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l'auteur d'un projet est rarement chargé de son exécution. Nulle autorité n'est laissée aux ingénieurs dans le choix des personnes et des moyens, ils ne peuvent donc être responsables des travaux. Les ouvrages d'ailleurs ne sont entrepris que long-temps après avoir été étudiés, et lorsque des variations impossibles à prévoir dans le prix des journées et des matériaux ont été apportées par des circonstances extraordinaires, comme dans la dernière période de quinze ^ans. A aucune époque la France et tout autre pays n'étaient passés aussi brusquement d'un état de trouble intérieur, de guerre générale, à un état de profonde paix ; d'un gouvernement arbitraire, à un gouvernement bien réglé ; de la stagnation complète du commerce maritime , à une activité extraordinaire. On pouvait prévoir l'heureuse influence du pacte fondamental, mais il était au-dessus de la prescience humaine de deviner un accroissement aussi rapide d'industrie, et cet élan général qui a porté les particuliers à tenter des entreprises au-delà même de leurs ressources.
L'accumulation rapide des richesses , la multiplicité des travaux particuliers, l'abondance des capitaux étrangers plus attirés par la sécurité d'un bon gouvernement que par l'attrait de grands bénéfices, ont fait doubler sur quelques points les prix des terrains, des journées, des matériaux, et par conséquent des ouvrages.
A ces causes d'augmentation , il faut ajouter les
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inconvénients du mode d'expropriation pour cause d'utilité publique, qui expose le gouvernement à payer deux et trois fois au-delà des valeurs vénales courantes. Ainsi les projets rédigés antérieurement ont dû coûter beaucoup pins que les estimations premières, et il ne dépendait pas des ingénieurs de prévoir et de prévenir un excès de dépenses , qui n'est que le résultat d'un rapide accroissement de prospérité.
Il eût été préférable , sans doute , de confier les travaux à* des compagnies exécutantes à leurs frais et risques ; mais presque tous les capitalistes craignent avec raison de s'engager dans ces entreprises; ils connaissent les obstacles qui s'opposent au succès; et leur intervention n'est possible qu'après avoir levé les difficultés que nous avons signalées.
Plusieurs personnes soutiennent que le pays perdra les i5o millions dépensés en canaux, ou du moins les 5o millions et plus d'augmentation; qu'il ne fallait pas les entreprendre, et qu'on rloit en abandonner plusieurs dans leur état actuel d'imperfection.
Reportons-nous à 1816, à cette époque de fermentation , où l'on comptait autant d'opinions que de provinces et d'hommes supérieurs, où quatre cent mille personnes furent tout-à-coup renvoyées des armées et des administrations; c'était alors, comme maintenant, une nécessité d'employer les capitaux morts, et d'occuper les hommes oisifs par de grands travaux. Les canaux entrepris ont