‹ Considérations générales sur les monstres comprenant une théorie des phénomènes de la monstruositéChapitre 3 sur 4 · III. Considérations anatomiques · texte numérisé non relu

III. Considérations anatomiques

Les études delà monstruosité sont de plus appelées à répandre de grandes lumières sur les hautes conditions de l’organisation. Une seule

anatomie, celle do l’Homme, avait d’abord presque uniquement occupéj et avait donné lieu, vers la fin du siècle dernier, aux plus grandes découvertes qu’il fût possible de faire dans un champ qui imposait de trop étroites limites aux observateurs.

Mais tout-à-coup ce théâtre vint à s’agrandir. L’anatomie des Animaux, devenue le sujet des plus heureuses investigations, accrut et féconda par de nombreux objets de comparaison une étude jusque-là beaucoup trop circonscrite. Ce fond, oh il nous était donné de venir puiser les élémens des connaissances physiologiques, donna facilement de premiers fruits : cependant scruté et comme inteiTOgé de nouveau, les réponses devinrent plus difficiles à obtenir et moins satisfaisantes : un état stationnaire fit connaître que l’on s’était comme épuisé danscetté direction. Il fallut donc Ouvrir de nouvelles routes , et l’on en vint à distinguer plusieurs sortes d’anatomie comparative, au nombre desquelles figurent en première ligne l’anatomie patholoique , mais surtout l’anatomie des très de la monstruosité. Ce qu’il parut désirable de savoir , on demanda aux déviations organiques de le dire(i).

Quel spectacle en effet que cel u i de l’oranisation dans ses actes irréguliers, e la nature soumise à des troubles , embarrassée dans ses évolutions , surprise enfin comme dans des momens d’hésitation et d’impuissance ?

Pour quiconque en efï’et a examiné et s’est rendu compte de toutes les modifications ])oSsimes de l’organisation , il est évident que ses formes diverses se nuancent et sortent toutes d’un seul et même type. Mais quelle preuve en sauriez-vous alléguer, qui ne vous exposât à la contradiction , si vos supputations embrassent uni-

(l) Corréa de Serra nous eerWait un jour ; • Je me plais et m'instruis avec vos Monstres ; ee sont d aimables et francs bavards, qui racontent savamment les merveilles de l’organisation, disant toujours fort à propos et ce qui est et CO

ruietnent des Animaux réguliers ?

Que vous remplaciez au contraire ces élémens, en demeurant fixé sur les êtres de la monstruosité, que de variétés dans les faits ! que d’heureux contrastes ! que de moyens de recherches et de convictions ! que de preuves enfin à fournir ! Car vous savez où tendait l’effort pour bonne et régulière formation ( nisus formativus) : tel organe eût été produit, et vous voyez ce que la monstruosité vient au contraire vous donner en remplacement. Ainsi pour le peu que vous soyez aidé ou seulement heureusement inspiré sur l’obstacle intervenu , vous savez sans difficulté et avec certitude ce qui devait arriver , et vous pouvez y comparer ce qui est, ce qu’a rendu nécessaire une autre condition donnée. L’esprit qui domine tant d’élémens divers , les oppose les uns aux autres et finit par acquérir la conscience du jugement qu’il en devra porter. Cependant quelles sont les perturbations qui luttent avec succès contre l’action du nisus forjnativus (tendance à formation régulière), quelle est effectivement la nature de l’obstacle, dont l’intervention fait dévier l’organisation de sa direction normale et la prive de sa forme attendue pour la soumettre h une nouvelle marche , pour la reproduire sous une toute autre forme?

Cette recherche fut une des premières dont nous nous occupâmes.

ÎS'ous trouverons à faire plus lard une très-heureuse application du principe que tout développement organique procède d’abord et se répand de la circonférence au centre (i). Mais c’est tout le contraire qu’on observe dans les monstruosités dites éi>entra~ lions, c’est-à'dire dans les monstruosités chez lesquelles les viscères font hernie à l’extérieur du tronc. Or le nisus formativus , ou le cas d’une formation régulière , ne se maintient

(0 L’illustre méitccincleriiôpilalde la Pitié, le docteur Serres a fait de celle loi l’une des Ijascs de sa nouvelle doctrine pliysiologiquc.

dans ses allures habituelles, q^ue s il parvient, en y appliquant la liaison intime et l’engrenage continu des divers organes, à développer une action de tirage ; laquelle range et retient ces organes dans l’intérieui^ des cavités du tronc. Pour qu’il en soit autrement, il faut qu’une contreaction s’exerce avec plus d’énergie, et une telle contre-action n’est et ne peut être qu’un autre et plus puissant tirage s’exerçant en sens contraire. Yoilà ce qu’il nous restait à trouver et ce qu’il ne fallait pas désespérer de rencontrer , même après quelques essais infructueux, attendu u’il y a deux époques à distinguer ans le développement des faits de la monstruosité : une première, pendant laquelle commencent les phénomènes et se règlent les conditions des déviations organiques , et la dernière, quand le Monstre, long-temps après qu’il est définitivement établi, uitte sa gangue nourricière ou le omicile maternel. Or il arrive le plus souvent que , dans l’intervalle de ces deux époques , les moyens du tirage extérieur s’usent et se détruisent, sans anéantir de plus anciens effets , sans rendre à l’état normal la position respective des viscères. Il y a persévérance des difformités primitives, celles-ci n’étant plus même conservées en vestiges. Nous ne devions, ni ne pouvions nous en tenir à ces déductions , à ces prévisions de l’esprit ; mais heureusement nous n’avons point tardé à les remplacer par des observations positives. L’Hypérencéphale , l’un des genres que nous avons décrits dans le deuxième volume de notre Philosophie anatomique , nous a le premier montré des brides tégumentaires étendues du sujet à la périphérie formant les enveloppes de l’œuf : elles existaient chez ce Monstre, sous la forme d’une lame mince et très-large, allant d’abord de la tête au placenta, puis se continuant en festons fraîchement déchirés sur toute la longueur des viscères. Nous avons retrouvé , depuis , de pareilles brides ou membranes sur d’autres su-

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jets ; et de plus, dans de très-récentes expériences, nous étant proposé d'agir sur des œufs que nous faisions couver par la chaleur artificielle, il nous est souvent arrivé , en élevant audelà de 3a® la température du four , de porter le trouble dans le développement fœtal et d’amener plusieurs Poulets à s’approcher d’une des extrémités de leur coquille et à y contracter adhérence. Des brides , lames ou membranes , interposées entre le sujet eu développement et entre les membranes ambiantes du placenta, paralysent l’action vitale, ou l’entraînent violemment dans des voies détournées : or ces membranes sur-aioutées par la monstruosité exercent leur inüuence de deux manières ; d’abord mécaniquement , ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, en tant qu’elles font l’office d’une lame de suspension quant au fœtus. Effectivement on conçoit que fixées d’une part aux membranes ambiantes de l’œuf ou du placenta , et attachées de l’autre à quelques organes du fœtus, elles tiennent ces organes en particulier dans un tiraillement qui est d’autant plus puissant et plus efficace pour les entraîner au dehors, que le poids, les raouvemens et peut-être les soubresauts du fœtus agissent en sens contraire. Les lames placentaires ont, en second lieu, ce résultat, qu’insérées sur plusieurs organes du sujet et s’y distribuant à la manière d’un diaphragme vertical, elles privent les vaisseaux qui ordinairement rampent à la surface de ces organes, de revenir les uns sur les autres, de s’y anastomoser et de s’y employer à une sorte de tissage : elles exercent en outre une influence toute contraire , s’il leur arrive de servir de véhicule au système vasculaire pour entraîner celui-ci du sujet au placenta, ou uice versa, d’où résultent les plus singulières et les plus fâcheuses aberrations. A. l’existence de pareilles brides ou membranes, cause prochaine et manifeste de la monstruosité, se rattachent natu-

rellcment plusieurs explications :

1° considérées comme lames de suspension et comme exerçant un tirage a l’égard de quelques organes , elles ne sont que momentanément dans ce rôle : elles' marchent à dépérissement , quand le sujet passe de l’état d’embryon pour entrer dans celui de fœtus : ce n’est plus alors le placenta qui est une ordonnés toute-puissante à l’égard du sujet :

le contraire a Heu : le fœtus est proportionnellement plus nourri et croît davantage , le placenta bien moins : arrive alors une époque de réaction et de lutte, où les viscères obéissent à d’autres tractions ; celles intérieures et normales essaient de se soustraire à leurs primitives adhérences : car à ce moment, le fœtus devient plus lourd, et il est en outre, par une plus grande vitalité, sujet à des sursauts brusques et vlolens :

c’est le moment où les brides placentaires se déchirent. Voilà le fœtus rendu à ses conditions normales, occupant le centre de la cavité placentaire, étant également et de toutes parts entouré des eaux de l’amnios. Ses liens se trouvant rompus, les tégumens communs viennent se répandre sur les parties qui en étaient dépourvues. Toutefois ce retour aux conditions normales ne produit son effet que pour les nouvelles couches dont les développemens successifs viennent accroître l’organe monstrueux : comme celui-ci a crû d’abord, il se maintient avec plus ou moins de fixité. Ainsi se renferment dans l’intérieur de l’être des organes mal conformés ou rangés dans un ordre inverse de celui de leurs véritables connexions ; ainsi , sans qu’il soit nécessaire de déclarer à cet effet la nature peu sage et dans un excès de débauche, s’explique le cas cité par Leibnitz, lequel avait paru si extraordinaire; le cas du soldat des Invalides, chez lequel Méry avait trouvé le foie à gauche et le cœur à droite. Nous connaissons beaucoup d’exemples semblables ; et, chose admirable! les faits bien exa-

rainés et bien senlis ne dérogent en rien à notre théorie sur les connexions : car c’est la niasse entière des viscères qui est atteinte : tout entière, elle a roulé comme autour d’un axe, de telle sorte que chaque viscère garde respectivement et à l’égard de ses voisins sa propre et véritable connexion : il n’y a d’anomalie qu’en ce qui concerne le contenu par rapport à tout le contenant, ou à la cavité du tronc.

a*?. Si nous considérons les brides on lames placentaires comme devant empêcher les rameaux vasculaires qui s’étendent sur leurs flancs, de se rencontrer, de s’anastomoser et de travailler de concert à la formation des organes, là où ces vaisseaux auraient dû apporter le fluide assimilable j ce .sont d’autres effets non moins énergiques , et non moins susceptibles de

E roduire les plus grands désordres.

es ramea ux reçoivent de leurs troncs, maintenus dans l’état normal, un sang qui est lui-même dans l’état de règle. Ce n’est donc qu’à partir des dernières ramifications que commencent les désordres delà monstruosité, dès qu’en effet c’est seulement en ce lieu que se fait une distribution irrégulière des fluides. Or à ces causes répondent des effets nécessaires : les organes que ces fluides eussent nourris et fait prospérer, ne sont point produits. Mais remarquez: ils manquent à l’un des points de lapériphélie de l’être, à l’extérieur et comme clans une région écartée et terminale.

Cette aberration si grande qu’elle consistedans un fait de non existence, n’influe cependant en rien sur le reste du sujet ; l’organe monstrueux se construit et par le fait ou de l’atrophie, ou de l’absence d’une partie , et en même temps par une réunion insolite des organes qui entourent la partie absente , sans que tout le reste du sujet soit empêché de céder à l’essence du nisus formativus :

et en effet, il ne saurait y avoir de réaction possible ou du moins nécessaire pour ce qui ari'ive à l’extrémité d’une branche rameuse. En définitive

sur quelciues points, il y a retardement dans le développement, quand dans tout le reste du sujet il y a au contraire continuation des phénomènes vitaux, marche soutenue et constante dans la distribution des fluides assimilables, enfin œuvre tout entière abandonnée à l’influence du nisus formativus , et par conséquent œuvre parfaite. Nous suivons, comme on le voit, pas à pas dans ce qui précède tous les faits de la célèbre théorie de l’arrêt du développement; mais nous voyons plus loin sans doute qu’on ne l’avait fait jusqu’à présent, si nous ne nous en tenons point à n’y remarquer qu’un fait, si nous réussissons à montrer que l’arrêt des développemens dépend de causes aussi simples. Ces explications mènent à plusieurs autres. Toute monstruosité étant, comme on l’a d’abord aperçu, une désoranisation efiéctive eu égard à ce qui evait avoir lieu, une constitution irrégulière remplaçant ce qui devait être régulier, n’est cependant désorganisation ou irrégularité que relativement. Effectivement, si nous n’avons pas le type attendu, n’est-il pas quelqu’autre chose qui vient le remplacer? S’il en est ainsi, c’est seulement quitter une forme pour retomber dans une autre : et eu considérant ce résultat en soi, c’est un simple événement pathologique , auquel il n’aurait manqué jusqu ici que d’avoir été embrassé sous son vrai point de vue. La monstruosité fournie par l’Homme ne crée point nécessairement des organes de structure humaine. L’Homme, dans ce cas, est comme une gangue sur laquelle l’organe monstrueux s’est construit et développé : mais, quoi qu’il arrive, la monstruosité ne saurait recevoir de cette circonstance son vrai caractère, son caractère primitif; car il n’est pour elle, s’il s’agitd’unemonstruosité par défaut, il n’est, disons-nous,

F our elle rien d’essentiel que dans absence d’une partie et que dans le mode de rapprochement et de soudure des bords ayant dû servir d’enceinte à la partie absente. Toutefois , dans

rhypothèse doanëe, la spécialité des formes humaines ne peut manquer d’arriver à son tour, mais évidemment pour n’être plus qu’un sujet de considérations secondaires; puisque la monstruosité fait concourir à 1 evénement des parties qui se soudent les unes aux autres, qui acquièrent ainsi de nouvelles relations, et qui, au-delà du point où elles sont respectivement en contact, conservent plus ou moins décidément les formes de l’état normal, et, dans ce cas-ci, les formes humaines. Cependant un Monstre qui périt en naissant à cause d’un arrêt dans le développement de quelques parties essentielles, succombet-il à titre d’être souffrant et malade?

nous ne le croyons point, quant aux cas précédemment exposés : nous dirons plus bas sur quoi se fonde cette réserve. Un Monstre n’est alors qu’un fcetus sous les communes conditions, mais chez lequel un ou plusieurs organes n’ont point participé aux transformations successives qui font le caractère de l’organisation. L’être organisé qui se présente sous celte forme, n’est point malade dans l’acception reçue de ce mot, il est seulement monstrueux, en ce sens qu’il ne jouit pas d’une organisation aussi perfectionnée, aussi riche que celle qui appartient au type de l’espèce dont il fait partie. Il ne lui est donné, par les conditions de sa viabilité réglées par une somme quelconque et le concert plus ou moins parfait de ses organes, d’exister que dans un milieu aquatique; par conséquent quand il quitte le domicile maternel et qu’il cesse d’être baigné par les eaux de l’amnios, la force et la prospérité de ses organes l’abandonnent ; et il meurt, comme fait le Poisson le

F lus vigoureux, après que le pêcheur a retiré des eaux. Ce n’est point un malade qui succombe ; et il est facile de s’en convaincre aux formes rebondies et brillantes de santé, aux chairs vives et bien nourries, et à l’abondance du tissu graisseux, qui caractérisent les Monstres faisant partie de nos genres Anencéphale, Notencépha-

le , etc. Ajoutons qu'une essentielle difiérence à saisir entre les Monstres, entre un Acéphale, par exemple , et les êtres réguliers, c’est que ceuxci doivent à une plus grande complication d’organes une viabilité qui s’étend à deux ordres d’existence, lorsque, tout au contraire, un Acéphale privé de certains organes qui le puissent mettre en relation avec les fluides du monde aérien, n’est susceptible ue de l’une de ces existences, celle e la vie intra-utérine. A examiner ces constructions organiques sous ce point de vue, ni celle-ci, ni aucune

f roduction quelconque ne sont absoument défectueuses; chacune est nécessairementrenfermée dans les limites de sespropi’es forces actives, et elle est par conséquent soumise à une puissance de développement toujours et également réglée; un Monstre, dans le cas de nos précédentes explications , et un être régulier, ne diffèrent que pour être établis avec ou sans entraves du côté des membranes ambiantes et placentaires : ce sont donc deux oeuvres parfaites , si l’on juge d’elles en elles-mêmes, par ellesmemes , et conformément à leurs données premières ; car ces constructions organiques se sont développées depuis la première molécule jusqu’à l’être des dernières journées de la gèslation, avec aisance et méthode, dans un ordre admirable sans doute, puisque le principe des formations a vaincu souverainement toutes les difficultés que fait naître une complication infinie. Ce n’est que quand les deux fœtus quittent le domicile maternel que la scène change de l’un à l’égard de l’autre. D’abord tous deux cessent de vivre à la manière des Animaux qui sont plongés dans un fluide aquatique : ils y avaient respiré au moyen de leurs vaisseaux cutanés.

L’un des fœtus (l’Acéphale) est-il sans poumon , il ne vivra pas une seconde fois : c’est pour toujours qu’il a cessé d’exister. Mais le fœtus, que nous distinguons en le disant établi régulièrement, possède au contraire un organe vierge, ce poumon; or-

gane tenu en quelque sorte eu rilserve pour le moment où l’ètre régulier parviendra dans le monde aérien ; il profite, à ce second moment, de ce u’il est arrangé sur les données des eux milieux respiratoires, de ce qu’il

F eut par conséquent respirer dans air et y venir puiser le feu de la vie; il continue d’exister, ou plutôt une nouvelle et deuxième existence commence pour lui. Gela posé, c’est donc voir l’Acéphale comme un être complet? Oui, sans doute, nous ne reculons point devant cette conséquence , dès que l’Acéphale a satisfait aux conditions qui ont décidé de sa formation. Mais, dira-t-on, quelle est donc l’existence d’un être qui commence et qui continue de croître dans une bourse fermée jusqu’à ce que celle-ci en soit affectée et réagisse pour l’expulser? Nous répondrons que c’est déplacer la question que de la faire dépendre de choses en dehors du sujet; ni le milieu qu’il habite, ni la durée de la vie n’importent ici : qu’il ait vécu un certain temps, c’est assez. Or un Acéphale humain vit plus long-temps que beaucoup d’Animaux réguliers, moins il est vrai que certains autres , bien moins sans doute qu’il eût pu le faire s’il lui avait été donné de vivre après sa sortie de la bourse utérine.

J 3 es jours, des années d’existence, qu’est cela pour la nature? nos plus grandes longévités , que sont-elles en effet eu égard à son essence d’éternité? Considéré sous un autre rapport, un Acéphale est aussi un être complet; on admet généralement aujourd’hui que toutes les organisations sont des modifications d’une seule et même ; donc nous avons dû et pu conclure qu’une anomalie ou une monstruosité dans une espèce donne le plus souvent l’étatnorinal d’uneautre. Ces vues effectivement coïncident merveilleusement avec cet autre principe entrevu par nous en 1807, et si bien démontré par ledocleurSerres dans son Exposition du développement du cerveau, avec ce principe d’embrÿogénie; savoir, que le fœtus humain

s’organise peu à peu, qu’il passe successivement d’une structure simple à une plus compliquée, et qu’il suit, dans son développement, une progression dont tous les degrés sont en rapport avec ceux de l’échelle animale. Or voyez ce qui établitla distance de l’Acéphale à l’être régulier ; il est évident que c’est une moindre quantité d’artères, et, à cause de celles-ci, que c’est décidément l’absence de quelques parties qu’eût produit l’alimentation de ces vaisseaux.

Le sujet monstrueux existe donc alors sous la condition d’un Animal régulier , avant que celui-ci fût pourvu de ce système vasculaire ; l’être monstrueux correspond ainsi à l’un des états par lesquels l’être utérin passe d’une structure très-simple à une structure plus compliquée; or, tout aussi bien qu’un Animal des séries inférieures, celui-là est un être complet. Mais arrivons cependant à la plusj notable de ses différences. Les êtres monstrueux , qui meurent en naissant, n’existent dans Je sein de leur mère que sous la raison d’un accroissement continuellement progressif; c’est même l’excès de cet accroissement qui fatigue et qui contraint le sac utérin à se débarrasser d’un fardeau quel’utérus, au terme de son extension possible , n’est plus capable de contenir. Les êtres réguliers, au contraire, n’ont pas plutôt fourni à tout leur accroissement possible , qu’une portion de leur système organique est consécutivement mise en jeu, et que sa plénitude amène des rénovations d’organes , et en définitive la reproduction d’êtres nouveaux.

Ainsi d’un côté, c’est une réaction d’organes qu’un concours fortuit et singulier de circonstances et de chances fait éclore et qui ne laisse après soi aucune trace; et de l’autre c’est un système plus compliqué, à la fols mieux concerté, et qui doit à un jeu vital plus énergique etpluspersévérant, d’être reproduit par voie de génération.

Notre célèbre ami, le docteur Serres, fait dépendre d’une autre cause

les phénomènes des déviations organiques : « 11 considère ( Essai sur une Théorie des monstruosités animales , 1821 ) que l’hypertrophie d’une partie organique et que l’atrophie d’une autre en correspondance tiennent toujours à Vantagonisme de leurs artères nourricières , quand il arrive à ces artères d’avoir le diamètre de leur calibre établi différemment qu’à l’ordinaire.

Cela posé , poursuit l’auteur, les variations nombreuses que présentent les monstruosités des Animaux et de l’Homme, ou les embryogénies animales sont circonscrites dans de certaines limites , et relatives aux deux principes suivans; savoir : le système sanguin, 1® excédant ses limites ordinaires ; 2® ce système resté en deçà sans pouvoir atteindre au terme moyen, » Toutefois cette manière de voir a été contredite par Béclard le premier (Leçons orales sur la Monstruosité, 1822), par Ollivier, Dugès, Andral fils, et en dernier lieu par le baron Cuvier, dans son Analyse des TrayauX|de l’Académie des Sciences , juin 1826. Cette controverse fut fondée sur le principe qu’effectivement dans tous les organes le volume des artères est toujours dans un rapport direct avec le volume de ces mêmes organes; que, si ces organes deviennent accidentellement plus volumineux, leurs artères augmentent aussi, et qu’enfin s’ils viennent à s’atrophier, les vaisseaux qui leur apportent le sang s’atrophient également. On a donc pensé qu’il devenait trop difficile de décider ce qui, dans cette connexion de phénomènes, est cause ou effet, et que l’auteur de la nouvelle théorie n’avait point suffisamment établi', à l’égard des rapports qui existent entre le développement des artères et celui des parties dans les- <juelles celles-ci se distribuent, que le premier de ces phénomènes est la cause du second. Cependant ces objections etles observations qui les ont motivées doivent-elles véritablement prévaloir sur des études spéciales et aussi approfondies que celles entre¬

prises par le docteur Serres? et, en effet, son travail long - temps rélléchi et dû à un très-laborieux emploi du scalpel, serait-il détruit par ce recours à des considérations générales, par l’aiiplicalion de principes de physiologie aussi peu certains’i’ Nous croyons au contraire ce savant anatomiste dans de grandes voies d’investigations : il n’a point songé à imiter, mais il reproduit toutefois des procédés mémorables. Ainsi Coulomb suppose deux courans de fluides électriques , et il comprend dans la pb s heureuse explication tous les phénomènes d’électricité connus de son temps. Serres n’en est pas réduit à supposer; seulement il distingue, il a saisi le fait prédominant, selon lui, de la structure des Monstres par excès : frappé des conséquences de la duplicité de leurs principaux troncs artériels, il voit, sous la dépendance de cette cause, un ordre admirable , là où, avant lui, on ne croyait qu’à des désordres incompréhensibles.

Mais ce n’est point encore ici le lieu de nous expliquer sur cela davantage.

Nous arrivons présentement à l’un des points vivement controversés parmi les physiologistes, et sur lequel nous avons annoncé que nous reviendrions. Les faits de la monstruosité dépendraient-ils plutôt d’autres causes, ou bien , au moins, tous dépendraient-ils d’une seule et même ? L’on n’a sans doute pointoubliéce que nous avons dit au commencement de ce chapitre, de l’arrêt du développement, des brides répandues du ffetus à ses membranes ambiantes , et généralement de ces obstacles d’une grande simplicité , que nous avons pu et que nous avons cru devoir considérer comme des élémens divers pour une ordonnée nouvelle, comme servant d’intervention sur un point pour entraîner l’organisation dans d’autres voies, et comme l’occasion enfin d’une altération, non dans la santé du sujet, mais seulement dans les formes. Avant que nous eussions exposé ces idées, la plupart des médecins n’avaient aperçu dans les dévia-

lions de la monslriiosité qu’un sujet d’affection pathologique ; ils voyaient le fœtus sous les communes conditions de tous les êtres de la nature vivante, et par conséquent ils le jugeaient passible des mêmes maladies que ses païens, ün travail morbide très-compliqué et des guérisons malheureuses ne pouvaient-ils point désordonner l’organisation, occasioner des vices de conlbrraation, enlin ce que l’on nomme des événemens ou des faits de monstruosité? Ajoutons que théoriquement parlant, il eût été absurde de prétendre qu’il n’en pût être jamais ainsi. Ces idées, les seules qui eussent autrefois répondu d’une manière satisfaisante aux recherches des physiologistes, furent exposées et soutenues par des savans du

f )lus grand mérite : Morgagni, Haler, Sandifort, Lecat, Ackermann , Chaussier , Adelon , Béclard, etc.

Or, en choisissant quelques faits (i) parmi ceux de la monstruosité, il devenait difficile de se refusera croire que ces idées ne reposaient point sur une démonstration évidente. Mais cela, dont nous convenons aujourd’hui, nous ne le sûmes pas d’abord; et, au contraire, nos études ne nous avaient donné de faits que pour les vues et les explications que nous avons présentées plus haut. C’est donc d’après leur influence exclusive quenous avons écrit le deuxième volume de notre Philosophie anatomique. Car du fait général, qu’établissent la simplicité et l’unité d’action et de moyens, qui forment le principal caractère des lois primordiales auxquelles l’éternelle sagesse a soumis la marche de l’univers , nous avions conclu aux faits particuliers de la monstruosité.

Mais nous avons dû abandonner cette opinion exclusive , quand d’autres faits nous eurent éclairé. Ce fut il y a

(l) Le célèbre académicien Cliaussier a rapporté un fait de scission du bras arrivé dans le sein maternel; l’enfant était né avec un moinon et l’on a trouvé les débris de ses os d’avantras engagés dans le placenta. Ce fait ne pouvait s’expliquer par la théorie de l’arrêt de développement.

trois ans, et à l’occasion d’un genre de Monstres que nous avons nommé Thtipsencéphale. Nous pouvons dire aujourd’hui un genre; carnousavons sous les yeux les fruits de quatre enfantemens reproduits exactement de la même façon ; c’est par conséquent un genre composé de quatre espèces distinctes. Nous avons publié dans leneuvième volume des Actes de la Société médicale d’Emulation, l’un de ces faits de monstruosité sous ce titre : Sur un Fœtus né à terme, blessé dans le troisième mois de son âge , et devenu monstrueux à la suite d’une tentative d’avortement. Nous ne devons entrer ici dans aucun détail, mais nous ne nous ferons cependant point difficulté d’agir différemment aujourd’hui. Outre l’intérêt du sujet, les faits propres aux Thlip~ sencéphales procurent de plus l’avantage d’offrir une sorte de type pour de nouvelles généralités; ils commencent effectivement pour nous une autre série d’événemens : ils nous révèlent une autre classe de déviations organiques.

Nous n’avons connu de pareils désordres que dans l’espèce humaine, ün vouloir criminel, des pratiques coupables les produisirent. On veut détruire , frapper de mort un embryon qui, sous l’influence de la tendance à bonne et parfaite formation, se développe régulièrement dans le sein maternel. Cependant cet attentat n’a pu être entièrement consommé : l’on n’a réussi à introduire, parmi les élérnens et le travail de l’organisation, qu’une cause de perversion, que le germe d’une lésion persévérante. Voilà ce que nous avons su, à n’en point douter, ayant obtenu la confiance et l’aveu des mères étant dans ce cas; voilà ce que nous avions en effet pressenti, quand nous eûmes observé, chez les sujets euxmêmes, les ravages d’une maladie flagrante, ün Thlipsencéphale a toutes les parties de son corps établies selon la règle, hors le système placé sous l’affection de la lésion morbide; lequel système est le cérébro-cervical:

bien différent à cet egard de ce que sont tous les Monstres Hypérencéphale, Anencéphale et Notencéphale simplement arrêtés dans leur développement; ses formes sont belles; son corps , les bras , les jambes, les mains,les pieds, même le bas delà figure, conservent les proportionsharmonieuses de l’être régulier; et comme celui-ci, il naît aussi au terme ordinaire de la gestation; les autres Monstres toujours plus tôt. Une partie de la moelle épinière, les portions répandues dans les vertèbres cervicales, sont fortement injectées :

l’encéphale disparaît presque entièrement, étant à peine reconnaissable dans ses différenslobesrudimentaires, affaissés et écartés ; car alors ceux-ci ne sont guère formés que de vaisseaux sanguins évidés et devenus squirrheux; la boîte cérébrale est enfin amenée aux formes qui caractérisent le crâne des Anencéphales; elle est ouverte à sa partie supérieure et composée de parties réduites qui se partagent en deux masses, et qui se rangent l’une à droite et l’autre à gauche. Nous ne croyons pas nous tromper, en attribuant à l’action de la maladie cette atteinte portée aux formes régulières qui préexistaient à celle-là; en y attribuant ainsi tous les désordres qui surviennent successivement plus tard. Parfaitement informé, nous avons suivi et nous avons pu comprendre tous les progrès delà maladie. Nous avons avancé ue les Thlipsencéphales sont d’abord es fœtus réguliers qui se désordonnent à la suite de tentatives criminelles; nous prouvons sans doute qu’il en est ainsi, en faisant remarquer qu’on ne peut songer et qu’on ne s’occupe en effet à agir sur l’embryon qu’après les premiers mois de son existence, que si la grossesse est décidément reconnue. Dans les deux cas qui éveillèrent notre attention , le résultat fut le même ; toutefois les moyens différons. Une des mères a cru qu’elle réussirait à se faire avorter, et peut-être qu’elle périrait elle-même, chance qu’elle en¬

visageait sans horreur, si elle se couvrait le bas-ventre de plaques et buses , de manière à empêcher le libre accroissement de son fruit.

Nous avons donné tout au long l’histoire de sa douloureuse agonie dans notre Mémoire précité et imprimé parmi ceux de la Société médicale d’Emulation. L’autre mère fut plusieurs fols et violemment frappée par son mari , que l’idée de l’augmentation de sa famille avait rendu furieux, et qui dirigeait ses coups meurtriers vers la région utérine. La malheureuse épouse était grosse de deux à trois mois; après ce traitement barbare , son ventre grossit extraordinairement durant quinze jours ; elle fut, à l’expiration de ce temps, dans la situation d’une femme qui allait accoucher : il lui parut que les eaux perçaient. Elle consulta; on prévit une fausse couche ; mari laborieuse, forte et coui'ageuse à l’excès (i) , elle conserva jusqu’au neuvième mois son fruit, lequel fut un Thllpsencéphale, conformé exactement comme celui dont nous avions précédemment donné l’iiistolre. Aucune bride tégumentaire, aucune membrane n’attachent et ne suspendent ces Monstres au placenta : leurs moyens de déviation sont autres ; nous ne faisons encore que de les entrevoir, et nous ne pouvons nous permettre d’en faire ici mention. A ce mode de déviations organiques appartiennent grand nombre de faits dont nous sommes informé par la littérature médicale ; une monstruosité de Cheval, dont nous avons traité dans les Annales des Sciences naturelles , avril i 8 a 5 , sous le nom d’Hématocéphale , et sans doute toutes les acéphalies complètes.

De ce qui précède , nous croyons pouvoir conclure que les faits de la monstruosité se placent sous deux considéi’atîons différentes : que les

(l) C’était une Marcliande de comcstihles (volailles et légumes), chargée pesamment à dos tous les jours cl allant de rue en rue offrir sa marchandise.

«■ns reconaaisseut pour cause un arrêt dans le développement sur quelques points , et les autres une rétrogradation dans des effets déjà produits. Ainsi la monstruo.sité tiendrait dans le premier cas à un affaiblissement de l’action vitale, à une sorte d’impuissance de produire, et dans le second , à un excès d’énergie , pervertissant ce qui est bien, et créant des conditions morbides dont le dernier terme d’activité est ordinairement une transformation des parties envahies , et cette sorte d’altération des organes connue sous le nom de squirrhe.

Nous terminerons ce chapitre par quelques considérations sur la manière dont le système osseux se comporte sous l’influence des faits de la monstruosité. Or voici ce qu’en thèse générale nous avions d’abord trouvé par rapport à ce système : nul autre ne donne des indications aussi certaines sur les réelles affinités zoologiques; nul autre n’explique mieux le rapport et les réactions réciproq^ues des divers élémens entre eux.

Cette prédominance s’étend aussi beaucoup plus loin , puisque plusieurs systèmes peuvent manquer, et qu’il reste néanmoins plus ou moins de traces des pièces osseuses.

Premièrement. Nous avons vu cette prédominance persister des Animaux vertébrés aux Crustacés; quand, en janvier 1820 , nous fîmes de ces rapports l’objet d’une communication à l’Académie des Sciences, on nous écouta à regret, avec q^uelque peine ; le dirons-nous? ceci alla même jusqu’à une certaine révolte des esprits. Le moyen effectivement de croire à la composition d’un squelette , à l’existence d’une série de vertèbres chez des Animaux qu’on avait toujours nommés Invertébrés?

Cependant Cicéron a à^\X.{deDwiiiat., lih. 21, cap. 22) : a Voit-on souvent une chose , on ne l’admire point, quoiqu’on en ignore la cause ; mais si ce qu’on n’avait point encore vu arrive, on le regarde comme un prodige. » Une idée nouvelle est

ainsi traitée, et la première disposition des esprits n’est point de l’examiner , mais de la rejeter j cependant nous sommes revenu sur notre communication, et dans une suite de Mémoires (imprimés aussitôt dans le Journal Complémentaire, et repris de là spontanément par les Journaux de Bruxelles et de Leipsick), nous sommes parvenu à rendre expressifs et sensibles les premiers rap-

S orts que nous avions saisis. Ceci , est vrai , avait sa difficulté ; en effet, si l’on compare les êtres d’un genre bien établi , lout-à-fait naturel , on observe entre eux des rapports si nombreux , que cela va jus-

? [u’à presque ressemblance ; les diféi’ences très-minimes dans ce cas , sont évidemment recherchées et deviennent les élémens des caractères spécifiques : mais si ce sont des Animaux de classes diverses que l’on vienne à comparer , les différences comme les rapports sont moyennement et réciproquement nombreux; il y a presque balance: au contraire si vous comparez les êtres de deux embranchemens , tels que sont, par exemple , un Mammifère et un Crustacé, les rapports diminuent de plus en plus, et les différences augmentent dans une proportion notable. Dans ce dernier cas, les rapports ne s’aperçoivent plus tout d’abord; mais plus ils sont masqués , plus ils sont diflS.cileinent observables , et plus aussi il est du devoir du naturaliste de s’occuper à les chercher, de s’exercer à les découvrir, et d’être persévérant jusqu’à ce qu’il en ait doté la science et la philosophie.

Cependant on ne formait plus qu’une seule objection contre nos aperçns de 1820, au sujet du squelette retrouvé dans l’essentiel chez les Crustacés, comme on le sait établi chez les hauts Animaux vertébrés ; c’était que les tégumens recouvraient immédiatement toutes les parties osseuses. Or ce n’était là chez les Crustacés, répliquait-on, cen’était-là que de la peau osseuse. En vain nous l'épliquâmes qu’on voyait ainsi con-

l'onncs quelques-uns des Animaux supérieurs; que les derniers anneaux coccygiens, aussi bien que loul ou piii lie des élëmens crâniens , se trouvaient de même constitués par de la peau appliquée sur les os ; et qu’enlin le tronc tout entier du genre si remarquable des Tortues réalisait à tous égards , les mêmes conditions controversées , tout le pareil système tégumentaire des Crustacés. On exigeait plus et d'autres preuves ; et la monstruosité fut appelée à en donner de très-positives , on pourrait ajouter, de surabondantes. Effectivement, des arrêts de développement , résultats des faits de la monstruosité , amènent et produisent chez les Animaux supérieurs des arrangeinens qui, au lieu d’élever l’organisation au degré de complications et de richesses propres aux êtres parfiiits et normaux, la laissent dans les imperfections et les incapacités de l’état embryonnaire. Nous pourrions citer un grand nombre de faits à l'appui de cette proposition ; mais nous nous en tiendrons à un seul que nous fournissent certains Monstres, dont nous avons entretenu l’Académie royale des Sciences, le 28 août 1826, et auxquels nous avons donné le nom génétique d’Héléradelpbes (frères jumeaux très-dissemblables). Ce nom s’applique à des Monstres formés de deux individus, dont l’un , ayant déjà subi toutes les transformations de la vie utérine , est entré dans le monde extérieur , ou il s’est définitivement enrichi de tous les organes que les progrès successifs des âges développent chez les Animaux parfaits ; et dont l’autre individu au contraire , retenu et persévérant dans une des formes ou existences de la vie utérine , étant de plus privé d’un ou de plusieurs tronçons corporels , quelquefois seulement de la tête, et d’autres fois de la tête et d’autres tronçons adjacens , semble sortir du centre de la région épiga.strique de son grand frère. Ce second individu est un parasite qui n’a point ou fort

peu de viscères , qui n’existe point par lui-même , qui consiste en tégumens, et dont les tégumens sont nourris par les vaisseaux cutanés du sujet adulte. Dans i’Hétéradelphe Jke vu en Chine par le docteur Livingstone ( V. London medical and physical Journal , 46, p. 268 ), et sur lequel nous avons donné notre article d’août 1826, comme dans celui décrit par Montaigne (Essais, lib. 2, chap. 3o), dans celui de 'Winslow (Acad, des Scienc., ann, 1764), et dans l'Hétéradelphe de Moreau (Descript., pl. 21 ), l’individu imparfait consiste dans un système tégumentaire entier, simulant en dehors un enfant qu’on croirait complet, s’il ne lui manquait la tête. En efl'et, là sont uniquement les quatre tronçons du système tégumentaire, comme ils existent chez l’embryon , sauf que les lames profondes de fa peau sont élevées au maximum de composition , c’est-à-dire ont passé à l’état osseux ; mais d’ailleurs les conditions subséquentes et qui signalent l’âge suivant ou l’époque foetale , comme la formation des viscères, principalement du cœur en dedans des tronçons , et celle des muscles entre les lames tégumentaires, manquent entièrement 5 tous les os eux-mêmes ne sont pas produits. Tels sont ceux de l’épine dorsale; les périostes, comme dans la Lamproie , où ceux-ci sont nommés la corde, existent, fort près de donner les étuis osseux , ou en fournissent effectivement en plus ou moins grande quantité chez quelques individus. Nous tenons ces faits non-seulement de 'Winslow et de quelques autres anatomistes, mais plus particulièrement de nos propres expériences et recherches sur des Héléradelphes de l’espèce du Chat.

Dans ces divers cas de monstruosité , où l’arrêt de développement se balance en dedans de certaines limites, et se prononce surtout assez près de répoq|u.e des premières formations , nous lisons clairement dans les faits de premier âge utérin ou d’embryon; nous le faisons avec d.’autant plus de

bonheur que nous procédons sur un produit et à la fois stationnaire et de plus amené sous l’œil de l’observateur à un volume assez considérable.

Or, ce que nous venons à savoir ici d’important, c’est que le système osseux fait partie du système tégumentaire, qu’il en est l’élat complétifou celui de son maximum de composition, et que chacun des cinq tronçons tégumenlaires en produisant plus tard des os distincts, montre une composition particulière. 11 n’y a donc

S lus lieu d’être suipris qu’il en soit es embryons Hétéradelphes comme des Crustacés, qu’ils aient les uns et les auti es la peau sur les os ; dans ce cas, loin de conclure à l’hétérogénéité de leur nature , on doit les tenir pour comparables, les embrasser sous le même aspect, comme des Animaux qui appartiennent au même degré organique. Si plus tard des fibres musculaires sont produites par des conditions de second âge ou de l’âge fœtal, elles arrivent entre les lames externes des tégumens, alors simplement composées de tissu cellulaire , et entre les lames profondes , étant transformées et déjà ossifiées ; les os sont alors successivement repoussés du dehors en dedans. Voilà ce qui se voit en vestiges chez de certains parasites Hétéradelphes, quand cela ne se montre point ainsi chez les Crustacés; ceux-ci restent toujours dans la vie d’embryon. Il n’est pas enti’e eux d’autres différences essentielles qui les distinguent.

Secondement. D’autres faits touchant l’essence du système osseux que nous révèlent aussi les conditions variables de la monstruosité, ce sont de certains modes dans la précocité de soudure des diverses sortes d’élémens osseux. Chaque embranchement zoologique montre une conduite propre à cet égard ; le premier, qui se compose des Mammifères , des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, a sa vertèbre formée de neuf élémens; l’impair est le corps vertébral ou l’anneau central répandu autour de la moelle épinière ;

celte pièce porte dans notre 'Pableau synoptique , dit Système crânien , le nom de CycléaL. Le second embranchement, dans lequel sont les Insectes, les Crustacés , etc., montre une toute semblable vertèbre, sauf que l'élément impair ou le cycléal , est étendu à quatre pièces différentes. 11 y a quelque chose qui forme ici une ordonnée générale, et c’est un motif fort simi)le. Chez les Animaux du premier embranchement, l’être ou les tronçons dont il est formé , sont construits autour du cycléal ; à l’égard des Animaux du deuxième embranchement, c’est au contraire en dedans du cycléal que sont leurs viscères et généralement tous leurs appareils. Dans le premier cas, les élémens osseux sont extrêmement petits et se soudent dès leur première apparition ; de tels Animaux ont le cycléal en un bloc que la théorie entrevoit seulement comme composé de quatre parties; mais dans le second cas, le cycléal est un anneau très-étendu; chaque portion trouve sur son périoste, qui est le derme , un appui qui en favorise l’isolement ; il y a ainsi moyen de constater chez les Animaux du deuxième embranchement un développement lent, que ne peuvent presque jamais montrer les Animaux du premier. Il faut distinguer quant à cette dernière proposition. Elle est vraie en l’appliquant aux conditions normales des hauts Animaux vertébrés ; elle ne l’est plus sous l’influence des faits de la monstruosité. En effet les séparations et distinctions que la théorie, comme nous l’avons vu plus haut, laissait entrevoir, la monstruosité les montre parfaitement.

Des arrêts de développement, qui sont venus apporter une passive influence sur le derme, avant que celuici soit parvenu à son étal coinplétif, avant qu’il ait acquis son maximum de composition, lequel nous savons être l’ossification de ses lames profondes ; des arrêts de développement, disons-nous, ont prédisposé des conditions , de façon à contraindre les 5*

elëniens de chaqi'ie cyclëal à paraître assez écartés les uns des autres pour ne point d’abord, et s’il y a persévérance, pour ne jamais se souder. Nous citerons en preuve de ce que nous avançons présentement VJnencephahis perforalus; c’est le Monstre qu’a le premier, et dans sa thèse inaugurale , décrit le professeur Lallemand de Montpellier, et que nous avons appelé de ce nom , de ce qu’il présente un double spina bijida , ayant porté ses eftets sur treize vertèbres , sur les sept cervicales, et les six premières du dos. L’œsophage, ou le point qui le devrait un jour produire, avait été attaché aux portions dorsales du derme i une monstruosité s’en est suivie ; et en ce qui concerne notre présente question , les portions droites du cycléal se sont distribuées à droite de l’obstacle qui avait ainsi commandé d’aussi nombreuses déviations; les portions à gauche se sont de même placées sur la gauche ; et le tout ensemble a fait un anneau osseux dont chaque moitié était composée de treize demicorps vertébraux. Le docteur Serres cite plusieurs autres cas semblables ; il les a recherchés avec un soin extrême, fondant sur la considération de ces curieuses anomalies, de ces faits de Monstruosité, sa doctrine du développement excentrique, de laijuelle .sortait comme une loi secondaire que toute production organiuc , placée sur la ligne médiane , evalt sa condition d’élément impair, à la rencontre et à la précoce soudure de deux parties , l’une arrivant de la droite et l’autre de la gauche.

Troisièmement. La Monstruosité se refuse le plus possible à lasupjiression d’un ou de plusieurs os appelés à une coexistence commune par les conditions norm.ales ; avant qu’elle en vienne là , elle les tourmente de bien des manières ; et véritablement on dirait qu’elle agit avec un discerne:

ment exquis pour profiter des plus petites chances, afin de fiilre adrnettie un élément que des voisins devenus trop volumineux tendent à re-

pousser, ou même .semblaient s’accorder pour condamner à une totale exclusion. Cependant que cette suppression soit décidément effectuée par quelque prédominance accidentelle, ou que chaque os soit seulement restreint et rendu rudimentaire, vous trouvez à lire dans les conditions nouvelles, dans les irrégularités des pièces adjacentes, les réels motifs de ce qui est advenu ; principalement si, de plus , en venant à réfléchir à ce que seraient devenues ces mêmes pièces , si elles se fussent maiiltenues dans la règle ; disposition qu’au surplus on est parfaitement à même de connaître par les êtres normaux. La loi, dont nous avons traité dans le paragraphe précédent, préside invariablement à ces arrangemens. Car les os sont-ils extrêmement atténués, ils se joignent et se soudent de bonne heure, et souvent même à leur première apparition, avec d’autres trèspetits os. qui sont dans leur système de connexion ; voilà ce que les Hypognathes nous ont montré à l’égard de leur tête imparfaite. Ce qu’ont montré encore les mêmes Animaux, c'est un système plus ou moins complet de parties osseuses sans aucune trace de fibres musculaires. Nous ne pouvons nous permettre d’entrer ici dans aucun détail; sans quoi nous devrions citer les formes très-variées de plusieurs pièces crâniennes des Anencéphales, celles qui nous ont engagé à nommer l’une de ces espèces Anencephalus icthyoides , celles de l'An, de Got., etc. En dernière analyse dans le jeu des formes , variables à l’infini, sous lesquelles la monstruosité fait apparaître les pièces osseuses, il y a tant d’influences parfaitement manifestes à considérer, tant de résultats certains à recueillir, et en général une si grande instruction à retirer de ces nouveaux arraiigemens et autres règles, que nous ne pouvons trop recommander d’y donner la plus grande attention.

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