‹ Considérations nouvelles sur les affinités réciproques des mollusques gastéropodesChapitre 25 sur 45 · SES NES · texte numérisé non relu

SES NES

FiG. 16.

Deux larves âgées de Philine, d'après Guitar.

No 1. Larve vue de dos. — N° 2. Larve vue de trois-quart. Lettres communes aux deux figures :

4, Anus.— Jn, Intestin. — Es, Estomac. — P, Pied. — R, Rein. — V, Voile. Nora. — Ces deux larves montrent que chez Philine, l'anus tout en étant

dorsal reste à droite de la ligne médio-dorsale.

pendant l'accroissement de la coquille de droite à gauche, dont nous allons parler dans le chapitre suivant, se trouvant à proximité du manteau en formation, ne s’accroisse, avec lui, dans le même sens.

Ce n'est que lorsque cet accroissement est terminé que l'intestin se délimite et vient se mettre en rapport avec l'estomac, dessinant alors pour le tube digestif inférieur, une

anse, qui, par son apparence, semble représenter l’anse de la flexion dorsale et non l’anse de la flexion ventrale.

On a alors l'aspect de la figure 16, n° 1 et 2, d’après GurarT, pour la Philine, où l'anus n'est pas exactement sur la ligne médiane et reste à droite, comme le montre nettement la vue dorsale de la larve âgée, et celui de la figure 14, n° 6, d'après PeLsexEER, pour Doris, où l'anus est dans une position à peu près identique, mais cependant plus rapproché de la ligne médio-dorsale.

Ces deux figures montrent que lestomac et l'intestin forment un V dorsal, dont une des branches est l'intestin terminé par l'anus. .

On peut se demander, maintenant, si le point où l'intestin s'unit à l'estomac est dorsal secondairement, après que l'estomac a tourné de 180 et s'il ne représente pas un point ventral de l'estomac ?

PELSENEER, qui malgré l'insuffisance des figures, ne met pas en doute la réalité de la flexion ventrale, a trouvé des larves tératologiques de Littorina rudis, qui, quoique Prosobranches, n'avaient subi aucune lorsion proprement dite et avaient gardé l'anus ventral (fig. 17, n° 2).

Il y a vu une belle démontration de la réalité de la flexion ventrale qui se frouverait masquée d'ordinaire, d'après lu, par la torsion proprement dite. Je reproduis cette intéressante figure (fig. 17) avec la larve normale de Littorina rudis, à anus dorsal (n° 1, fig. 17).

Au premier abord Ia démonstration parait élégante et convaincante; mais, en y regardant de près, on s'aperçoit que ce cas térétalogique, fort curieux, ne prouve rien du tout de ce que l’auteur veut prouver.

En effet, lorsque l'anus ou la région anale gagne vers la face dorsale, rien ne permet de dire que l'intestin existe déjà, et tout semble indiquer au contraire qu'il ne se forme qu'après

le déplacement anal, lorsque la larve est devenue plus âgée.

Dès lors, si la région anale se trouve, comme dans le cas

tératologique, immobilisée sur la face ventrale, à un stade correspondant à celui où l'intestin se forme, il est tout naturel que ce dernier, refoulement ectodermique de l'anus resté ventral, s’abouche ventralement avec l'estomac.

Il dessine, ainsi, dans cette larve monstrueuse un V ventral,

BG ie Deux larves de Littorina Rudis, d'après PELSENGER. Ne 1. Larve âgée normale, vue de profil. — No 2 Larve tératologique, vue de profil. Lettres communes aux deux figures :

A, Anus. — C.p, Cavilé palléale. — Es, Estomac. — .d, hk.g, Lobe droit el gauche du foie. — M, Muscle. — (dE, OEsophage.— Op, Opercule.— P, Pied.— R, Rectum.— Ri, Rein.— R/, Rein larvaire. — T, Tentacule. — V, Voile.

qui n'existe, normalement, ni chez les Prosobranches, ni chez les Opistobranches et qui ne peut pas exister, normalement, puisque l'anus se déplace, avant que l'intestin ne se forme.

Si l'intestin se déplacait avec l'anus, après sa formation et sa soudure avec l'estomac, i/ devrait naître sur la face ventrale el cela se verrait (1) à moins que l'estomac ne tourne de 180.

(1) Cela se verrail, car l'intestin devrait croiser l'estomac pour se porter dorsa-

lement.

laër,} PE

Or, l'examen des larves permet de constater, grâce aux lobes du foie, que l'estomac est déplacé légèrement de droite à gauche, mais que ce déplacement ne peut pas dépasser quelques degrés (fig. 16 et fig. 17). ,

L'inspection des figures publiées nous montre, que le déplacement larvaire de la région anale, vers la droite et le dos, est un phénomène général chez les Gastéropodes (sauf chez les Amphineures). :

Faut-il interpréter ce phénomène comme une flexion ventrale qui, secondairement, nous conduit à une flexion dorsale ?

Faut-il, au contraire, y voir une flexion dorsale, contrariée par la position de la coquille, placée sur la ligne médiane dorsale et faisant obstacle au refoulement de l'anus sur la ligne médiane, lors de l’accroissement du pied ?

C'est une affaire d'interprétation qui n’a, selon moi, qu'une importance relative.

Je crois, plutôt, qu'il n'y a pas de flexion du tout.

L'examen consciencieux des figures ne permet pas de répondre à la question d’une façon précise et je crains que la question ne puisse être tranchée d'ici à longtemps, car, ainsi que je le ‘faisais remarquer, si lintestin n'existe pas d'une facon distincte au moment où l'anus arrive sur le côté droit, l'anse intestinale qui se forme ensuite secondairement, ne saurait nous indiquer la réalité d’une flexion primitive, soit ventrale, soil dorsale.

Une flexion réelle du corps, semble, d'autre part,:si l'on y réfléchit, très douteuse chez les Gastéropodes.

Le pied chez le Gastéropode et, en particulier chez FOpistobranche, est développé et forme déjà une bosse saillante, quand l'anus n’est encore décélé que par la présence des cellules anales, ou une toute petite cavité correspondant au premier indice du proctodœum (fig. 15).

Pourquoi, dans ces conditions, l'anus tendrait-il à se rapprocher de la bouche ? Il semble, au contraire, qu'il devrait être refoulé vers le bas, comme chez le Pélécypode ou

l'Amphineure, si, d'autre part, le développement du manteau et de la coquille ne s’opposait pas à cette descente vers le bas du corps.

PeLsexeer invoque (24, p. 117) une croissance plus grande de la face dorsale, une dévagination de l'invagination coquillére, une invaginalion de la face ventrale pour former le Stomodœum, enfin, le faible volume du pned, qui n'est pas attaché tout le long de la masse viscérale devenue saillante et qui s'étend, peu à peu, suivant une direction antéro-postérieure.

Ces arguments ne me paraissent pas avoir grande valeur :

Le pied, d’abord petit, s'accroît rapidement et dans une direction qui tend à refouler l'anus loin de Ia bouche.

S'il n'est pas attaché le long de la masse viscérale, ne l’estil pas encore moins dans le Pélécypode ?

L'invagination du Stomodæum, n’existe-t-elle pas aussi chez le Pélécypode et ne se fait-elle pas, dans les deux cas, au-dessus du pied ?

Reste la croissance plus grande de la face dorsale et la dévagination de l’invagination coquillière.

Ces phénomènes, qui se passent en arrière de la région anale, peuvent modifier la direction du refoulement de l'anus, mais ne sauraient empêcher l’action produite par le développement du pied.

C'est ce que je constate en analysant les figures des mémoires publiés, où en étudiant les larves vivantes. J'ai beau passer en revue toutes les figures publiées, nulle part, je ne puis constater que l'anus s’est rapproché notablement de ia bouche, comme lexigerait la flexion ventrale.

On constate seulement que le tortillon de la coquille embryonnaire se déplace dorsalement vers la gauche, que l'accroissement de Îa région anale se fait dans le même sens, et que l'anus passe progressivement sur le côté droit, puis dorsalement.

Tous ces faits correspondent à un déplacement de Fa région anale vers la droite, mais non à un rapprochement de l'anus et de la bouche, soit du côté ventral, soit du coté dorsal.

Ce point n'a du reste qu'une importance secondaire, car si la flexion ventrale ou dorsale existait chez les Gastéropodes, ce phénomène différerait complètement par ses résultats de la flexion ventrale des Céphalopodes et de Ia flexion dorsale des Pélécypodes. Il est plus intéressant de constater que cet examen rapide de la larve met en évidence /a réalité du déplacement de Janus où la rotation larvaire de la région anale, chez tous les Gastéropodes. H semble indiquer, en outre, une certaine relation entre le déplacement de l'anus et celui du tortillon de la coquille larvaire que nous allons étudier dans les deux chapitres suivants.

Il restera ensuite à examiner si la rotation larvaire de la région anale peut se produire indépendamment de la torsion proprement dite, telle que nous l'avons définie dans le chapitre IT.

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