‹ Considérations gérales sur la législation des travaux publics /Chapitre 33 sur 67 · CXXX1X · texte numérisé non relu

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donné de Faisance à cent mille familles; et maintenant l'état de gêne des ouvriers et la stagnation du commerce doivent être attribués à la rareté toujours plus grande des ateliers à Paris et dans l'intérieur.

Ainsi les grands travaux étant une condition de stabilité , il vaut mieux les entreprendre par le plus mauvais système , même par emprunt, que de les ajourner. Nous pouvons émettre cette opinion , puisque nous nous sommes prononcé dans le temps contre le choix des projets entrepris et le mode de leur exécution.

Après l'événement, la critique est facile, mais elle serait tellement funeste, si on empêchait l'achèvement des travaux, qu'il nous semble plus important de la combattre que d'empêcher même de nouveaux emprunts pour les canaux.

De toutes les dépenses faites par l'État, il n'en est pas de plus profitables au pays que des travaux intérieurs; les capitaux répartis entre les classes les plus utiles répandent l'aisance de proche en proche, et les capitalistes, en plaçant leur fortune en actions de canaux, associant leur avenir à la chose publique, sont plus intéressés à la prospérité générale. Il est d'ailleurs à remarquer que les emprunts des canaux ne donnent pas aux prêteurs les bénéfices des rentes achetées par les cl rangers, et beaucoup moins que les fonds employés au* canaux d'Angleterre, où l'intérêt de l'argent est cependant beaucoup plus faible qu'en France.

Vmsi,(lans notre opinion, le pays doitde la reconnaissanceau directeur général des ponts etchaussées qui a ordonné, et aux ingénieurs qui ont exécuté en quatorze ans plus de travaux de navigation que dans les'qiiatorze siècles précédents. INous devons même dire que M. Becquey a cherché à exciter l'émulation et la confiance des compagnies exécutantes ; qu'il a offert de leur céder de grandes entreprises , qu'il a tenté tout ce qui était en son pouvoir pour les déterminer, et que sa sollicitude a préparé le succès prochain des améliorations qui restent à faire.

11 eût été très avantageux de concéder à perpétuité les canaux commencés aux compagnies exécutantes, qui auraient demandé les moindres sommes pour les achever à leurs risques et périls , et les maintenir toujours en bon état. Mais les capitalistes ont repoussé ce système, maintenant le seul admissible. 11 est temps encore d'y avoir recours ; on pourra prévenir toutes les pertes, et retirer, soit directement ou indirectement, un intérêt même élevé de tous les fonds payés ou promis.

Si le gouvernement adopte l'ancienne législation de France, celle d'Angleterre et de tous les pays qui ont une bonne navigation ; s'il offre de donner à des compagnies exécutantes la totalité des ouvrages achevés, entrepris ou projetés, nous sommes certain qu'il s'en présentera maintenant en assez grand nombre pour terminer les ouvrages commencés, et perfectionner la naviga-

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tion de nos rivières. Alors les anciens ouvrages deviendront très productifs par les nouveaux , et l'E. tat retirera un intérêt direct suffisant de tous ses capitaux avancés.

Cette mesure semble également commandée par des considérations politiques ; il faut de nécessité , ou dépenser chaque année 200 millions en ouvrages utiles, ou réduire les impôts de cette somme, ou enfin employer l'armée aux travaux. Il suffit de parcourir les ateliers et les campagnes pour constater la crise des agriculteurs et des manufacturiers , et en reconnaître les causes. Le peuple, sans travail et dans la misère, ne consomme pas assez; les produits du sol et des fabriques, sans acheteurs , sont sans valeur. Par de grands travaux les ouvriers deviendront sans doute rares et chers , c'est précisément le but qu'il faut se hâter d'atteindre; car sans cet accroissement du prix des journées, nulle prospérité n'est possible.

On compte dans chaque département plusieurs entreprises utiles à faire, des canaux à ouvrir, des rivières à perfectionner, des mines et carrières à exploiter; beaucoup d'hommes éclairés, zélés, disposés à s'associer. Lorsque le gouvernement donnera le droit de faire et le pouvoir d'empêcher d'injustes oppositions, la France fera avant quinze ans des progrès plus rapides que dans les premières an nées de la restauration ; et par la même influencedu meilleur gouvernement, toutes les traces de la détresse actuelle disparaîtront rapidement

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Si au contraire on veut continuer le passé, laisser les canaux et les rivières dans le domaine public, ne pas favoriser l'esprit d'association , on ne doit espérer, même par des emprunts considérables, ni bonne navigation intérieure, ni prospérité certaine dans les branches principales du commerce et de l'agriculture. On verra, comme maintenant, l'hectolitre de blé à \6 francs dans les ports, et à 26 francs dans les départements intérieurs; les échanges seront toujours difficiles, les travaux rares, les fabriques en souffrance; nul avenir ne serait laissé à la France. Nous terminerons cet article, comme les précédents, en demandant avec instance qu'on laisse faire, et qu'on ne sacrifie pas les choses aux hommes, la restauration au système de l'empire, la France aux grandes villes.

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