà eu recours à des causes mécaniques pour expliquer les altérations, les vices, les déplacemens des organes et généralement les noinlii eux désordres qui constituent les faits de la monstruosité. Cette, vue fait lionncur aux pliysiologistes de cette époque; ainsi AmLroise Paré, à la date de i533, avait aperçu treize causes possibles de ces désordres, dont la huitième correspond aux. motifs que nous avons cidessus atlèoués. Nous citerons en entier le passage qui s y applique; il est curieux. Disons d’abord qu’il était inévitable que ce grand chirurgien ne se laissâtsurprendre par quelques opinions do son temps et qu’il ne leur payât ainsi un tribut : mais dans les points où il sest abandonné ;i son génie, on rend justice à l’uii

pie dérangement, une ordonnée quelconque pour l’avenir des développemens qui en résultent, c’est une maladie grave qui accable le fœtus ; il succombe le plus souvent ; événement dont ou ne s’occupe guère que dans l’intérêt de la mère et (jiie l’on connaît sous le nom d’avortement.

Cependant si le fœtus survit aux vicissitudes dont il est l’objet, à une lutte très-singulière qui s’engage entre les effets de la bonne santé de sa mère et les excitations de ses propres souffrances, il s’ensuit un Monstre d’une condition et de formes particulières ; nous en avons déjà parlé sous le nom de Thlipsencép/iale. De tels Monstres ont cela de particulier qu’ils sont, hors la partie placée sous l’inlluence morbide, parfaitement conformés; nous n’avons traité que de l’im d’eux dans notre Mémoire imprimé parmi ceux de la Société médicale d’Emulation. Julie sa mère, a^ant atteint le troisième mois de sa grossesse , ne peut plus se dissimuler sa position, qui est à ses yeux le plus grand des malheurs ; elle rêve aux moyens de s’y soustraire. Ne pourraitelle pas prévenir , ou même empêcher l’accroissement de l’être qu’elle porte en son sein ? Elle s’arrête à l’idée dose plastronner le ventre, de manière à placer au dehors une force vive , réagissante et destructive des développemens intérieurs. Nous avons vu le corset bardé de buses épais cm-

clcs plus grands talens qui aient honoré la F rance. Voici ce passage qu’on lit livre 25, pag ySS:

- Les causes des Monstres sont plusieurs : la première , la gloire de Dieu. La seconde, son ire. La troisième, la trop grande quantité de semence. La quatrième, la trop petite quantité. La cinquième, l’imagination La sixième , l’angustie ou petitesse do la matrice. La septième, l'assiette indécente delà mère, comme si, étant grosse, elle se fut tenue trop longuement assise, les cuisses croisées ou serrées contre le ventre. I.a huitième, chiite ou coups donnés contre le ventre de la mère étant grosse d’enfant. La neuvième, les maladies héréditaires ou accidentelles. La dixième, pourriture ou corruption do la femme. La onzième, mixtion ou mélange de semence. La douzième, l’artifice des médians hélîtres de l’ostière. La treizième, les démons et les diables. »

ployé à cct usage ; la mère él l’enfant périront sans doute, se disait-elle souvent; mais cet avenir faisait Tunique consolation de son affreux désespoir.

Cependant il n’en fut point ainsi ; ces coupables manœuvres n’aboiilirent qu’à frapper d’une lésion profonde le système cérébro-spinal du fœtus et principalement son encéphale. Nous croyons inutile de Vîqrpeler ce que nous en avons dit dans notre Métnoire, ayant d’ailleurs à raconter d’autres événemens de ce genre , à Tégard desquels nous avons des renseignemens plus détaillés et plus instructifs.

Une femme de la commune de Montmartre, dite Thérèse, mit depuis au monde un Thlipsencéphale, si semblable au Monstre enfanté par Julie, que nous avons peine à saisir un caractère pour les différencier comme espèce. Thérèse était déjà mère de cinqenfans, ayant de vingt-huit à trente ans; elle fut un jour indigiieinenlmaltraitée, frappée violemment du genou vers la région utérine et ensuite foulée aux pieds par son mari , qui, la sachant grosse d’un sixième enfant, avait conçu l’affreux dessein de la blesser et de faire périr sou fruit. Ces cruautés n’atteignirent aussi qu’en partie, comme dans l’exemple précédent, le résultat attendu. Thérèse se sentit blessée, et n’en put douter quelques jours après en voyant son ventre grossir extraordinairement. Elle volt la sage-femme qui lui donnait ordinairement des soins ; tout porte à croire qu’elle est au moment de faire une fausse couche. Ceci se serait sans doute réalisé à l’égard de toute autre Femme ; mais Thérèse est le plus rare exemple d’énergie morale, de courage et de force de tempéi'ament. Elle est malade, mais son travail est la seule rc.ssource de sa famille, de ses cinq enfans, de sa mère infirme, et même du malheureux artisan de ses maux ; elle .souffre, et n’en continue pas moins à aller de rue en rue offrir des comestibles, légumes et volaille, qu’elle porte à dos et dans une hotte j

quelquefois elle succombe sous le poifls d’une charge ënorme, surtout dans la quinzième journée après sa blessure. Elle était alors aussi grosse que le sont les femmes entrées dans leur neuvième mois. ïout-à-coupelle est surprise par une crise violente, le col de l’utérus s’est ouvert, et Thérèse est inondée; ce qui coule est un fluide sanguinolent mêlé de matières épaisses et un peu consistantes. Le ventre est à la lin réduit au volume correspondant à celui de son âge de gestation; elle atteint le sixième mois de celte époque, après trois mois d’un état de malaise pendant lesquels elle reste sujette à un écoulement; au neuvième mois elle était ôxtraordinalrement grosse. Exposons ce qui est propre au Thlipsencéphate , lequel naquit au terme ordinaire de la délivrance des Femmes. La moelle allongée est dans un état d’extrême inflammation : on n’aperçoit point de cervelet; mais on voyait à sa place , et au lieu de son insertion, une capsule nrembraneuse qui paraissait les racines d’un arrachement récent de la bourse cérébelleuse , et au centre de la capsule étalent deux orifices, sans doute à cause et par suite de la rupture et séparation des artères vertébrales. Le cerveau proprement dit était composé de ses lobes comme .à l’ordinaire, mais ils étaient réduits à une petitesse extrême, et ne se composaient guère que des vaisseaux affaissés les uns sur les autres, avec apparence et caractère de squirrhe; quelque peu de matière cérébrale était là disséminé, un peu plus dans la glande pinéale. La boîte cérébrale était ouverte; et ses parties , ordinairement ouvertes, étaient renversées à droite et à gauche; les rochers, non retenus par l’occupation réagissante des organes encéphaliques, avaient crû extraordinairement, et formaient en travers un relief très-sensible qui tenait à distance les vestiges du cervelet et les parties cérébrales.

Or voici ce qui nous paraît résulter de ces faits : il y a eu , non plus suspension et retard, mais rétrogradation

de développement dans le temps ou la maladie avait exercé ses ravages. Cette condition inattendue dans les phénomènes de la monstruosité, mérite sans doute qu’on s’en occupe. Nous disons inattendue dans un point de vue particulier ; car nous croyons bien qu’on en avait entrevu quelque chose, et que c’est cela qui avait porté quelques physiologistes à n’admettre que des maladies du fœtus pour expliquer les prétendus désordres de la monstruosité. Quoi qu’il en soit, nous ne fûmes parfaitement au courant des faits qu’a dater de la naissance du second de nos Thlipsencéphales, et nous avons dû en effet adopter la conclusion précédente, dès qu’il paraît certain que la connaissance deleur état ne fut révéléeaux mères de ces Monstres que trois jnois après qu’elles étaient enceintes, et que jusque-là aucunepertuibation n’était venue déranger le cours naturel des choses. L’encéphale à trois mois, et principalement les lobes cérébraux , son tplus considérables que nous neles avons observés à neuf mois, ou au terme de la grossesse ; mais de plus les méninges renfermaient alors une uantité relativement plus consiérable de pulpe cérébrale qu’au moment de la naissance. Les cimes des artères carotides internes et'vertébrales auront été ébranlées, dérangées et peut-être rompues : elles auront produit un fluide séreux dans lequel les parties pulpo-cérébrales se seront dissoutes; rénovations et actions de tous les momens , qui auront fourni aux pertes quotidiennes éprouvées par la mère du deuxième Thlipsencéphale , durant trois mois consécutifs. La rétrogradation du développement est surtout un fait manifeste à l’égard du système osseux.

Le crâne d’ordinaire est déjà à trois mois établi à peu près sous les formes

f [u’il doit conserver à toujours ; les rontaux s’étendent en ari’ière, les pariétaux sont répandus sur lesflancs, et l’occipital supérieur forme à la nuque, et sur la ligne médiane, un os ample et complet, que les analo-

gies concernant les pièces du cerveau mettre des germes monstrueux de tounous disent composé de quatre par- te éternité , c’était aux nouvelles opilies élémentaires. Il faut donc que nions à faire d’abord table rase : l’on d’anciennes soudures viennent à se devait effectivement commencer par rompre ; car nous avons vu qu’à neuf montrer la fausseté des anciennes, et mois les quatre élémens de l’occi- tirer avantage de ce que la thèse an-

f iilal étaient séparés et renversés sur ciennement et si généralement soues côtés; le pariétal avait perdu sa tenue alors, ne reposait que sur de fox'me carrée et bombée et avait passé à simples spéculations de l’esprit. Nous celled’unebandelelte étroite; et enfin avons cru au contraire possible d’en les frontaux n’avaient plus ou près- examiner les fondemens au moyen, que plus en arrière de parties de re- soit d’observations directes, soit couvrernent. Il y a eu donc rétrogra- d’expériences répétées et même perdation et transformation de toute la sévérantes.En premier lieu, nous déboîté cérébrale.Dans des expériences vans considérer, comme autant d’exoii nous avons fait couver par la cba- périences tout aussi concluantes que leurartificielledesœufsdePoule,nous si nous les avions nous-mêmes diavons plusieurs fois été à même de rigées, les malheurs qui ont accablé nous convaincre de ce résultat, plusieurs des femmes dont nous ayons Nous avons vu le fœtus se coller par parlé dans le cours de cet article, l’un de ses flancs à la membrane de Ainsi une nouvelle douloureuse donla coquille, et l’œil, ainsi renfermé, née sans ménagement ( Anencêphale diminuer successivement, et se ré- de la Seine ), une surprise nocturne duire au point de nous faire croire d’a- {Anencêphale de Patare), et un surbord qu’il était tout-à-fait atrophié; saut violent à la vue effrayante d’un ce ne fut qu’après une anatomie fort Crapaud {Anencêphale de Bras) apattentlve que nous en avons retrouvé portent, dans de;s développeinens toutes les parties constituantes. Or, ce titéiins qui se poursuivaient selon phénomène de rétrogradation nous a la règle , des troubles qui sont resincontestableinent apparu avec toutes sentis plus on moins vivement jusses circonstances, ayant pu les suivre qu’à la fin de la grossesse. De plus visiblement, et ayant vu en effet très- cruels trailemens, soufferts par les distinctement à travers les parois de mères des Thlipsencéphales, sont suila coquille , le fœlus quitter le cén- vis des mêmes effets. Il est ainsi évitre du sphéroïde , s’approcher suc- dent que sans les circonstances que cessivemenl du gros bout, gagner nous venons de rappeler tous les fruits la cloison membraneuse qui cir- utérins sur lesquels elles ont porté, conscrit l’espace rempli d’air , y et qui leur doivent d’avoir été enadhérer, puis y périr d’héinorrliagie. traînés dans les affligeons désordres Sous une condition donnée et que qui les ont constitués monstrueux, nous avions pu régler, le fœtus était seraient restés abandonnés à l’action entraîné dans un mouvement de cir- persévérante du nisus formations : ils culalion. eussent tous poursuivi dans le sein

Il faudrait, dira-t-on, pour que maternel le cours habituel de leurs cette suite de corollaires obtînt le développeinens possibles ; et par crédit qu’on ne doit qu’à la vérité, conséquent alors, si nous n’avons qu’on eût établi, sans qu’on pût le donné là que de justes déductions, moins du monde en douter, que pen- nous sommes parfaitement autorisé dant les premiers temps de la gesta- à ajouter comme la dernière et détion l’être organique se fût dévelop- finitive conclusion de ce qui précède, pé régulièrement. Car enfin, puis-f^ que la monstrnositén’estpointinhéqu’une théorie qui a long-temps do- rente au germe.) En second lieu, miné dans la science, avait accoutu- nous nous somfnes occupé de la mé les esprits à concevoir et à ad- produire elle-même, et y ayant réus-

SI, nous pouvons nous appuyer suides considérations dont nous nous sommes rendu maître, et qui nous paraissent décisives pour confirmer ce dernier résultat. Nous avons profité d’un four d’incubation artificielle établi au village d’Autcuil près Paris, et qui est en plein rapport; nous avons mis auprès d’ceul’s destinés à donner et donnant eüèctivement des poulets bicn,venans, une certaine quantité d’autres œiils que nous soumettions à diverses épreuves. Notre but était de mal produire , d’entraîner l’organisation dans des voies insolites et, sous des conditions notées, mesurées et bien distinctes , de créer à volonté des Monstres. Nous en avons obtenu de plusieurs sortes, comme on peut le savoir en consultant un article que nous avons publié sur cela , et que nous avons intitulé : Sur des Déviations organiques provoquées et observées, etc. ( Mém. du Mus. d’IIist.

Nat. ï. XIII ). Nous avons plus haut parlé d’un fœtus de poulet qui se portait du centre à la circonférence :

nous rappelons ce fait sous le rapport des adhérences du fœtus avec ses membranes ambiantes. Nous avons encore observé , dans un autre établissement du même genre, à Bourgla-Reine, près Paris, un résultat non moins satisfaisant. Cet établissement commence; il n’est pas encore gouverné avec les lumières nécessaires pour en assurer le plein succès. On s’est d’abord contenté de placer au centred’unegrandechambre un poêle que l’on chauffe de fiiçon que la température du pourtour de la pièce soit à une certaine hauteur maintenue à trente-deux degrés. L’air de la pièce privée par cette action desséchante de l’humidité nécessaire à l’acte de la respiration, n’est point d’abord un obstacle aux premiers effets de l’incubation, mais il le devient, dès que le fœtus, bientôt formé , éprouve le besoin de respirer : les huit dixièmes des œufs saisis par ces conditions défavorables n’éclo.sentpoint; et dans le nombre des poulets qui échappent,

près de moitié naissent avec les doigts recourbés en dehors. Ce résultat fut étendu à deux mille œufs mis en expérience; or, soit dans mes recherches à Auteuil, soit dans l’essai pratiqué plus en grand à Bourg-la- Rcine, il n’y eut très-certainement, à quelques-uns près, que des œufs sains et prédestinés à une éclosion normale, d’employés. Les conditions dans lesquelles ces œufs furent placés les ont donc seules entraînés dans les déviations et désordres observés ; car ce n’est jamais un nombre aussi considérable d’œufs que l’on suppose être monstrueux de toute éternité. On a di\ le restreindre, et on l’a fait coirespondre eu effet au nombre des individus rnal conformés que l’on rencontre. Énfin nous ajouterons que la répétition de la même sorte de monstruosité, observée en grand à Bourg-la-Reine, forme une dernière preuve en faveur de notre conclusion, que ce sont les conditions défavorables, tantôt prescrites et tantôt accidentelles de l’incubation , qui ont fait dévier l’organisation de sa marche habituelle. Dans quelques argumens dirigés contre la proposition précédente', on a invoqué des exceptions bien connues ; il est des œufs mal conformés, et qui alors contiennent nécessairement en eux-mêmes la raison de leur ultérieur et vicieux développement. Ainsi deux jaunes contenus dans une même coquille doivent , malgré l’exiguité de leur cellule , donner deux Oiseaux, ou, à cause même de cette exiguité , une monstruosité par excès. Cette conclusion est juste, etnous avons nousmême un ti’avail prêt, une planche toute gravée où nous rendons compte de ces faitsavec des circonstances nouvelles et très-curieuses. Qu’un jaune soit à chaque bout de la coquille maintenu par des chalazes inégales ou incomplètes, il est encore vraisemblable que cette disposition des membranes aura de l’influence sur le développement du fœtus ; mais ces faits ne prouvent rien en faveur de la thèse des germes monstrueux de

loule éternité ; ils élohlissent seulement que les poules qui produisent de ces œufs mal conformés ont leur oviduclus affecté pathologiquement.

Il est tout simple que certaines maladies des mères intluenl sur le développement des embryons qu’elles noui’rissent; ceux-ci peuvent être malades consécutivement , comme nous avons vu qu’ils le deviennent par des blessures du dehors. Ces remarques sont sans eloiite minutieuses, mais nous les avons crues nécessaii'es pour enlever les derniers appuis à l’ancienne opinion des germes monstrueux et des germes contenant en raccourci tout l’être comme il doit un jour apparaître.

Nous terminerons cet article , en désirant fixer l’attention de nos lecteurs sur les deux réflexions suivantes.

Premièrement. Si l’on venait à trouver que nous eussions donné dans le cours de cet écrit quelques nouveaux et judicieux apeiçus sur la monstruosité, nous aurions dû entière-’ ment ce succès à la méthode d’investigation que nous avons suivie, aux règles qui en font partie, et surtout au principe qui forme la conclusion la plus élevée de nos recherches ; haute manifestation de l’essence des choses que nous avons exprimée et proclamée sous le nom à! Unité de composition organique.

Secondement. La nécessité d’un ordre quelconque dans la production d’organes et de formes insolites, et généralement la place que doivent occuper les êtres de la monstruosité parmi les diverses existences de l’univers , ont de tout temps singulièrement et différemment ernbai-rassé les philosophes. Un seul trait de Montaigne paraît comme urï fidèle résumé de tout ce qui précède : ce célèbre moraliste donne ( Essais, liv. 2 , chap. 3o ) une fort bonne description d’un Enfant monstrueux, lequel se rapporte à notre genre Héléradelphe ; puis , passant de ce fait particulier à toutes les hauteurs de son sujet, il prouve qu’il a profon¬

dément senti les phénomènes de la monstruosité, quand il ajoute : a Ce que nous appelons Monstres ne le sont pas à Dieu , qui voit dans l’immensité de son ouvrage l’infinité des formes qu’il y a comprises. » Cet admirable résumé de tout ce qu’il est possible d’apprendre sur la monstruosité , Montaigne le dut entièrement à sa force de méditation. Les Anciens, qu’il'fut par ses contemporains tant accusé d’avoir reproduit, d’avoir copiq jusqu’à la satiété, lui avaient donné leurs faits, mais nullement imposé leurs folles doctrines.

Car il ne lui est pas arrivé de dire avec Aristote que les Monstres sont des manquemens aux lois générales , et pour ainsi dire des actes de prévarication ; et avec Pline , que la nature, ingénieuse à produire, les avait formés pour nous étonner et pour se divertir : ludibria sibi, nobis miracula ingeniosa fecit natura. Le plus éloquent écrivain du siècle, Chateaubriand , s’est aussi expliqué au sujet des Monstres, cc II les voit (Génie du Christianisme, liv. 5, chap. 3) comme privés de quelquesunes de leurs causes finales : ce sont, ajoute-t-il, autant d’échantillons de ces lois du hasard , qui , selon les athées , doivent enfanter l’univers.

Dieu aurait permis ces productions de la matière , pour nous apprendre cc qu’est la création sans lui. » Ainsi le doigt de Dieu , manifeste dans la production des êtres réguliers et parfaits , se serait retiré des êtres de la monstruosité , chez qui l’on peut au plus apercevoir des différences d’âges ou d’espèces, et qui semblent exister pour montrer la très-grande aptitude et l’infinité de ressources de l’organisa tion pour la diversité ? Ainsi le doigt de Dieu n’interviendrait en aucune façon dans la production des derniers, pourtant non moins que les premiers, assujettis à une règle fixe, mais chez lesquels seulement une autre règle , un nouvel ordre et des faits non moins nombreux et non moins admirables par leur savante complication , remplacent les règles , ordre

el arrangement de ce que, jugeant d’après nos habitudes et notre dep’é d’inslruction , nous nommons l’état normal? Montaigne, arrivé à d’autres conclusions que Châteaubriand, nous paraît renfermé plus heureusement clans le cerele d^une philosophie plus indépendante. C’est qu’il se serait tenu constamment en gardé contre toute philosophie sub impeno magistri, surtout contre la philosophie dite des causes finales, dont le dre inconvénient esl, pour qui 1 admet et qui s’y confie, d’agir sans mission , et de se porter pour interprète de faits*incomplétenient observés et conséquemment inexplicables actuellement.

Les Monstres ne le sont pas à Dieu; oui, sans cloute, dès qu’ils sont entrés dans l’ordonnance et la composition de l’univers au même titre que les Animaux réguliers , dès que les uns comme les autres sont également des degrés divers d’organisation. Ainsi ramenés à leur véritable essence , les Monstres ont aussi une utilité pra¬

tique ; et par conséquent il est logique et nécessaire d’ajouter que bien loin qu’ils doivent et puissent être considérés comme en dehors de la main de Dieu et comme une objection contre la Providence, ils rendent le plus éclatant témoignage à la bonté et aux sages prévisions de l’Intelligence suprême : car amenés de temps à autre sur la scène des productions vivantes et s’y montrant avec des caractères d’imperfection dans une série graduée, ils deviennent de précieuses ébauches à consulter. Ce sont autant de moyens d’étude offerts à la faiblesse de notre intelligence , des combinaisons plus simples , tenues comme en réserve , pour doter l'Homme de plus de lumières , pour développer progressivement le l’essnrt de sa pensée , et pour le rendre digne enfin de sa plus haute destination ici-bas , celle de connaître et de rendre de moins en moins impénétrable pour son esprit l’action du CuiATEUii sur les objets créés.

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