‹ Considérations générales sur les voies lacrymales, recherches anatomiques sur les dimensions du canal nasal, et modifications importantes à apporter au modèle de la canule à demeure, dite de M. DupuytrenChapitre 1 sur 9 · I« PARTIE · texte numérisé non relu

I« PARTIE

ANATOMIE ET PUÏSIOLOGIE.

Les voies lacrymales dans l’homme sont disposées plus largement , que dans aucun autre animal , pour transmettre , dans les fosses nasales , le fluide limpide qui , sous le nom de larmes, lubréfie le devant de l’œil, entraîne les corps étrangers , et les produits secrétés par les appareils mucipares des annexes oculaires , la caroncule, les cnptes de la conjonctive, et les follicules sébacés, dits de JMéïbomius.

Les conditions nécessaires à l’accomplissement de cette fonction, sont : i° la sécrétion dans une juste mesure du lluide lacrymal ; si elle devient trop abondante, les larmes ne peuvent plus être pompées assez promptement, elles s’écoulent sur la joue , comme il arrive après un fort larmoiement ; 2° une proportion également juste entre le mucus que les larmes doivent dissoudre et entraîner, et la partie la plus ténue du liquide ; 3° l’état tonique dVs syplions lacrymaux, qui n’est pas dû, comme on l’a dit, à des fibres circulaires, que l’anatomie ne peut démontrer, et qu’une saine physiologie ne revend que pas d’une manière plus expresse; car ces fibres que l’on ne peut démontrer chez l’homme manquent tout à fait sur les grands mammifères : le bœuf, le cheval ; sur de plus petits , le chien et le lapin , où nous n’avons pu constater qu’une lacune à bords très plats et très minces. Les fibres décrites sous le nom de muscle de llorner, qui agissent surl’alongement des canaux qui communiquent des points au sac lacrymal , ont une fonction plus manifeste ; 4° le jeu d’aspiration pour puiser les larmes dans le sac du grand angle de l’œil est plus conforme, selon nous, aux lois physiques; il se fait surtout par l’action d’un muscle que nous pensions avoir découvert dans des recherches récentes, et (pie l’anatomiste Duverney avait déjà fait connaître. Cet appareil musculaire consiste en fibres lon-

f;ues et assez pâles , qui du bord interne de 'orbite , à la jonction du tiers interne avec les deux tiers moyens , se portent sur le sac lacrymal , et distendent sa paroi fibreuse à chacune de leurs contractions. Ces contractions sont isochrones à celles de l’orbiculairc , et deviennent très énergiques, lorsque l’on fait effort pour sécher ses larmes après avoir beaucoup pleuré; aussi est-ce instinctivement que nous contractons alors avec force tout l’appareil musculaire palpébral, comme cela est si facile à voir

Ces fibres de ce muscle , que nous appellerons dilatateur inférieur du sac(I\L dilatator sacculi lacrymalis inferior), sont bien distinctes de celles de l’orbiculaire , pour l’attache , la direction , elles ne sont pas circulaires et concentriques ( V. les figures ).

Un autre muscle qui a dû être confondu avec l’origine du sourcilier, et la queue de l’occipitofronlal , a la môme action sur la partie du sac qui se trouve au dessus du tendon direct de l’orbiculaire. Ce tendon lui-même est tiré en dehors par les fibres de son muscle propre , lorsque la contraction est extrême , et tend à imprimer à la partie moyenne de la paroi fibreuse du sac à laquelle il est uni, un mouvement saccadé de dilatation , auquel nous attribuons la descente des larmes dans le sac, plutôt qu’à une action capillaire , et à toutes les autres raisons données par les auteurs. Ainsi , parla dilatation alternative du sac, un véritable jeu de pompe aspirante est établi , les larmes sont absorbées par les points lacrymaux , lorsque la valvule membraneuse qui se trouve à l’orifice inférieur du conduit nasal sous le cornet inférieur s’abaisse , et ouvre le passage , après s’étre relevée à chaque inspiration , mouvement de clausion qui empêche l’air inspiré de pénétrer dans les voies lacrymales. Cette valvule est percée d’une sorte de canal obliquement creusé dans la muqueuse et exactement construit , comme la valvule qui permet à l’urine de sortir de l’uretère dans la vessie sans permettre son refoulement. 11 en est de même ici, à cette différence près ,que c’est de l’air et non un fluide aqueux qui agit sur la valvule nasale, aussi est-il impossible de faire remonter des>lotions ou douches par inspiration du nez dans le conduit des larmes ; ce serait la même chose pour des fumigations. Celte valvule ou va et vient a donc beaucoup d’importance pour faire des voies lacrymales un véritable syphou aspirant , comme elle s’oppose à l’entrée de l’air dans les voies nasales, à l’ascension des corps étrangers, tels que poudres sternutatoires, poussière, etc. Nous chercherons donc à ménager cette valvule dans la méthode aujourd’hui en vogue de la dilatation par une canule à demeure , en modifiant considérablement celle-ci.

5° Une antre condition nécessaire à l’intégrité de la fonction, est l’état sain de la cononctive oculaire, de la muqueuse qui pénétre

par les points lacrymaux dans le sac et dans le conduit lacrymal , pour se continuer avec la membrane olfactive dont elle revêt déjà les caractères, mais légèrement, dans le canal nasal.

Cctlc membrane muqueuse est sécrétoire dans toute son étendue ; elle le devient davantage lorsqu’elle se trouve hypertrophiée dans son appareil crypteux. La sécrétion de cette pari ie de la muqueuse passe alors de la qualité d’un mucus c'air qui est miscible; aux larmes à celle d’un mucus épais quelquefois puriforme. Le tissu lui-même de la membrane dans» les divers points de son étendue peut éprouver toutes les transformations, depuis la plus faible injection jusqu’au bourgeonnement de sa surface , jusqu’à ia végétation de polypes , de callosités , de brides , etc. , toutes transformations qui amènent l’oblitération sur une partie ou sur- toute la longueur du canal de transmission de larmes.

6° La conservation, du calibre du canal osseux, est , comme on lepensebien, une autre condition indispensable à un écoulement facile des larmes du devant de l’œib, dans les fosses nasales.

x PATHOLOGIE.

On voit au premier abord que les maladies des voies lacrymales appartiendront fréquemment à ce que l’on appelle l’affection catarrhale aiguë ou chronique de la muqueuse des voies lacrymales, soit que l’inflammation débute du côté de l’œil , soit qu’elle se manifeste primitivement du côté des voies olfactives, comme on le rencontre à la suite des corizas aigus ou chroniques à la suite de simples refroidisseinens, ou comme conséquences de fièvres éruptives, scarlatine, rougeole, etc.; l’inflammation remonte alors delà gorge.à l’œil par continuité de tissu , comme encore dans les maladies herpétiques et scrophuleuses qui de la lèvre supérieure envahissent la pituitaire des voies lacrymales.

Dans tous ces"cas, les sécrétions de la muqueuse sont perverties dans leur nature , le produit devient plus dense, moins miscible aux larmes ; le passage par les points lacrymaux est rendu difficile ; il y a alors épiphora simple sans tumeur, si c’est dans le trajet des points au sac que l’obstacle a lieu; ou le sac et le canal étant engorgés inférieurement, les fluides alors ne peuvent descendre par ces méats oblitérés. Un momentarrive où toute la muqiieuseest affectée, la sécrétion est partout augmentée et viciée; il y a alors blennorrhée du sac. Le produit accumulé de la sécrétion reflue par la pression vers les points lacrymaux, lorsqu’il est trop plein, et parfois s’écoule vers le nez lorsque l’obstacle n’est pas invincible.

Nous avons décrit les circonstances les plus ordinaires des prodromes des affections des voies lacrymales; nous avons vu que ce n’est pas un point limité de la muqueuse oculo-laerymale qui peut être affecté, et en cela on peut blâmer le professeur Scarpa d’avoir restreint la maladie à la perversion de la sécrétion de la membrane muqueuse oculaire, et des follicules de Méibomius , état qu’il a défini par le terme de flux palpébral ; il faut bien admettre que le plus souvent il en est ainsi , et que la blépharite glanduleuse et la psorophthalmic sont l’occasion la plus fréquente des maladies des voies lacrymales , mais non pas toujours.

thérapeutique.

Traitement médical de la première période.

Pour quiconque fera de l’ophthalmologie une étude des tissus et de leurs divers genres d’altération , et l’ophthalmologie ne doit être que cela si l’on veut marcher à l’àide de principes sûrs, il sera clair que les données ci-dessus admises sur la production des divers obstacles à l’écoulement des larmes , seront les meilleurs guides dans les voies thérapeutiques.

Ainsi , dans la première période d’acuité ou d’état snbaigu , la méthode antiphlogistique sera employée pour combattre l’état de turgescence hypérémique de la muqueuse oculo-nasale. Si dans ces derniers temps l’on a annoncé avoir guéri presq ue à coup sûr par l’application répétée vers le grand angle de l’œil, et en dedans de l’aile du nez , d’une ou de deux sangsues , nous observerons que l’on n’a eu affaire qu’à de simples engouemens des voies lacrymales , lorsqu’il n’y avait qu’une affection locale peu ancienne et peu désorganisatrice. Les sangsues agissent en produisant une saignée dérivative des plus utiles , c’est un bon moyen que l’on peut faire concourir avec d’autres, dont il faut même se servir avant d’avoir recours à d’autres, et l’on doit à l’emploi de la méthode antiphlogistique, dans les maladies des voies lacrymales, la diminution très marquée du nombre et de la gravité des tumeurs et des fistules lacrymales, que l’on rencontre dans la pratique de la ville , et des hô-' pitaux ; mais , nous le répétons , ce n’est que dans les cas les plus simples que ce moyen réussit seul.

Deuxième période.

Dans la deuxième période qui s’atteint plus ou moins vite lorsque la maladie a passé à l’état chronique, que déjà les tissus sont modifiés, que les sécrétions sont perverties , il faut agir sur la constitution tout entière, par la voie hygiénique et thérapeutique. Par la voie thérapeutique, nous entendons la révulsion au loin, soit par les exutoires , soit par les purgatifs toujours utiles dans unè sage mesure sur ces tempéramens éponges, chez lesquels, dans nos climals variables et humides , l’état catarrhal se manifeste tantôt à un point, tantôt sur un autre de la muqueuse ou peau rentrée.

En même temps il faudra chercher à modifier localement les tissus par les médications tirées de la classe des toniques, des astringens, et de légers escharrotiques. Ainsi , les sels métalliques: sulfate de zinc , de cuivre, de fer, l’acétate de plomb, le nitrate d’argent, entreront dans des collyres liquides ou mous , et seront versés en loi ions, ou appliquées sur la conjonctive palpébrale, et dans le grand angle de l’œil , vers le lieu dit le sac des larmes. Les points lacrymaux absorbent ces substances médicamenteuses , qui déjà auront agi sur la conjonctive oculaire , les transportent sur leur propre surface interne , et sur celle qui tapisse toutes les voies lacrymales. On peut aussi les y pousser avec force au moyen de la seringue d’Ancl. Cependant, beaucoup de praticiens rejettent ces injections, entr’autres Mackensie, llecr; M. de Wezel le père, que la science ophthalmologiquc regrette depuis quel- ,

que temps, nous disait, il n’y a pas ; long- temps, que sa longue expérience s’était très bien trouvée de ces injections long- temps répétées.

Nous sommes de cel avis ; nous avous vu à cette clinique, où nous étions chargés, par la nature de nos fonctions , de pratiquer ces injections sur les consultans du dehors, qu’elles détergent avec avantage le sac, qu’elles en chassent tout le mucus épaissi , et qu’elles peuvent agir mécaniquement , quoique rarement pour (aire une voie aux larmes , par la partie inférieure; en tous cas, elles amènent constamment du mieux. Nous trouvons l’eau chargée de chlorure de sodium , une injection détersive suffisamment aclive. L’eau de Goulard affaiblie , l’eau de Daréges , une décoction tanninée de feuilles de noyer, de quinquina, etc., peuvent lui être substitués.

Quant aux pommades , nous n’en dirons que peu de choses : presque toutes les formules à base d’oxide rouge de mercure se valent , et ne méritent pas plus les unes que les autres d’être élevées au titre de panacée. Une formule qui est prônée comme guérissant tous les cas de blépharite et de flux palpébral , n’est qu’une œuvre de charlatanisme , contre laquelle on peut d’avance s’inscrire en faux. Quelques unes de ces formules ont pris rang dans nos codex comme médicamens officinaux adoptés , ce sont les pommades de Desault , de Janin , de Régent, qu’elles y restent au même degré de valeur.

De nos jours , l’ophthalmologie , et toute la thérapeutique des ulcérations et des vices de sécrétions des membranes muqueuses oculaire , intestinale, urétrale , vaginale, se sert avec avantage du nitrate d’argent fondu. C’est de tous les cathérétiques le plus maniable, le plusinnocent. A l’état solide , appliqué sur les surfaces humides ,il tond et abandonne une légère quantité de lui même aux tissus à la superficie seule desquels il se combine, son action restant plus astringente que désorganisatrice. A l’état de collyre mou, mêlé à l’axonge à la dose de gr. j à iij par ^ /, il forme une pommade très utile contre les granulations de la muqueuse oculonasale. C’est à semblable formule , déguisée pharmaceuliquemcnt , que W. Adams dut sa réputation d’avoir dompté l’ophthalmie d’Egvpte, dont il s’était fait aux veux de sa nation le plus ardent et le plus heureux adversaire.

A l’aide de ces moyens modifiés selon les temps, les personnes, l’état des choses, et le bon savoir du médecin, on verra le flux palpébral se modifier , la nature des larmes changer, et celles-ci reprendre leur limpidité ordinaire : les points lacrymaux cessent d’être turgescens, blafards; le mucus floconneux ne s’accumule plus dans le sac lacrymal ; s’il s’en amasse un peu , c’est par en bas qu’il s’écoule. L’affection qui n’était encore qu’au deuxième degré disparait pour revenir quelquefois avec les temps froids et humides, si le malade n’évite pas soigneusement tout ce qui peut produire vers les yeux un afflux de liquides, et surtout s’il ne craint pas de s’exposer à toutes les causes des affections catarrhales, comme le froid des pieds, les vents coulis des portes ou des fenêtres. La position auprès d’une croisée, même la mieux close en apparence , expose beaucoup de per-

Page 1