‹ Considérations mathématiques sur la théorie de l'impôtChapitre 11 sur 11 · REMARQUE · texte numérisé non relu

REMARQUE

On objectera peut-être aux théories précédentes que nous n'avons pas tenu compte dans nos calculs des gains que chacun pourrait faire en dépouillant autrui, si Ton venait à supprimer la protection de la loi.

Voici les» raisons qui nous ont fait penser qu'il n'y a pas lieu, en effet, de prendre en considération une pareille source de gains.

II est incontestable à nos yeux que tout le monde sans exception gagne à la protection sociale et à la reconnaissance du droit de propriété 5 il n'y aurait donc, selon nous;, rien que de fort naturel et de fort juste dans une convention par laquelle chacun s'engagerait a respecter le fruit au travail d' autrui, si le» frai» de là protection sociale étaient nuls . Les individus qui prétendraient qu'ils gagnent moins que d'autres à un tel contrai, ou qu'ils y perdent, et qui voudraient qu'à ce titre on leur payât un tribut, seraient avec raison laissés en dehors de l'association ou mis hors la loi 5 seuls contre une société envers laquelle ils seraient à l'état d'hostilité, ils seraient bien 1 vite contraints de reconnaître qu'ils ont tout intérêt k traiter avec les autres hommes sur le pied de* l'égalité, et à reconnaître, comme eux, le principe de la propriété, sans y mettre de conditions et sans exiger d'indemnités pour la reconnaissance de ce principe.

Si l'on suppose actuellement que la protection sociale nécessite des frais, on comprend que chacun devra payer

en raison des risques qu il a d'être dépouillé, non par ses coassociés, qu'il respectera et dont il sera respecté, mais par ceux de ses coassociés qui, violant l'engagement pris, pourront être considérés comme devenus étrangers au corps social, ou par les quelques individus dont nous venons de parler et qui n'en ont réellement jamais fait partie.

Nous pensons, en un mot, qu'aucune classe de la société ne peut dire qu'elle gagne moins qu'une autre à la protection sociale, à raison des chances spéciales de gain par le vol quelle aurait sans la loi, parce que cette classe, si elle existe, serait certainement minime, et que, se trouvant seule contre les autres hommes associés, si la loi de la propriété était supprimée, elle se trouverait loin d'être la plus forte.

Outre les raisons que nous venons de dire, il en existe une d'un ordre plus élevé qui résout victorieusement l'objection. C'est ici la morale qui fait entendre sa voix. Doit-on admettre qu'une classe de la société peut demander des dédommagements au corps social parce qu'ayant des instincts, plus pervers et plus brigands, elle pense qu'elle acquerrait plus de biens par le vol sans la loi ?

L'homme ne doit pas oublier qu'il doit respecter le fruit du travail de son semblable, non-seulement par intérêt, mais encore en vertu du principe gravé plus ou moins profondément par Dieu dans l'âme de chaque homme : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fit, » principe conforme à l'idée innée de la justice et à l'intérêt de tous.

Paris. — Imprimerie de Gauthier-Villars, successeur de Mallet-Bachelier, rue de Seine-Saint-Germain, 10, près l'Institut.

PARIS. — IMPRIMERIE DE GAUTH1ER-V1LLARS,

Rue de Seine-Saint-Germain, 10, près l'Institut.

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