CHAPITRE VII
La rotation de quelques points caractéristiques de la coquille chez les Pélécypodes adultes.
Certains phénomènes qui se passent chez les Pélécypodes, me paraissent de nature à éclairer l'étude de la rotation du tortillon dans les phases larvaires des Gastéropodes. Je les exposerai done tout d’abord.
Ils ont été étudiés soigneusement par Henrr pe LACAZE- Dcorniers (22).
Son beau mémoire que j'ai eu la bonne fortune de mettre au point après sa mort, forme une sorte de synthèse de ses travaux et, sans flatterie posthume, j'ai pu dire, dans l'introduction (22, page 99) : « L'histoire du Tridacne et de l'Hippope ne représente pas une monographie quelconque, elle a une portée plus haute : Elle est Fa suprème étape de la route jalonnée par l'étude de l’Anomie, du Dental, du Taret, du du Vermet, de l’Arrosoir et de bien d’autres types anormaux. »
€ N'est-il pas intéressant de constater que cette œuvre originale a été menée à bien par un savant de près de quatre-
vingts ans ? »
Les Bivalves ont des parties tout à fait carastéristiques dans leur coquille : ligaments, crochets, charnière, etc. Or, dans les Tridacnes, ces parties sont situées dans une position inverse de celle qu'elles occupent dans les types normaux.
Les naturalistes, qui avaient étudié ce Mollusque, n'avaient pas compris sa véritable physionomie.
Fic. 18.
Rotation des points caractéristiques de la coquille chez les Pélécypodes adultes.
No 1. Cytherea Chione. — No 2. Moule, — N°3. Huitre. — No 4. CEama.
Leltres communes :
B, Bouche.— C, Crochet.— L, Ligament.— ad.s., Muscle adducteur supérieur.— ad.I., Muscle adductleur inférieur,
Toutes les figures sont représentées de profil el du côté droit.
PGO
€ L'animal de la Tridacne, avait dit Cuvier (16, p. 142) est fort extraordinaire, parce qu'il n'est pas placé dans sa coquille, comme la plupart des autres. »
Cette interprétation avait été généralement adoptée et il en est résulté des descriptions tout à fait extraordinaires, comme celle, par exemple, que nous a fournie VaizLanxr (29), dans un travail étendu.
Il ressort de l’étude faite par Henri pe Lacaze-Durniers que, si l'on place quelques types caractéristiques de Péléeypodes dans leur position morphologique (c’est-à-dire la bouche en haut et en avant, la face ventrale et le pied tournés vers l'observateur).
En regardant ces Mollusques de profil, encore contenus dans leur valve gauche, comme dans la figure 18, on constate que :
10 Dans Cytherea Chione, par exemple, les crochets, C, et le ligament, L, sont situés sur la face dorsale à l'opposé de la bouche, 2 Mig.:18, no1;
20 Dans la Moule, le ligament se trouve beaucoup plus haut sur la face dorsale et les crochets forment la partie la plus élevée (point de réunion de la face dorsale et ventrale), €, fig..18,. n° 2;
30 Dans l'Huitre, ligament et crochets se trouvent reportés dans la partie supérieure, fig. 18, n° 3;
40 Dans Chama, ligament et crochets tendent à devenir ventraux, tout en restant au-dessus de la bouche, fig. 18, n° 4.
5o Enfin dans la Tridacne, ligament et crochets sont placés ventralement, du même côté que la bouche, fig. 19.
L'on peut dire que les points de repère de la coquille de la Tridacne, par rapport à ceux de la coquille de Cytherea ont subi une rotation de 1800.
C'est là le résultat brut facile à constater.
En analysant les faits et en suivant ce voyage des points de repère de la coquille, dans la série, on constate qu'il est dû, de toute évidence, non pas à une rotation réelle de la
coquille toute entière, mais à un accroissement exagéré dans certaines parties el à un ralentissement de la croissance dans d’autres points.
C'est ainsi, par exemple, que dans les coquilles dymiaires (fig. 18, n° 1, 2, 4), si nous examinons le muscle adducteur inférieur, ad.i et le muscle adducteur supérieur, ad.s, nous voyons que, tandis que le premier reste en position sensiblement constante par rapport à la bouche, le second s'éloigne de plus en plus vers le haut (Moule) pour devenir franchement ventral dans Chama, ainsi que l'a noté Hexrr pe LAcazE- Durniers (1).
Ce phénomène ne peut être dù qu'à un accroissement considérable de la portion de la coquille comprise entre les deux muscles, accroissement qui mesure à peu près exactement la rotation des points de repère.
Ce phénomène de croissance, qui aboutit au déplacement des points de repère de la coquille, n’altère pas la symétrie de l’animal puisque tout se passe dans le plan sagittal. On serait même tenté de croire, en voyant le plan général de l'organisaton pélécypode respecté, que laccroissement du manteau et de la coquille se produit ex entière indépendance avec le reste de l'organisme.
En réalité, il n’en est pas tout à fait ainsi. Si n'y a pas dépendance absolue, 1 y a certainement influence réciproque.
C'est ainsi, par exemple, que par rapport au Pélécypode normal (Cytherea], chez la Tridacne (flg. 19), le cœur est
({) « Le Chame griphoïde de la Méditerranée, dit H. pe Lacaze-Duraiars (22, p. 200), fournit déjà un exemple bien caractérisé du déplacement du muscle adductenr supérieur. Mais, sur des individus de taille bien supérieure et que je dois encore à l'obligeance de M. Bouran qui me les a rapportés de la Mer Rouge, le muscle adducteur supérieur ne mérile plus son nom : Il est tellement passé en avant el en bas, que son bord inférieur est sur la même horizontale que le bord inférieur du muscle adducteur postérieur. Personne je crois n’a eu l’idée de parler de la torsion, de l'animal de Chama dans sa coquille. Il est trop évident que cet acépbale n’est nullement tordu et, cependant, outre cette position pré-orale du muscle, je constale que le ligament est directement supérieur à la bouche, la charnière également, mais plus en avant. »