‹ Considérations générales sur les passions, et leur influence sur les maladiesChapitre 7 sur 9 · S E C^’ÆON II · texte numérisé non relu

S E C^’ÆON II

Chercher à examiner la manière d’agir de chaque passion sur l’économie serait un travail immense , peut-être impossible. Tant de circonstances de la vie , en modifiant les principes de notre organisation , doivent modifier tellement l’action des passions j qu’il nous paraît hors de portée de les suivre et dans les causes nombreuses qui les déterminent et les font varier à chaque instant, et dans les influences infinies qu’eiies exercent sur nos organes. De même , loin de détailler tontes les passions qui se rapportent à la /o^V ou à la tristesse J nous laisserons à la réflexion le soin de saisir des nuances qui souvent ne peuvent être tracées, de distinguer la joie douce et expansive de la joie bruyante et tumultueuse , la tristesse concentrée de ce chagrin violent et subit qui se manifeste par des actes de colère ou de fureur.- La tristesse et l’aimable gaîté ne se touchentelles pas d’ailleurs par une chaîne d’émotions qu’il est plus facile de sentir que dè peindre? L’amour le plus satisfait peut-il toujours se défendre de ces langueurs qui insensiblement jettent l’âme dans une sorte de mélancolie, et transforment les plus douces émotions en une affection pénible qu’on ne peut définir ?

Les passions gaies^ nous l’avons dit plus haut, forment le bel apanage de la jeunesse : elles ne lui sont cependant pas exclusives, car nous voyons souvent des vieillards céder aux attraits d’une folie

Passions

gaies.

Passions

itristes.

aimable, et goûter des plaisirij encore bien séduisans, en se reportant par la pens^e-aû berceau dedeurâg€B^‘ 'uh , ^ . 5 ^

Dans les passions-gâiés, les<traits;sîépanQuissent, les pomnaeues se colbrent,-lës yeux brillent d^’un nouvel e'clat* et quelqùefGisrs’huniec!* tent de larmes;-la respiraliofi èstbourte , précipitée; les rnouvemens du cœur s’accélèrent, le pôuk s’élève et {leyientfréquent^gleeenire des forces quitte l’épigastre; s-épanouiteà lajoircônférgiî^e.j.les capillaires de la peatt s’injectent, les exhalans prennent plus.d’acti va lé ; lessolides, agréablement émus, se prêtent aiix dilatationsmécessajres à la libre cireulation des fluides, et chaque humeur rencontre ses couloirs disposés à se prêter aux élaborations qu’elle doit subir; tout, eh un mot, dans cet heureux état de l’âme j s’érige et se dispose à. lutter avec avantage contre tout agent destructeur. En imprimant ces heureux efTets sur l’économie v la :gaîté féconde encore lés facultés intellectuelles; elle.ranime l’esprit comme le coeur ; le sentiment et la pensée prennent un nouvel essor. Ovide, ce poêle aimable , cet homme qu’une gaîté naturelle rendit le plus heureux des hommes, fut, dit Marmontel, -

« Enfant gâté des Muses et des Grâces , "

« De leurs trésors brillant dissipateur, r - - -

« Et du plaisir savant législateur.

Lés passiôns tristes, au contraire; font naître un ensemble de phénomènes toutrà-fait opposés. Nées du sentiment pénible qu’on éprouve, soit à la perte d’un objet bien cher à tous égards, soit à la suite d’un espoir trompé , elles peuvent être comparées à un poison lent, qui charrie silencieusement dans nos organes le germe de la destruction, ou , si l’on veut, à ces gouttes d’eau qui, en ^ succédant , tombent , et finissent par pénétrer,et user le maibre le plus dur. Rien , en effet, ne résiste aux passions tristes ; elles minent et font céder à la longue l’économie la plus robuste, , ;

Dans les passions tristes, la peau est terne^ les yeux secs et langiiissans, les traits affaissés , les lèvres éteintes ; le sommeil fuit les

paupières, l’appéiit se perd, les digestions ne se font plus, et la porte est ouverte à toutes les maladies chroniques. Les propriétés vitales, loin de s’épanouir également sur tous les organes, refluent au-dedans, se concentrent dans les hjpochcnadres er déterminent cette pesanteur et cette constrîetion précordiale qui, obi igent.de soupirer souvent. L’action du cœur 5e ralentit ÿ fJoréagit à peine sur le sang artériel; le-cerveau, ù.peiue exeité, ne prt^uit qu’un faible ébranlement sur- les organes;quiieq dépendent.; des. sens, deviennent obtus , les idées sôntlentes:àieÆoriaer, etle.sensor/i;im, à la longue, menace de s’éteindre , faute de nouvel aliment. Les vaisseaux absprbans, auparavant toujours en garde contre les substances nuisibles répandues dans' l’atmosphère, changent de mode de sensibilité , attiréntà ^X'îndistindtemeiït les iniasmea.grossiers et morbides ; la viey-contihuelleiàèiïr^en.lutie avec miUie agens e^érieurs-, et jqpevant des atteinte^^kutant plus sûres Æt plus profondes que les forces organiques ne réagissent plus en proportion de la force des agens nuisibles , finira par être envahie et par céder a l’empire ^des lois physiques. Lorsqu’un chagrin profond nous accable sur-lechamp, et que nous avons perdu jusqu’à l’espoir ii quelquefois on meurt subitement, comme ce malheureux père dont parle Montaigne^ qui tomba roide mort à côté du cadavre d’un Jeune guerrier qu’il reconnut pour son fils. D’autres fois, ditM. Richerand, on a vu des malheureux que l’aspect d’une mort certaine avait inondés d’âihèï'tivHîe'blancbir entièrement et devenir méconnaissables dans ■ une nuit .'^;^7

La colère est cet état vihlent où l’âme réagît par des mouvemens désordonnés.et impétueux sur les.agens qui l’ont excitée. Tantôt la figure se colore d’un rouge pourpre, les yeux étincèlent, la bouche est béante, tousdestrâits;s.’agitentconvulsivement; tantôt elle s’aniioncè par un trembleanest général, une pâleur universelle; les forces abandonnentla figure et toute l’aidtiide: du corps oflrent l’image de la faiblesse et du plus affreux désespoir. A ce spasme

Colère

général succède bientôt une Tiolente réaction des foéces au-, dehors ; la faiblesse fait place à la plus bouillante fureur, le cœur quadruple de vitesse, le pouls est tumultueux et désordonné j la figure et toute la périphérie du corps se tuméfient; les vaisseaux du cerveau se gonflent, se dilatent outre mesure, se rompent' quelquefois , et amènent une véritable apoplexie. D’autres fois la; colère augmente tellement les forces circulatoires, que, subitement épuisées, elles ne peuvent plus se rétablir , et causent la mort, ou impriment sur certains organes une excessive débilité, source dangereuse des maladies chroniques. J

Frayeur. La frayeur est cet autre état de l’âme signalé par les phénomènes les plus alannans : la figure pâlit, les mains tremblent, les jambes se dérobent, le pouls est petit, serré, fréquent, irrégulier; le sang reflue au centre, s’arrête dans les veines caves ou dàns l’oreillette droite; les vaisseaux se distendent; on éprouve une oppression de cœur, et quelquefois cét organe sè rompt, comme on en cite des exemples.

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