MÉTHODE OPÉRATOIRE
Toute opération delà fistule lacrymale, par la canule à demeure, après toutes les tentatives de résolution , par les moyens médicaux , se composera des temps suivans , rapprochés ou disjoints au gré de l’opérateur :
i° De l’incision. 11 conviendra de la diriger un peu plus verticalement de haut en bas qu’on 11e l’a fait, en respectant, comme il est bien entendu , le tendon de l’oi biculaire ; nos canules étant grosses, l’incision a besoin d’étre large. On laissera le sang s’écouler; on favorisera cette déplétion locale par des lotions tièdes et par un cataplasme émollient; une mèche ou un petit morceau de bougie sera introduit dans la plaie jusqu’au lendemain.
2' temps. U se compose de l’exploration , temps négligé , on ne sait pourquoi, par M. Dupuytren et ses imitateurs. Elle se fera à l’aide d’un stylet boutonné d’argent recuit à olive terminale; cette exploration sera dirigée en haut vers le sac, et en bas dans le canaTosséofibreux. Ces recherches indiqueront le lieu où il existera des brides, des callosités, des exostoses , etc. On essaiera aussi la voie des injections par les points lacrymaux et par la plaie, ce qui devient un excellent moyen d’exploration par la facilité que le liquide montrera à s’écouler par la plaie, ou par le pertuis inférieur.
Si ^ après la nature de l’oblitération qui peut n appartenir qu’à un état fougueux de la muqueuse, ou d’après une idée préconçue , ou encore parce que des circonstances ne permettent pas de suivre le malade , comme l’éloignement, un voyage , le chirurgien peut mettre de suite une de nos canules. Il peut arriver au but désire , en essayant plusieurs numéros, jusqu’à ce qu'il soit tombé sur un numéro convenable; mais, pour éviter ces tâtonnemens,il vaut mieux
faire les recherches suivantes , que l’on ne peut remplacer par aucun rapport extérieur entre la forme du nez et le calibre du canal , au moins à ce que nous sachions.
On prendra une bougie conique solide , ou une sonde rendue ferme par son mandrin de métal ou de baleine , un bout de six à huit pouces étant plus facile à manœuvrer, on couperait l’excédant. La bougie serait trempée dans de l’huile fine ; ou la présentera à l’ouverture de l’incision faite la veille , et dilatée par la mèche ou le bout de sonde placé dans la plaie ; on cherchera alors à faire descendre la bougie conique par un mouvement doux de rotation, sans insister avec force ni violence; quand elle aura pénétré de cinq , six , huit lignes , sa conicité l’empêchera de pénétrer plus avant, et le point où elle s’arrête sera marqué avec l’ongle, si la bougie n’est pas graduée. En reportant cette bougie sur le gradométre , au point où elle s’est arrêtée, ou en la faisant passer dans une des canules, il sera facile de trouver le numéro approprié à l’individualité à laquelle on a affaire.
Si l’on n’a pas la canule du numéro correspondant , on attendra facilement de se l’être procurée ( 1). En effet on peut, au plus grand avantage du malade, faire concourir les deux méthodes de la dilatation mobile avec celle de la dilatation fixe. Ainsi, l’exploration étant faite, le canal mesuré, nous conseillons , pour un mois, six semaines , et plus s’il est nécessaire , l’emploi d’un faible séton de soie ou de fils de coton, chargé ou non de substances médicamenteuses , comme l’onguent d’altæa uni à du précipité rouge, de nitrate d’argent pulvérisé, incorporé à l’axonge.On pourrait se servir de la corde à boyau de Heer ou de M. Larrey, trempée dans du vin d’opium , le collyre cathérétique de Lanfranc; on pourrait placer temporairement le clou de plomb de Searpa, et déterger le fond du sac par des lotions résolutives; enfin, se servir de la méthode de Ducamp, avec un de ses porte-caustiques du plus petit diamètre, sans surcharger la chirurgie d’instrumens nouveaux.
La canule à demeure doit être en bonne pratique, moins un moyen de guérison actuelle, qu’un moyen préventif contre une oblitération à venir; c’est ainsi que nous lavons toujours considérée, et si cette méthode a des détracteurs, cela vient, de ce que l’on a voulu en faire dans des cas simples comme dans ceux plus graves une méthode primitive et unique de traitement sans y faire concourir les autres.
Ainsi, par les moyens dilatans on tiendra la plaie ouverte , saut à l’agrandir , un peu lors de la pose de la canule à demeure. Cette opération se fait bien , en conduisant ce tube métallique sur un stylet d’argent passé dans le canal. Ensuite on appuie avec un mandrin coudé plein, ou avec les mors d’une'pince à anneaux ; avec le doigt on s’assure que le bec en biseau de la canule est bien caché dans la gouttière lacrymale; on pratique une injection par en haut ,
(1) Les médecins de province qui désireraient employer Jes canules du nouveau modèle, pourraient envoyer à M. R. St-H. , au Muséum d’histoire naturelle, rue de Seine, n. 33, le hout de sonde exploratrice. II fera fabriquer le numéro correspondant par M. Charrière, fabricant d’instrumens de chirurgie, rue de l’Ecole-delrlédocine, ou s’adresser directement M. Charrière.
ou l’on passe un stylet dans le tube métallique , pour le déboucher. On recommencera les injections deux ou trois jours de suite , et ce n’est qu’alors , lorsque les accidens auront cédé , que l’on abandonnera la plaie à la cicatrisation. Si l’on était forcé de recourir à l’extraction , on la pratiquera à l’aide du crochet hameçon, inventé par M. Cloquet, et qui remplit très bience but.
Les avantages de ces modifications sont , et nous en appelons à la pratique et à l’examen des praticiens : i° de substituer réellement au canal osséo-fibi eux , sujet à s’oblitérer, après la guérison des obstacles, un canal artificiel exactement construit sur le canal naturel S’introduire un tube métallique d’une longueur qui ne lui permette pas de détruire l’usage de la valvule connivente inférieure , d’un calibre assez large pour ne pouvoir jamais tomber dans le nez, ni remonter, ni vaciller sans cesse, qui ne pourra pas s’oblitérer et devenir ainsi cause d’accidens
consécutifs, aussi graves peut-être que ceux auxquels la canule est destinée à obvier.
En un mot , les corrections que nous proposons nous semblent ôter à la méthode, souvent léérement employée, de la canule à demeure, dite u professeur Dupuytren (i). Ses plus notables inconvéniens , et les réflexions que nous avons ajoutées à l’exposé des modifications que nous proposons , feront comprendre au praticien que ce moyen , même corrigé , ne peut ni ne doit être employé primitivement sans traitement préalable , sous peine d’éprouver des revers.
(i) Cet article était sous presse , lorsque le savant professeur , ici cite, a subi la commune destinée j personne plus que nous n’accorde justice à scs immenses taiens : un des premiers nous avons pose un genou respectueux sur sa tombe, et nous avons témoigné notre sincère admiration pour ce grand maître.
(Voirie Constitutionnel du io février i835). L’article signe L). B. est de nous. B. St-H.